AYANT-PROPOS
Je ne dois pas m’engager ici dans le vaste champ que présente le mot sympathie , considéré dans toute sa latitude. Oserpénétrer dans ce labyrinthe inextricable, serait, je n’en doute point, un acte authentique de témérité : aussi mon unique dessein a toujours été de m’occuper de ce qui a trait à l’homme physique, tant en santé qu’en maladie ; de rechercher et d’apprécier la liaison intime qui existe entre toutes ses parties , d’en tirer des conséquences applicables à la médecine, et de passer ensuite à l’examen des corps alimentaires et médicamenteux qui ont avec quelques-uns de ses organes un rapport plus ou moins immédiat, et sur lesquels ils agissent d’une manière particulière. Aujourd’hui je me vois forcé d’abandonner, ou plutôt de suspendre un travail à peine ébauché, toutefois avec la vive persuasion de faire de cette partie essentielle et presque vierge encore de la pathologie et de la physiologie l’objet de mes méditations et de mes recherches ; et je me borne en ce moment aux considérations indiquées ci-dessus.
Quoique j’aie dit que cette terre était presque inculte ,
quelques parties en ont cependant été défrichées; l’ on peut consulter les divers ouvrages de physiologie, ainsi que ceux de Réga , de Bichat , notamment le mémoire de M. le professeur Roux ; il y a encore quelques thèses soutenues en cette faculté. Malgré ces divers traités, l’on peut regarder comme nouveaux, soit le sujet luimême , soit la manière de l’envisager.
Je suis fâché de ne pouvoir présenter ici que quelques idées générales trop peu développées, et sur lesquelles je sollicite l’indulgence des illustres professeurs mes juges, indulgence dont je sens d’ailleurs toute la nécessité.
SUR LÀ NÉCESSITÉ ET l’üTILITÉ d’ÉTUDIER
Depuis un temps immémorial, les physiologistes ont aperçu entre les diverses parties de l’organisation animale une espèce de liaison, d’accord, de consensus, connu sous le nom de sympathiej néanmoins.ce n’a été qu’après une longue série de siècles que l’on est parvenu à avoir sur ce point essentiel quelques légères notions ; bien que la cause première des phénomènes sympathiques, comme celle de beaucoup d’autres, soit encore et pour long-temps ignorée: mais est-ce là un motif suffisant pour que l’on doive en rejeter l’élude? Combien y a-t-il de phénomènes, tarit physiologiques que physiques et chimiques, etc., dont l’essence est complètement méconnue , et qui n’ont pas laissé de répandre un si grand jour dans les sciences , après qu’ils ont eu fixé l’attention des hommes illustres qui les cultivent aujourd’hui avec tant d’avantages !
Pour se convaincre de l’indispensable nécessite de faire une etude soignée et approfondie des sympathies organiques , on n’a qu a jeter un coup-d’œil sur les auteurs qui les ont négligées, réfléchir sur les résultats qu’ils ont obtenus, sur les difficultés et les obstacles
qu’ils ont eus à surmonter, et principalement sur le peu de progrès qu’ils ont fait faire à la pathologie, malgré les circonstances favorables qui les ont secondés, les vastes connaissances qu’ils ont embrassées et possédées, et toutes les conditions qu’ils ont apportées dans leurs observations profondes et long-temps continuées ; ce dont on ne peut douter, en examinant les nuances légères et à peine sensibles qu’ils ont découvertes dans les symptômes généraux des maladies; nuances qu’ils ont ensuite regardées comme des affections purement essentielles et isolées. Ces différences, aussi-bien que celles qui ont échappé à la profonde sagacité des anciens, que celles qui ont été signalées, sont tellement nombreuses et tellement variées, qu’il est très-^difficile, on peut même dire impossible, d’arriver à des résultats satisfaisans, si l’on considère ces groupes de phénomènes d’une manière trop abstraite, et qu’on ne les rapporte à quelque cause précise et déterminée, suivant le caractère qu’ils révêteat et l’aspect sous lequel iis se présentent à l’observateur.
Une des preuves les plus convaincantes que cette marche dans l’observation des phénomènes morbides, trop suivie jusque dans ces derniers temps, est entièrement défectueuse, c’est la différence énorme de ce que l’on trouve] même dans les meilleurs auteurs, avec ce que l’on observe au lit des malades ; c’est surtout le contraste et l’opposition de ces mêmes auteurs également recommandables. Suivant les uns, ce ne sont que saburres intestinales, que turgescence bilieuse, qui déterminent ou compliquent presque toutes les maladies; cependant tout le monde conviendra de nos joursqu une irritation quelconque, qu’une augmentation ou concentration des propriétés vitales augmente plus ou moins la sécrétion de l’organe qui en est le siège ; pourquoi voudrait-on établir une exception pour celle de la bile et du mucus intestinal? L’effet est donc ici pris pour la cause. D’autres ne voient que faiblesse, qu’adynamie, que putridité des humeurs ; d’autres qu’excès de force, qu’irritation, etc., et chacun ne manque pas d’apporter à l’appui de son système les observations les plus exactes et les plus concluantes.
