OBSERVATION XXV
(Maisonnet et Chauvin, Revue de Chirurgie, 1917.)
H., tirailleur marocain. Plaies étroites aux deux cous-depied par éclat d’obus.
1° A gauche : Fracture ouverte pluri-fragmentaire de la malléole externe. Débridement. Esquillectomie. Immobilisation.
2° A droite : plaie pénétrante de l’articulation à sa partie antéro-interne.
Débridement. Immobilisation. Evacuation précoce.
À propos de lObservation XVI, nous signalons que J. Ringenbach (1) a remarqué que les brûlures étaient fréquentes chez les noirs du Cameroun. Ils présentent des cicatrices rétractiles consécutives à l’action du feu qui brûle nuit et jour dans la case indigène (danger pour le jeune enfant peu surveillé). |
2° Actes opéraloires. -— Les faits que nous rapportons précédemment, concernant : 1° La manière dont les individus de couleur supportent les traumatismes, 2° la la cicatrisation rapide de leurs plaies accidentelles, nous permettent de deviner quelle sera leur façon d’être vis-à-vis des
(1) Société de Pathologie exotique, 12 mai 1915.
nor
actes opératoires. En effet, les interventions aseptiques pratiquées chez eux présentent ce caractère commun d’être supportées d’une façon remarquable et d'évoluer vers la guérison dans un délai relativement court, comparé à ec que lon observe chez les blancs.
Dans le service de M. le Docteur Verdelet, tous ces sujets ont bien supporté l'intervention, tous ont eu des suites opératoires immédiates parfaites. Tandis que chez les blancs il convient d'attendre un délai de quinze jours à trois semaines pour voir se terminer d'une façon complète la cicatrisation d'une hernie inguinale, chez plusieurs des sujets en question, il a suffi d’une dizaine de jours. (Observation de hernie inguinale par Lacouture.) Cette guérison des plaies opératoires a lieu malgré les mauvaises conditions dans lesquelles se mettent eux-mêmes les malades, qui sont le plus souvent très indociles. Il arrive, en effet, qu’ils enlèvent complètement leur pansement, fort peu de temps après être sortis de la salle d'opération, mettant ainsi leur plaie récente en contact avec leur chemise et leurs draps.
De plus, ils portent souvent leurs mains à leurs plaies; témoin ce sénégalais, auquel on venait de pratiquer une omphalectomie pour hernie ombilicale, qui enleva son pansement et fit craquer ses points de suture, en dépit de quoi il cicatrisa dans un délai de 19 jours.
Nous retenons encore l'attention sur ce fait rapporté plus haut et signalé par Renault, concernant ce jeune Annamite sur lequel il pratiqua des greffes de Thiersh, qui prirent parfaitement, bien que le blessé fit preuve dune indocilité notoire.
Nous ne relatons ici que deux observations où seuls les actes opératoires ont présenté de Fintérêt. Pour les faits auxquels nous venons de faire allusion, nous renvoyons à ces observations :
Hernie inguinale, Lacouture (Semaine médicale, 1919).
Hernie ombilicale, D' Verdelet (GCaducée, juillet 1919).
Nous noterons que J. Ringenbach et Guyonnarch signa-
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lent qu’au Cameroun (1) : Parmi les affections chirurgicales, la hernie occupe la première place. Chez l'enfant, c’est la hernie ombilicale. La plus fréquente pour l’homme est la hernie inguinale; chez la femme âgée et qui a.eu de nombreux enfants, c’est la hernie abdominale, consécutive à une éventration en un point de moindre résistance de la paroi et constituant une tumeur arrondie, pédiculée, pouvant descendre au-dessous de la crête iliaque.
L’indigène accuse les vers intestinaux de causer ces désordres et les gargouillements sont pour lui le « cri des helminthes ».
Pas d'appareil de contention. Aucun traitement. Rarement phénomènes d’étranglement.
OBSERVATION XXVI (Personnelle).
