‹ Quelques notes sur la paroisse de St. Christophe d'Arthabaska et sur ses premiers colons [microforme]Chapitre 17 sur 39 · L’ABBÉ C. MARQUIS · texte numérisé non relu

L’ABBÉ C. MARQUIS

“ Il est, a dit un célèbre poëte, un homme qui n’a point de famille, mais qui est de la famille de tout le monde, qui reçoit l'enfant au berceau et ne le laisse qu'à la tombe ; un homme que les petits enfants s’accoutument à aimer et à vénérer, que les inconnus même appellent mon pére, aux pieds duquel les chrétiens vont répandre les aveux les plus secrets, 2 homme qui est le consolateur, par état, de toutes les misères du corps et de l’âme, l'intermédiaire de la richesse et de l’indigence ; qui voit le pauvre et le riche frapper tour à tour à sa porte ; le riche pour y verser l’aumône, le pauvre pour la recevoir; un homme qui n'étant d'aucun rang social, tient à toutes les classes, aux classes inférieures par la vie pauvre et souvent par l'humilité de sa naissance, anx classes élevées par son éducation, la science et l'élévation des sentiments qu'une religion de charité inspire et commande, un homme enfin, dont la parole tombe de haut sur les intelligences et sur les cœurs, avec l’autorité d’une mission que Dieu seul peut donner. Cet homme, c'est le ministre de la Religion de Jésus- Christ, c’est le prêtre.”

Accoutumés, dès l'enfance, à entendre sa voix, nos premiers colons ne pouvaïent se familiariser avec la pensée de demeurer longtemps séparés de lui; aussi le soir, tristement assis sur le seuil de leurs chaumières, élevaient-ils souvent leurs regards vers le

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Quand donc, se disaient-ils les uns aux autres, les larmes aux yeux, nous sera-t-il donné de recevoir la bénédiction du prêtre ? La forêt que nous habitons, élève, il est vrai, une barrière presque infranchissable entre nos parents et nous, mais nous ne cessons pas pour cela, d’appaïtenir à la grande famille des chrétiens! Dieu ne saurait nous délaisser ici, long:temps encore !!1........., SE OR Re

Non. non, braves défricheurs, vous ne demeurerez pas toujours orvhelins : tandis que nous élevez vers le ciel vs mains suppliantes, voilà que des anges ont porté vos prières au pied du trône de l'Eternel, et voilà que le secours va vous venir d’où vous l’attendiez. Ce prêtre après lequel vous soupirez, vous arrivera bientôt pour cicatriser vos plaies, et verser sur vos privations le baume des consolations et de la

joie !!

Pour arriver à Arthabaska, les premiers colons passaient par Gentilly, montaient au Domaine, se rendaient à la rivière Bécancour, et de là à Stanfold. Ils se dirigeaient ensuite sur les pointes de Bulstrode et de là encore, toujours à travers la fc'êt, sur la rivière Nicolet qu'ils côtoyaient jusqu'à leurs habita-

tions. C'est la route que suivit en partie, le premier missionnaire des Cantons de l'Est, M Michel Carrier, ancien curé de (rentilly et décédé à la Baïe du Febvre, en l’année 1860, après avoir desservi cette grande et belle paroisse trente ans environ. J'étais alors sous l'impression, pour l'avoir entendu dire, que ce digne prêtre s'était rendu à Arthabaska, mais je suis convaincu qu'il na pas été plus loin que la rivière Bécancour, comme l'atteste l'extrait suivant d’une lettre d’un des premiers missionnaires de nos cantons :

“ Daus l'automne de 1838, je me rendis à St-Louis de Blandford (9) où je trouvai un commencement de paroisse. Les habitants avaient déjà recu plusieurs fois la visite des MM. Carrier et Larue, curés de Gentilly. C’est M. larue qui avait fait bâtir une chapelle sur les bords de la rivière Bécancour. Cette chapelle n'était, pour ainsi dire qu’ébauchée, car elle était seulement à l’entretoise et garnie de planches, sans voûte ni sacristie. J'y fis la mission et me rendis ensuite à Stanfold, par la savane qui séparait alors cette place de Blandford. Il n’y avait elors aucun chemin praticable, il fallait passer cette savane à pied, dans l’eau la plus grande partie. Le terrain était assez marécageux qu L'il était impossible d’y aller à cheval. C'est dans ce triste chemin que les colons étaient obligés de porter sur le dos leurs effets et provisions pour leurs familles, et c'est là que périt de froid le revérend M. Bélanger, avec un de ses compagnons de voyage, en allant secourir un malade.