Au milieu de ce conflit d’opinions diverses et d’une autorité également imposante, que peut faire le jeune praticien? Il est en quelque sorte obligé de se frayer lui-même une route par l’observation. Mais, s’il se borne strictement à observer, comme on en donne le précepte, c’est marcher, pour ainsi dire, les yeux fermés, malgré la longueur et la tortuosité du chemin; au lieu que celui qui s’éclaire du flambeau du raisonnement ( M,. Alibert ), quia des connaissances assez précises en anatomie joint des lumières physiologiques un peu étendues, peut, jusqu’à un certain point, trouver la raison de ce qu’il observe, l’apprécier et le réduire à sa juste valeur. Or, c'est un autre genre d'étude ; ce n’est plus la mémoire seule qui est mise en jeu : serait-elle la plus heureuse, elle est souvent fort infidèle, cette manière de procéder serait encore défectueuse, puisque les maladies, celles surtout dont le siège se dérobe à nos sens, offrent tant de variétés, qu’à peine pourrait-on en trouver deux parfaitement identiques.
Si l’on veut envisager les avantages que l’on peut retirer d’un examen attentif et approfondi de cette liaison intime de nos tissus, et s'arrêter un moment sur les résultats que doivent avoir de pareilles recherches , l’on ne dédaignera pas, je pense, de s’en occuper d’une manière sérieuse. En effet, si, comme l'a dit Bichat, l’on parvient à élaguer de chaque maladie tous les phénomènes sympathiques qu’elle détermine/quelle simplicité dans l’étude de la médecine! quelle certitude dans le diagnostic des maladies ! quelle assurance dans leur traitement! Quant aux bons effets que peut en retirer la thérapeutique , j’atirai occasion d’y revenir. Il me suffit d’observer ici, avec l’auteur que je viens de citer, que les sympathies ne sont pas assez souvent mises en jeu comme moyen curatif. Elles peuventêtre de la plus grande importance, dans le traitement dés maladies chroniques surtout. J’ai souvent vu M. Broussais en retirer des effets surprenans. Dans un très-grand nombre de cas, même désespérés, il suffit quelquefois de produire une forte déviation des fluides animaux et des propriétés vitales pour suspendre sinon pour arrêter la
marche de quelques maladies essentiellement destructives. « marche des maladies mortelles est retardée, dit M. Richerand- et telle femme phthisique qui n’avait plus que quelques mois a vivre prolonge sa carrière au-delà de la durée de sa gestation. »
Il n’entre pas dans mon sujet de faire rénumération des cas qui peuvent requérir la production de ce que M. Roux appelle phénomènes sympathiques artificiels ou thérapeutiques ; ceci rentre dans le traitement spécial de chaque maladie. Mais chacun sent combien il est essentiel de chercher à déterminer quelles sont les parties qui sympathisent le plus intimement. Quoiqu’il y ait quelques données à ce sujet, il reste encore beaucoup à faire, surtout si, au lieu de se borner à l’examen de l’homme pris d’une manière intrinsèque, l’on porte ses recherches sur les divers corps avec lesquels il est plus ou moins immédiatement en rapport,, et qui impriment des modifications particulières à l’ensemble des parties qui le constituent, ou bien seulement à chacune d’elles.
Plusieurs circonstances et plusieurs motifs me sémblent concourir à fixer l’attention des pathologistes sur l’étude des sympathies organiques; ce sont principalement :
1. ° Les lumières précises qu’ont répandues les recherches de M.le professeur Chaussier sur la disposition du nerf trisplanchniqüe, disposition qui permet de se rendre raison de certains phénomènes dont l’explication paraissait inabordable;
2 . °L’étude que chaque physiologiste peut faire de. lui-même, tant en santé qu’en maladie , étude qui démontre bien manifestement quels sont les troubles généraux qui peuvent résulter d’un simple dérangement, d’une simple lésion locale, même très-légère, et surtout du défaut ou de l’excès d’action de certains organes essentiels à la vie. L’on peut prendre l’estomac pour exemple , parce que ses sympathies sont d’autant plus prononcées que son rôle dans Yeconomie animale est plus important, et qu’on peut en quelque sorte à volonté le faire passer successivement d’un état à un autre.