Extraction de balle de révolver.
M... S.., sujet marocain de 35 ans, chauffeur à bord du vapeur « Lord Ormera » est blessé le 1* mars 1919 d’un coup de revolver à la jambe droite; la balle a pénétré par la partie supéro-externe de la jambe et est venue se loger sous la peau de la partie inféro-interne; on la perçoit nettement. Aucun organe important n’a été touché par la balle. Un examen radiographique est pratiqué : on voit la balle de petit calibre à peu de distance de la surface des téguments.
Le 7 mars on extrait la balle; la plaie est laissée béante.
Guérison complète en cinq jours.
OBSERVATION XXVII (Personnelle).
Extraction de balle de revolver.
Ali-Abdala, Algérien, 40 ans, chauffeur à bord du vapeu:
(1) Société de Pathologie exotique, 12 mai 1915.
« Lord-Ormera », est blessé d’un coup de revolver en même temps que le sujet de l'observation précédente. La balle traverse la partie postérieure de la cuisse gauche et vient se loger sous la peau de la partie inféro-interne de la cuisse, d’où on
l'extrait facilement le 7 mars 1919.
Les suites opératoires furent aussi bonnes que dans le cas précédent; la guérison fut également définitive en cinq jours.
3° Fractures. — S'il est signalé par plusieurs auteurs combien sont fréquentes, chez les exotiques, les plaies accidentelles, brûlures et contusions, nous n’avons rencontré aucun document ayant trait à la fréquence des fractures chez ces mêmes sujets. Nous n'en avons recueilli que deux observations.
Deux points dans l'évolution de ces fractures nous paraissent dignes d'attirer l'attention, c’est : 1° la facilité avec laquelle elles se sont consolidées, et 2° la conservation presque complète de la fonction. Nous trouverons cependant encore ici un exemple des plus nets de lindocilité de certains malades : Le cas de cet indo-chinois fracturé de cuisse (Observation XXIX) est des plus suggestifs.
Il nous semble intéressant de signaler ici ce que le docteur Walther rapporte dans le Caducée, 1911 :
Un rebouteux marocain, élève du médecin Sidi-bel- Abbes, traiterait avec succès un certain nombre de fractures. Après avoir fait la réduction, il frictionne le membre avec une matière grasse et l'enveloppe avec un lainage; au moyen d’un appareil à attelles il obtient une immobilité toute relative.
Pour les fractures ouvertes, il applique en outre un cataplasme fait avec une infusion de tiges de fouila. Les résultats seraient très satisfaisants.
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OBSERVATION XXVIII (Personnelle).
(Recueillie dans le service de M. le Professeur Venot.)
£scoba Jean, sujet chilien de couleur. Porté à l’hôpital en état de shock très grave; on suppose qu'il a été blessé dans une chute. A l’examen des plaies multiples : une plaie profonde avec grand décollement au-dessus de la crête iliaque droite, qui apparaît dénudée et d’où il se détache plusieurs petites esquilles. Le blessé présente, en outre, une fracture ouverte de la jambe droite.
Dès son arrivée, il est pratiqué sous chloroforme un net-. toyage aussi complet que possible de ces différentes plaies; à chaque pansement au niveau de la crête iliaque on retire, pendant plusieurs jours, un grand nombre de petites esquilles et de parcelles de charbon.
Dix jours après, comme il se plaignait de douleurs dorsales, on s’aperçut qu'il avait une gibbosité douloureuse siégeant à la partie inférieure du dos; à ce niveau il y avait une petite plaie. Le sujet ayant les jambes couvertes de pansements, on n'avait pas remarqué qu'il était paralvsé des membres inférieurs; On trouva ainsi une cause au relâchement des sphincters. Il avait une fracture incomplète de la colonne vertébrale.
Pansements fréquents. Lorsque la suppuration se fut tarie, on lui appliqua un appareil plâtré.
