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Quelques considérations sur les causes et l'hygiène des maladies contagieuses et le choléra en particulier [microforme]

QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR LES CAUSES ET L'HYGIÈNE DES MALADIES CONTAGIEUSES ET LÆ CHOLÉRA EN PARTICULIER.

. Lecrues devant l'Institut-Médical, par J. G. Bibaud, Professeur d’Anatomie à l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, Médecin de l'Hôtel-Dieu, etc.—Mars 1866.

4 Plutôt prévenir que guérir." MESSIEURS,

Dans un sens générique, le mot contagion comprend les maladies qui se répandent ou se communiquent ou par l'air ou par le contact.

Dans le premier cas, la contagion est immédiate, produite par les excrétions des malades ou les parasites (épi ot entozoaires) qui naissent spontanément chez nous ou chez les animaux avec lesquels nous pouvons communiquer. De ce genre de parasites sont l’Acarus scabies, les trichines, les Bactaria et autres.

Dans la seconde circonstance, la maladie se transmet par in/ection, ou d'une manière médiate, sans toujours cesser d'étendre scs ravages avec plus d'expansion et d'intensité à l'aide des émanations morbides des victimes qu'elle a faites. J'attire votre attention sur ce point afin que vous vous appliquiez à savoir émousser les effets de ces miasmes.

Que ces maladies soient endémiques, c'est-à-dire particulières à certains pays, ou qu'elles soient épidémiques, susceptibles de se reproduire en tous lieux, suivant une marche plus ou moins régulière,—elles s’offriront à vous avec ces mêmes caractères de conta-

ion. Qu'est-ce donc que la contagion ? C’est certes bien une entité. L’électricité, la lumière, les odeurs, quoique inpondérables, ne sont-elles pas des essences sensibles ? Elles sont nécessaires à la santé ‘de l’homme, sauf les odeurs, qui peuvent être nuisibles autant qu’utiies. Ne peut-on pas alors considérer logisant les corps ou essences aëriformes et impondérables prouisant les maladies pestilentielles, comme leur analogue, ou plutôt leur adversaire, puisqu'ils font le mal ? ts

M. Zagrill, médecin distingué du Caire, où sévit maintenant le choléra, nous dit qu'il se propage par des molécules flottant dans l'air et suivant la direction des vents. Les vents sont-ils violents, ces molécules, à la manière des sauterelles, seront entraînées au loin, passant, dans leur route, par-dessus certaines localités —qui devront remercier la Providence pour ce gratuit privilége. Mais l'atmosphère est-elle calme, ces miasmes, (apparemment d’une certaine gravité) se déposent. D'ordinaire le vent tombant à la

fin du jour, c’est la nuit, dit-il, que le qholéra ot autres maladies pestilentielles éclatent. É.

Comment, pour mon propre compte, vous définir là contagion ? Sans rien préjuger, je définis les miasmes, éffluves et tout ce qui peut produire les maladies qui nous occupent : x

€ Un fluide impondérable, aussi prompt à se multiplier et à grossir que les œufs qui engendrent les pucerons—une émanation moléculaire des végétaux et des animaux malades chez les individus qui ont inhalé et absorbé ces émanations, jusqu'au point de produire la mort et la décomposition putréfactive.» :

D'après l'opinion du médeein que je cite, puis-je hasarder cette question ? L’atmosphère infestée ne serait-cllo pas plus pesante que l'air pur, beau temps, mauvais temps ? Des expériences dars le but de s’en assurer ne me paraissent pas sans importance.

Comment se développent les causes, qui engendrent les maladies contagieuses ? Ici, je dois condenser ma matière, car, sans analyse, il faudrait un volume pour rendre justice à ce grave sujet.

Le choléra asiatique, la peste des bords de la Mer Noire, (Odes-

sa, Turquie, ) la fièvre jaune de la Nouvelle-Orléans, les fièvres pesti-

Jlentiellés de Pasama, les fièvres tremblantes (intermittentes) très

répandues, n’ont pas pour cause les mêmés miasmes ou effluves ét

ne se présentent pas dans les. mêmes circonstances, La fièvre tremblante n’est endémique en ce-pays qu'en quelques localités encore peu défrichées. On la peut prendre, cepeadant, en voya geant, (même en chars) lorsqu'on traverse des forêts pour se rendre d’un lieu à un autre. J'en ui yu quelques exemples. Mais une fois que nous sommes sortis du foyer, celle-ci n’a qu'une courte

duréé. On la contracte même en se couchant sur le gazon; elle

n'est pas grave comme celle qui accuse une cause essentielle. Les maladies de vessie la simulent.