3. ° La chirurgie, qui ne retire peut-être pas encore autant da-
vantages des progrès de la médecine moderne que sa pratique a fourni de lumières au médecin physiologiste. C’est ici en effet que , pouvant observer de plus près la marche qué suit la nature dans le développement des maladies et dans leurs divers états , il est permis de saisir avec plus de justesse les indications qu’elles présentent, et surtout l’epoque la plus favorable au succès des moyens employés. Aussi les méthodes perturbatrices jouissent-elles de quelques avantages contre les maladies dites externes, bien qu’elles ne soient pas toujours sans inconvénient. C’est encore par une observation Jbien exacte et a l’abri de tout préjugé des maladies chirurgicales que l’on peut évidemment se convaincre qu’une lésion d’abord bornée ne devient générale que par l’effet des sympathies ; c’est par elles que s’établissent ces troubles généraux plus ou moins développés que l’on observe quelquefois a la suite d’accidens assez légers , ou d’opérations par elles-mêmes innocentes : troubles que l’on a attribués à des maladies cachées, et n’attendant qu’ùne occasion favorable pour se manifester. Cela ne me paraît point très-exact ; sans cependant vouloir révoquer en doute la prédisposition naturelle / originelle, et surtout accidentelle des organes à devenir souffrans, je pense, au contraire, que c’est à la négligence de celte prédisposition qu’il faut attribuer les suites funestes de quelques opérations que l’on croyait raisonnablement avoir un plein succès ^ prédisposition qu’augmentent encore les affections locales et l’emploi des moyens violens qu’elles nécessitent. C’est enfin dans l’exercice de cette branche de la pathologie que l’on peut s’assurer de fidentité des phénomènes généraux qui résultent d’une lésion manifestement locale : comme un accident survenu chez un sujet jeune, fort, bien constitué, etc., et de ceux que l’on dit déterminés par une maladie essentielle.
4-° Le médecin physiologiste ne sera pas moins porté à étudier le rapport intime des organes par la pratique même de la médecine, qui, s’éclairant tous les jours des lumières que répandent les examens cadavériques, finira par secouer entièrement le joug de l’empirisme;
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lequel ne peut obtenir quelques succès qu’entre les mains les pl lls expérimentées. C’est sans doute ce quia fait dire avec beaucoup de justesse que le vrai tact médical ne pouvait être que le fruit d’une longue expérience; encore ne peut-on pas toujours l’acquérir en suivant la marche dont je cherche à démontrer lesinconvéniens. C’esten tenant un compte aussi exact des revers éprouvés que des succès obtenus que l’on bannira peut-être pour jamais les méthodes empiriques dans le traitement des maladies internes, qui ne se montrent souvent que par des symptômes généraux tellement variés, qu’il est impossible d’en déterminer l’intensité, quelquefois même la nature et lé siège. Pour me borner à un seul fait, témoins les effets trop souvent funestes des vomitifs, malgré la fréquence de leur administration , ce qui aurait du faire spécifier tous les cas où ils pouvaient être nuisibles.
5. ° Ce n’est guère que par l’effet des sympathies que l’on peut concevoir les phénomènes plus ou moins alarmans qui suivent quelquefois même instantanément la simple application sur la peau, et surtout l’ingestion dans l’estomac, etc., de certaines substances délétères. I/histoire des empoisonnemens fournit donc des preuves irrécusables de l’existence et de l’empire des sympathies, ainsi que des sources fécondes où le physiologiste peut puiser des connaissances /exactes.
6. ° Enfin l’anatomie pathologique, à laquelle il était réservé de venir porter un jour si lumineux dans quelques points obscurs de la médecine, et qui deviendra f écueil le plus formidable aux faux préjugés et aux théories erronées. C’est en effet par des examens anatomiques que l’on peut s’assurer de l’existence d’altérations de lésions très-profondes que l’on n’avait pas même soupçonnées pendant la vie, et qui déterminaient les symptômes dontla réunion constituait, disait-on ,-une maladie essentielle. Trop de faits rendent cette vérité incontestable pour que je ne me croie pas dispensé d en fournir des preuves. Je sais bien qu’il existe des cas dans lesquels 1 ouverture des cadavres ne démontre aucune trace, du moins ap-
parente, d’irritation; mais parce que nos sens n’ont pas assez de finesse pour les apprécier, faut-il conclure absolument, qu’il n’en existe pas / surtout pour le système nerveux sur lequel il règne encore une obscurité si profonde? Il faut se rappeler aussi que certaines inflammations peuvent avoir assez d’étendue, d’intensité et de rapidité dans leur marche pour étouffer entièrement la vie avant d’avoir produit des lésions sensibles de tissu. Ceci ne peut être révoqué en doute, puisqu’on l’observe dans quelques phlegmasies cutanées. Bichat parle d’érysipèles dont il ne restait aucun vestige quelques heures après la mort, bien qu’ils fussent très-développés au moment où l’individu avait succombé.
