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Extrait des Bulletins de r Académie royale de Belgique (Classe des lettres, etc.), n«« 9-40 (sept.-oct.), 1904.
au XVIh siècle (').
L'histoire de la vie privée, des mœurs, est une des moins connues ; celle des conditions économiques en est encore à la période des « contributions ». Aussi est-il intéressant de signaler les documents de cet ordre. ]1 m'est tombé sous la main un registre du XVII" siècle dont je donnerai l'indication en peu de mots. Il s'agit d'une sorte de livre de comptes ou Papier- Journal des mises et receples laites pour M. de Moulembais par Louis du Buz, qui tut aussi bailli de Condé. Les comptes de la gestion sont malheureusement Tort incomplets et ne nous renseignent pas assez sur la vie seigneuriale. Ils ne concernent que les dépenses personnelles du gentilhomme; il y a des comptes ou « partyes » spéciales dont nous n*avoiis que la mention : écuries, cuisine, gages et dépenses des pages et serviteurs; ce dernier poste seul a des détails. Tels qu'ils sont cependant, vu la rareté de nos documents de l'espèce, ils ont un intérêt appréciable pour les deux années allant de septembre 1602 à 1G04 qui nous sont conservées dans ce registre.
Le c( Monsieur de Moulembais », dont en réalité on nous raconte la vie pendant ces quelques mois, n'a pas joué un rôle important dans l'histoire, bien qu'appartenant à une grande race. Je crois pouvoir l'identifier en la personne de Jean de Croy, comte de Solre, baron de
(1) Bull, de l'Acad. roy. de Belgique (Classe des lettres, etc.), noi 9-10, pp. 527-539, 190i.
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Beauffort et de Molembais, fils de Philippe de Croy (1), qui fut grand bailli de Tournay, conseiller d'Élat, grand écuyer d'Albert et Isabelle, mort en 1612, et d'Anne de Beauffort. Philippe de Croy avait épousé en secondes noces Anne de Croy, veuve d'Emmanuel de Lalaing, le célèbre baron de Montigny. Anne était la fille unique de Guillaume de Croy, marquis de Renty, et d'Anne de Renesse. Notre « Monsieur de Moulembais » était en rapport suivi avec la famille de sa belle-mère; il reçoit souvent des lettres du marquis de Renty ; et celte intimité amènera son mariage avec Jeanne de Lalaing, fille d'Anne de Croy et d'Emmanuel de Lalaing-Montigny.
Le jeune seigneur dont Louis du Buz gère les dépenses personnelles n'est pas marié à l'époque de nos comptes.
Il tire son principal revenu des terres d'Artois, dont nous avons les noms : ce sont les seigneuries de Beauffort et de Ransarl; elles lui viennent du chef de sa mère Anne de Beauffort, fille unique et héritière du baron de Beauffort, seigneur de Ransart et autres lieux, et député de la noblesse aux Etats d'Artois.
Son revenu prélevé sur les receltes de ces seigneuries s'élève pendant les années en question à la somme de 3,455 florins, perçue des receveurs en deux semestres, à Pâques et à la Saint-Remy (2).
La somme a grand' peine à suffire à ses dépenses; pour l'année comptable 16(32-1693, nous avons l'élal des recettes et la balance ; tandis que les dépenses seules, importantes, sont relevées pour l'exercice suivant. Or au
(1) Nobiliaire des Pays-Bas. Louvain, 17G0, (I), p. 85.
(2) La monnaie de comple employée est le florin, se divisant en vingt solz.
premier exercice déjà, qui semble cependant une année normale, les dépenses dé|)assenl les receltes.
Nous donnons ici la balance du compte, avec le déficit qui en résulte ; elle indique les divers postes de cette comptabilité et donne déjà un aperçu de ce qu'est la dépense de vie d'un gentilhomme de grande race, n'ayant pas encore en main une fortune très importante (1 ).
Les dépenses dont nous avons le relevé sont les dépenses personnelles ou d' « entretènement », selon le mot adopté; elles comprennent celles de la toilette, des voyages, de la santé, des « menus plaisirs w, des éludes et lectures, des aumônes, etc.
C'est dans ces postes que nous pourrons utilement cueillir quelques indications sur les habitudes et sur les prix des choses comme des services.
(1) Clôture tiu comple en fin septembre 1603 :
Dépenses persormcUes (entretènement) de « Monsieur », y compris r « enlrelenemcnt » des pages et serviteurs, 1,534 tlor. 16 sous 2 den.
« Partyes » des écuries, 233 tlor. 5 s.