€ Comme pour toutes les maladies endémiques, les étrangers, les voyageurs, arrivant dans le lieu de ses domaines, en sont atteints bien plus facilement que les indigènes. > Avis au lecteut.

Les endroits bas et marécageux sont le foyer des maladies épidémiques pestilentielles. Toutefois, il ne faut pas croire que les émanations soient plus dangereuses lorsque les eaux sont hautes. C'est, au contraire, lorsque ces terrains sont à peu-près asséchés que les matières animales et végétales entrent en putréfaction par l’action d’un soleil brûlant. Cela est tellement vrai que.des terrains élevés et sablonneux en Amérique, comme en Asie et en Afrique, produisent des miasmes bien plus mortels que ceux de la fièvre tremblante et du choléra même. Pourquoi ? parce que deux

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ae 19 us.

ou trois mois de pluie incessante ont humecté ces lieux étendus, et qué deux ou trois mois de sécheresse consécutive ne font rien moins que décomposer et faire putréfier les animaloules et matières végétiles qui s'y trouvent. (D | LA es émanations miasmatiques sont essentiellement différentes, puisqu'elles engendrent des affections diverses. Maïs n’ont-elles pas quelque analogie ? Je m'en suis persuadé depuis nombre d'années, et si le temps me le permettait je pourrais vous donner l'opinion de gravés autorités qui nous ont transmis sur ce point leurs convictions, . Il y a un quart de siècle l’on enseignait, presque sans contradiction, en France et en Angleterre, que le typhus seul est contagieux et éminemment contagieux, comme on le shit, mais que la fièvre typhoïde ne l'est pas du tout. : Beaucoup de médecins distingués .des provinces de France sont venus, nonobstant, semer le doute, sur cette question. Depuis gone aunées, l'opinion médicale, au moyen la presse. de la Péninsule Britannique, s'est émue et s’est mise en, voie de nouvelles recherches sur l'intéress»st problême de l’analogie de.ces fièvres, Elle,est entratnée; d’ailleurs, par la logique des arguments, appuyés de faits, ue des bormummes haut placés dans la science ont publiés, à l'appui si cette théorie. : Ma modeste opinion est que toutes deux (le yphus et la fièvre typhoïde) ne sont ni plus ni moins que.les deux es, d'une même mère ; la sœur puinée ayant, bien entendu, moins de force pour produire le mal. : (Voir la description de ces fièvres dans Grisolle.) Je pense également que la peste, la fièvre jaune, pourraient en changeant de lieu, en se déplaçant, n'être plus que le typhus ou la fièvre typhoïde 1à où elles prendraient racine. Si nous portons notre attention sur les fièvres éruptives (variole, scarlatine, rougeole) nous trouvous encôre des resséer | |ançes.

(1) Le Dr.J; H. Salisbury, de Cleveland, Ohio, publie dans lAnerican Journal, of Medical, Science, que la fievre tremblante a pour cause une très petite plante que l'on trouve dans les eaux stagnantes, récemment desséchées. Les germes ou poussière reproductive de cette plante microscopique se répandänt dans les nuits humides, puis introduites dans le système par la respiration, amènent cette fièvre. Le comportenent de ces petites plantes s'accorde parfaitement, dit-il, avec. ce que nous savons déjà de la production des miasmes. La preuve qu’elles sont bien la cause de la maladie, é’est que, après avoir pris des boîtes contenant cette terre, pour les transporter dans des lieux où elle n'avait jamais existé, des ças bien. caractérisés y apnarurent au bout de deux semaines. Cette découverte nous conduira probablement à connaître les moyens de la détruire. Les. germes ne s'élèvent que la nuit, de trente à cent pieds, selon les lieux ; ce quirend compte de son arrivée la nuit et de l'immunité des localités élevées. |

PARU RUTR

Depuis quelque temps la presse anglaise nous a favorisé d'écrits d'une haute portée pouvant nous faire présumer que ces trois fièvres se transformeraient quelquefois les unes en les autres. Des médecins ou garde-malades auraient, parait-il, transinis, par leurs habits, aux familles qu'ils visitaient, non pas, par exemple, la picotte qu'ils ont chez eux, mais la rougeole ou la scarlatine, selon que des enfants mal disposés auraient déjà eu la première, ou l'une des autres.

