VI AYANT-PROPOS
libéralement prodigués par les premiers, et qui a reçu du dernier le magnifique appareil prothétique qui, remplaçant la partie de la mâchoire supérieure qu'il a perdue;, lui permet de se nourrir sans difficulté.
E. A. B,..., 36 ans, garçon. — Le blessé entra à l'ambulance le 28 septembre ayant une fracture compliquée du crâne située en arrière et au-dessus de l'oreille droite. Cet accident fut causé par un éclat d'obus reçu le 16 août à la bataille de Gorze.
La partie de l'os enlevée était un peu plus petite que celle de la peau, seulement la moitié supérieure de l'oreille externe avait été aussi enlevée. La ferme de la blessure de l'os était celle d'un ovale et avait l'apparence d'un trou fait par un grand trépan ; ce trou commençait à 3 centimètres du conduit auditif sur la même ligne et avait une longueur de
45 millimètres, comprenant dans cette mesure une partie de l'occipital et de la partie pierreuse du temporal. Dans son autre direction, le trou avait une largeur de 3 centimètres , comprenant une portion du pariétal et de la partie squameuse du temporal . On apercevait au travers la substance du cerveau dont on put suivre les mouvements pendant quatre jours, jusqu'à ce que les granulations se formant rapidement les eussent cachés. Graduellement, les bords irréguliers de l'os sortirent avec la suppuration, de telle sorte que les portions de l'occipital et du pariétal et de la partie squameuse du temporal étant sorties d'abord, la partie pierreuse vint la dernière au dehors à la fin d'octobre. Â ce jour de belles granulations rougeâtres remplissaient la blessure, devenue moitié de sa grandeur primitive. Elle fut pansée, suivant les conseils du docteur Kievits, avec de la charpie imbibée d'huile d'amandes douces. Pendant quelques heures chaque jour le blessé se promenait dans le jardin sans sentir de douleur et se portait parfaitement , si l'on en excepte la surdité qu'il éprouvait surtout quand plusieurs personnes parlaient à la fois. Du reste, trèspeu de renseignements antérieurs ont été obtenus du blessé : il resta sans connaissance depuis le
moment de sa blessure jusqu'à qu'on l'eût relevé vingt-quatre heures après. Après le premier pansement, qui consista à couper avec des pinces quelques petits morceaux d'os de la circonférence "ou trou, il reprit connaissance pour quelques moments, puis il retomba sans connaissance durant vingt-quatre heures. Il ne se souvient en rien de ce qui s'est passé, pendant la bataille, avant sa blessure. D'après l'état de ses vêtements il avait dû perdre beaucoup de sang; ce fut probablement une hémorrhagie provenant d'une branche de l'artère méningée moyenne. Quand il eut repris connaissance il éprouva beaucoup de douleur, mais n'eut pas de paralysie ni de fièvre et ne perdit pas l'appétit pendant tout lé temps de sa maladie. Au 1er novembre la guérison était déjà très-avancée et continua rapidement jusqu'au 2 décembre, jour où le blessé était tout à fait guéri ; un foyer séreux s'était formé sous la peau au-dessus de la blessure. L'apophyse mastoïde est hypertrophiée ; le conduit auditif a subi une légère déviation, et la pupille de l'œil droit, qui était plus dilatée que l'autre, est revenue à son état normal.
F, F..., 30 ans, garçon. — Le 18 août le blessé
fut frappé par une balle qui, entrant par l'oreille gauche, passa seulement sous la peau à l'endroit où l'oreille externe se continue avec ]a peau du cou et de la tête, et se logea à côté de la septième vertèbre cervicale après avoir, par une course oblique de haut en bas, rasé l'apophyse mastoïde du temporal. Elle fut extraite au moyen d'une petite incision huit jours après la blessure.
