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Sur ces entrefaites est survenue une terrible calamité. Une crise financière des plus désastreuses a tout à coup éclaté en France. Un nombre incalculable de fa-
* Primitivement, les possessions françaises dans l'Amérique comprenaient tout ce qui forme aujourd'hui l'Amérique Britauniqueet toute la vallée baignée par le Missouri et le Mississippi, c'est-à-dire les quatre cinquièmes, au moins, des Etats-Unis actuels, formant un territoire d'environ 400,000 lieues carrées. L'Angleterre ne possédait que la lisière située entre les monts Alleghauys et l'Atlantique, appelée u Nouvelle Angleterre."
milles et de riches capitalistes se sont vus entraiucs vers la ruine. Nombre de sociétés financières et industrielles ont éprouvé un échec dont quelques-unes ne se relèveront peut-être jamais.
Les négociations entamées entre les hommes d'affaires des deux pays ont dû forcément être ajournées à un temps plus propice.
Le Crédit Foncier Franco-Canadien, qui opérait à peine depuis quelques mois, et qui avait placé en prêts le montant d'un million et quart de piastres, d'abord mis à sa disposition, tant les affaires avaient été florissantes, a dû ralentir ses opérations pour un moment, afin de permettre aux administrateurs parisiens de se procurer de nouveaux fonds ; c'est-à-dire qu'ils sont obligés d'attendre que cette crise soit
passée, et à ce que le marché monétaire revienne à son état normal.
Voilà des faits de notoriété publique, que tout le monde a pu voir et comprendre.
Cependant, le croiriez-vous, il y eut des esprits chagrins qui, aux abois de ne pouvoir reprocher au gouvernement aucune ac cusation sérieuse dans le domaine proprement dit de la politique, voulurent donner le change aux choses, et faire de la politique avec le commerce.
Ils se rabattirent sur ces diverses institutions commerciales, et voulurent voir en elles, en dépit du bon sens, des engins électoraux mis entre les mains du gouvernement,
(Voyez Y Electeur depuis qu'il s'est agi
de ces négociations à venir jusqu'aujourd'hui.)
Eh bien oui ! voilà pourtant ce qui avait lieu, tandis qu'il était même absurde de songer pour un instant que de semblables aberrations fussent possibles.
Si le gouvernement avait eu sa part de mérite pour avoir favorisé l'introduction parmi nous de capitaux français, était-ce une raison pour qu'un seul Canadien-Français, sous le futile prétexte de vouloir servir son parti et l'approcher du pouvoir, cherchât à empêcher la réalisation de nos espérances ?
Puisqu'il ne voulait pas contribuer à l'œuvre commune de faire connaître avangeusement notre pays à l'étranger, au moins,
aurait-il dû, par respect pour sa propre dignité, garder une abstention complète, et ne pas lancer des accusations aussi déloyales qu'inexplicables.
Lorsqu'à différentes reprises, le gouvernement fédéral envoyait un représentant en Angleterre pour protéger nos intérêts, pour y faire connaître les richesses de notre sol, a-t-on jamais vu un journal anglais accuser une seule fois le gouvernement de vouloir tromper le peuple, de chercher à escamoter des élections au moyen de ces manœuvres pleines de perfidies, au moyen de telles prodigieuses blagues, pardonnezmoi la triviale expression, elle n'est pas de moi; mais de Y Electeur parlant de l'attitude de notre gouvernement vis-à-vis de la France.
Non, mille fois non, le gros bon sens anglais répugnait à ces sortes d'accusations; aucun écrivain n'aurait voulu se servir de telles armes pour nuire à un gouvernement.
Aussi, que remarque-t-on ? Pourquoi les provinces anglaises en général sont-elles aujourd'hui si prospères ? Pourquoi la province d'Ontario est-elle sillonnée de chemins de fer ? Pourquoi garde-t-elle sa population et que des industries surgissent partout comme par enchantement ?
Pourquoi les Anglais ont ils accaparé presque tout le haut commerce de notre province ?