‘La dyphthérie n’est souvent qu'une variété de la scarlatine ma-

ligne. C’est ce que mo permet d'avancer l'expérience de l'épidémie qui nous a douloureusement éprouvés dans cette province en 1863- 4,

À propos de la frangformabilité des fièvres contngicuses, je me reporte en arrière de cinq lustres dans la paroisse de Ste. Elisabeth. Deux médecins y pratiquaient. L'un d'eux, me rendant visite, m'imforma qu'il avait été plus malheureux que son confrère, ayant perdu plusieurs femmes de la fièvre puerpérale. Il avait eu, me dit-il, des cas de fièvre éruptive à traiter, dans le même temps, et il craignait que cette circonstance n’eût influé sur ses patientes. Je n’hésitai pas à lui exprimer l'opinion que dans la condition puepsnes quelques émanations d’une maladie conta- . gieuse quelconque pouvaient produire, non pas la même maladie, mais celle à laquelle la personne était plus immédiatement prédisposée. Je n'ai pas changé de conviction depuis.

Vous me demanderez, sans doute, pourquoi, provenant de matières en décomposition, les maladies épidémiques, contagieuses, ne

. présentent pas partout le même type.

Il semble que cette objection peut se résoudre par l'énoncé du fait que les végétaux déracinés et décomposés et les animalcules qu'ils nourrissent ne sont pas les mêmes dans des terrains de nature différente, de structure géologique dissemblable, et que par conséquent les miasmes qu’ils émanent doivent varier selon les continents, leur topographie et peut-être même le mode de fermentation, J'avance cette théorio, cette hypothèse, quoiqu'elle soit actuellement d’une solution impossible, parcequ'elle me parait plausible.

Les bords du Missisippi, les déserts d'Asie, les rivages de la Mer Noire, n'offrent point ou peu de ressemblance dans la nature et les especes de parasites et de productions végétales de leur sol et de sa stratification géologique, (

Sans plus m’étendre sur ses considérations générales concernant.

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l'infection et la contagion, j'en forai l'application au-choléra que nous avons des motifs de redouter, ainsi qu'aux moyens pratiques de l'éviter ou d'en diminuer l'extension.

L'origine du choléra est connue. Il a établi ses foyers et son séjour perpétuel en Chine. Les eeux de ses deux grandes rivières (le Koang-ho, et le Kiang-ho) infectées par la décomposition des cadavres d'enfants et des grandes personnes qu'on y jette on pâture aux oiseaux de proic, produisent les miasmes qui le font se reproduire sans cesse. Mais d'époque en: époque, tel qu'un gréfid fleuve, sortant de son lit, ni ses eaux débordées, qui s'en vont gonflant au loin les rivières et les ruisseaux, et ravageant les oampagnes, tel aussi le choléra s'en va étondre sa pestilence jusque

ans les pays les plus lointains, suivant dans.son débordement une certaine méthode. Car il choisit le cours des eaux, avant do se propager en d'autres directions. L'observation la plus ordinaire n'en peut laisser de doute, malgré quelques rares exceptions au contraire.

Les vents paraissent suivre plus rapidement les rives. Mais l'immigration ubordant les ports des villes maritimes et centrales exerce sans doute aussi une grande influence.

Le choléra pestilentiel est-il contagieux ? A cela je réponds qu’il me paraît incontestable qu'il se communique d'individu à individu dans les circonstances que je développerai plus loin. Il est vrai qu’en 1832 et 34, l’Académie de Médecine de Paris Jui refusait péremptoirement ce caractère, Je ne crois pas cependant qu'elle soutiendrait aujourd'hui une théorie dont l'observation et la saine pratique ont fuit justice. Je puis admettre, avec ceux qui ont eu à défendre leurs concitoyens contre es furieuses attaques, qu’il ne l'est pas au même degré que le typhus, la fièvre jaune, la peste d'Irlande, de Syrie, ete. Mais, appuyé de la science de mes maîtres et précepteurs de tous pays et de mon expérience des choléras de 49 et 54, sans omettre ce que j'ai vu en 32 et 34, à l'âge où la mémoire est active, je puis, en respectant la vérité, me dire contagioniste, en ee qui concerne cette TROP effrayante maladie. J’accède à cette opinion de la science qu'il n’est pas immédiatement contagieux, c'est-à-dire an simple contact momentané avec Îles habits et le corps des malades. Le danger ne se trouve pas alors qu’on remplit ce devoir impérieux de soutenir et soulager avec un zèle charitable et généreux ceux qui tombent sous le coup d'une maladie de cette nature. Non, mais je n'irai pas jusqu'à prétendre que coucher avec un cholérique, ou dans le lit qu'il

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vient d'occuper, et respirer les émanations qu'il fournit, porter ses habits, eto., ne soit pas autant de risques, ne soit pas s'exposer à l'ennemi. Quoique médiate si l’on veut, n'est-ce pus la contagion

ue l’on reçoit par l'absorption et l'introduction dans notre dbnoinie des miasmes qui résultent de la transpiration, de la respiration et des autres excrétions du cholérique ? Qui pourrait en douter : nous l'avons vu et nous le verrons encore. Nonobstant les honorables exceptions à ce contraire, je me retranche dans ces limites, tout en étant disposé à marcher à côté de ceux qui sont toujours prêts à soulager les infirmités humaines, au meilleur’ de leur capacité.