Pendant les trois jours qui suivirent l'accident, le blessé resta sans connaissance ; l'hémorrhagie, si l'on peut en juger par l'état de ses vêtements, dut être très-grande : aucune paralysie ne suivit l'accident ; deux semaines après la blessure, un abcès qui s'était formé entre les deux plaies fut ouvert en faisant une ponction par la plaie du cou . Des cataplasmes furent mis deux fois par jour pendant deux mois. La suppuration, d'une couleur jaune verdâtre et d'une odeur un peu fétide, fut abondante la plupart du temps. Les blessures étaient injectées tous les jours avec de l'eau phéniquée . A partir du 6 septembre le blessé se promenait tous les jours au jardin; les premiers jours il était étourdi lorsqu'il avait fait quelques pas . Ces étourdissements passèrent après la première semaine. Le 30 septembre un petit morceau d'os ayant l'apparence d'une partie de l'apophyse mas-
FRACTURES COMPLIQUEES DU CRÂNE. il
toïde sortit par la blessure de l'oreille . Le 5 octobre la blessure du cou fut guérie et tout gonflement entre celle-ci et la blessure de l'oreille avait disparu. L'ouïe ne fut que très-peu atteinte pendant tout le temps, et en général les blessures n'occasionnaient aucune douleur. Le blessé fut guéri le 30 novembre.
Des deux autres blessés également à la tête, par des coups de sabre , l'un guérit en un mois et demi d'un seul coup de sabre , reçu à la partie supérieure de l'occipital, après l'extraction à l'aide de pinces d'un morceau de la table externe du crâne. L'autre, ayant reçu sur l'os pariétal trois coups de sabre, qui ne pénétrèrent pas dans le cerveau, mourut d'un abcès au cerveau le seizième jour de l'accident.
A. B..., 24 ans, garçon. — Le blessé reçut le 18 août une balle qui, pénétrant dans la joue droite au-dessous de l'œil, sortit par une incision au-dessous du sinus maxillaire . L'œil fut perdu et la paupière inférieure presque détruite ; une fistule se forma dans le coin de l'œil, et la joue était très-gonflée. La suppuration avait tout à fait cessé, mais le blessé était encore très-faible; il entra à l'ambulance le 18 décembre. Le 23 il fut éthérisé et la paupière inférieure fut refaite de la manière suivante : un lambeau ovale d'une longueur de 25 millimètres et d'une largeur de 2 millimètres et demi fut coupé du côté de l'angle externe de l'œil, dans la peau de la tempe, puis renversé et mis au-dessous du bord supérieur de la paupière qui restait encore; sa dissection fut suivie d'une hémorrhagie assez abondante; quatre artères furent liées, et l'on plaça neuf
points de suture ; le lambeau fut pansé avec de la charpie imbibée de glycérine; le 25 les sutures du côté de la figure furent enlevées; le 28 le lambeau était vivant, mais il y avait du pus au-dessous et l'ancienne plaie semblait se rouvrir. Le 29 l'extrémité du lambeau qui touchait à l'angle interne de l'œil était gangrenée; elle fut enlevée avec des ciseaux. La plaie fut lavée tous les jours avec de l'eau phéniquée chaude, et des morceaux de taffetas retinrent le lambeau en place.
Le 2 janvier la plaie primitive fut refermée et un abcès, ouvert dans la joue, donna une petite quantité de pus et un petit morceau de plomb. Le 3 janvier un morceau de peau de la poitrine de son compagnon fut pris et mis dans le coin de l'œil pour tenter de remplacer le morceau gangrené ; l'opération resta sans résultat; le lambeau vivant fut tiré autant que possible vers l'angle interne de l'œil au moyen de taffetas; l'abcès de la joue suppurait bien, et tant que le pus s'écoula par cette voie il ne parut pas dans le coin de l'œil. Le 14, le tout était presque guéri; cependant la suppuration toujours légère amena au dehors, le 24, deux morceaux de balle ; le 1er mars le blessé n'attendait plus que son œil de verre, qu'il porta sans la moindre difficulté.
