‹ Quelques motifs d'espérer [microform]Chapitre 43 sur 51 · Voir l'étude précédente · texte numérisé non relu

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moins, que d'exercer si rarement le ministère sacerdotal, de n'avoir ni enfants à baptiser ni mourants à assister, ni presque jamais, au moins dans les débuts, de sermons à faire, de pécheurs à convertir, de confessions à entendre.

Et qu'ils comprennent bien que, sans une spéciale vigilance, ils risquent de perdre insensiblement la vivacité de leur zèle, de devenir simples enseigneurs de français ou de grec, de tourner enfin à l'honnête laïc, ce qui pourrait bien, à la longue, les faire tomber quelque peu au-dessous.

Pour écarter loin d'eux ce nouveau genre de laïcisation, qui est certainement le pire, je ne me permettrai pas de leur rappeler les conseils qui se rapportent à la piété intérieure. Les y former a été l'œuvre de tout le grand séminaire et ils connaissent bien là-dessus, avec l'importance de leur devoir, la meilleure façon de la pratiquer. Mais ce que peut-être ils oublieraient davantage, c'est l'utilité, la nécessité même qu'il y a pour eux à continuer, à pousser plus loin, à approfondir leurs études théologiques, mettons, si, bien à tort, le mot « théologique » fait peur, leurs études religieuses, c'est-à-dire la connaissance de l'Écriture Sainte, du dogme, du mysticisme au vrai sensdumot, des règles morales, de la discipline essentielle et de l'histoire ecclésiastique.

Ce qui ne tient plus de place dans l'esprit n'en tient pas longtemps dans le cœur ni dans la conduite. Chez nous surtout, qui vivons spécialement par l'intelligence (et c'est notre honneur), si l'intelligence ne s'occupe plus de Dieu, la foi baissera vite et la piété plus vite encore. Nous risquerons davantage peut-être; à la longue nous pourrions tomber, au moins en pratique, dans une sorte de rationalisme plus ou moins conscient. Et cela ne se comprend que trop. Alors que, par hypothèse, car il ne s'agit pas ici des gens nuls, alors que nous aurons développé en nous par un travail continu toutes les études profanes, et approfondi de notre mieux la philosophie, l'histoire, les sciences, la littérature, — si nous en demeurons, pour les connaissances religieuses, au souvenir de plus en plus vague des enseignements tels quels du grand séminaire, est-ce que la théologie, est-ce que la science de Dieu ne risquera pas de nous apparaître comme inférieure aux autres sciences ? Et, en effet, elle le sera dans notre esprit, mais par notre faute, et parce que nous aurons négligé de la faire grandir avec toutes les autres. Je n'insiste pas sur les conséquences possibles d'un tel état d'âme ; mais il y a là un péril des plus graves, et plusieurs peut-être, qui l'ont traversé, diront qu'il vaut la peine d'y prendre garde.

Pour ces études religieuses, aliment nécessaire de la vraie piété et sauvegarde assurée de la foi, on devra, comme pour les autres, chercher des conseils, au loin s'il le faut, près de soi autant que possihle. Une fois mis sur le chemin des ouvrages sérieux, du prendra goût à la science divine, qui est, on aura tôt fait de s'en apercevoir quand on l'aura recommencée pour de bon, la plus belle de toutes et la plus attrayante.

On fera de l'Écriture Sainte la base de ses études : au moins une fois on en lira le texte en entier, et toujours on aimera à relire le Nouveau Testament, les Psaumes, les Prophètes ; on replacera ces livres dans le milieu qui les vit naître et dont ils nous parlent ; principalement on s'appliquera à connaître la vie de Notre- Seigneur et celle des premiers Apôtres. On étudiera l'histoire de l'Eglise dans les ouvrages bien au courant. On demandera l'enseignement doctrinal de l'Eglise à l'ouvrage très exact et très substantiel du professeur Denzinger, En- CHiRiDiON symbolorum et definitionum quœ de rébus fidei et morum a conciliis œcutnenicis et summis pontificibus emanarunt. Quelque solide manuel de théologie, comme celui de Hûrter, servira de guide à travers les ouvrages plus complets des grands maîtres. Nous apprendrons l'apologie avec les hommes qui ont à la fois

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compris la religion et la philosophie, la religion et la science ; nous nous offrirons la grande joie de lire des œuvres comme celles du Père Gratry^ ; des travaux comme ceux de Newman, de l'abbé de Broglie et de M^'^ d'Hulst nous habitueront à regarder sans peur les vraies difficultés, et à les réfuter sans les amoindrir. Que si, avec cela, nous étudions la mystique dans les meilleures Vies de saints, dans les Pères de l'Église, dans sainte Thérèse, saint François de Sales, Bossuet, le PèreFaber, nous ne tarderons pas, sans rien perdre (au contraire!) de notre perspicacité pour les sciences humaines, à comprendre et à estimer plus que tout le restfr la science divine, à augmenter le nombre, si restreint, de ces prêtres de doctrine et d'intelligence qui sont, sous l'action du Saint-Esprit^ les grands instruments du progrès religieux dans le monde.

Tout cela revient à dire qu'il faut s'instruire pour bien enseigner, et que, pour accroître la vie divine dans les âmes, il faut qu'on soit un vrai prêtre. Puissent ces vérités banales être pratiquement admises par tout le monde !

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