Un mot des symptômes et des périodes avant de conclure à la pratique.

lo. Le choléra débute le plus souvent, mais non toujours, par des symptômes peu graves ; une diarrhée plus ou moins bilieuse, évacuations liquides ou semi-liquides, gargouillement intestinal, re bu coliques, défaut d'appétit, plus ou moins de débilité et

’insouciance, ete. C'est la cho/érine.

20. Viennent ensuite des vomissements et selles caractéristiques, de consistance séreuse, tantôt d’un blanc-jauvâtre et semitransparent comme le liquide chez les hydropiques ; mais plus souvent semi-opaque, blanchâtre, avec grumeaux. Nous comparons ceë selles liquides à l’eau de riz,

Les évacuations d'ordinaire abondantes ne sont accompagnées de coliques que dans les cas les moins graves.

Les coliques sont de bon augure le plus souvent, et lesselles sont

. plus consistantes, Puis surviennent les erampés plus ou moins

violentes et continues, jusqu'‘àce que, les déjections cessant ou diminuant, le patient franchisse la deuxième période de choléra conformé.

30. La troisième période, la Cyanose, l'état bleu comme ce nom l'indique, peut commencer avant la cessation des crampes, : Lorsqu'elle est avancée, la sensibilité existe à peine, si elle existe, parce que le cerveau, organe de la formation et de la transmission du

uide nerveux, s'embarrasse et cesse de fonctionner. Le eœur ne peut plus lui fournir son alimentation, Le sang se fige, pour. me servir d’une expression populaire et figurée, c'est-à-dire, qu'il est tellement réduit à ses constituants solides, en raison des déjections précédentes qui en ont soutiré la partie aqueuse, qu'il s'arrête dans les vaisseaux. L'amaigrissement rapide que l’on observe dans les cas graves le ‘prouve assez, Un cholérique ne deviendrait pas maigre et ridé en quelques heures, si ce n’était la contradtion

pes,

ct rétraction des vaisseaux par la soustraction du sérum. Aussi: dans cet état bleu, le pouls qui s'était affaibli plus ou moins vite

dans le précédent, disparait : la respiration devient presque nulle,

l'haleine froide, la langue devient aussi froide après les extrémités,

humides et visqueuses. La fonction de calorification ne se fait

plus, parce que l'oxigénation du sang par l'air (hématose) n’a plns

ieu, et la vie n'est plus qu’un souffle. Néanmoins gardez-vous de

désespérer, car quelques patients sont encore sous le domaine de

la médecine,

40. Nous rencontrons une 4me période que nous appelons de réaction. Des symptômes fébriles, plus ou moins prononcés, se manifestent. Ils prennent souvent le type typhoïde et il faut y porter toute notre attention, car en présence des faits nous ne sommes pas encore sur un lit de roses et nos malades encore fnoinr.

Vous voyez, messieurs, que je ne désespère dans aucun cas, ce qui veut dire que je ne suis ni pessimiste ni optimiste en ce qui touche à la pratique dans les maladies pestilentielles et contagieuses, Je sais d'ailleurs que le plus grand nombre des cholériques traités à point seront guéris par un médecin judicieux. Je suis loin de penser comme ceux qui sèment une crainte presque criminelle d’un danger qu'il faut parer et auquel il faut faire face s'il se présente. Cela n'empêche point de conseiller ln prévoyance et la prudence aux autorités gouvernementales et civiques, aux médecins comme à tous les membres de notre communauté. Dans ce but je considérerai d'abord l'hygiène particulière et publique qu’il nous convient de suivre par mésure de précautions, J’ajouterai quelquesremarques sur le traitement médical. Je pourrai m’étendre une autre fois, car nous seuls devrons raisonner et régler ce traitewent, dans l'éventualité d’une épidémie que je désire voir emporter par les vents du nord et du sud jusqu'aux pôles.

1© Pour tout le monde, la manière de vivre doit être réglée, autant que possible, de telle sorte que la fatigue corporelle ou mentale, la faiblesse ou la surexcitation n’en puissent résulter.

