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CHAPITRE IT

Du traitement immédiat dans les postes de secours actuels

La plaie pénétrante de poitrine nécessite un traitement général et un traitement local. L'un et l'autre peuvent être appliqués, dans une certaine mesure bien entendu, au poste de secours même, dans les secteurs calmes, ainsi que dans les secteurs dits de friction. Evidemment, ceci est irréalisable en pleine période d'activité; au moment des grosses attaques, le médecin ne doit avoir qu'un but, l’évacuation rapide de ses blessés après un pansement sommaire d'urgence, pour éviter à tout prix les encombrements aussi dangereux pour ceux :qui occupent le P. S. que pour ceux qui arrivent. Aujourd'hui, en beaucoup d'endroits, les autos sanitaires peuvent s'approcher assez près des P. S. centraux et le blessé est amené à l’ambulance une ou deux heures après son accident ; dans ces conditions l’évacuation rapide s'impose pour tous les blessés, sauf pour ceux qui sont trop profondément shockés et incapables de supporter le parcours.

Ailleurs les autos ne peuvent venir à proximité des lignes que la nuit, et si le soldat a été blessé le matin, il dépassera et de beaucoup la sixième heure,

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délai maximum de l'intervention précoce, avant d’être de nouveau examiné et opéré si son état le réclame. Enfin, il y a d’autres régions, comme en Alsace, où les autos s'arrêtent assez loin des P. S. et où de ce fait, le blessé doit subir plusieurs heures de bran- Card. Ajoutons à cela que le transport des P.S. de bataillon au P. S. central n'est pas toujours chose aisée. On ne peut passer ici et là, qu’à de certaines heures, et c’est encore une cause, de retard dans l'évacuation, laquelle peut être contrariée par un simple caprice de l’ennemi.

C’est pour toutes ces raisons que, malgré les circulaires qui paraissent formelles à ce sujet, si le blessé est trop gravement atteint pour supporter le trajet, ou si l'évacuation n’est pas assez rapide pour espérer une intervention immédiate, c’est-à-dire dans les délais qui ont été fixés, il me semble préférable de le garder au P.$.C. Il pourra mieux bénéficier du

traitement immédiat que nous allons exposer, mais

nous le répétons encore, il s’agit d'un P.S. C. assez loin des lignes pour permettre au blessé une quiétude morale, dans le secteur calme, et lorsque cet abri est suffisamment bien aménagé. |

# 1, — Du TRAITEMENT GÉNÉRAL

Éliminons tout d'abord ceux de ces malheureux qui meurent sur le champ de bataille de pneumothorax total ouvert ou d’hémorragie, parce que les circonstances n'ont pas permis de les relever assez tôt

ou parce que des complications foudroyantes sont survenues.

M. Pauchet (1) estime que 30 pour 100 des blessés de poitrine meurent au poste de secours par asphyxie ou hémorragie, 20 pour 100 à l’ambulance, et il conclut que si l'on ajoute les morts immédiates sur le terrain de combat la majorité des plaies de poitrine est fatale. Cette proportion nous semble beau-

coup trop forte bien que la mortalité ait sensiblement

augmenté depuis la seconde moitié de la campagne à cause des dépenses inimaginables des munitions d'artillerie. Au début de la guerre, les plaies occasionnées surtout par balle étaient relativement bénignes.

Parlons d’abord de ces blessés graves-ramenés au P. S. dans cet état des plus alarmants que nous avons essayé de décrire plus haut. Le médecin de bataillon ne peut songer à les faire transporter à l'arrière ; ce serait le coup de grâce pour les malheureux. Peut-il, au moins, soulager ces infortunés : calmer un peu leurs accès de suffocation, relever leur pouls, dissiper dans une certaine mesure cette angoisse terrifignte du soldat qui redoute le moindre mouvement parce que celui-ci augmente le besoin de respirer ? A-t-il les moyens d'atténuer sinon d'arrêter cette hémoptysie, symptôme toujours dramatique et impressionnant ? La réponse est catégoriquement aflirmative; le médecin du régiment et aussi le

(1) Plaies de poitrine, Plèvre aux poumons. Presse Médicale (9 avril 1917).

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médecin de bataillon, si le blessé ne peut être transporté immédiatement au P. $S. C. peuvent lutter contre son inévitable état de shock et combattre effcacement son extrême faiblesse. Il-ne faut pas oublier que le danger de mort persiste tant que persiste la menace d’une hémorragie grave et tant que le malade n'aura pas récupéré quelque moyen de résistance.

Appliquer d'abord le double principe, admis aujourd'hui presque universellement, de la non évacuation et de l’immobilisation.

a) De la non évacuation

Il semble de plus en plus démontré, d’ailleurs, que les blessés de poitrine graves ne parviennent que très rarement à l’'ambulance et que, par conséquent, on ne peut songer, en ce qui les concerne, à la thoracotomie. Celle-ci, au dire de M. Hartmann, et aussi d'après MM. Grégoire, Jeeanbrani, Maisonnet, ne suffit pas à arrêter l'hémorragie. M. Rouvillois conclut de son côté que toute opération primitive paraît devoir être rejetée; nous verrons plus loin que la création de P.S. chirurgicaux pourrait poser et résoudre différemment le problème des interventions précoces.

b) De l'immobilisation

Le blessé reste étendu sur le brancard ou est déposé sur un lit de paille avec les plus minutieuses précautions.

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Laisser auprès de lui un infirmier chargé de sa garde qui l'empêchera de se dresser ou de changer trop brusquement de position, ce qui peut lui être fatal. La tête sera soulevée, le corps dans la position demi-assise, mi-couchée. Peu d’interrogations, lui faire observer le silence et le rassurer sur son état,

Puis le calmer et relever son état général.

