QUELQUES EXPÉRIENCES SUR LE PÉRITOINE DES CHIENS
Avant de rapporter en détail les expériences que nous avons entreprises, nous allons dire quelques mots de la façon dont nous avons pratiqué nos diverses opérations. Et d’abord nous devons dire que les chiens sur lesquels nous avons opéré séjournaient au laboratoire de clinique, qui réalise à un haut degré les conditions d'un milieu infectieux.
C'est là peut-être qu'il faut chercher l'explication d’une mort que, souvent, les lésions trouvées à l’autopsies étaient insuffisantes à expliquer.
Dans toutes nos expériences, nous nous sommes appliqué à produire, du côté de la séreuse péritonéale, le moins de lésions traumatiques possible. Pour obtenir ce résultat, nous incisions avec soin et successivement les différentes couches des parois abdominales, et arrivé sur la séreuse, nous faisions une boutonnière juste suffisante pour permettre l'introduction de la canule de verre destinée à pénétrer dans l’abdomen. A celle-ci
ERP TE
était adapté un tube de caoutchouc qui permettait d’injecter plusieurs litres de liquide sans tirailler la séreuse, et sans perdre une goutte de liquide. Ajoutons que nous portions à la température de 40° c. toutes les solutions dont nous nous servions. L’injection terminée, nous pratiquions la suture de la plaie abdominale, puis nous abandonnions l’animal à lui-même. Nous avons remarqué, chez tous les chiens qui ont survécu plus: de deux ou trois jours, que la suture du péritoine amenait une réunion immédiate parfaite et résistante, tandis que les sutures superficielles donnaient lieu à une plaie de mauvais aspect avec une suppuration plus ou moins abondante.
Expérience I
Injection de 70 c.c. d'une solution de légumine en putréfaction
Petit chien de trois semaines, pesant 3 kil. 500. Le 6 mars, à trois heures du soir, on injecte dans la cavité abdominale 70 c. c. de ladite solution. A la suite de cette injection, la température s’abaisse rapidement et de 38°5 tombe à 37°4. Puis bientôt apparaissent des convulsions ; les mâchoires sont fortement serrées, les yeux fermés, la muqueuse buccale décolorée. L'animal fait entendre des plaintes vives et continues, et on constate un affaiblissement notable des battements cardiaques, avec accélération des mouvements respiratoires.
Une demi-heure après l'injection, la température rectale est descendue à 36° 7.
Abattement considérable. Immobilité presque absolue, troublée seulement par quelques secousses convulsives.
À dater de ce moment, 3 h. 30, la température reste stationnaire jusqu’à quatre heures, où elle commence à remonter.
Apparition d’un tremblement très accusé de tout le corps;
une salive filante, visqueuse, s'écoule de la bouche en assez grande abondance,
À 4h.30 la température rectale est remontée à 37°8 : le tremblement a beaucoup diminué ; l’œil est ouvert, le regard vif, et bien que les plaintes continuent, l’état général s’est amélioré d’une façon notable.
On sacrifie l'animal, et on retire de la cavité péritonéale
80 c. c. de liquide.
Il y a donc eu un mouvement d’exosmose qui a donné lieu à l’exhalation de 10 c.c. de liquide.
Expérience Il
Injection d'eau salée. — Solution à 10/1.000
Chien bouledogue de 7 kil. 500. — Le 7 mars, à trois heures du soir, on injecte dans la cavité abdominale 200 gram. de la solution salée. Cette opération est suivie d’une période d’excitation très accusée ; plaintes assez vives et fréquentes. L’animal se lèche presque continuellement. Les battements du cœur sont forts et tumultueux.
À 4h. 15 on injecte à nouveau 450 gr. de la même solution. On ne constate pas de modifications sensibles ni dans la température, ni dans la fréquence des mouvements respiratoires,
Le 8 mars, à trois heures du soir, le ventre n’est ni ballonné, ni douloureux à la pression. L'animal continue à se lécher très souvent.
A 3h. 15, on fait à nouveau une injection de 500 gram. de la même solution. A la suite de cette opération, la température qui n'avait pas dépassé 38°5, monte rapidement à 39°5, en même temps que la respiration devient embarrassée, irrégulière ; on constate que l’ampliation thoracique se fait mal. Le ventre est tendu, et l'animal fait entendre des plaintes vives et continues.
Le 9 mars, la température est retombée à 38°6, la tension
du ventre a disparu, la pression sur les parois ne détermine pas la moindre douleur, et tout semble prouver que le liquide injecté est complètement absorhé.
Expérience HI
Injection d'une solution de glycose, 21.80/1.000.
Chienne pesant 12 k. 190. — Avant toute opération : Température rectale 39°5. — Pouls 136. — Respiration 20.