Les travaux de l'esprit fatiguent beaucoup s'ils sont trop continus ot sérieux. Les iuqu'études viennent s’y ajouter à la fatigue du cerveau. Les contrariété: en affaires s'ajoutent encore ot se grossissent à nos yeux. Alors l'estomac refuse d'agir lorsqu'il en est besoin : il se repose nonchalemment, la faiblesse générale en est la suite et le canal alimentaire se trouve dans la condition la plus favorable pour subir l'influence de l'épidémie. Il n'est pas de fait mieux prouvé en physiologie, que la tension de l'esprit retarde l’action de l'estomac et du tube intestinal tout entier, et

us

‘vice versû que le vuide de l'estomac empêche la tranquillité de

l'esprit et le sommeil essentiel pour que le cerveau répare ses pertes journalières et reprenne son activité. ÆEvitons alors les extré-

mes sous ce rapport. Il n’est pas moins vrai de dire qu’en temps .

de danger l’on peut faire davantage sans fatigue, avec la conscience d’avoir bien fait en secourant ses semblables. Donc je recommande le zèle pour les malades, s’il est retenu dans de justes bornes. Dans les épidémies quelconques, le défaut de charité et de philantropie et la pusillanimité en feront succomber plus que les sentiments contraires avec le travail qu'ils imposent,

Les distractions sociales avec les personnes qui vous parleront de toute autre chose que du choléra sont utiles,

Pour le boire et le manger, qu'y a-t-il de mieux à faire que de continuer sa nourriture ordinaire en ne dépassant pas la modération ? Dans ces limites, ur changement est moins qu'utile. Toutefois, j'excepterai certaines æspèces d'aliments solides et liquides qui en été surtout sont propres à déranger l'estomac, s'ils ne sont pris dans les proportions les plus minimes. Le cresson, le dent-de-

lion (pissenlit), le concombre, la laitue même et la chicorée,

lorsqu'il existe une constitution épidémique de l'air, ne doivent s’ajouter qu’en petite quantité à l'appétit d’un bon repas. J'ai vu plusieurs fois, dans les conditions ci-haut, ces végétaux retarder la digestion jusqu’à 12, 24 et 48 heures, puis être rejetés non

digérés, avec de violentes douleurs stomacales, etc., etc. -

Ceux qui ont l'habitude de prendre des liqueurs n’ont nul besoin de les abandonner complètement et brusquement, s’ils y mettent la modération qui convient. Il est bon d'éviter l’occasion d’un dîner trop entraîaant. Les cidres et autres liqueurs tendant à la fermentation acide ne conviennent qu’aux habitués.

Aux personnes qui n’usent d’aucunes liqueurs fortes, qui sont de la tempérance totale, je retranche, sur bonnes autorités, le droit de se refuser, à la discrétion et sous la direction du médecin, un stimulant, comme le vin, ou quelqu’autre disponible, moins désagréable que l’ammontiaque, ete., ceux-ci pouvant donner la nausée et porter au vomissement chez quelques-uns, accident qu'il faut éviter dans ces circonstances.

Pour affirmer cette pratique je me fonde sur mon expérience des choléras de 49 et 54. Un exemple suffira. Cette dernière année, M. S., fils, est pris d’une diarrhée simple et vient me consulter. Je lui dis de ne rien craindre et lui prescris un traitement. Il se rend chez lui lestement, mais une heure plus tard je

suis mandé en toute hâte. Mon patient entre dans le salon d’ua pas ferme, et se balance dans une berçante en conversant sur les conséquences de sa diarrhé?. Il avait eu une couple d’évacuations, non caractéristiques et non accompagnées de crampes. Frappé de la peur il devient plus malade, et succombe après 48 heures. Le père, jour et nuit chez moi pour son fils, tombe indisposé le lendemain de sa mort. Il prend ses précautions pour le futur et m'envoie chercher. Je le trouve assis, se frottant la jambe droite d'une manière indifférente. Il avait eu une couple d'évacuations. Avec la même insouciance :- « Docteur, me dit-il, je prendrai bien vos remèdes, mais c’est inutile, je vais mourir. »

Tous deux avaient refusé des stimulants d’un effet plus durable que l'éther, ete. Appuyé de mesobservations antérieures, je pensai que j'aurais sauvé ces bons citoyens en leur donnant, sous forme médicinale, es boissons stimulantes, tout en respectant leur principe de tempérance totale. Mais j'avais commis l’imprudence de leur laisser savoir que beauc.up de remèdes sont préparés dans le vin ou l'alcool. D'ailleurs ils étaient l’un et l’autre convaincus de l'incurabilité du choléra.

Les stimulants eussent relevé leur courage, ramené la confiance en leurs propres forces, et conséquemment mieux disposé l'estomac pour la digestion de quelque aliment liquide et l'action des autres anti-cholériques.

