‹ Quelques Considérations Sur Une Épidémie De Diphtérie Dans La Commune De Saint-Médard-en-JallesChapitre 6 sur 13 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La commune de Saint-Médard-en-Jalles.

À 12 kilomètres ouest de Bordeaux se trouve la commune de Saint-Médard-en-Jalles.

Avant la guerre de 1914, la population s'élevait à environ 6.000 habitants qui étaient disséminés dansles différents hameaux de cette vaste commune. Gajac, Corbiac, Magudas, Astignan, Sérillan, Issac en sont les principaux.

Tout à côté de Saint-Médard, à 2 kilomètres, se trouve le petit village de Saint-Aubin, autre petite commune très étendue et peuplée de quelques centaines d'habitants aux maisons éloignées au milieu des bois de pins.

Comme dans tous les environs de Bordeaux, nous trouvons parmi ces habilants beaucoup de laitiers, beaucoup de savonneurs, quelques vignerons; mais surtout des ouvriers de la Poudrerie nationale qui se trouve installée à Saint-Médard.

Cette Poudrerie allait acquérir, du fait de la guerre, une importance considérable. Le nombre des ouvriers augmentait rapidement; la population de 6.000 habitants en juillet 1914 passait à 14.000 en août 1915, pour atteindre le chiffre énorme de 20.000 en août 1916.

Mais le nombre d'habitations n’augmentait pas en proportion; si bien qu’une maison assez grande pour trois ou quatre habitants en abritait dix et douze.

Il nous a été donné souvent de voir, lorsqu'on pénètre dans une maison, une alcôve dans la cuisine; dans le couloir, on se

heurte à une ou deux couchettes; la même chambre peu spacieuse renferme deux et souvent (rois lits. 6

Quelques ouvriers, plus primitifs, louent une parcelle de terrain, y construisent une habitation en planches; tout un quarlier du bourg bâti de celte façon à pris le nom de la « Ville en bois ».

Une grande partie des habitants, femmes el hommes, {ravaillent à la Poudrerie, abandonnant enfants et foyers, si bien que les enfants sans surveillance vagabondent un peu partout, et que dans les maisons délaissées la propreté fait défaut.

Saint-Médard-en-Jalles, qui était une commune propre el coquelle, devient sale el malsaine.

. Si on traverse les différents quartiers de Saint-Médard, on est frappé par le mauvais entretien des rues et ruelles de la commune. -

Dans le quartier du camp des Lanciers, où le lerrain est sablonneux, on voit derrière chaque maison un {as de détritus de toute sorte dégageant une odeur peslilentielle par les fortes chaleurs et se transformant en eloaque l'hiver.

Dans le bourg, les rues sont loin d’être nettoyées : en élé, | jamais d'arrosage, et rarement de balayage.

ll est rare de rencontrer un tombereau municipal destiné à ramasser les ordures, il passe peut-être une fois par semaine.

Sur la place de l’église se tient tous les jours un marché bien achalandé en légumes, primeurs, viandes et-poissons. Les vendeurs détaillant leurs marchandises ont nécessairement des déchets, qui jetés à terre s’y putréfient, pourrissant avec un tas de papiers souillés, des têtes de poissons, des os de bœuf ou de veau, qui tous réunis répandent une odeur infecte.

I n’y a pas non plus de service des eaux. Ce serait en vain que l'on chercherait une borne-fontaine dans le bourg.

La plupart des habitants ont des pompes alimentées par des nappes d’eau peu profondes, et où, par conséquent, peuvent filtrer les eaux souillées qui courent sur le sol.

Enfin dans celte commune, qui aujourd'hui est une petite ville de 20.000 habitants, on ne voit pas d’abattoir. Les bouchers sont

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réduits à luer leurs bestiaux chez eux dans des tueries de fortune : la plupart au centre du bourg. On voit souvent couler dans les ruisseaux du bourg des eaux rougeâtres chargées du sang des animaux abattus et de déchets de toute sorte. |

Ces eaux répandent une odeur nauséabonde qui disparailrait s'il existait la moindre canalisation pour les recevoir ainsi que les matières usées el à les transporter au loin.

Dans Les différents hameaux, il y aurait également beaucoup à dire sur le manque d'hygiène : signalons les savonneuses qui lavent le linge dans des conditions mauvaises; après une lessive rapide, elles vont rincer le linge dans la Jalle et c'est celte eau qui, plus loin, sera consommée par l'habitant.

Vers Magudas, comme Sérillan et Issac on trouve des lagunes où l'eau stagnante s'évapore en été sous la chaleur du soleil et d'où s'échappe un grand nombre de microbes. |

Pour compléter le tableau de Saint-Médard depuis la guerre, nous devons signaler la présence, à la Poudrerie, d'un grand nombre d'ouvriers indigènes Annamites, Marocains et Kabyles qui apportèrent avec eux les parasites les plus dangereux.

C'est dans cette population grouillante, comme toute celle des centres industriels, qu'une épidémie d'angine diphtérique allait éclater et durer depuis le mois de juillet 1915 jusqu’en juin 1916.

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