Celles des cuisines, « y compris le vin, bois, chandelles », etc. 2,050 tlor. 14 s. 8 d.
Tandis que la rece|)te totale n'est que de 3,455 florins.
Quand il y a difficulté, L. du Bus fait des avances dont il se rembourse ensuite ; et pour les sommes des revenus à échoir, on recourt aussi à diverses personnes qui en font l'avance.
Du Bus indique nettement dans le compte de 1603 les avances dont il se rembourse. Puis sur un feuillet sans date est encore indiqué un M Mémoire de ce quy m'est deubt », où entre autres on voit : Pour mon cheval, 200 11. De Mons. le marquis de R.. 60 fl. Du même pour prêt, 5 11. J'ai payé pour un cheval, 180 il.; pour la selle, 26 11. 10 s. ; pour faire venir diverses armes, 14 s., etc., etc.
Le u papier journal » lui-même, grand cahier oblong de gros papier recouvert en parchemin a coulé vingt sons. Les notes y sont disjmsées par date; mais nous avons souvent des déceptions, car il est noté des sommes globales dues à divers, tailleurs, apothicaire, etc., d'après leurs « parlyes )> ou billets et quittances, alors qu'il nous plairait tant d'en avoir le détail.
Quelles sont les dépenses qui apparaissent? Citonsen quelques-unes au travers de ces vingt-quatre mois, qui peuvent faire apprécier les habitudes et les prix.
Assez Iréquentes sont les lettres ; c'est au destinataire à les jiayer, et ainsi nous en avons la note ; une lettre de Bruxelles à Condé se paye 0 sous 8 deniers; il en reçoit ussez bon nombre, par « paquets », dont le port est alors plus élevé naturellement.
Fréquentes et régulières aussi les dépenses de jeu; il y en a pour jouer en société de côté et d'autre; il y en a toujours pour le jeu de « paulme », auquel Monsieur se livre partout où il se trouve, même en voyage (1).
Mais le gentilhomme cherche aussi quelques ressources d'instruction. H a un écrivain. Est-ce pour écrire ses lettres, on ne le voit pas, et faire se pourrait ; l'écrivain a un service permanent et des appointements mensuels de
4 llorins.
Mais (c Monsieur » veut aussi faire de l'arithmétique. <r Nota, dit du Bus en juin i(K)3, que le 1- de ce présent
^; Les cartes paraissent aussi. Un jeu coûte 3 sous.
mois Mons. a commensé d'apprendre l'arithméliijue )>, et le maître, 1' « arithméticien », comme il l'apjielle, reçoit un salaire mensuel de 5 florins. O'aulre part, il veut compléter son éducation mondaine; il apprend à danser. En octobre 1003, il est payé 12 livres à un « Mons. de Mirre pour le présent mois qu'il a monstre à Mons. à danser ». Mais la maladie va interrompre bientôt ces leçons. Au surplus, la lecture a sa part, et l'on voit des notes de libraires; nous ne trouvons que peu de titres, tel un vocabulaire à biiil langues, dont coût 15 sous; un traité de la sphère, acheté pour les pages, etc. On trouve encore 20 sous pour quatre cartes « à servir a Monsieur pour l'instruire à la Géographie ».
Presque à chaque mois quelque aumône est inscrite au compte; mais, en général, le chiffre en est peu élevé.
La toilette est un poste important pour un jeune gentilhomme de ce rang, et la note du tailleur api)araîl iréquemment, presque toujours, d'après billet, donc d'un renseignement trop sommaire; mais il y a aussi des prix de détail parfois, et d'ailleurs aussi le prix global montre que la dépense elle-même doit être une charge importante, surtout en ville, en voyage, quand il s'agit de représentation ou de réception.
Au surplus, on ne peut trop se figurer les prix, car il y a bien des qualités différentes, d'étoffes par exemple.
A Tournai, nous constatons avec quelque précision, qu'en 1G04, on achète « 90 aulnes à 26 s. l'aulne a faire chemises pour Mons. de M. », puis « onze aulnes de toile a 5 11. iO s. l'aulne à faire collets à Mons. ». Voilà certes des toiles à des prix fort différents, le collet étant de grand luxe. Au surplus, la façon de ces quatorze chemises faites h Tournai, en juillet 1604, coûte encore 7 florins 10 sous.
Il porte des vêlements de drap, et nous le voyons, en novembre 1605, acheter h Bruxelles « 3 aulnes et demie de drap à 5 ^À> florins l'aulne pour se faire une casaque » ; puis, plus tard, une nouvelle « aulne pour une chausse à bottes du même drap que la casaque » (i).