Ainsi les personnes qui en ont l'habitude ou ceiles qui sont faibles, peuvent user modérément, au dîner, de liqueurs fortes, comme vins, bière et même d’un peu d'eau-de-vie avant ou après le repas. À ces conditions les liqueurs seront fortifiantes et aide. ront la digestion. Dans la faiblesse et l’abattement il est encore bon de prendre un cordial, et se mettre à son travail journalier.

Une égale modération doit guider nos autres habitudes, le travail modéré de l'esprit et du corps et l'exercice sans fatigue.

N'oublions pas la propreté sur soi et sur ses habits, qui seront secoués et brossés au grand air, soir et matin, et en certaines autres occasions. Je disais que les distractions en bonne compagnié concourent aussi à bien disposer les organes digestifs à fonctionner avec aisance. Les veillées trop prolongées ou le coucher sans disposition au sommeil peuvent indisposer.

20. Les précautions sont d’un autre genre pour ce qui concerne l'intérieur de la maison. Elles doivent toutes tendre à conserver uu air pur, et prévenir et détruire les odeurs désagréables et les émanations impures qui existent déjà ou peuvent se produire. C'est bien plutôt ce que nous respirons de mauvais au dedans qu’au

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dehors qui indispose ou prédispose aux maladies épidémiques. C'est à tort que beaucoup de personnes croient qu'il faut se renfermer nuit ct jour hermétiquement, afin de ne pas respirer l'air du dehors; au contraire, cet air extérieur doit cireuler librement daus tous les appartements des maisons ; ce que lon obtient en établissant des courants auxquels on ne s'expose pas directement, et dont l’on change, de temps on temps, la direction.

Les lits, les couvertures, les habits seront ainsi aérés et les miasmes n’y séjourneront pas. Inutile de dire que ces objets de ménage doivent être tenus dans la plus grande propreté. Dans le cas de maladie, tout ce qui a été sali doit être immédiatement éloigné, puis lavé à l’eau chaude, unie aux désinfectants.

Comme il est incontestable que les excrétions des malades— transpiration, urine et selles surtout — sont ce qu'il y a de plus propre à transmettre la maladie aux personnes prédisposées, il est de la plus haute importance que les évacuations soient éloignées à mesure qu’elles se présentent ; que les vases soient lavés et chaumés avant de servir de nouveau—qu'ils soient couverts—=et que les couvertures de lit soient souvent changées, pour être reuouvelées.

Comme désinfectants, la solution de Labaraque, le lait de chaux, l’eau chlorinée, etc., seront versées sur les couvertures et aux environs du lit. Que le malade succombe ou guérisse, il faut enlever pour le lavage, etc., (même pour le brûler) ce qui composait la eouche—plume et paillasse.—— Cela ne doit plus servir à d’autres, pour très longtemps.

Dès le printemps tout doit être mis au net dans les maisons, sans oublier de blanchir à la chaux tout ce qui peut l'être.

Il est bon de laisser l'embouchure et les trous de cheminée ouverts afin de permettre à l'air de se renouveler plus vite. Un feu de cheminée ou de grille soir et matin contribue efficacement à ce résultat, chassant aussi l'humidité. |

La cuisine exige que l’on donne cours aux mauvaises odeurs qui résultent de la préparation des mets et de leur cuisson. Les éviers proprement entretenus doivent être chaumés de temps à autre. Partout ces éviers devraient être faits en pierre, de manière à ne pas laisser refouler les émanations de leur intérieur. Il serait à désirer que les autorités vissent à ce que les propriétaires adoptassent cette excellente mesure. RTE

Des chambres petites et renfermées, avec tentures, rideaux, linge et guenilles, arrangés pêle-mêle ou de telle manière que l'air circule à peine et que l'humidité s'attache à tous ces objets et

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nous en fait, ressert ‘impression en y entrant, sont des lieux où l'on ne peut séjourne: vacore moins coucher quelque temps, sans imprudence et danger.

Semblables précautions hygiéniques pour le dehors, Les meilleurs désinfectants pour les privés sont encore la chaux, le chlorure Ge chaux, le gros sel (chlorure de sodium), la solution de Labarraque, le gaz chlore que l’on peut obtenir en versant de l'acide sulfurique sur du gros sel, versé d’abord dans les lieux. En les couvrant, le gaz imprègnera l’intérieur de la charpente.

Comme ce gaz ne peut être respiré qu’en très petite quantité et à distance pour ne pas nuire aux poumons (car à forte dose il asphyxie), il ne serait pas prudent de produire pour désinfecter les appartements plus qu'il ne faut d'acide pour une petite assiettée de sel. L'on s'éloigneruit aussi du courant qu’on établirait par les ouvertures.