À 3 heures du soir, on fait pénétrer dans la cavité péritonéale un litre de la solution au moyen d’une pression de 2 mètres 75.
À 3h. 30. Température 38°8. — Pouls 140. — Respiration 24.
À 4 heures, on fait pénétrer à nouveau un litre du même liquide.
, A 4h. 15. Température 38°1. — Pouls 140. — Respiration 24.
À 4 h. 30, on injecte de nouveau un litre de liquide. On constate alors que la tension du ventre est considérable, et qu'il présente un météorisme très accusé, descendant un peu audessous de l’ombilic. Recherchant alors comment se fait la propagation des bruits du cœur, on trouve qu'ils se propagent avec la plus grande netteté dans toute la partie météorisée. À gauche, on les perçoit dans l'hypochondre, jusqu'au niveau d’une ligne allant de l'ombilic à la partie supérieure du pl de laine. A droite, ils se propagent un peu moins bas, on ne les perçoit plus au-dessous de l'horizontale passant par l'ombilic.
À 5 heures, la température est tombée à 37°6, tandis que la respiration, est à 32. Mort dans la nuit.
A l’autopsie, on trouve dans la cavité abdominale environ deux litres de liquide "contenant 10.60/1.000 de glycose.
Nous avons omis de dire que le liquide injecté avait été placé dans un vase ayant contenu une solution de carmin. C’est pourquoi nous voyons que tous les organes contenus dans la cavité présentent une belle coloration carminée toute superficielle.
st ES Traversant le diaphragme, cette coloration remonte jusque dans le péricarde, mais est limitée à sa face inférieure. La plèvre diaphragmatique présente également cette coloration, mais à un degré un peu moins accusé que les organes contenus dans l'abdomen.
Je
Expérience IV
Znjection d'une solution de glycose, 53.62/1.000.
Chienne de 9 k. 500. — Le 15 mars, à quatre heures du soir, température rectale, 388. — Pouls 64. — Respiration 16.
À 4 h. 30 on injecte dans la cavité abdominale un litre de la solution. Cette opération est suivie d’une agitation très-vive et de plaintes très-accusées.
À 5h. 15 température 38°. — Pouls 100. — Respiration 28.
A 5h. 45 température 37°%5. — Pouls 120. — Respiration 32.
À ce moment, on pratique le cathétérisme, mais on ne peut obtenir que quelques gouttes d'urine qui, soumises à l’analyse, ne peuvent réduire la liqueur de Fehling.
Le 16 mars, on analyse de nouveau l'urine de l'animal, et on constate qu’elle contient un peu de glycose, mais en quantité si minime qu’il est impossible d'en opérer le dosage.
L’acide nitrique fait -apparaître un léger nuage albumineux.
A deux heures du soir surviennent des vomissements bilieux assez abondants, en même temps qu’une diarrhée également bilieuse, et à 2 h. 30 la mort arrive.
A l’autopsie, on trouve à peine quelques gouttes de liquide, légèrement coloré, dans la cavité abdominale.
La séreuse ne présente aucune trace de péritonite.
Les intestins sont rouges, congestionnés,
L'estomac contient environ 500 gr. d’un liquide bilieux, noïrâtre, d’une odeur nauséabonde. La muqueuse présente une coloration noirâtre assez accusée.
On recueille le sang de la veine cave, et le liquide contenu dans la cavité stomacale, et on les soumet à l’analyse, mais on n’y découvre pas la présence du glycose.
Expérience V Injection d'une solution de glycose, 28.2/1.000.
Chienne pesant 15 k. 400. — Le 18 mars, à deux heures du soir, température 39°8. — Pouls 120. — Respiration 16.
À trois heures, on injecte dans la cavité abdominale, deux litres de la solution. Immédiatement après, l'animal fait entendre des plaintes très-accusées, et on constate un développement considérable de la circulation sous-cutanée abdominale.
À 3 b. 30, la température est tombée à 38°8. — Pouls 132.— Respiration 24.
À 4 heures, on fait une saignée de 50 gr. à l'artère fémorale, et on trouve que ce sang contient 2.40/1.000 de glycose.
À 5 heures : Température 37°2. — Pouls 132. — Respiration 40. Abattement considérable. Respiration stertoreuse. Mort dans la nuit.
A l’autopsie, on trouve que la cavité péritonéale renferme environ 400 c. c. d’nn liquide rouge brun, très fortement albumineux et contenant 6.40/1.000 de glycose.
Expérience VE Injection d'une solution de glycose, 17.50/1.000.
Chienne pesant 8 k. 800 gr. — Température 38°9. — Pouls 122. — Respiration 20.
Le 20 mars, à 9 heures du matin, on injecte dans la cavité abdominale 900 c. c. de la solution de glycose.
