SCENE
MONSIEUR MINE
Moi, vous savez, je me cou I enterais de si peu... juste de quoi manger.
VICTOR
Vous êtes dans la misère?
MONSIEUR MINE
Noire !
VICTOR
ïl y a longtemps?
MONSIEUR MINE
Voilà six mois que je ne sais pas comment je vis.
VICTOR
Ah ! c'est dur !
MONSIEUR MINE, avec .les larmes dans la voix.
Si c'est dur! C'est d'autant plus dur qu'autrefois j'ai eu une cerlaine situation. ..Te! que vousmevoyez, j'ai fait mes études, j'ai passé des examens... Mais, je vous ennuie avec toutes ces histoires.. .
VICTOR, debout, appuyé rontre la table.
Vous ne m'ennuyez pas du tout, au contraire...
Asseyez-VOUS donc! (Il lui désigne la chaise au premier plana
gauche. — m. Mine syasseoit.) C'estvrai, avant votre arrivée, j'étais là, dans le fauteuil du patron et je m'embêtais; j'avais, comme qui dirait des idées noires, le spleen, de la neurasthénie, quoi! Tandis que, ma foi! à voir
un bonhomme aussi dans la débine que vous, je ne puis pas m'empêcher de penser qu'après tout j'ai tort de me plaindre, et que l'on n'est pas malheureux quand, comme moi, on a, avec le logement et le chauffage, cent soixante-quinze francs par mois.
MONSIEUR MINE, ébloui.
Cent soixante-quinze francs !
VICTOR
Oui ! c'est pas mal, hein ?
MONSIEUR MINE
Je vous crois.
VICTOR
Et sans compter les pourboires et les gratifications.
MONSIEUR MINE, entre ses dents.
... de Dieu !
VICTOR
Aussi, ma foi I à vous entendre conter vos ennuis, je comprends ce que ma situation a d'enviable et ce m"est une joie de vous voir.
MONSIEUR MINE
Vous êtes bien bon !
VICTOR, doctoral.
Allez! pour apprécier ce que l'on possède, il faut penser à ceux qui, comme vous, n'ont rien.