Les fosses d’aisance, hors de la maison, demanderaïent une beaucoup plus grande quantité de sel d’abord, puis d'acide versé dessus, L’on aurait le soin de bien fermer le siège, et le gaz ra à la charpente intérieure, comme nous l’avons déjà

it.

Que l’on use des uns ou des autres, il convient des les renouveler aussi souvent que l'on sent des vdeurs désagréables.

Un grand nombre de propriétés de cette ville n’ont pour la cour que des grillages fermés et mesquinement faits. Il est cependant important qu’ils soient faits à jointure et spacieux, afin de pouvoir les déboucher au besoin et les nettoyer souvent. Nous espérons que l'officier de santé et le comité prendront note de ce fait, pour en faire bonne justice.

Que suggérer maintenant aux autorités gouvernementales et municipales, si elles le désirent, qui n'ait pas été exprimé déjà et demandé avec instance ? Ce-que l’hygiène recommande aux individus et aux familles, elle le prescrit à fortiori à la société, c’est-àdire à ceux qui sont préposés à la charge imposante et honorable de veiller à ses intérêts. Aussi n'est-il pas oiseux d'affirmer, sur les observations de la science, que les maladies pestilentielles, le choléra compris, ne sont pas des fléaux inévitables, maïs qu’elles peuvent être prévenues. J'ajoute qu’elles le seront dans la proportion du plus ou moins de connaissances, d'expérience, d’habileté, d'activité et de méthode dans l'emploi des moyens préventifs. L'ignorance, l’obstination ou l’indifférenge, soit domestique, civile, ou administrative, sont cause que ces pestilences se produisent et se propagent. Les exemples sont vivaces dans ma mémoire.

La matière germinale du choléra a trouvé son origine dans l’organisation humaine. Comme le pus dont la vitalité est connue de la science, elle peut se multiplier et se propager sous l'influence de causes souvent appréciables. Une molécule de pus de la dimension d’une piqure d’épingle, peut transmettre le virus contagieux d’individu à individu, de l’animal à l’homme et vice vers. La transmission du charbon, de la morve et de plusieurs autres affections malignes le démontre. Les germes qui engendrent les maladies pestilentielles — susceptibles aussi de devenir contagieuses — ne sont pas des végétations exotiques, ni des insectes, croyons-nous, mais des altérations maladives de nos tissus — un mode de transformation moléculaire différente de celle qui s'opère danses êtres, à l’état de santé.

L'humidité chaude surtout est la cause essentielle de la vitalité de ces matières, quelles qu’elles soient, que nous respirons, sous l’action de laquelle elles se reproduisent. Lu séchereste, les terrains secs et nets l'afr libre et froid, ont l'effet de la détruiré, ou de la faire s’éteindre pour un temps. Inutile de répéter le pourquoi— la fermentation putréfactive est active ou presque nulle selon ces conditions opposées. N'oublions pas ce fait que le virus n’étant pas toujours détruit par l’assèchement pourra reprendre sa vitalité à la faveur de cette humidité chaude après avoir dormi plus ou moius longtemps.

En 1849, je fus appelé au premier cas de choléra qui sévit en cette ville. Un ouvrier du nom de Crevicr, résidant dans uue rue sans débouché, dans la portie basse du faubourg Québec, venait de tomber gravement malade. Il habitait une très petite demeure, mal éclairée, mal aérée, et remplie comme un œuf—en face d’un marais clôturé dans le bas-fonds. Il mourut dans l’état bleu en moins de 12 heures.

C'était vers le milieu de mai. Le temps étant devenu beau, frais et sec d’une manière presque continue jusqu'au mois suivant, l'on n’entendit pas parler de mortalité par l'épidémie. Mais des pluies abondantes avec une température plus chaude, et de temps à autre un soleil d'orage plombant ses rayons ardents sur les matières de ces endroits bas et humides, réveilla l'épidémie. Naturellement ses ravages se manifestèrent surtout dans le faubourg Québec et dans le Griffintown. Nous avons dit pourquoi : l'humidité engendre et la sécheresse réchauffe le germe des maladies pestilentielles. Sont-elles de plus contagicuses, l'humidité et la malpropreté l'entretiennent. Qu'est-il besoin après ces remarques de recommander aux municipalités avec tout le monde :

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1® Que les privés, qui, je crois, se vident seulement par ordre, doivent avoir des égoûts souterrains dans toutes les parties de la ville où la chose est possible. Et de pias que les matières doivent être versées dans des fosses, qui seront recouvertes avec : la terre que l'on a retirée, sans oublier de chaumer le dessus.