Le premier prêtre qui a visité le canton d’Arthabaska, est M. Olivier Larue, curé de Gentilly. Dans l'été 1838, il monta à Blandford, se rendit à Stanfold et à Somerset où 1l dit la messe, suivant le rapport de l’abbé C. Trudelle dans son ouvrage intitulé : “ les

(9) St-Lonis est le nom du patron de la paroisse du Canton de Blandford que l’on ne connaissait dans les premiers temps que sous le nom de “ la rivière Bécancour.’

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Bois-Franes,” , De là, il continua son voyage aux pointes de Bulstrode, et jusqu'aux habitations de notre fondateur et de ses compagnons, Louis Garneau, Louis Lavigne, Joseph Lavigne et autres.

Nous ne pûmes en croire nos yeux, me disait tout dernièrement l’un d'eux, en voyant au milieu de nous. l’homme de Dieu. Il nous semblait voir un ange descendu du ciel. En un clin d'œil, nous nous trouvâmes tous réunis autour de lui, et nous pleurions comme des enfants, qui revoyalent un père tendrement aimé, après plusieurs années d'absence. Il loua beaucoup notre courage et notre patriotisme. Il nous bénit, nous, nos enfants et nos maisons, entendit nos confessions, et nous promit de ne pas nous abandonner. J'aurai prochainement -n prêtre avec moi, ajouta-t-1l, et je ferai en sorte qu’il vous visite aussi régulièrement que possible. Ses paroles tombaïient de sa bouche sur nos cœurs comme la rosée du ciel sur une terre altérée depuis longtemps. Ces quelques moments de bonheur passèrent pour nos colons aussi vite que l'éclair qui fenud la nue, et il fallut 5e séparer, mais avec l'espoir de voir s’accomplir prochainement les paroles de l’envoyé du Seigneur.

Dans l’automne de la même année, un jeune lévite, M Denis Marcoux, aujourd’hui curé de Champlain, recevait l’onction sacerdotale, et s’en allait comme vicaire de Saint-François du lac Saint-Pierre. Monseigneur Signay, alors archevêque de Québec, qui avait remarqué dans cet ecclésiastique les plus excellentes dispositions pour les missions, aurait bien dé-

siré le placer de suite chez M. Larue, mais des be-

soins impérieux le réclamaient au poste qu'il a occupé pendant une année. Ce ne fut que dans l’automne 1838, qu'il reçut la lettre suivante, qui le transférait du vicariat de Saint-François à celui de Suaint- Edouard de Gentilly :

Archevêché de Québec, Septembre, 18388.

Mon cher Monsieur,

À ‘“ Je vous nomme, par les

:H présentes, vicaire à Saint-Edouard de Gentilly, avec ji la charge d’aller visiter les nouveaux colons des can- L tons de Blandford, Stanfold, Somerset, Arthabaska, à Warwick et Bulstrode, en un mot tous les habitants

des Boiïs-Francs, désignation ordinaire aujourd’hui de ces places nouvelles.

Je vous souhaite courage et santé pour l’accomplissement de votre nouvelle mission.

Je suis, cher monsieur,

votre serviteur.

(Signé)

f Jos. Archevéque de Québec. €

Par ce document ecclésiastique, le premier où il l soit parlé d'une manière officielle des Cantons de I l'Est, l’autorité religieuse prenait sous sa garde ces I nouveaux établissements, et leur promettait cette pro- E J tection qu’elle n’a cessé de leur accorder depuis, avec KE 1 une sollicitude toute paternelle, comme nous aurons 8 occasion de le voir.