Le 15 septembre le malade marchait très convenablement avec l’aide d'une canne; sa colonne vertébrale était à peu près complètement redressée.
OBSERVATION XXIX (D' Paulhiac.)
(Prise à l'hôpital militaire de La Rochelle.)
X..., travailleur indo-chinois, entre à hôpital militaire, le 20 juin 1919 pour une fracture de la cuisse droite.
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A l'examen on constate tous les signes cliniques d’une fracture du fémur, siégeant entre le tiers moyen et le tiers inférieur; le fragment inférieur semble légèrement dévié en arrière.
On lui applique immédiatement un appareil d'Hennequin avec une traction continue exercée par un poids de cinq kilogs.
Le 28 juin on constate un gros cal régulier au niveau de la fracture; mais on s'aperçoit que le malade détache, toutes les nuits et souvent au cours de la journée, le bandeau qui maintient fixée la corde de traction au niveau des condyles fémoraux. La corde étant alors attachée d’une façon plus solide, le malade la sectionne la nuit suivante. Elle est alors remplacée par des fils téléphoniques. On n'obtient pas un meilleur résultat puisque le sujet relève les poids et les met sur son lit. Au bout d'un mois d'une traction qui peut être considérée comme illusoire, l'appareil est enlevé.
Au moment où nous quittions l'hôpital, le 30 juillet, notre malade, 10 jours après sa fracture, circulait avec une canne et montait même les escaliers.
A l’examen, les mouvements actifs et passifs sont presque normaux, sauf un peu de gène dans la flexion de la jambe sur la cuisse. Le raccourcissement est de 2 centimètres 1/2 seulement; légère atrophie musculaire. A la radiographie on constate un cal normal, régulier; les deux fragments sont presque
sur le même axe et chevauchent très légèrement.
le Infections. — Parmi les assez nombreuses observations que nous avons relevées et qui sont rapportées dans les pages précédentes, il nous est facile de remarquer que la grosse majorité des plaies, même graves, ont guéri sans amener de complications infectieuses, alors que Papparition de celles-ci aurait paru assez normale si lon tient compte du peu de soins immédiats dont furent entourées ces plaies.
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Nous croyons donc pouvoir avancer que les infections et suppurations secondaires à des plaies sont rares chez les exotiques.
En ce qui concerne les infections primitives d'emblée on n'en signale que de rares cas isolés. Le D’ Paulhiac a rencantré trois conjonctivites chez des Indo-Chinois à La Rochelle. T. Motais (1) signale dans les environs du Tchad quelques conjonctivites catarrhales et purulentes et des kératites à hypopion (traumatismes dela végétation épineuse).
Le D' Francis Munch (2) nous parle de la fréquence et de la gravité du tétanos.
Personnellement nous n'avons pas rencontré de cas d’appendicite et nous le regrettons, car la question est assez complexe et intéressante.
Pour un certain nombre d'auteurs (Guiard, Metchnikoff, Blanchard) l'appendicite est très souvent d’origine vermineuse; les parasites incriminés sont presque constamment l’ascaride, l'oxyure, le tricocéphale. Quand ces hématodes siègent dans la région ileo-cæcale, comme ils sont obligés de pénétrer dans la paroi de l'intestin pour se nourrir de sang, ils peuvent irriter les fibres nerveuses et les cellules ganglionnaires sympathiques; ce serait, d’après le professeur Blanchard, l'origine de la douleur typhlo-appendiculaire.
Le professeur Guiard pense que si cette action mécanique peut expliquer certains cas d’appendicalgie et certaines formes frustes et à répétition, elle ne donne pas une expli- ‘ation suffisante d'un grand nombre de cas cliniques et particulièrement de ceux qui se compliquent d’inflammation et de suppuration. Il cherche alors à démontrer qu’en pénétrant dans la paroi de l'intestin, les nématodes peuvent y ensemencer les bactéries pyogènes banales du con-
() Société de Pathologie exotique, juin 1914 (2) Semaine médicale, 1903.