2° Que le tunnel de la rue Craig et autres doivent être pettoyés dès à présent ou pas du tout cet été, si ce doit être dans les chaleurs du mois de juin, comme cela s’est pratiqué jusqu'à présent. L'on faisait des monticules de ce que l’on en tirait ot faute de bras et de véhicules l’on laissait pour plus de 48 heures ces matières infecten fermenter et répandre l'infection, nonseulement aux environs, mais par toute la ville, Passons.

3° Le remplissage de tous les endroits bas et marécageux appartewant à la corporation ; et l'ordre aux propriétaires d’en faire autant sur leurs propriétés. Rien de pus sage et de plus digne de l'attention publique que ce point et Îles précédents.

49 Le nettoyage, lavage, arrosage et balayage des rues, en commençant (contre l'usage) par Gil qui en ont le plus besoin.

5© Le soin des grillages et soupiraux d'égoûts, qui pourraient être munis de couverts, si quelque mécanicien habile pouvait faire une jointure telle que la pression de l’eau pût l'ouvrir : il aurait une patente. Les rigoles des rues pierrotées.

6® A la suggestion des citoyens, l’on insistera sans doute pour que les écuries, étables, boucheries et porcheries soient proprement tenues. Quant à l'idée d'empêcher les classes pauvres de nourrir un porc ou deux, afin de faire quelques économies et manger de la viande fraiche dans la morte saison, je la crois impraticable et moins qu'utile. À ce compte il en faudrait dire autant pour les chevaux, les ruminants, etc. Car il n’est pas prouvé que les fumiers des premiers soient plus nuisibles à la santé, si ces derniers sont tenus avec les mêmes précautions hygiéniques.

7° Notre cité nomme un officier de santé, médecin ; c’est quelque chose, mais en France, en Angleterre, en Allemayne, ete. et aux Etats-Unis, l’on s’entoure dans les villes populeuses de conseils, de bureaux de santé, choisis dans les rangs de la profession médicale. Pourquoi notre civilisatioh ne serait-elle pas arrivée à cette hauteur ?

De semblables bureaux, permanents, composés en majorité de médecins et d’autres citoyens compétents sont désirables en ce pays. Choisissons les meilleurs sans distinction, rien de mieux. L'on nous dira peut-être, un officier de santé recevra de vous,

médecins, des informations verbales ou écrites. Sans doute, mais cela n'est pas assez.

(Norte.—Ceci était écrit lorsque j’apprisque notre municipalité nommait deux médecins comme officiers de santé. Si je comprends bien, elle demande aussi plusieurs d’entr'eux, pour l'honneur, dans la composition du burcau de santé. Ces braves médecins en font bien d’autres, cependant ils pourraient demander plus.

Je n’exclus aucune profession. Mais la notre se distingue entre toutes pour éviter à la cité et au gouvernement des dépenses annuelles — par des services gratuits aux pauvres, malades ou estropiés de la ville.

Cependant, en sus du reste, l'on taxe les professions comme si elles faisaient commerce, parce qu’elles apprennent à servir utilement la société.

Ce règlement pèche eontre la morale, le droit civil, l'équité et la justice. Il est contraire à la morale parce qu'il viole le droit inhérent à tout homme d'exercer son intelligence et ses talents, sans obstacle ; —contraire au droit civil parce qu’il taxe l'instruction — déjà taxée—acquise au prix de sacrifices et rémunération à la communauté :—contraire à l'équité et à la justice, parce qu’il est arbitraire au souverain degré, et dans la forme et dans le fonds.

D'autres droits ou plutôt licences ont été octroyés à notre corporation par nos législateurs —et sans conditions aucunes — qui ne sont pas moins despotiques. Ainsi depuis plusieurs années les autorités municipales renversent les maisons de grande valeur même, pour élargir les rues centrales, à des milliers de louis de dépenses par année. Les riches sont toujours satisfaits 1© parce qu'ils sont toujours bien indemnisés, 2° parce que leurs propriétés doublent de valeur. Néanmoins, les pauvres payent leur part de ces dépenses, qui ne leur servent guère. Et pendant çe temps nombre de rues des faubourgs Québec, St. Jacques, St. Laurent, St. Joseph et le Griffintown croupissent dans les eaux fangeuses. Quoi de surprenant alors, que les épidémies déciment nos classes ouvrières, de manière qu'elles deviennent ainsi contagieuses et se propagent jusque dans le sein des familles qui jouissent de tous les moyens de se procurer les secours de l'hygiène ? Ne pourrait-on pas dire que ces derniers deviennent les victimes de leurs propres erreurs et de leur égoïsme ?

Nous connaissons d’honorables exceptions parmi les membres et les officiers municipaux. Mais ils ont le tort d'avoir toujours raison contre une majorité qui ne s'en occupe guère.)

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