C'est que ceux-ci, avec le sens pratique et l'intelligence qui les distinguent, ont su attirer chez eux les capitaux de la mèrepatrie ! C'est que la bonne volonté de tout un peuple a secondé les efforts de ceux qui pouvaient lui venir en aide, etjque de nom-
breuses compagnies financières se sont formées pour construire ses chemins de fer ; c'est que depuis longtemps Ontario possédait des sociétés de prêts anglaises qui venaient au secours des cultivateurs et du petit comme du grand commerce !
L'argent que l'Angleterre a versé au mL lieu de ses colonies se chiffre par des millions et des millions de louis sterlings.
Quel contraste avec les individus qui cherchent chez nous à déprécier notre marché à l'étranger, et qui profitent de toutes les circonstances pour nuire aux entreprises du même genre avec la France ! !
Encore une fois, je ne parle pas ici de la nation. Au contraire, nous avons été heureux de constater l'empressement avec le-
quel les Canadiens-Français ont accueilli les avances de la mère-patrie de nous venir en aide avec ses capitaux, de nous donner, comme on dit généralement, un coup d'épaule dans la direction du progrès et du bien-être.
Mais il est bien pénible en même temps d'entendre des voix discordantes au milieu de ce concert d'approbation.
Enfin, disons-le, il est humiliant de voir, parmi nous, un journal chercher à nous déprécier, inspirer de la méfiance envers ceux qui nous veulent du bien et entraver les efforts de nos capitalistes.
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Peut-être que je veux une trop grande perfection humaine, que j'exige des choses impossibles.
Quel est celui, ine direz-vous, qui a jamais réuni tous les suffrages, quelque bien intentionné qu'il fut ? Qui a jamais réussi à aplanir complètement toutes les difficultés chaque fois qu'il s'est agi d'une grande œuvre ?
N'est-ce pas une loi invariable de la nature que des obstacles naissent sans cesse dans l'accomplissement du bien ? Oui, cela a lieu, ne serait-ce que pour tenir en haleine les bons ouvriers. Mais la bonne foi et la plus admirable longanimité se révoltent malgré soi de cette manie de travestir les choses et de représenter sous un faux jour les démarches si louables de nos concitoyens, et cela dans le misérable but de mettre de la politique où il n'y en a seulement pas l'ombre ; d'accuser à tort et à travers le gouvernement de se servir de ces institutions commerciales comme autant
(V engins politiques. Est-ce le gouvernement ou un particulier, un de ces hommes courageux et entreprenants parmi ceux qui cherchaient à établir des relations commerciales entre le Canada et la France, qui publiait, il y a près de deux ans, un travail expliquant le fonctionnement du Crédit Foncier, et tendant à disposer favorablement le public envers ceux qui voulaient bien nous montrer de la sympathie, et nous prêter le secours de leur argent ! *
Il ne faut pas s'arrêter à de telles considérations, me direz-vous encore ; traitons comme le méritent ceux qui agissent déloyalement.
1 u Les Institutions de Crédit Foncier, n d'abord publiées daus le Canadien et ensuite en brochure, le 30 novembre 1880, par L. N. Carrier.
Je serais d'accord avec vous si de tels écrits n'étaient pas exposés à tomber sous les yeux des étrangers.
Voilà le malheur. Si ces sortes de scandales restaient un secret de famille, nous serions les premiers à hausser les épaules et à passer outre. Nous connaissons ux qui s'en rendent coupables. Mais en est-il de même à l'étranger, et n'est-il vraisemblable qu'ils peuvent nous faire un grand tort, au moins pour un temps.
Vous allez peut-être penser, lecteur, que j'exagère ; qu'il n'est pas possible que nous ayons au milieu de nous des gens aussi dépourvus de patriotisme.
Afin d'ôter tout soupçon de votre esprit, je vous réfère, entre plusieurs articles de
cette feuille, Y Electeur, à celui qui a paru le 3 mars dernier, et je vous assure d'avance que vous trouverez qu'au lieu d exagérer, je suis loin de peindre la vérité telle qu'elle est.
