L E D I RECT E L" R
Je vous crois... une catastrophe!
MA SOUPE
Ah! bon sang... Il y a des victimes?
LE DIRECTEUR
Il y en a une, monsieur Bol : mon collègue du vingtième arrondissement.
MA SOUPE
Il est mort?
LE DIRECTE EU
Non! il est révoqué!
MA SOUPE
Et pourquoi ?
LE DIRECTEUR
Pourquoi? Parce que nous vivons à une époque pourrie... tout simplement... parce qu'aujourd'hui, la presse s'occupe de tout ce qui ne la regarde pas... (Presque menaçant.) Ah! bon sang! et il y a des gens qui ont voulu la liberté de la presse !...
MA SOUPE, s'excusant.
J'ai toujours été contre.
LE DIRECTEUR
Quel pays! bon Dieu! Quel pays!
Et c'est la faute aux journaux, la catastrophe dont vous parlez?
LE DIRECTEUR
Un peu !... Figurez-vous, père Ma Soupe... que, la semaine dernière, un journaliste, déguisé en mendiant, se présente à l'asile du vingtième arrondissement. 11 demande à coucher: on le reçoit. Il passe la nuit, comme tout le monde, et, le lendemain, vous ne savez pas ce qu'il fait?
MA SOUPE
11 fout le camp.
LE DIRECTEUR
D'abord; puis il va raconter, dans son ignoble journal, ce qu'il a fait, ce qu'il a vu... les soi-disant abus qui se commettent : que le directeur n'est pas à son poste... que les pensionnaires se plaignent qu'il fait chaud, qu'il fait froid; enfin, les mille stupidités qui peuvent germer dans la cervelle d'un coquin de cette espèce. On ouvre une enquête... et, résultat: révocation du directeur.
MA SOUPE, souriant.
C'est rigolo!
LE Dl RECTEUR, sévère.
Vous trouvez?
MA SOUPE, brusquement redevenu sérieux.
Je veux dire : c'est rigolo, quand on n'y est pas obligé, de venir coucher ici.
LE DIRECTEUR
Ces gens-là ne reculent devant rien, quand il s'agit