PEUGCR Mer tenu intestinal; ce serait là d’après lui la véritable origine des accidents inflammatoires de la typhlo-appendicite.
Or tous ces parasites sont beaucoup plus fréquents dans les pays chauds que dans les zones tempérées. Si l’on admet cette théorie de l'origine parasitaire de l’appendicite, il paraît logique de supposer que l’on rencontrera un grand nombre de cas chez les exotiques. Henry publie, en effet, dans le Caducée, 1912, les observations de plusieurs cas d’appendicite par ascarides, observés à Cayenne; il a rencontré un appendice dans lequel un ascaride était complètement engagé.
Un autre auteur, Guégan, Caducée, 1903, se range à l’opi- Lion qui semble être la plus répandue, à savoir que l’appendicite est une rareté chez les Arabes; d’après lui la cause en est que ces gens ont une alimentation presque exclusivement végétarienne.
On peut admettre, en effet, que l'alimentation a une influence sur l’éclosion de lappendicite, et cette opinion est à peu près générale. Cette affection peut être souvent méconnue chez certaines races.
Brunswic le Bihan nous en indique la raison dans larticle suivant paru dans la Semaine médicale, 1904 et que nous nous permettons de reproduire :
« On a dit que l’appendicite était exceptionnelle chez les » Arabes, je ne suis pas de cet avis. S'il est vrai qu’elle est » réellement rare chez les nomades de Fintérieur qui se » nourrissent très sobrement, il n’y a à priori aucune rai- » son pour qu'elle ne se produise pas chez les Arabes cita- » dins qui sont des mangeurs de viande. Il est toutefois » incontestable que ke médecin a moins souvent loccasion » d'observer cette affection en Tunisie qu’en Europe, tout » d’abord parce que les indigènes n’ont pas toujours re- » cours à ses soins et aussi parce que lappendicite des » Arabes paraît avoir une physionomie spéciale, moins » péritonéale que chez nous.
» J'ai eu l’occasion d'observer d'assez nombreux cas
LES » d’appendicite; j'en ai opéré 12 à l'hôpital de Tunis; ces » 12 cas présentaient un type commun : appendicite sup- » purée rétro-cæcale. Il se pourrait que ce ne fût là qu’une » série particulière, mais j'ai pu vérifier sur le cadavre » uné disposition anatomique assez curieuse. Sur 35 sujets, » 26 avaient un appendice nettement rétro-cœcal, qui, chez » 21 d’entre eux était appliqué sur la fosse iliaque par le » péritoine sans méso; de sorte que la face postérieure de » l’appendice était en contact immédiat avec le tissu cellu- » laire sous-jacent. »
Nous avons rassemblé quelques observations ayant trait à des infections graves; elles se sont terminées, en général, de la façon la plus heureuse.
L'Observation XXXI présente un intérêt tout particulier à propos du diagnostic de l’érysipèle chez les noirs; l’érythème avait passé complètement inaperçu; lœdème et l’adénopathie avaient fait croire à un phlegmon du cou; le diagnostic ne fut fait que plus lard grâce au bourrelet.
OBSERVATION XXX (D' Verdelet).
Panaris et ostéite du pouce.
S.. Alfred, âgé de 22 ans, ouvrier, originaire du Sénégal.
En août 1917, il se fait une plaie au pouce droit à la suite d'un accident. Pas de soins. Il se forme un panaris. Pansements très irréguliers. Il finit par se produire une ostéite de la dernière phalange du pouce.
Le 26 novembre 1917, anesthésie chloroformique. Curettage. Sort le 2 janvier 1918, ayant encore un petit trajet fistuleux. Le malade ne songe plus à se soigner et il se produit de nouveau une vaste suppuration qui nécessite son entrée à l'hôpital.
Le 21 janvier : Désarticulation de la deuxième phalange. Suites opératoires normales. Malade sort guéri le 18 février.