Un des points les plus essentiels relativement à l’étude de ce consensus omnium , et qui a été presque entièrement oublié, c’est de déterminer, i° quelles sont les parties del’économie animale qui irradient le plus de sympathies ; 2 ° quelle est l’influence que chacune d’elles exerce sur les divers tissus et les divers organes ; 3° quelles sont les principales différences des phénomènes sympathiques d’après leur point de départ. Quelque importante que me paraisse la solution de ces trois problèmes v je mécontenterai de l’effleurer très-superficiellement, parce qu’il ne suffit pas d’énoncer des faits, il faut les prouver, même aux personnes les plus portées à les récuser. Les détails et les preuves nécessaires m’entraîneraient en ce moment beaucoup plus loin que ne peut le comporter cette dissertation.
Il est aisé de se convaincre que plus une partie ou un organe est essentiel à la vie , plus il jouit à un haut degré des propriétés vitales , plus sont nombreux et développés les troubles généraux dont s’accompagnent ses lésions, même légères. Parmi les preuves nombreuses qui se présentent à l’appui de cette vérité j’en choisis de préférence une qui, envisagée dans toute son étendue , suffirait pour établir les trois propositions déjà énoncées. Il est ici question de l’influence spéciale et très-remarquable qu’exercent les principaux organes sur le reste de l’économie animale à mesure qu’ils
acquièrent la pre'dorainance que la nature leur à départie. C’est ainsi que le cerveau , le poumon, le cœur, les organes génitaux et digestifs, paraissant successivement sur la scène, et devenant en quelque sorte des centres de vitalité , impriment, soit au physique soit au moral de l’homme, des modifications et des changemens bien dignes d’être examinés par les physiologistes et les pathologistes. Il en est de même lorsque l’un de ces mêmes organes conserve sur les autres une prépondérance plus ou moins marquée.
Malgré les données que Ton possède sur ce qui a trait à la seconde question, pour la résoudre d’une manière complète, il faut encore des recherches exactes, multipliées et long-temps continuées, mais dont on peut calculer devance les heureux résultats. Or, il suffit de savoir que des effets résultans des sympathies organiques naissent le nombre prodigieux , les variétés infinies de symptômes généraux qui sont le cortège ordinaire de la plupart des maladies graves. Il ne faut point perdre de vue , dans ces observations , que, d’après une manière d’être particulière de l’organe qui irradie la sensation , et de ceux qui la reçoivent, il arrive très-souvent que l’un ou plusieurs de ces derniers en sont affectés au point de devenir le siège de la lésion principale , et de produire des troubles assez considérables pour masquer ceux déterminés, soit par l’affection première, soit par la souffrance des autres parties : de là cet adage si connu : duobus doloribus, haud in eodem loco, simui obortis , vehementior obscurcit alterum. ( Hipp. ) Ce père de la médecine avait déjà reconnu quelques-uns des effets des sympathies. Ii dit, seet. 4, page 4o8 : TJnacjuœcjue vero corporis pars altéra alleri, cum bine vel illinc perruperit, statim morbum facit.
Le cœur est, de tous les organes, celui dont les changemens sont les plus sensibles , et par conséquent ils ont été étudiés avec plus de soin. Il est bien évidemment influencé d’une manière spéciale et propre à la partie qui produit la sensation; c’est ce que prouvent les variétés nombreuses du pouls , appréciables au toucher des personnes exercées. Mais de la connaissance dé ces variations dans
le battement des artères auraient dû découler des conclusions plus rationnelles que celles que l’on en a tirées. En effet , s’il est des organes dont la souffrance fait exécuter au principal agent de la circulation des mouvemens plus grands, plus forts, plus développés, l’expérience et l’observation démontrent bien manifestement que la lésion de quelques autres lui impriment un certain degré de rigidité , de faiblesse , de constriction. D’après ce fait, qui, joint à la concentration des propriétés vitales à l’intérieur, constitue l’un des principaux caractères de quelques phlegmasies abdominales , doit-on conclure qu’il existe un état de faiblesse et d’adynamie, lors même que la réunion des circonstances concomitantes fait rationnellement penser le contraire ?
