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Quelques notes sur la paroisse de St. Christophe d'Arthabaska et sur ses premiers colons [microforme]

Le courage ne consiste pas seulement à braver la valeur d’un ennemi, il se montre encore dans cette fermeté que l’homme de cœnr sait déployer pour lntter contre les ennuis, les dégoûts, les privations de l’indigence, et contre ces milie obstacles journaliers qu’un travail dur et opiniâtre seul parvient à surmonter,

L’ABBÉ C, TRUDELLE,

CHARLES BEAUCHÈNE.

Le fondateur de la paroisse de St Christophe d'Arthabaska est Charles Beauchène, (1) respectable vieillard, âgé de plus de soixante-dix ans, qui vit encore entouré de ses enfants dont ilest chéri et respecté. C’est le 18 mars 1835, ou’il venait planter

(1) M. Charles Beauchène naquit à Bécancour, le 25 décembre 1792, de Charles Beauchène et de Agathe Dehaie, Comme ses parents étaient pauvres, il se vit obligé de laisser la maison paternelle à l’âge de sept ans, pour aller demeurer chez un de ses parents qui le garda jusqu’à sa première communion qu’il fit à onze ans, Il fut ensuite en service jusqu’à l’âge de vingt ans ; c'était en 1312. Comme le pays reclamait à cette époque des bras pour le défendre

des

sa tente sur les bords de la rivière Nicolet, (2) à dix arpents environ de l’église paroissiale aujourd’hui bâtie sur le versant d’une montagne que l’on connaissait alors sous le nom de Mont Christo. On croit généralement que c’est ce qui a valu à la paroisse le choix du patron dont elle porte le nom. Il avait avec lui un : nommé Morrisset: (Olivier) qu'il avait amené de Gentilly, comme engagé. Un chéval, une voiture, une hache, seize piastres.en argent et quelques meubles de ménage faisaient toute sa richesse.

Ce n'était pourtant pas la première fois qu'il met-

contre d’injustes agresseurs, il fut désigné par le sort pour prendre les armes, ét ce ne fut qu'après deux années de service qu'il revit su paroisse natale.

En 1819, M. Charles Beauchène épousa Marguerite Le Vasseur dont 1l eut neuf enfants qu’il nomma Elzéar, Néré, Cyrille, Urbain, Zoé, Rose de Lima, Schoslastique et Charles, ce dernier mourut en bas âge, à Bécancour. Aussitôt après son mariage, on l’installa comme traversier à la rivière Bécancour où, pendant douze années consécotives, il remplit cet oflice à la grande satisfaction de tous les voyageurs. C’est pendant ce laps de temps qu’il réalisa une somme d'argent suffisante pour acheter une terre.

Eu 1831, il allaït se fixer à Gentilly comme cultivateur, mais le bonheur qu’il s'était acquis par an dur et pénible travail, et qu’il se promettait dans sa nouvelle position, ne fut pas de longue durée. [Il y avait à peine quelques mois qu’il était possesseur de la terre, qu’on lui signifia des redevances dont elle était grevées, et qu’il se vit dans l’obligation de payer indépendamment du prix du fonds. Toutes ses épargnes furent sacrifiées, et c’est à la suite de ces revers qu’il prit la route d’Arthabaska.

(2) La rivière Nicolet, en traversant le canton d’Arthabaska, se divise en deux branches, l’une allant au Sud-Ouest, l’autre au Nord- Est, connue sous le nom de Rivière au Loup. C’est cette dernière que M. l'abbé Trudeile dit avoir été remontée avant 1830, par un nommé David Prince qui prit, dans les pointes de Bulstrode, une terre qu’il céda ensuite à Louis Héon et à Hubert Doiron qui s’établirent dans ce canton à cette époque. Mais comme les terres de ces derniers sont bien en dehors du territoire de la paroisse de St- Christophe,je n’hésite pas à donner à M. Chs. Beauchène, l’honneur d’avoir été son fondateur,

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tait le pied sur la terre.des Bois Francs, (3) car il était venu, quelques jours auparavant, faire l’exploration de ces lieux qui étaient la Californie du temps. Il avait été tellement frappé de la grosseur et de la hauteur des arbres gigantesques qui s’offraient à ses regards et qui annonçaient une terre propre à toute espèce de culture, qu'il s'était dit : C'est ici que je viendrai vivre et mourir. Aussi, quand au retour de sen voyage, il revit sa femme et ses amis, il leur dit, avéc une joie mêlée de tristesse: J'ai trouvé le pays si beau que je pars de suite pour aller m'y fixe:.

Les préparatifs du voyage furent bientôt terminés, le trajet de Gentilly à la rivière Nicolet se fit assez heureusement ; et le 18 mars au soir, les échos du mont Chrisito répétaient au loin le bruit de la hache d’un bûcheron qui s’attaquait aux grands arbres de la forêt, puis un énorme tronc roulait avec fracas sur le sol. Une heure plus tard, un gros feu était allumé, qui réchauffait nos deux hardis défricheurs.

(3) Dès avant l’année 1830, on connaissait déjà, dans les paroisses dun Sud du district des Trois-Rivières, l’existence de cette partie des Cantons de l’Est, que l’on a si promptement appelée les Bois- Francs. Plusieurs fois, des chasseurs canadiens avaient vénétré dans les magnifiques forêts de Somerset et de Stanfold, et les avaient parcourues dans toutes les directions. Ils avaient admiré ce pays immense, dont l’orme, l’érable et le noyer faisaient ie plus bel ornement et que la nature seule entreteuait dans une propreté et une élégance princière,

Aujourd’hui encore ceux qui visitent pour Ja première fois, les parties de cette forêt que les colons n’ont pas attaquées, ne peuvent s'empêcher d’éprouver les mêmes impressions, et sont souvent tentés de s’écrier avec un de nos poëêtes :

O mon pays! de la nature Vraimeut tu fus l'enfant chéri !

D’abord,le nom de Bois-Francs ne fut donné qu’aux seuls cantons dé Somerset, Stanfold et Arthabaska, Gepuis, cette dénomination s’est étendue aux cantons d’Inverness, Halifax, Bulstrode, Chester, Warwick, Ham et Wotton.

Quels noms, va-t-on dire, et quel pays ! Æonni soit qui mal y pense, il ne faut pas croire, en voyant tous ces noms de lieux à la figure bretonné, qu'il s’agit de l’établissement des Îles Britanniques ; la langue française presque seule se fait entendre daus ces ous et l'air qu’on y respire est l’air de la patrie.

L’ABBÉ C. TRUDELLE,

Mu Pan

[ls passèrent la première nuit dans la forêt, n'ayant pour abri que le ciel, et pour lit la terre humide et glacée du printemps.

Les choses ne pouvaient pas en rester là bien longtemps, aussi, le lendemain, dès la pointe du jour, Beauchène se mit à l'ouvrage ave: son homme, pour construire une cabane en bois rond, C'était la manière ordinaire et la plus expéditive, chez les colons, pendant assez longtemps, de se mettre à couvert du vent, de la pluie, de l’ardeur du soleil et des autres incommodités du temps. Jusqu'à ces dernières années, on voyait de distance en distiies

de ces modestes demeures qui conservaient encore.

le cachet des premiers temps de ji’établissement des Cantons de l'Est; mais à mesure que le défrichement se fait, elles disparaissent, et aujourd’hui, c'est à peine si l'on en voit une ou deux dans plusieurs paroisses.

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