‹ Quelques lettres sur des questions actuellesChapitre 3 sur 46 · ET SUR · texte numérisé non relu

ET SUR

DES ÉVÉNEMENTS EÉCENTS

A M. le Baron Friedrich von Hiigel.

Monsieur le Baron et cher ami,

Jusqu'à présent je n'ai eu connaissance de ma condamnation que par les journaux, ou par des personnes qui s'étaient trouvées en rapport avec les gens de l'Archevêché. Le Cardinal Richard a reçu, au commencement de la semaine dernière, une lettre du Gard. Merry del Val, accompagnant un décret rendu par l'Index," à la requête du Saint-Office, touchant mes cinq ouvrages : Religion d'Israël, Études éçangéliques, LEçangile et VÉglise. Autour d'un petit liçre,

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Le Quatrième Éçangile. L'Unwers de samedi a publié la lettre Merry del Val, et d'autres journaux l'ont reproduite, d'après V Univers. Je vous en envoie un exemplaire. L' Univers ne donnait pas la formule du décret, mais seulement l'indication des livres, avec mention, en tête, de la décision du Saint-Office, sans le texte. 11 ne s'agit, d'ailleurs, que du formulaire habituel de ces Congrégations, h' Univers tenait ses renseignements de f Arclicvcclié, mais il ne le disait j)as 1. Le Cai'd. Richard n'a fait encore aucun acte public touchant cette all'aire ; mais il paraît certain qu'il promulguera la condamnation dans une lettre à son clergé.

Y aura-t-il encore des propositions censurées ? Il semble que non, ou plutôt il est permis de conjecturer qu'il pourrait n'y en avoir pas.

ïoujoui's est-il que je suis décidé à recevoir avec respect la condamnation, sous réserve expresse du droit de ma conscience, et de mes opinions d'historien. Si la lettre Merry del Val était un acte du Saint-Siège, ma réserve équivaudrait à l'affirmation réitérée de mes « erreurs ». Là est le point délicat. Et pourtant je ne puis pas,

1. On raconle que la communicalion n'avait pas été régulière, et qu'une copie des documents romains avait été sous-' traite à l'Archevêché par un agent de la nonciature.

honnêtement, dire que je désavoue ces « erreurs », ni même laisser croire que je ne les garde pas, jusqu'à meilleure information, comme la seule forme sous laquelle, dans l'état présent de mes connaissances, je puisse me représenter l'histoire de la Bible et celle de la religion. Acceptera-ton ces restrictions ? Ne va ton pas aussi m' ennuyer avec Y imprimatur et la censure préalable, que je suis décidé à ne point admettre ? La situation reste grave, quoique je préfère de beaucoup souscrire, en la forme que je viens de dire, à la condamnalion de mes livres, qu'à des propositions doctrinales au sujet desquelles je serais obliffé certainement de faire les mêmes réserves. 11 y a ici grand bruit, mais superficiel, dans la presse. Les réfutations, épisco pales et autres, vont pleuvoir. L'Évêquede Ghâlons(monÉvêque) a déjà officielle ment annoncé la sienne. Il existe ^pour moi certaines sympathies, plus nombreuses qu'il y a dix ans, mais qui seront, je le crains, de médiocre effet. P. Sabatier va faire paraître, dans \?iReime chrétienne, un excellent article, que nos gens ne liront pas. La presse catholique est franchement hostile et malveillante. L'autre ne m'apporte guère qu'un intérêt de curiosité. Malgré tout, nous devons faire le possible pour sauver de cette bagarre ce qui esta sauver, à commencer

par notre lionneur chrétien, lequel n'est pas, ainsi que plusieurs le pensent, et que quelques-uns me l'ont déjà écrit, dans une soumission aveugle. Si le Saint-Oriice nous demaudait de croire que deux et deux l'ont quatre, je m'informerais immédiatement, auprès des mathématiciens, si la théoine de l'addition ne prêterait pas à quelque doute. Un tribunal qui a signalé son entrée dans l'histoire par la condamnation de Galilée, et qui tout dernièrement décrétait l'authenticité du verset des Trois témoins 1, n'est pas très qualifié pour solliciter une adhésion aveugle à ses jugements. Car il est écrit : 2 Cœcus si cœco diicatum praestet. . .

Bellevue, le 29 décembre iqoS.

Au même.

J'ai reçu hier communication des textes authentiques, avec lettre autographe du Gard.

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