Mais quand il faut des vêtements de soie, les prix s'élèvent, et pendant son séjour à Bruxelles, en novembre i6Ô5, nous voyons payer en quelques jours 95 florins, puis 55, puis encore 157 à divers marchands de soie.
Les chaussures forment une forte dépense; quant au prix, nous trouvons 4 florins payés pour trois paires de souliers, puis 18 florins et quelques sous pour quatorze paires, lesquelles figurent en un seul poste, en avril 16()3.
Quant aux gants, il en est d«^ matières variées; en mai 16()5, il y a trois paires pour ^ùi) sous; plus tard, 8 sous pour une paire de gants de cerf; une autre de gants de Paris, cousus de soie, coûte 50 sous (â), etc.
On sait combien grand était le luxe des habits pendant cette période, les dépenses des parvenus contre lesquelles proteste même la noblesse du Hainaut, vrai excès qui ne permet plus, dit-elle, de reconnaître le gentilhomme d'avec le roturier (5).
Les incidents de la vie de M. de Moulembais nous
(1) On trouve ailleurs 10 sous pour la façon d'un haull déchausse.
(2) Il y a encore bien des dépenses de menus frais, par exemple : « deux douzaines d'esguillettes de soye brun-verd, 26 s. 8 d. ; un pendant d'épée avec un ceinturon en broderie, 10 11.; cordons à mettre aux rabats de Monsieur, 6 s., etc., etc. »
(3) Humble remonstrance sur le faict de noblesse (du début du XVII« siècle), dans Lacroix, Inventaire des archives du Hainaut^ p. 220. Détails intéressants dans M. de Villermont, Grands seigneurs d'autrefois. Bruxelles, 1904.
donnent (juelque idée des frais de voyage et aussi des dépenses de maladie. En 1604, il y en eut une série.
Dès la lin de t(>05, il devient soufl'rant, et nous voyons paraître médecin et apothicaire. Le 2 janvier 1604, il est payé au D*^ Wiart, de Cambray, une somme de 50 florins, mais il a passé cinq jours h Condé « pour penser Mons. de M. lequel estait mallade à Condé »; il y a de plus 4 florins pour son serviteur. Le barbier reçoit « 6 florins pour saigner Mons. à la main ».
Cette indisposition se prolonge; cependant il circule, va à Tournai, y joue encore au jeu de paume, y reçoit même de la compagnie à dîner et dépense de ce chef 15 sons pour un lot de vin d'Espagne; mais il est toujours souffrant et on doit lui donner de l'hypocras et de ta noix de muscade.
Au premier jour de février, il consulte des médecins de Tournai; il y a une consultation, dont 41 sous pour un des docteurs.
Néanmoins, il va encore à la chasse le 15 février avec son père, et y dépense 15 sous; mais au début de mars, nouvelle consultation, et il se décide à se faire soigner sérieusement. A cet effet, son père décide qu'il ira à Douay, sans doute à cause du D"^ Crefel qu'il a déjà consulté. Le 16, M. du Bus va à Douay voir comment on pourra l'y installer, et on prend logis et pension chez M. de Mundre, où la table sera de 200 florins par mois, sans le vin, car on a le compte spécial pour celui-ci.
Tout ce voyage, qui se fait en coche, puis les autres qui se font à cheval, occasionnent des frais de roule et de séjour ; les journées de cheval sont fréquentes ; nous voyons le prix de 15 sous par jour pour la location d'un cheval, aiais quand il s'agit d'une escorte, les prix s'élèvent, c'est
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clair, car il faut payer les cavaliers; quand Monsieur fait à Bruges un voyage d*agrémenl, il se fait escorter d^hommes à cheval qui recevront 15 florins de ce chef (1).
Les voyages sont fréquents; outre ceux dans le voisinage, Monsieur va à Nancy assister à la réception du Roi par le prince de Lorraine, à Bruxelles, à Gaiid, à Bruges, etc.
Quant au personnel ordinaire de vservice, il se compose d'un page, qui est entretenu de ses dépenses, mais ne reçoit pas de gages, de divers serviteurs, un valet de chamhre, un palefrenier et une servante. Bien qu'on ait le compte du service pour 1()()2 à KiOl, on ne peut bien voir les gages qu'ils reçoivent; ils ne sont presque jamais soldés que par acomptes, et leurs gages sont souvent en retard, il en appert clairement; on trouve cependant que la servante Marie reçoit 1^ lïorins et 10 sous pour trois mois de service, soit un peu plus de 4 florins par mois.