À 10 heures : Température 37°7. — Pouls 160. — Respiration 28.
A 2 heures du soir, on pratique le cathétérisme, et on recueille une urine qui contient quelques traces de glycose, résultat fourni par la liqueur cupro-potassique aussi bien que par le polarimetre. \
NC
À 3 heures, on fait une saignée de 50 gr. à l'artère fémorale, et on recherche la quantité de sucre contenue dans le sang. Résultat obtenu, 8.74/1.000.
À 5 h. 30, on fait une nouvelle injection de goo c. c. d’une solution de glycose à 19/1.000. Aussitôt après l'opération, l'animal vomit une très grande quantité d’un liquide bilieux.
Mort dans la nuit, \
A l'autopsie, on retire de la cavité péritonéale environ 800 gr. d’un liquide fortement coloré, donnant un précipité très abondant par la chaleur et l'acide nitrique et contenant 4/1.000 de glycose.
Le péritoine est parsemé de taches ecchymotiques ponctuées qui lui donnent un aspect tigré.
Expérience VII Injection d'une solution de glycose, 43.60/1.000.
Chienne pesant 15 k. 700. — Température 39. — Pouls 132. — Respiration 24.
Le 22 mars, à 3 heures, on fait une injection de 800 c. c. de la solution indiquée.
A 4 heures. Température 38° 1”. Pouls, 160. Respiration, 32. L'animal est en proie à une agitation des plus vives qui s’accompagne de plaintes fréquentes et prolongées.
Le 23 mars, à 9 heures du matin, on fait une saignée de 100 grammes à l'artère fémorale, et on trouve que le sang contient 9.20/1000 de glycose. On fait ensuite l’analyse de l'urine rendue pendant la nuit; la liqueur de Fehling ne permet pas d’y reconnaître la présence du glycose, maïs l'examen au polarimètre montre qu’elle en contient des traces.
À 10 heures, on fait une nouvelle injection d’une solution de glycose à 34.60/1000.
À 2 heures du soir, la température est tombée à 36° 4’. Pouls, 128. Respiration, 36.
À 2 h. 30, on fait une saignée de 50 grammes à l'artère fémorale ; le sang retiré contient 2.24/1000 de glycose.
L'animal meurt à 3 heures.
A l’autopsie, on retire de la cavité péritonéale environ 1500 cent. cubes de liquide fortement albumineux et contenant 6.40/1000 de glycose.
Pas trace de péritonite.
Expérience VII Înjection d'une solution de sucre de canne 50/1000
Chien bouledogue de 13 kilog. Température, 39° 2’. Pouls, 92. Respiration, 20.
Le 24 avril, à 3 heures du soir, on injecte un litre de la solution.
À 4 heures : Températ., 38° 6’. Pouls, 104. Respirat., 24.
Le 25 avril, à Oo heures du matin, on trouve l'animal bien portant ; les parois abdominales sont rétractées, et l'absorption du liquide injecté paraît complète.
On fait alors à 11 heures une nouvelle injection de un litre de la même solution.
À 4 heures du soir, on fait uriner l'animal et on recueille 275 C. c. d'urine.
Cette urine, traitée par l'acide nitrique, fournit un disque albumineux très mince. Examinée directement au polarimètre, elle produit une forte déviation de la lumière à droite. Recherchant alors la quantité de saccharose qu’elle contient, on opère l'interversion, après quoi on fait le dosage du glycose au moyen de la liqueur de Fehling. On trouve qu’elle contient 106.66/1000 de glycose qui correspondent à 101.55/1000 de saccharose. On voit donc que déjà 24 heures après la première injection 27 gr. 825 de sucre ont été éliminés par la voie urina're.
À 4h.30, on injecte à nouveau dans la cavité abdominale un litre de la même solution. Au moment où l'on fait cette opé-
Les 2 ration, on constate que la cavité renferme encore une grande quantité du liquide précédemment injecté.
Le 26 avril, à onze heures du matin, on fait uriner l'animal et on recueille environ 35 c. c. d'urine.
L'examen de cette urine vient confirmer les résultats fournis par la première analyse. Essayée directement par la liqueur de Fehling, elle ne produit pas la moindre réduction de cette liqueur. Mais si on lui fait subir l’interversion, on trouve qu'elle contient une quantité de glycose considérable 160/1000 qui correspondent à 152/1000 de saccharose. :
Le 27 avril, à dix heures du matin, on fait uriner l’animal et on recueille seulement 30 c. €. d'urine qui contient 17.77/1000 de glycose.
A 3 heures du soir, on constate que l'abdomen est à peu près revenu à son état normal, d’où l'on conclut que l'absorption du liquide injecté doit être à peu près complète.
