LAUSANNE
IMPRIMERIE CONSTANT PACHE-VARIDEL 5, Escaliers-du-Marché, 5
La Faculté de Médecine de V Université de Lausanne , sans se prononcer sur les opinions du Candidat et en suite des rapports favorables de MM. les Professeurs Stilling et Rapin autorise V impression de la Thèse intitulée : Quelques cas rares de carcinomes, présentée par M. Georges Reutter, de Neuchâtel , pour l'obtention du grade de docteur en médecine.
Lausanne, le 26 mai 1901.
Le Doyen :
Dr RAPIN.
i \ m '..SI •
https://archive.org/details/b30600376
DE
CARCINOMES
Carcinome développé dans un athérome du cuir chevelu.
La transformation d'un athérome en carcinome est selon les auteurs des manuels de chirurgie ou de pathologie un fait assez fréquent. Mais lorsqu'on recherche des cas de ce genre dans la littérature, on est surpris de leur rareté. Un auteur qui s'est particulièrement occupé de cette question, Franke, 1 n'en trouve en tout que dix-huit. Depuis la publication de son travail, quelques nouvelles observations ont paru, 2 mais en somme le nombre des carcinomes de cette origine est encore très restreint, d’autant plus que parmi les cas cités certains auteurs semblent, d'après
1 Franke-Ueber das Atherom... in Langenbeck’s Archiv. für Klin Chirurgie. Yol. 34. 1886,
2 Franke-Virchow’s Archiv. Yol. 121, p. 444. Epidermoïde de la paume de la main, atteint de dégénérescence carcinomateuse. 1890.
Riedel. Deutsche Zeitsch. f. Cliir. Yol. XV.
Bolidt. Thèse de Berlin 1899. Beitragzur Lehre von der Entstelhung des Plattenepithelkrebses auf dem Boden des Atheroms.
Franke, avoir été trompés par des athéromes simplement ulcérés qu'ils auraient pris pour des cancroïdes.
Le cas suivant, opéré à la clinique chirurgicale de l'hôpital de Lausanne par M. le professeur Roux et mis obligeamment à notre disposition par M. le professeur Stilling, mérite donc d’être publié.
Résumé de l’histoire de la maladie.
(service de chirurgie du professeur Dr Roux).
Opération du 10 mars 1899.
Ch., 61 ans. — Depuis de nombreuses années la malade porte au cuir chevelu deux athéromes, situés l’un au vertex, 1 autre sur le pariétal gauche. Ce deuxième athérome, stationnaire depuis longtemps, a commencé à grossir dans le courant de l’été 1898. L’accroissement s'est fait assez rapidement et la peau a pris bientôt une coloration rouge. Au commencement de janvier 1899 la malade s'est taite à deux reprises de légères éraflures à la partie antérieure de la tumeur, qui s’est recouverte d’une croûte à 1 endroit blessé. Cette croûte s’est agrandie, puis a fait place à des bourgeons qui ont envahi peu à peu toute la partie inférieure de la tumeur.
L état général n’a pas souffert. Pas de douleurs locales ni irradiées.
Status local. — Au côté gauche de la tête, au niveau du paiiétal, on voit une tumeur de forme ovoïde, ayant des bosselures latérales irrégulières comme si elle était formée par l’agglomération de plusieurs tumeurs. Elle est allongée dans le sens antéropostérieur, la moitié postérieure est largement implantée sur les parties sous-jacentes, le pôle antérieur un peu pédicule surplombe au-dessus de 1 oreille. — La peau recouvrant la tumeur est glabre, lisse, légèrement rouge dans les 2/3 postérieurs ; le y. antérieur
a une surface granulée, bourgeonnante, qui saigne facilement. La tumeur a une consistance élastique et ferme en arrière, plus dure et friable dans la partie antérieure.
Opération le 10 mars 1899. Pas d’adhérences au périoste.
Examen macroscopique.
La pièce extirpée est un fragment de la peau du crâne, contenant une tumeur dont les dimensions sont : longueur 7 V* cm., largeur maximale 5 cm., hauteur 2,7 cm.
Figure 1
La tumeur, de forme ovoïde, est divisée par deux sillons peu profonds en segments, dont les deux premiers sont recouverts par la peau d’apparence normale, les poils diminuant progressivement en nombre vers le sommet.
On sent une petite cavité sur le côté gauche du segment moyen.
Le segment antérieur, très dur, ne repose pas sur le crâne comme les deux précédents, mais semble sortir du segment moyen. La peau, très amincie, laisse par places à nu le tissu néoformé, de couleur blanchâtre.
Sur une coupe médiane longitudinale (v. fig. 1), le segment postérieur se présente comme un kyste complète-
ment fermé (fig. 1, a) mesurant 15 mm. de haut sur 11 mm. de large, rempli par une masse jaunâtre formant des couches concentriques qui se désagrègent vers le centre en petits fragments entremêlés de spiculés calcifiés ; des dépôts calcaires se trouvent aussi dans la paroi du kyste.
Accolé à ce kyste se trouve un deuxième athérome (b) mesurant 8 mm. sur 10 mm., il présente des parois identiques, mais interrompues au pôle supérieur ; en cet endroit le tissu jaunâtre, dense de F athérome paraît entrer en connexions assez intimes avec le tissu constituant la partie antérieure de la tumeur (c).