Il n'y a point a songer, d'après de pareilles données, à évaluer la force d'achat du florin au commencement du XVII^siècle, d'autant moins (pj'il s'agit de consommations recherchées et que les prix de luxe ne peuvent servir de base à l'estimation de l'étalon. Ce n'est pas, on le sait, le seul livre de comptes que nous possédons de la famille de Groy. Charles, duc de Croy et d'Aerschot, nous a laissé
(1) Les logements ne devaient pas être toujours confortables, car nous trouvons 6 sous pour « six bottes de paille qu'il fallut achepter lorsqu'estions à Gand à mettre aux lict2 »!
des documents, mémoires et comptes du plus grand intérêt (1).
Ils sont de la même époque, car il est mort en 1612.
il a un train autrement considérable et brillant, et malgré des règlements très minutieux, il fit d'énormes dépenses somptuaires et eut des difficultés financières. Mais la fastueuse opulence du duc Charles, pas plus que la vie large mais plus modeste du comte Jean, ne nous instruisent sur cette question si délicate que l'on ne peut encore trancher résolument. Nous avons cité ailleurs (î2) un propos de l'abbé Richardot, estimant pauvre un gentilhomme doté de 10 à 12,000 florins. Jean de Croy en a pour revenu plus de 3,000, on l'a vu; et il n'est pas au large, sans faire, semble-t-il, de folies, car les dépenses vraiment grosses, en hijoux, parties de luxe, etc., ne paraissent pas excessives dans nos comptes, lesquels cependant sont difficiles à boucler.
QuG représenterait donc de nos jours le revenu de « Monsieur de Molembais », comte Jean de Croy? Les dépenses et recettes sont estimées dans la monnaie de compte hahituelle de nos provinces, le florin. Que valait-il en fonction du franc, et comme valeur intrinsèque et comme pouvoir? Les variations de l'étalon monétaire compliquent la difficulté (5). Il faut d'abord comparer la
(t) Baron de Reiffenbeug, Une existence de grand seigneur au A Vh siècle. Mémoires autographes du duc Charles de Croij Bruxelles, 1845. — Hagemans, Histoire du pays de Chimay. Bruxelles, 1866.
(2) Jean Richardot, Note sur Vorigine de l'ambassade belge à Rome. I.ouvain, 1891. (Extrait du Museon.)
(3) Réflexions et documents dans Cocheteux, Notice sur les monnaies des archiducs. (Revue belge de numismatique, 1877, p. 49.) — W.-A. Shaw, Histoire de La monnaie. Paris, 1896, pp. 46 et suiv. —
▼aletir intrinsèque. M. Chalon (i),on le sait, a fait naguère ce calcul et établi pour l'année 1599, très voisine de la nôtre, la valeur intrinsèque du florin d'argent à fr. 2.50 environ, en fonction de l'argent nioderne, considléré d'après sa valeur officielle et conventionnelle d'étalon, à la frappe. Mais quant au pouvoir d'achat? D'après des indices qui pourraient être discutés, le vicomte d'Avenel (2) admet en France, sous Louis XIH, le multiple de 5. Cela ferait au florin une valetir effective de 7. 5<) environ. En multipliant la recette totale du comte Jean par ce chifl're, on arrive à un total de 26,(M)() francs environ; son train ne parait d'abord pas bien pouvoir répondre à un revenu de ce genre ; il semble qu'avec cette somme de nos jours on aurait bien davantage d'utilités et de services. A première vue donc, notre compte ne démontre peut-être pas le multiple de 5, et le revenu du comte Jean de Croy Molembais paraît correspondre à moins que cela; mais, d'autre part, nous ne connaissons pas le détail de deux parties très importantes : la cuisine, qui représente plus de la moitié du budget et qui comportait peut-être iàne chère et vins recherchés; Vécurie, dont nous ne connaissons pas l'eliéctif; il y a bien des postes, enlin, dont nous n'avons pas le détail, que nous ne pouvons ainsi comparer avec les valeurs actuelles. Force nous est donc de réserver notre jugement et de noter seulement ce chitlre comme une estimation approximative et possible.
A. DE WiTTE, Histoire monétaire des comtes de Louvain, 1900, t. III, etc. Il y a plusieurs manuscrits importants. Nous ne les citons pas, ne faisant pas ici une élude ex professo de ce sujet.
(i) Hevue belge de numismatique. 1871, 3* sér., t. III, p. 186.