C. R..., 24 ans, garçon. — Voilà les détails de l'accident du blessé donnés par lui-même. « Le 5 août 1870 je fus appelé et incorporé dans le quatorzième bataillon des mobiles de la Seine; le 10, je partais pour le camp de Châlons où je restai quinze jours; je revins au camp de Saint-Maur que je quittai à la fin de septembre pour aller au fort d'Aubervillers et ensuite dans le village jusqu'au 27 octobre, où, dans la nuit, avec les francs-tireurs de la Presse nous prîmes le village du Bourget. Le 30 octobre, derrière une barricade, route de Flandre, je fus atteint des éclats d'un obus qui tomba à quelques pas de moi; je restai quelques instants sans connaissance la tête sur les pavés. Revenant à moi, je vis toute la gravité de ma blessure. La joue gauche était ouverte, la mâchoire supérieure enlevée en partie (il reste encore deux dents à gauche et quatre à droite ) ; le
palais cassé en deux et tombé sur les dents de la mâchoire inférieure dont trois dents furent cassées; Fœil gauche crevé; le nez coupé au milieu et ne tenant plus que du côté droit. J'eus la force de me relever et de marcher jusqu'à l'église ( distance de 4 à 500 mètres) où je rentrai et restai jusqu'à six heures. A midi le village est au pouvoir des Prussiens; un soldat eut l'idée de prendre la nappe de mousseline qui était sur l'autel et d'en faire un tampon qu'il mit dans ma joue, et de rouler le reste autour de ma tête. A partir de ce moment le sang s'arrêta. Je ne souffrais pas, mais j'avais les jambes glacées. Le soir vers six heures on me transporta sur un brancard dans la plaine, où les Prussiens avaient établi une ambulance; là j'ai reçu les premiers soins, puis on me transporta à la gare de Villers-le-Bel où je passai la nuit sur du foin. Du lundi 31 octobre au mercredi 3 novembre on me conduisit au collège de Juilly où les Prussiens me pansèrent deux fois par jour : ce pansement consistait à me laver la figure avec de l'eau phéniquée, et à ap-* pliquer des bandes de taffetas. Vers le 15 novembre, au milieu de la nuit, ne pouvant plus respirer, l'idée me vint de relever le palais qui se maintenait sous le nez ; il y eut une petite hëmorrhagie, mais après
plusieurs jours les chairs reprirent à droite et à gauche. Pour nourriture je pris pendant près d'un mois et demi du bouillon et du lait, ensuite de la viande hachée et de la soupe. Le 3 janvier 1871 , je quittais Juilly pour aller à Soissons où je passai la nuit; le lendemain on m'amenait prisonnier à Epernay; le 1 1 , j'arrivais à Nancy; le 12, sur la demande des demoiselles L'Hoste, on me conduisait à l'ambulance de l'école Forestière où les bons soins et la bonne nourriture ne m'ont jamais manqué. »
Le blessé entra à l'ambulance le 12 janvier; la blessure qu'il avait reçue à la figure était dans l'état suivant: la lèvre supérieure était fendue en deux; chacune de ses extrémités se repliait sur elle-même laissant un intervalle d'au moins 45 millimètres. Le côté droit du nez présentait une prolifération de chair ; la partie antérieure de la mâchoire supérieure fut enlevée avec dix de ses dents; la plaie suppurait encore. On donna au blessé du bouillon et de la viande hachée comme nourriture. Le 16, le blessé fut éthérisé et on lui fit une incision de 2 centimètres de longueur horizontalement dans la lèvre sur chaque côté du nez; puis les bords des deux extrémités ayant été avivés ils furent unis par une suture entortillée. Sur le côté droit du nez, un
petit lambeau (comprenant la prolifération de chair du nez) fut pris pour aider à remplir le trou du milieu; un autre lambeau, de 25 millimètres de longueur sur 2 millimètres et demi de largeur, avec un pédicule à côté du nez, fut pris dans la joue droite : deux artères furent liées; l'hémorrhagie fut très -légère. Des sutures de soie attachaient les lambeaux, et le tout fut soutenu avec des bandelettes de taffetas anglais sur lequel on plaça un peu de charpie imbibée de glycérine et d'eau phénîquée. Le 17, la charpie fut changée, mais le taffetas fut laissé en place ; le 19, la plaie avait une mauvaise odeur; les bandelettes furent enlevées; les extrémités des deux lèvres furent unies ainsi qu'une petite partie du grand lambeau dont l'extrémité était gangrenée. Le 21, la partie morte fut enlevée; le 23, la partie muqueuse de la lèvre était solidement unie. Le 6 février, la blessure de la joue était guérie. 11 restait alors un trou au-dessous du nez ayant 3 centimètres et demi de largeur, et quoique les deux extrémités de la partie muqueuse de la lèvre fussent unies, elles n'étaient pas toutes deux sur la même ligne.