Dès les premiers jours d'octobre, M. Marcoux était + installé comme vicaire à son nouveau pvste, et brü- | lait du désir d'aller porter la bonne nouvelle de l’E- s vangile à ces braves colons qu'il ne devait pas seu- J lement regarder comme amis, mais bien comme des se enfants dont il allait être le père spirituel. Aussi d dans le mois de novembre, il faisait ses préparatifs de E voyage, et s'embarquait, le cœur tout joyeux, pour ses P missions.

Ilse rendit d’abord à Saint-Louis de Blandford, à puis à Stanfold. Là il se retira dans une petite mai- F son de vingt pieds carrés à peu près, chez un excel- pi

lent homme qui voulut le recevoir à ses <.ais, et il

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offrit chez lui le saint Sacrifice de la messe. (10) Le missionnaire continua sa visite à Somerset où il donna régulièrement la mission. (11) Enfin il se rendit dans les pointes de la rivière Nicolet, chez un nommé Pierre Landry dit Borcas, puis chez Valère Lavigne où il dit la messe. (C’est là que se réunirent les premiers colons de Saint-Christophe, et où ils entendirent la messe pour la première fois, depuis leur départ des anciennes paroisses. Ce fut un jour de fête dont ils parlent encore, et qu’ils n’oublieront jamais. Ils n'avaient pas, il est vrai, de richesses à présenter au Dieu qui venait s’immoler au milieu d'eux, mais ils avaient ce qu’il rechercha dans les bergers de Bethléem, des cœurs simples et candides que le ciel régarde toujours avec amour et complaisance.

J'allais oublier un incident qui ne contribua pas peu à rehausser l'éclat de la fête et à en perpétuer le souvenir: M. Marcoüx avait remarqué quelques enfants en âge de faire leur première communion, ils les instruisit et les admit à la table sainte avec leurs bons parents qui communièrent tous à la même messe. Les quatre heureux enfants, les premiers nouveaux chrétiens dans les Cantons de l'Est, sont Joseph Garneau qui servait la messe et qui avait fait le catéchisme aux trois autres, Pierre Cloutier, Louise Cloutier, sa sœur, et Adelaide Hamel.

Le zélé missionnaïre visita deux autres fois, pen-

(10) Ce brave chrétien, un des premiers colons de Stanfold et qui a toujours témoigné le plus grand respect pour les missionnaires, était le regretté M. Pierre Prince, frère de feu Monseigneur Jean Charles Prince, évêque de St. Hyacinthe. La maison qui a servi, pour ainsi dire, de chapelle existe encore aujourd’hui ; et le même missionnaire qui, en 1838, recevait une généreuse hospitalité de son propriétaire, a ei le plaisir de la revoir ce printemps. Elle sert de cuisine à Louis Richard, écr, résidant dans le village de Princeville,

(11) Il se retira chez le capitaine Basile Lupien qui avait construit sur les bords de la petite rivière blanche uïe potasserie, à la place actuelle du village de Plessisville, 1 dit la sainte messe dans une partie de cette construction qui servait d’habitation à M. Lu pien.

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dant l’hiver les missions des Bois-Francs et une fois dans l'été de 1839. C'est pendant cette mission qu'il prit le temps nécessaire pour préparer à la première communion les enfants en âge de la faire, et qui résidaient, depuis plusieurs années, dans ces endroits, sans instruction.

C’est à lui que sont redevables mes lecteurs, du recensement ci-dessous qui paraîtra aux yeux de quelques-uns, une digression qui dépasse de beaucoup les limites que je me suis tracées, mais que l’on me pardonnera facilement, j'espère, eu égard à son intérêt plein d'actualité dans les circonstances actuelles où l’on s'occupe tant de colonisation. Il le fit dans l'hiver de 1839, et je crois faire plaisir par là, aux nombreux amis de la cause, qui accueilleront toujours avec plaisir ce qui touche de près ou de loin à cette question vitale pour nous, et destinée à produire de si grands et de si heureux résultats pour l'avenir de notre chère patrie.

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