Celle-ci forme une masse de 5 cm. de long, haute de 21/2 cm., se distinguant nettement des deux kystes par sa coloration bianchàtre et son aspect tourmenté. De la périphérie pénètrent de nombreux faisceaux conjonctifs grisâtres ou jaunâtres ; ils se ramifiaient en tous sens, et forment des travées, blanches et opaques. Le tout rappelle vaguement la coupe d’une glande.
Examen microscopique.
L’extrémité antérieure de la tumeur a l’aspect d’un carcinome à épithélium pavimenteux.
Les alvéoles sont assez petites, serrées ; sur leurs bords, les cellules sont petites, à noyaux foncés, vers le centre ces éléments deviennent plus grands, plus clairs, ils ont parfois deux ou trois noyaux pâles, et ils subissent en grand nombre la transformation cornée.
Les parties moyennes du néoplasme offrent un aspect très différent; les alvéoles s’agrandissent, disparaissent progressivement. On ne voit plus que des bandes épidermiques d’une épaisseur assez uniforme, contournées de toutes façons et formant de nombreux méandres. Un côté
de ces bandes épithéliales repose sur le stroma et se compose de quelques rangées de petites cellules à noyaux très foncés ; dans les couches suivantes les éléments s’agrandissent ; les noyaux, plus gros, sont pâles, et les cellules subissent l’évolution cornée. Il y a de nombreux globes épidermiques, et dans l’intérieur de ces méandres se trouvent des masses désagrégées, parsemées de grains calcaires.
La limite postérieure du néoplasme est marquée par une de ces bandes épithéliales, formant un contour assez régulier et reposant sur une couche continue de tissu conjonctif qui n’est autre que l’enveloppe fibreuse entourant le kyste voisin. Ce tissu conjonctif envoie par places vers la tumeur des prolongements qui repoussent en certains points le revêtement épithélial.
Le stroma de la tumeur est peu abondant, lâche, avec de rares cellules à noyau fusiforme, et des leucocytes. Il contient en outre de nombreuses masses hyalines, homogènes, colorées uniformément en rouge par la fuchsine. Dans les parties postérieures, beaucoup de granulations calcifiée^.
La peau qui recouvre le néoplasme s’amincit en avant et arrive à faire défaut par places. En plusieurs points les couches profondes sont en contact intime avec des alvéoles du carcinome, dont les cellules se distinguent par leur irrégularité, leur taille plus grande, leur coloration plus jaunâtre, leurs noyaux plus pâles et par la présence de cellules cornées ou de petits globes épidermiques. Ailleurs le derme est sillonné de traînées de cellules épithéliales et infiltré de leucocytes formant même de petits foyers de cellules rondes.
Le tiers postérieur de la tumeur est composé de deux athéromes, séparés de la peau normale qui les recouvre par une couche de tissu connectif d’une épaisseur d’un
millimètre, contenant des follicules pileux et des glandes sébacées et sudoripares normales.
Chaque kyste est entouré de plusieurs couches de tissu fibreux très dense, formant une véritable coque dans laquelle se trouvent de rares noyaux fusiformes, de petits vaisseaux et par place quelques leucocytes. Dans la partie où les deux athéromes sont accolés se trouvent des dépôts calcaires fortement colorés par l'hémalun.
L'intérieur de cette enveloppe est tapissé d'un épithélium très régulier, dont les différentes couches sont pareilles à celles de l'épiderme. Les cellules basales, correspondant à la couche de Malpighi, sont cubiques, un peu aplaties par la pression du contenu du kyste, et forment une ou deux rangées, à gros noyaux fortement colorés. Puis viennent plusieurs rangs de cellules plus riches en protoplasma, à noyaux plus grands et moins colorés. Quelques-unes sont devenues très grosses, ovalaires, le noyau a disparu, et le contenu a dégénéré en une masse uniforme finement granuleuse, avec de nombreuses vacuoles sur les bords. Dans la couche profonde se trouvent quelques cellules cornées et de petits globes épidermiques.
Plus loin les cellules s'aplatissent ; il se forme par places un véritable stratum granulosum, avec grains d'éléidine dans le protoplasma; les noyaux deviennent peu nets. La couche suivante correspond au stratum lucidum, les noyaux disparaissent et l'on arrive aux couches cornées, se colorant en rouge-orange vif par la liqueur de van Gfieson, et formant une masse épaisse à striations concentriques remplissant le kyste et se dégageant vers son centre.
Entre ces couches amorphes se trouvent des dépôts calcaires, par places assez considérables, colorés en violet intense par l'hémalun.
Les couches périphériques ne sont cependant pas absolument régulières ; en deux ou trois endroits, aussi bien
a la base qu'au sommet, des bourgeons épithéliaux repoussent devant eux les couches conncetives qui forment entre ces bourgeons des proéminences rappelant les papilles de la peau.
La structure de ces kystes rappelle donc la structure d’un épidermoïde. —
Chacun connaît les recherches de Franke , 1 Chiari, 2 Torœk, 3 etc., a ce sujet. Ces auteurs ont démontré qu’on doit distinguer les athéromes en deux groupes.