(2) Richelieu et la monarchie absolue. Paris, 1884, t. II, p. 165.
Les comptes personnels de « Monsieur de Molembais « ne sont pas les seuls renseignements contenus dans lie registre que nous analysons. Louis du Bus n'y a pas continué ces sortes de comptes, et nous en ignorons le motif, mais nous trouvons sur d'autres feuillets, des comptes de la succession de ce même Louis du Rus et diverses autres estimations intéressantes, qui se rapportent à une date un peu plus rapprochée et dont plusieurs semblent relatifs à la gestion de la ville de Condé. Signalons une série de comptes et notes relatifs à des travaux agricoles de 1625 à i634.
La gestion de Louis du Bus, pour M. de Molembais, et celle pour la ville de Condé ont donc l'une et l'autre des fragments dans ce registre.
Les pièces concernant la succession de Louis du Bus, bailli de Condé, décédé le 9 juin 1639, comprennent un état des « dettes passives que plusieurs |)ersonnes demandent aux héritiers »; un « mémoire des frais déboursés par B. Petit, exécuteur du testament de feu Louys du Buz escuier, bailly de Condé Irespassé le jeudy à 4 heures du matin le 9 de juin 1639 (1) »; un inventaire, du 11 juin, de ce qui fut trouvé a avec Mademoicelle du Buz, dedans le scriban de feu Monsr. du Buz sou père, en diverses layettes »; ce sont des pièces de
(1) Payé pour les frais des funérailles célébrées dans l'élise collégiale le jour de sa mort, 166 fl. 3 s.
monnaies estimées en florins, ce qui présente un intérêt réel pour les cours du change (1), etc. (2).
Les comptes agricoles relatifs aux travaux d'ensemencement et de récoltes de 1625 à 1634 demanderaient une étude spéciale, que nous ne pouvons entreprendre ici ; mais il y a dans quelques comptes de produits des indications de prix qui méritent de fixer l'attention.
Dans ces diverses pièces, il y a donc quelques chiffres à cueillir; nous donnons en note les plus précis comme contribution à cette histoire <hi prix encore à peine ébauchée (5).
(1) En voici quelques extraits :
33 */2 souverains d'argent à 3 florins la piè^ce. Un patacon à 2 tl. 8 s.
30 patars à ! fl. 10 s.
M) philippes à 404 fl.
(2) Mons. Polydore at eu de la maison mortuaire les bestiaux cy après dénommés :
Deux vaches à lait pour 88 tl. la pièce.
Une jument, 168 tî.
Deux porcs à 18 tl. la pièce.
Un bœuf gras à 16l2 florins.
(3) Dans la succession du Bus : Argenterie. Sept cuillères d'argent ont pesé 9 onces six esterlins, taxé à 52 patars l'once, porté à 23 fl. 13 pat. par billet du 27 novembre 1640, signé Isidore Hannequenne, orfèvre à Mons. Sur ces expressions et mesures, cf. Van Heurck, Traité hUlorique des monnaies. (Bibliothèque royale de Bruxelles, manuscrit.)
La coupe d'argent doré pesant 13 Vs onces à 4 */i florins l'once, portée à 60 fl. 15 s. par billet signé Stephan Botermans, orfèvre à Bruxelles.
Comptes divers : Vendu au marché de Condé, 9 razières de seigle à 13 fl. 10 la razière; sur quoi il faut déduire pour le port au marché, 27 s., pour le mesurage, 4 s. 6 d.
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Si minces que soient encore ces données, dont nous ne voulons pas tirer de conclusion d'ensemble, elles servent au moins à donner un aperçu de quelques détails du train de vie de l'époque; rien ne se perd en histoire et les petites pierres servent à construire même les beaux édilices.
Il me reste à exprimer ici mes remerciements a:i propriétaire de cet intéressant manuscrit, le baron Raoul du Sart de Bouland, gouverneur du Hainaul. Puisse son exemple faire venir à la lumière beaucoup de documents encore ignorés, enfouis trop jalousement dans les archives privées, qui recèlent encore tant de trésors. Le présent document ne concerne guère que des faits de la vie privée (i); n'est-ce pas la vraie histoire sociale, la moins connue encore, mais qu'il importerait tant de bien connaître?
(1) Il est très peu d'allusions à des faits d'ordre public. Le 2 août 1604, M. du Buz est envoyé à Gand par Son Excellence trouver « M. d'Ayala, ambassadeur pour Leurs Altesses en France », mais il n'est fait mention que des frais du voyage.
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