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Ce tableau est tellement frappant que je pourrais me contenter de le publier sans commentaires.
Aïnsi donc, voici un fait bien établi par six expériences d’une concordance parfaite :
Quand on transfuse à un chien du sang défibriné de chien, de l’hémoglobine en nature . passe d’une manière constante dans la bile.
Quand on transfuse à un chien du sang complet, ce phénomène corrélatif d’une destruction de globules rouges dans la masse sanguine ne se produit pas.
En passant, je ferai remarquer que dans aucune de mes expériences je n’ai constaté la présence de l’hémoglobine dans l'urine.
Le foie est donc un filtre plus perméable à lhémoglobine que le rein.
Une objection se présente immédiatement à l'esprit: L'opération elle-même, ou un traumatisme ultérieur (ulcération de la vésicule biliaire par la canule de verre) n’ont-ils pas pu introduire dans la bile quelques gouttes de sang.
La réponse est bien simple :
Jai recherché l’hémoglobine dans près de vingt biles obtenues par le même manuel opératoire. Je n’en ai rencontré que six fois.
l° Dans les quatre expériences mentionnées ci-
dessus ;
2° Dans une cinquième expérience de transfusion de sang défibriné que je n’ai pas publiée, l’analyse de la bile n’ayant pas été faite ;
3° Dans la lbile d’un chien (voir exp. 15, p. 46), à qui on avait fait une injection de sulfate de sodium dans l'intestin. À l’autopsie on trouva du sang, nonseulement dans la bile, mais dans l’intestin siège d’une abondante hémorrhagie.
Donc, sauf ce cas exceptionnel, la présence de l’hémoglobine dans la bile n’a été constatée qu’à la suite de la tranfusion de sang défibriné, et l’a été constamment à la suite de cette opération. Il est impossible d’attribuer sa présence au manuel opératoire qui fut le même dans toutes les expériences.
Un excès de tension dans le système vasculaire à la suite de la transfusion, ne faciliterait-il pas ce passage de l’hémoglobine dans la bile ?
Mais dans les expériences 2? et «4, on a pratiqué des autotransfusions, et la masse sanguine de l’animal n’a pas été augmentée, bien au contraire elle a été un peu diminuée, tandis que dans les expériences de transfusion immédiate on n’a jamais pratiqué de saignée préalable, et pourtant il n’a pas passé d’hémoglobine dans la bile.
D'ailleurs, les expériences de Ponfick et de Worm Muller ont montré que les premiers transfuseurs avaient exagéré beaucoup les inconvénients de
l'augmentation de la masse sanguine, et que celle-ci
est bien innocente des méfaits qu’on lui a autrefois attribué.
Un fait curieux est le suivant que malheureusement Je n'ai recherché qu’une fois :
Dans Pexpérience n° 4, la bile recueillie 18 heures après la transfusion contenait de l’hémoglobine ; celle qui fut sécrétée après ces dix huit heures n’en contenait pas trace.
Il semble done se faire dans les premières heures qu suivent la transfusion, une destruction rapide de globules qui devient moins vive après quelque temps écoulé.
Je reviendrai sur ce fait.
La comparaison des quantités relatives de fer contenues dans la bile après les deux systèmes de transfusion, nous impose fatalement cette conclusion : Que l'élimination du fer est beaucoup plus active, après la transfusion de sang défibriné.
Tandis qu'après une transfusion immédiate, le rapport moyen du fer à l’azote n’est que de 0,41 0/0, après la transfusion de sang défibriné , il s'élève à 1,14 0/0.
Je fais remarquer en passant que lélimination du fer n’est pas moins vive dans les autotransfusions, c’est-à-dire quand on transfuse à un chien son propre saug préalablement défibriné, que quand on lui trans-
fuse le sang d’un animal de même espèce.
La différence est plus frappante encore, si on compare entre eux les rapports du fer au soufre.
Dans le premier cas, le rapport moyen est 0,45 0/0, tandis que dans le second il s’élève à 1,75 0/0.
C’est qu’en effet la proportion relative du soufre subit une variation inverse de celle du fer.
Quelle que soit la méthode de transfusion, elle dépasse toujours la proportion normale d’une notable quantité, mais elle augmente sensiblement plus après la transfusion de sang complet, qu'après la transfusion de sang défibriné.
Quelle peut-être l’interprétation de ce phénomène
Nous verrons dans le chapitre suivant que tous les médicaments cholagogues, c’est-à-dire qui ont la propriété d’activer la sécrétion biliaire agissent sur la sécrétion du soufre beaucoup plus que sur celle des autres éléments, si bien que nous avons été amenés à apprécier l’activité de la glande biliaire d’après la proportion relative du soufre dans la bile. Bien entendu cette conclusion n’a de raison d’être que quand il s’agit de bile de chien, dont le seul acide biliaire est l’acide taurocholique,
Si notre hypothèse est exacte, il faut admettre que la transfusion produit sur la sécrétion biliaire un effet excitant, et que cet effet est plus vif quand on emploie le sang complet.
Revenons au fer. Il est facile de se rendre compte en lisant les chitfres inscrits dans le tableau ci-dessus, que, du moment de l’opération jusqu’à l'heure de leur mort, c'est-à-dire pendant trente-six heures en moyenne, les chiens opérés n’ont éliminé qu’une fai-ble portion du fer du sang transfusé. Il est très-probable, d’ailleurs, que les quantités de fer éliminées doivent aller en diminuant à mesure qu’on s’éloigne du moment de la transfusion.
Ainsi, dans l'expérience 4, nous avons vu l’hémoglobine ne plus passer dans la bile après dix-huit heures.
Si donc, comme le prétend Hayem, le sang iransfusé est fatalement destiné à périr, il est probable que la plus grande partie du fer qui y est contenu est retenue par les organes hématopoiétiques pour servir à la création de globules nouveaux,
Cette création de globules nouveaux après la transfusion est d’ailleurs un fait d'expérience. Liouville l’a constatée à l’aide du microscope.
En résumé :
Après la transfusion de sang défibriné, augmentation notable de la proportion relative du fer de la bile, passage dans ce liquide d’hémoglobine en uaiure.
Après la transfusion de sang complet, pas d’héinoglobine dans Ja bile, pas d'augmentation dans la
proportüon relative du fer.
PT Lee
Dans l'expérience n° 6 la proportion relative du fer se trouve même légèrement au-dessous de la normale, Ce n’est probablement que le fait d’un hasard. Cependant, ne pourrait-on pas supposer, vu la suractivité communiquée par la transfusion aux fonctions hématopoiétiques, que l’économie peut retenir plus de fer qu’à l’état normal pour suffire à la fabrication de nouveaux globules? J’émets cette supposition sans
m'y arrêter.