Après avoir frappé à grands coups d'épée, comme un nouveau Don Quichotte, sur un épouvantable fantôme qu'il appelle la " politique française," c'est-à-dire l'introduction des capitaux français dans notre pays, vous lirez, si le cœur vous en dit, des passages comme les suivants :
" D'abord le Crédit Foncier qui devait procurer u des avantages si considérables à la classe agricole, 4C a suspendu ses opérations. M. Beaudet, son gérant u ici, est dans le moment à Paris, et M. L. N. Carrier *' part ces jours-ci pour l'y rejoindre. Evidemment u dans quelques mois, cette socité sera en liquidation."
Et un peu plus loin :
" Ce qui est regrettable, outre la disparation du " Crédit Foncier et de l'Union Sucrière qui pouvaient " contribuer largement au développement de notre " province, c'est que M. Chapleau a perdu pour longtemps le crédit de notre province sur le marché mo- " nétaire français. C'est un échec fatal pour nous, 11 qui ne manquera pas de donner un coup terrible à notre race, "
il termine par l'élucubration suivante :
" Le peuple n'a pas voulu comprendre, il s'est " laissé tromper (pour ne pas se laisser tromper il il aurait dû refuser tout de suite l'or de de la France) " nous le regrettons dans l'intérêt du pays, mais il " est trop tard. Il ne lui reste qu'une ressource, s'il " ne veut pas échapper à l'émigration, c'est de tirer il sa bourse, de la remplir de ses économies, et de payer " les extravagances du régime conservateur "
Dans un article publié le 23 du même mois, il y a encore ce qui suit :
" Et ceux qui ont cru pendant quelque temps à u cette blague (le Crédit Foncier) doivent regretter u aujourd'hui une foule de choses qu'ils ont dites "alors pour appuyer cette institution et que les évéu nements actuels rendent ridicules. "
Ah ! le prophète de malheur !
Il éprouverait sans doute une amère satisfaction si le Crédit Foncier " qui devait être le point de départ de nouvelles relations étroites et suivies entre le Canada et l'ancienne mère-patrie " disparaissait d'au milieu de nous, nous laissant la risée des étrangers qui nous entourent. Il profite des désastres de la mère-patrie pour l'injurier. Il caresse l'idée qu'un échec insurmontable va enlever nos plus légitimes espérances. Il va s'en donner à cœur-joie et faire de la
politique de son goût, et il ne serait pas étonnant, si, quelque bonjour, il accusait le gouvernement d'avoir été la cause de cette calamité nationale en France.
Il serait bien plus sage pour Y Electeur d'en prendre son parti et se faire de suite à l'idée de voir s'implanter au milieu de nous de nouveaux éléments de prospérité et d egrandeur nationale.
Espérons-le, malgré les embarras amenés par des circonstances malheureuses et imprévues, le Crédit-Foncier, pas plus que les autres institutions déjà établies ou en voie de formation, ne nous sera enlevé.
Ce n'est que matière de temps et de patience. Nous ne retomberons plus clans l'isolement où nous étions à venir jusqu'à ces dernières années. Vous aurez beau souffler la discorde et la méfiance, vous n'empêcherez pas les choses d'arriver à bon point, et tant que le gouvernement n'aura
pas d'ennemi plus redoutable que Y Electeur, il pourra longtemps reposer sur ses lauriers, j
Quant au Crédit Foncier, si c'était une
1. De tons les avantages pécuniaires qui se rattachent au Crédit Foncier, il est. bon de constater en passant combien cette institution est propre à faire naître l'économie domestique parmi la classe rurale, en ce que, de sa nature, elle combat la routine et rend soigneux et prévoyants les emprunteurs, vu l'intérêt régulier qu'il leur faut payer tous les six mois.
Il est bien établi aujourd'hui que le Crédit Foncier a fourni sa quote-part au bien-être général du pays,
— Parmi les causes qui, dans tous les pays, ont toujours paralysé les progrès de l'agriculture, il en est une que l'on s'est généralement accordé à reconnaître, c'est le manque d'argent, ou plutôt c'est l'insuffisance du crédit don t elle jouit pour se procurer les capitaux indispensables à ses besoins les plus urgents.