Injections de morphine à petites doses, fréquemment répétées. Nous les avons pratiquées toutes les fois que notre malade était agité, qu’il avait des quintes de toux ou qu'il se plaignait de souffrances intolérables, tout autant de causes qui favorisent les hémorragies. Bien souvent le malade tombait dans un demi-sommeil; les quintes s’espaçaient et avec elles se calmaient la douleur et l'hémoptysie; nous n'avons jamais eu d'accident. Il est vrai que nous ne dépassions que très rarement 1 cc. et souvent ! fes. suffisait. La dyspnée est également très efficacement

combattue par la morphine.

Le blessé, altéré par la perte de sang, demande généralement à boire. Il n'est pas contre-indiqué de lui faire prendre un peu d'alcool, excellent stimulant, ou.le fond d’un quart d’eau fraiche, voire même de vin. On pourra le faire gargariser fréquemment pour lui éviter cette si désagréable sensation de séchéresse de la bouche. Ne pas tomber dans l'excès contraire, car les raouvements de déglutition sont loin d’avoir un effet hémostatique.

Injections de Caféine. Les indications de la caféine ont été fort discutées. On l'emploie aujourd’hui beaucoup moins dans les postes de secours à cause

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de l'augmentation de la tension artérielle qu’elle provoque, alors que les accidents hémorragiques réclamaient plutôt son abaissement.

L'Huile camphrée et l’éther, d’ailleurs, là remplacent très avantageusement et nous ont toujours donné les meilleurs résultats. L'huile camphrée, surtout, employée à haute dose, renforce les battements du pouls et constitue vis-à-vis du cœur le plus vigoureux et inoffensif coup de fouet.

M. Foisy parle du sérum adrénalisé et de la strychnine. Ces médicaments sont très rares dans les cantines médicales et nous n'avons jamais pu en contrôler les effets. £

En revanche, nous avons vu l'Émétine, injectée à la dose de 4 à 5 centigrammes, faire cesser en quelques instants de graves hémoptysies que n'avaient pu arrêter ni l’ergotine ni l'ergotinine, l'ipéca semble également de plus en plus abandonné, à juste litre, croyons-nous; les quelques essais que nous en avons vu faire n'ont, en tout cas, pas été heureux.

Pendant l'hiver, on peut, sans danger, donner au malade de petits fragments de glace. Ï] nous revient à la mémoire le cas d’un artilleur grièvement blessé à la poitrine, crachant abondamment du sang, auprès duquel nous avons été mandé et que nous trouvâmes étendu dans la neige auprès de sa pièce. Le P. S. était assez éloigné et nous ne disposions d'aucun médicament. Nous eûmes la satisfaction de voir son hémoptysie céder en quelques minutes à la succion d'un peu de neige.

Enfin il ne faut pas oublier que, le plus souvent, le blessé perd du sang, qu'il peut devenir un anémique grave. Le nez'et les extrémités se refroidissent ; il faut donc, à tout prix, le réchauffer, ne pas craindre d’accumuler sur lui plusieurs couvertures et lui envelopper les pieds de bandes de flanelle, ou lui mettre deux ou trois chaussettes l’une sur l’autre.

L'injection de sérum artificiel (1) est rarement possible au poste de secours. Nous pensons qu'elle trouverait une excellente indication dans ces cas de gros délabrements avec hémorragies intrapleurales par la bouche et par la plaie.

La dernière précaution à prendre est l'injection de sérum antitétanique; aujourd’hui elle est {toujours pratiquée, même dans les postes les plus avancés, car

elle est généralisée à toutes les plaies et doit être

inscrite sur la fiche d'évacuation.

Nous résumerons ainsi la conduite à tenir du médecin de bataillon, à son P. S. en présence d’un blessé de poitrine grave dont il croit devoir retarder le transport à l’'ambulance.

Immobilisation, en position demi-assise, mi-couchée, avec interdiction de parler, surveillance très sévère ; stimuler le blessé par un peu d'alcool, la désaltérer avec le fond d'un quart d'eau fraiche et de fréquents gargarismes.

(1) D'après M. Schwartz, les injections massives de sérum doivent

être proscrts, car elles peuvent provoquer une reprise de l’hémorragie. 7

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DURANT et

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Morphine à doses fractionnées contre la dyspnée, la douleur, la toux et l'agitation.

Huile camphrée à hautes doses contre la petitesse

et la rapidité du pouls ; caféine si l’on ne suppose pas une forte hémorragie.

Injection d'émétine ou d’ergotinine contre l’hémoptysie et le gros hémothorax et, si cela est POUS succion de petits fragments de glace.

Si l’on dispose de l'appareil nécessaire, on pourra essayer le sérum artificiel dans quelques cas.

Réchauffer le blessé; ne pas oublier le sérum antitétanique.

La question qui se pose maintenant est de savoir

combien de temps on peut se permettre de garder le blessé au P. S.

Les chirurgiens que nous avons interrogés rfous ont répondu pour la plupart trois et, au grand maximum, quatre jours. Il nous semble que le meilleur juge est le médecin du corps de troupe, lequel procède évidemment à l'évacuation de son blessé, sitôt que ce dernier, ayant repris connaissance, et récupéré quelques forces, paraît mieux en état de supporter le voyage. Quelquefois l’hémoptysie se sera arrêtée : l'inondation pleurale se sera ralentie, la plaie aura été

largement désinfectée, son occlusion par le pan-

sement surveilléee de très près et le. danger d’une mort rapide aura pu être bien souvent conjuré. Il faudra quand même redoubler de précaution et de prudence pour éviter le retour d'accidents toujours possibles au cours du transport du blessé à l’ambulance.

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