Quoique l’on ait déjà remarqué et même signalé quelques-unes des différences que présentent les symptômes généraux des maladies d’après la source d’où ils émanent, ce point requiert encore beaucoup de faits de la part de l’observateur; et il s’en faut beaucoup qu’on ait déduit de ceux qui sont connus des conséquences exactes et précises, surtout que l’on en ait fait une application convenable à l’étude et à la pratique de la médecine.
Tout le monde sait combien sont nombreuses les maladies qui manquent absolument de symptômes idiopathiques, ou du moins ils sont inappréciables à nos sens; et, dans ces cas, l’on est réduit à l’observation de troubles généraux, quelquefois tellement confus, et déterminés d’une manière si vague , que les praticiens les plus éclairés peuvent à peine s’y reconnaître. Un tel état, qui peut être très - embarrassait, si le médecin n’est appelé qu’à une époque avancée d’une maladie intense , un tel état, dis-qe , me paraît résulter d’une réaction simultanée et également énergique des divers organes mutuellement influencés , quel qu’ait été le siège primitif de l’affection.
Pour rendre plus sensible la différence des effets produits par les sympathies, je vais prendre un exemple parmi les faits les mieux connus, et examiner si l’appareil digestif souffrant exerce sur Je
reste de l’économie animale une influence analogue à celle des autres principaux organes, ou, en d’autres termes, si lés phénomènes généraux résultant des lésions du canal intestinal sont les mêmes que ceux déterminés par la souffrance des autres principaux organes.
Lorsqu’il s’agit d’une gastro-entérite un peu ancienne, l’on connaît l’état de la peau , sa rugosité, sa sécheresse , son aspect terne, et en quelque sorte terreux. Une lésion du poumon ne produit rien d’analogue, et le plus souvent c’est un effet opposé. L’état des organes des sens et des parties revêtues par une membrane muqueuse varie beaucoup, suivant que cette membrane participe plus ou moins à l’inflammation : il faut cependant en excepter la langue, qui offre un caractère à peu près constant. Les sécrétions , et surtout la folliculaire, éprouvent des çhangemens particuliers et très-remarquables; mais ce qu’il y a de plus important, c’est l’influence spéciale que ces phlegmasies, soit aiguës, soit chroniques , exercent sur le coeur, le cerveau, et Sur l’appareil actif de la locomotion; et cette influence sympathique est d’autant plus essentielle a connaître qu’elle est constante, caractéristique, et très-propre à induire en erreur , si elle est ignorée. En effet, l’on n’a pas de peine à croire que rabattement du malade, sa répugnance extrême à toute espèce de mouvement, sa faiblesse, sa prostration apparente, et qu’il croit réelle ; que sa langueur, sa morosité, ses idées, ses présages sinistres ; que la constriçtion , j e resserrement, la précipitation dans les mouvemens du coeur (y joint l’état âe la peau et des sécrétions) ; l’on n’a pas de peine a croire , dis-je, que de tels symptômes, dont s’accompagnent quelquefois même dès leur début ces phlegmasies un. peu intenses , ont pu faire croire à l’existence d’adynamies parfaitement simulées.
Lorsque le thorax est le point des irradiations sympathiques , leurs effets sur le cerveau et sur l’appareil musculaire sont entièrement opposés aux précédens, abstraction faite du résultat de fonctions qu’exécutent les organes malades,
#e ne dirai rien des phénomènes sympathiques que déterminent les lésions du système nerveux» leur irrégularité fait leur caractère ; et il y a encore trop d’obscurité dans cette partie de la physiologie et de la pathologie.
Il ne faut jamais perdre de vue, dans l’étude des sympathies, .qu’un organe ne peut rester long-temps seul malade; et lorsque l’on veut examiner les effets de la souffrance de l’un, il faut s’assurer de l’intégrité des autres.
HIPPOCRATIS APHORISMI.
Gùm morbus in vigore fuerit, tune vei tenuissimo victu uti necesse est. Sect. i ? aph. 8. 5 • 7
Mutationes anni temporum maxime pariunt morbos : et in ipsis temporibus mutationes magnas, tum frigoris, tum calons, et cætera pro ratione eodem modo. Sect. 3 , aph. i.
Frigida, velut nix , glacies , pectori inimica ; tusses movent, sanguinis eruptiones et catarrhos inducunt. Sect. 5 , aph. 24 »
,• i ' iv.
Mulieri menstrua si Telis cohibere , cucurbitam quàm maximam ad mammas appone. Ibid. , aph. 5 o.
A dolore vehementi p^rtium circa ventrem extremarum frigus , malum. Sect. 7 } aph. 26.
A sanguinis fluxu delirium, aut etiam conyulsio , malum. Ibid.j aph. 9.