Amputation à la jambe. — Opération le 21 janvier
Deux frissons le 25 janvier ; deux frissons le 27 janvier. Mort le 30 janvier.
A peine le blessé avait le teint jaune. Des abcès furent trouvés dans le lobe inférieur du poumon droit. Dans la cavité pleurale il y avait plus d'un demilitre de liquide séro-purulent.
Parmi les blessés qui se présentaient tous les jours pour se faire panser, on a eu l'occasion d'observer bien des cas de pourriture d' hôpital , autant de la forme ulcéreuse que de celle nommée pulpeuse. Cette maladie, si fatale dans les hôpitaux encombrés et mal ventilés, était bien répandue pendant la guerre dans quelques endroits, surtout à Metz.
Bien des soins furent pris pour que les blessés qui avaient cette maladie n'entrassent pas dans l'ambulance, parce que l'opinion générale était que la pourriture d'hôpital était contagieuse. Malgré les doutes qui circulent sur cette maladie, il nous semble qu'elle ne l'est pas.
On .a vu souvent, dans des maisons particulières, deux soldats grièvement blessés, dont un seul avait la
pourriture, quoique se trouvant ensemble dans la même chambre ( et dans deux autres cas les blessés couchaient dans le même lit), sans que la pourriture atteignît l'autre blessé.
Dans les ambulances nous avons souvent eu l'occasion d'observer des blessés affectés de plaies très-étendues, placés dans les mêmes salles et à côté d'autres malades atteints de pourriture, et qui cependant guérirent sans la gagner. C'est un effet bien remarqué par les chirurgiens d'ambulances.
D'un autre côté, il y eut un hôpital dans lequel la pourriture ne parut qu'au moment où quelques soldats blessés et légèrement atteints de la pourriture vinrent se faire panser dans une salle assez éloignée de celle qu'occupaient encore les autres blessés. On attribua alors ce fait à la contagion. On ne fit pas attention que l'hôpital était rempli, plus qu'ordinairement, de blessés malpropres; on ne regarda pas si la ventilation était bonne,- on ne vit pas que c'était une infection.
Il y avait un autre hôpital où l'on donna des soins à plus d'une vingtaine de blessés venant se faire panser journellement, dont les trois quarts avaient la pourriture; cet hôpital, quoique très-petit, renfer* mait plus d'une trentaine de soldats, choisis comme
étant les plus grièvement blessés; aucun d'eux ne fut jamais atteint de pourriture. Qu'a-t-on fait pour l'empêcher? En ôtant tous les objets qui avaient servi aux pansements, on les a fait immédiatement brûler, au lieu de les jeter sur le plancher et de les y laisser séjourner pendant quelques heures, jusqu'à ce que les infirmiers les enlevassent. On a lavé les plaies avec de l'eau phéniquée chaude, et l'on a eu bien soin que les blessés fussent entretenus très-proprement, que leurs chambres fussent toujours bien aérées.
Ce n'est pas surprenant encore que dans un hôpital mal ventilé (et il y en a malheureusement trop), les blessés soient atteints l'un après l'autre de la pourriture ; car, sujets aux mêmes mauvaises influences hygiéniques, ce n'était qu'une affaire de force ; les plus forts étaient atteints les derniers.
Peut-être il ne sera pas inutile d'indiquer les symptômes de cette maladie, et comme les deux espèces peuvent se trouver dans la même blessure, nous donnons les symptômes, sans faire attention à laquelle des deux espèces ils appartiennent.
1° Manque d'appétit. On a même observé qu'elle débute quelquefois par un frisson.
2° On voit une membrane blanche et diphthéritique, qui peut être enlevée au moyen de pinces,
couvrir plus ou moins les granulations. Si cette membrane 'n'existe pas (comme c'est le cas dans la forme pulpeuse), les granulations paraissent avoir perdu leur vie et sont, ou d'un rouge foncé, ou d'une couleur blanchâtre.
3° On ressent dans les granulations une douleur telle qu'il semble qu'on pique la blessure.
4° La plaie exhale généralement une mauvaise odeur (non particulière), et la suppuration est presque toujours abondante.
5° La peau commence à se séparer du tissu souscutané, plus ou moins autour de la blessure.
6° La peau autour de la plaie devient rougeâtre en apparence, comme si elle était brûlée avec de l'eau chaude, et elle commence à se plisser et à se rouler à l'intérieur de la blessure.
7° La pourriture faisant des progrès, le centre de la plaie devient moins sensible et les bords au contraire sont très-douloureux ; le tissu musculaire et surtout le tissu connectif peuvent être enlevés par morceaux, quelquefois même sans faire de mal.