Le 28 avril, à 9 heures du soir, on trouve l’animal dans un état de prostration considérable ; le pouls est petit, irrégulier, sans tension, et on remarque deux petits abcès de la paroi abdominale.
. L’urine de la nuit est légèrement albumineuse, et l'analyse, faite avec soin, montre qu’elle contient 8.55/1000 de glycose.
Mort dans la nuit.
A l’autopsie, on ne trouve pas la moindre trace de péritonite, si ce n’est une légère vascularisation de la séreuse au niveau de la plaie opératoire. La cavité abdominale ne renferme pas une goutte de liquide. L'animal a perdu 2 k. 650 de son poids depuis qu’il est en observation.
Expérience IX Injection d'une solution de sulfate de soude, 100/1000.
Chien bouledogue pesant 18 k. 300.—Le 15 mai,à 3heures du soir, on vide la vessie de l'animal au moyen de la strangulation, puis on injecte dans la cavité abdominale un litre de la dite solution.
Le lendemain, 24 heures après l'opération, on ne trouve pas de modification sensible dans l'état physiologique de l'animal.
L'urine rendue dans les 24 heures égale 1 litre 500. Elle est très colorée et assez fortement albumineuse. Elle renferme par litre 84 gr. de sulfate de soude cristallisé, et 55 gr. d’urée.
Le 17 mai, 48 heures après l'injection, l’animal va bien, le ventre est revenu à son état normal, la pression sur les parois abdominales ne détermine pas la moindre douleur.
L’urine rendue dans les 24 heures égale 500 c. c. Un peu moins colorée que celle d’hier, elle ne contient plus, par litre, que 14 gr. de sulfate de soude cristallisé et 41 gr. 25 d’urée.
Le 19 mai, on trouve l'animal très affaibli, ce qui tient sans doute à ce qu'il a été laissé à la diète absolue depuis le début de l'expérience.
Néanmoins, on lui injecte à nouveau un litre d’une solution de sulfate de soude à 200/r000. Mais il meurt dans la nuit.
A l’autopsie, on retire de la cavité abdominale 1500 grammes environ d’un liquide fortement coloré, très albumineux, et qui contient 157 gr. 2 de sulfate de soude cristallisé.
On ne trouve pas de péritonite au niveau de la plaie abdominale ; mais on remarque des injections ponctuées du feuillet viscéral du péritoine, siégeant surtout à la partie inférieure. La partie supérieure paraît à peu près normale.
Les intestins sont sains ; mais l'épiploon présente une vive injection. Toute sa surface est parsemée d’arborisations vasculaires très accusées. |
Expérience X Injection de sulfate de soude 200/1000
Chien bouledogue pesant 10 kil. 500. — Le 23 mai, à 4 heures du soir, on fait dans la cavité abdominale une injection de un litre de la solution. L'animal est très affecté par cette opération; il marche avec peine, parait très abattu et vomit, une demiheure après l'injection, une quantité assez notable de matières
ne re alimentaires. Puis, une heure après, survient une diarrhée assez légère. |
Mort dans la nuit. À l’autopsie, on constate que les parois abdominales sont le siège d’un œdème très accusé. La cavité péritonéale renferme environ 900 grammes d’un liquide coloré et très fortement albumineux, qui contient 125/1000 de sulfate de soude cristallisé.
Le péritoine est absolument sain, tandis que les intestins présentent une congestion assez notable.
À l'ouverture du thorax on trouve dans les deux cavités pleurales une quantité de liquide légèrement coloré qu’on peut évaluer à 100 grammes pour chacune: Ce liquide contient environ 70/1000 de sulfate de soude cristallisé.
L’urine excrétée avant la mort égale 250 cent. cubes. Eile ést très albumineuse et renferme environ 85/1000 de sulfate de
soude cristallisé.
Expérience XI Injection d'une solution de sulfate de soude 150/1000.
Chien de chasse pesant 11 k. 500.
Le 25 mai, après avoir vidé la vessie de l’animal, on injecte, à 4 heures du soir, un litre de la solution indiquée.
Mort dans la nuit.
À l’autopsie, on constate un œdème assez marqué des parois abdominales.
A l'ouverture de l'abdomen, un gaz odorant s'échappe avec sorce, et l’on trouve dans la cavité, 1400 gr. d'un liquide légèrement coloré, renfermant une quantité considérable d’albu. mine et 75/1000 de sulfate de soude cristallisé.
Les organes abdominaux sont sains, mais on remarque quelques petites ecchymoses ponctuées disséminées sur Île feuillet viscéral du péritoine. |
La vessie est distendue par 300 c. c. d’une urine claire, assez albumineuse, et qui contient 65/1000 de sulfate de soude cris-
tallisé. =