Sans le crédit, en effet, c'est en vain que la science découvre chaque jour de nouveaux éléments de fertilisation destinés à combattre l'épuisement de la terre, c'est en vain que la mécanique invente des engins qui suppléent au défaut de bras et accélèrent la rapidité du travail ; l'agriculteur ne peut profiter des avantages que lui o reitt ces moyens d'accroître sa, production er de diminuer ses frais. Sans le crédit, il ne peut, le plus souvent, après sa récolte, attendre un moment favorable pour la livrer au commerce. Pour payer les frais de sa culture et subvenir au besoin de sa, famille, il est obligé, s'il ne veut passe mettre à la merci d'un usurier (les campagnes, de se défaire de sa marchandise en temps inopportun ; et c'est ainsi qu'à certaines époques dejl'an née, l'encombrement des céréales sur les marchés devient une cause
machine politique comme l'affirme cette feuille, il serait pour le moins bien étrange que le gouvernement n'eût pas exercé son patronage là comme ailleurs, et que plusieurs officiers de cette institution soient connus comme appartenant au parti libéral. Qu'il prête à 3, 6, ou 8 pour cent, vous
bien connue de l'avilissement du cours. La conséquence fatale de cet état de choses, c'est que les années d'abondance elles-mêmes ne donnent point au cultivateur les moyens de réparer les pertes que lui occasionnent les années de disette, ainsi que les fléaux les accidents et maladies épizootiques qui frappent si souvent ses bestiaux et ses récoltes.
L'utilité de donner du crédit à l'agriculture est donc incontestable, au point de vue de l'intérêt public, auquel il est lié intimement. Mettre aux mains de l'agriculteur les moyens d'acheter, en temps opportun et an meilleur marché possible, des outils, des bestiaux et des engrais, de pratiquer sur la terre qu'il cultive des travaux d'agriculture, de choisir le meilleur moment pour l'écoulement de ses produits, c'est non-seulement contribuer à son bonheur ou conjurer à sa ruine, mais c'est atténuer les effets des grandes calamités publiques et alimenter les sources de la prospérité du pays.
Tous les pays d'Enrope ont cherché par l'institution de banque* spéciales, ou de sociétés mutuelles de venir eu aide à l'agriculture en la dotant des mêmes moyens de crédits ouverts au commerce et à l'industrie. — Le Moniteur,
n'avez rien à y voir M. l'écrivain de Y Electeur. Ce n'est pas vous qui l'avez créé et qui fournissez les fonds. Mais puisque vous n'aimez pas le Crédit-Foncier, si vous trouvez qu'il nuit à vos intérêts, n'essayez donc pas à en éloigner ceux qui pensent autrement que vous, et qui n'ont pas le bonheur d'avoir une bourse bien garnie.
N'essayez donc pas à battre en brèche les efforts de ceux qui travaillent à la prospérité du pays et au bien-être du peuple.
Ayez donc plutôt, dans l'intérêt même de votre parti, un peu plus de bonne foi. Ne vous apercevez-vous pas que vos sorties intempestives au sujet des affaires françaises sont de nature à décourager une foule d'honnêtes gens du parti libéral ! Ne comprenez-vous donc pas que vous vous aliénez ainsi des amis dévoués ! Enfin, n'y êtes-vous pas peut-être pour beaucoup dans le fait qu'un si grand nombre de vos partisans ont abandonné une cause que vous
compromettiez et se sont ralliés au gouvernement conservateur. 1
Au lieu de ferrailler à droite et à gauche sans tactique, présentez-vous devant l'ennemi avec un bon drapeau et des armes de bon aloi. Ayez un programme politique défini, et défendez-en les principes avec franchise, calme et intelligence, alors vous verrez le parti libéral reprendre quelque vigueur. Ceux qui liront votre journal pourront croire à quelque chose, et vos adversaires, tout en ne partageant pas vos idées, les respecteront en vous.
Ah ! tenez, encore une phrase et finissons-en.
Avant que le temps, ce juge patient et équitable, attribue à chacun le mérite de ses œuvres, il est du devoir de la chronique d'exposer un instant aux yeux de la foule, la véritable figure de ceux qui voudraient l'abuser. E. N.
1 Les dernières élections provinciales ont donné une majorité de 42 voix au gouvernement, c'est-à-dire que sur 65 députés, et y avait 52 conservateurs et 13 libéraux.
pographie de C. Dar