EA X NE
Et alors?
ALICE
Et alors, cela a été crevant... Il m'a parlé de m'épouser.
JEANNE
Comment! 11 croit toujours que tu es jeune fille?
ALICE
Toujours!
JEANNE
Mais c'est de la folie! Tu ne lui as pas encore dit la vérité?
La vérité!... Mais je la lui dirais qu'il ne me croirait pas.
.1 EANNE.
Pourquoi cette histoire?
ALICE
Je ne sais pas... C'est lui-même qui m'en a donné l'idée... La première fois qu'il m'a vue, il m'a prise pour une jeune fille. Alors, je lui ai raconté qu'en
effet, j'étais sage, que j'habitais avec ma mère, etc., etc..
JEAN N E
Il est bien arrivé un jour où il s'est aperçu que... enfin...
A LICE
Pas du tout, et ce fut le délicieux de l'aventure : car je pus ainsi revivre — et de façon agréable — la scène décisive où nous passons de fdle à femme, scène, tu le sais, généralement plutôt ahurissante.
.1 EANNE.
Oui. plutôt. El il s'est laissé prendre à cette comédie?
ALICE
Ali! bien! il fallait le voir... Mais je l'assure qu'on l'aurait positivement désobligé, si on lui avait assuré après... qu'il ne venait pas de me débaucher;.. Et puis, si tu savais combien ce masque d'innocence m'aidait à lui poser des questions outrageusement indécentes...
.1 l'.A NNE.
Auxquelles il te répondait?
ALICE
De... mon mieux!...
.1 l'A NNE.
Tues d'une perversité!
ALICE
Serait-ce la peine de prendre un amant, pour vivre, avec lui, une vie semblable à celle que l'on mène
a cri-: il — scène iv. 321
avec son mari?... V,i-t-on au restaurant pour goûter à la cuisine que Ton a coutume de manger chez soi?
JEANNE
Si tu veux. Mais il me semble que tu as tort de compliquer inulilemenl une liaison...
ALICE
Aucune complication, au contraire. Il ne connaît ni mon nom, ni mon adresse, rien, entends-tu, rien. Le jour où il me plaira de rompre, je ne retournerai pas chez lui, et tout sera dit ; déjà je lui ai raconté que je devais aller faire mes couches à la campagne ; eh bien ! un beau matin, je lui écrirai que je suis partie chez lante Agathe, et n-i-ni, ce sera fini!
JEANNE, ne comprenanl pas.
Tante Agathe !
A LIC F..
Oui, c'est une tante que je me suis donnée, comme je me suis donné une amie de pension du nom d'Henriette, une bonne qui s'appelle Rosalie, et quelques autres personnages imaginaires dont nous nous entretenons, d'ailleurs, souvent.
JE A NN i:.
Mais, ma pauvre amie, ce doit être épouvantable de mentir, ainsi, continuellement.
A LICE
Épouvantable! omis au contraire, c'est délicieux. Mentir, mais c'est être femme! La femme ne ment-
elle pas tant qu'elle est femme, c'est-à-dire tant qu'elle aime '?...
JEANNE
Permets!