8° Lorsque le tissu mort tombe, de belles granulations rouges paraissent au-dessous de la chair morte, si la maladie s'est arrêtée, et la mauvaise odeur disparaît peu à peu.
9° Quand la plaie se guérit, une raie d'une couleur brune se forme autour de la blessure, et les plaies affectées de la pourriture peuvent toujours être ainsi reconnues longtemps après leur guérison.
Le traitement de cette maladie est bien simple, mais il n'est pas toujours praticable. Il faut mettre le blessé en bon air et lui donner une bonne nourriture ; ce sont les deux premières indications et les plus importantes. Puis il faut appliquer à la blessure un caustique très-léger ; le fer rouge est beaucoup trop violent, et, quoiqu'on s'en serve souvent, il ne donne pas de résultats satisfaisants. Un mélange d'alcool camphré et de jus de citron parties égales a eu son succès. L'esprit de térébenthine appliqué à la blessure sur de la charpie, comme si c'était de l'eau phéniquée, est aussi un excellent pansement. L'acide phénique pur est un très-bon caustique pour la pourriture et un de ceux qui nous a donné les meilleurs résultats. On doit l'appliquer sur la blessure pendant quelques secondes au moyen de la charpie. Le lendemain on trouvera quelque amélioration dans l'apparence de granulations, mais en général ce n'est qu'après trois ou quatre applications que la plaie devient saine. L'emploi de cet acide a l'avantage de ne pas
provoquer de fortes douleurs et eu même temps de produire un très-bon effet. De la charpie imbibée d'eau phéniquée doit être mise sur la blessure après l'application du caustique ; on doit la changer deux fois par jour, et bien l'appliquer sous la peau de manière à toucher toutes les granulations.
Quand le tissu sous-cutané est détruit dans une grande étendue, il faut taillader la peau avec des ciseaux , mais sans l'enlever, et de façon que les granulations soient bien exposées à l'air. La peau paraîtra peut-être alors comme morte, mais elle n'est que malade et contribuera puissamment à former la cicatrice.
En résumé, de tous les moyens de traiter la pourriture d'hôpital, il faut avouer que le bon air, la propreté et la bonne nourriture sont les principaux.
Nous avons déjà parlé d'un appareil américain, du docteur Buck, dont od se sert pour traiter les fractures de la cuisse par l'extension au moyen d'un poids ; il ne sera peut-être pas inutile d'en donner ici la description.
Deux bandes de sparadrap, plus longues d'un demi-pied que la distance de la fracture au talon, et
ayant 5 centimètres de largeur, sont collées sur chaque côté de la jambe ; puis deux ou trois autres petites bandes sont appliquées transversalement pour bien maintenir les plus longues.
On applique alors par-dessus ces bandes de sparadrap une bande de toile de 4 centimètres de largeur, tout le long du membre jusqu'à la fracture. Les deux bouts de sparadrap placés au talon sont ensuite liés ensemble ; on met entre les deux un petit morceau de bois qui est lié par un fil attaché à un poids qui joue sur une roue placée au pied du lit. Le poids pèse 8 livres pour un homme, 4 ou 5 livres pour un enfant.
Quelques petits sacs remplis de sable, placés sur chaque côté du pied et du genou, tiennent le membre continuellement dans la même position. Le grand orteil doit être dirigé droit vers le plafond de la chambre. Pour empêcher la bande de se détacher ou de se salir, on peut l'amidonner dans toute sa longueur, en laissant le talon à l'air.
Pour donner un support à la fracture, quatre petites éclisses de fil de fer, bien couvertes d'ouate et d'un pied de longueur, sont mises autour de la cuisse et tenues en place au moyen de deux larges bandes bouclées. On peut aussi s'en servir de
contre-poids en levant le pied du lit à une distance de 10 centimètres.
Les avantages de ce moyen de traiter les fractures de la cuisse sont bien appréciés en Amérique, et déjà, dans quelques hôpitaux de Londres, on a adopté ce procédé dont nous résumons ainsi les bons effets.
1° Par l'extension on empêche les muscles de se contracter.
2° Les deux bouts de l'os ne peuvent pas glisser l'un sur l'autre.
3° On empêche ainsi ces grands raccourcissements qui, dans tant d'hôpitaux, font honte au chirurgien.
4° Enfin cet appareil est très-simple , facile à faire, à porter ; il n'échauffe ni ne gêne le blessé, et donne des résultats aussi beaux qu'on- puisse le désirer.