Le 2 mars, il fut -décidé de commencer par refaire la lèvre, opération qui fut faite sans éther et
sans détruire l'union déjà obtenue. Le 7, la lèvre se trouva unie et en bon état ; le trou mesurait encore 27 millimètres et demi de longueur sur ISmillim. de largeur; le 15, le blessé étant éthérisé, un lambeau de 5 centimètres de longueur sur 2 centimètres de largeur fut pris dans la joue du côté gauche : trois points de suture furent placés ; le lambeau parut congestionné à peu près dans sa moitié ; ce fut cette partie qui se trouva morte deux jours après; la plaie de la joue s'était unie par première intention. Le 21 , le lambeau fut uni avec la lèvre sur son bord inférieur seulement. Pour mieux approcher les côtés, les joues furent séparées de la mâchoire par des incisions faites dans la bouche. à une distance de 2 centimètres sur chaque côté : Fhémorrhagie fut très-légère. Le 23, l'extrémité du lambeau fut unie au côté opposé, mais cette union fut rompue quelques jours après par les mouvements que fit le blessé en éternuant. Les mouvements que faisait le blessé quand il ronflait empêchaient l'union, faite dans la journée, de se consolider, et il parut presque impossible de faire unir les deux côtés de la plaie : la chair était si délicate qu'elle ne pouvait supporter la moindre ligature sans se déchirer. Dans ces conditions, le blessé partit pour Bruxelles à la fermeture de
l'ambulance et y fut installé dans uoe maison de campagne, à 14 kilomètres de la tille; il y resta trois mois, et arriva ensuite à Paris, le 5 juillet. Pendant tout ce temps les bords de la blessure se rapprochaient un peu, mais l'attention fut principalement dirigée vers la santé générale du blessé. Le lendemain de son arrivée à Paris, la plaie, qui était auparavant en bon état, commença à suppurer très-librement et à avoir une mauvaise odeur. Peut-être ce changement fut-il le résultat de la fatigue du voyage, de l'émotion qu'il ressentit en revoyant sa famille, ou des chaleurs qui, à cette époque, étaient très-fortes ; il est difficile de le dire et l'on ne sait comment l'expliquer. En tout cas, la plaie allait si mal, que le 9 juillet nous étions forcé d'emmener le blessé à la campagne, dans la Basse-Normandie. Peu de jours après son arrivée, la blessure reprit un bon aspect, toute mauvaise odeur disparut; le changement fut surprenant. Le 12, une incision, longue de 25 millimètres, fut faite du côté droit du trou ; horizontalement au bout de cette incision, on en fit une autre longue de 15 millimètres, coupée suivant les côtés d'un angle de 45 degrés; le lambeau, ainsi fait, fut disséqué de la mâchoire, puis il fut tiré sur le côté droit; deux fils d'argent furent d'abord mis dans le
cartilage et fixés au moyen d'un petit morceau
de platine. Ces fils servaient à retenir le lambeau
en place près de la mâchoire. On passa cinq points
de suture avec le fil d'argent, et le pansement
fut fait avec de l'eau phéniquée. Cette dernière
opération donna le résultat suivant : quatre petits
ponts de chair se formèrent entre les deux côtés ;
quoique soutenus par des bandelettes de taffetas,
trois sur les quatre se séparèrent quelques jours
après. Le blessé partit pour Dieppe le 4 août :
pendant quelques jours il prit des bains de mer.
Le 9, on pratiqua une opération semblable à la
dernière, sans que le blessé ait été anesthésié. Les
incisions furent plus longues qu'auparavant.
On fit sept sutures avec le fil d'argent; un léger pansement de charpie imbibée d'eau phéniquée fut appliqué. On avait déjà essayé de laisser la blessure sans pansement, mais, chaque fois, les deux côtés du trou se guérissaient sans que l'union s'opérât. 11 y avait si peu de suppuration que les granulations n'existaient pas pour ainsi dire. La chair, cependant, se déchira comme du papier : le 10, les sutures restaient bien en place et les deux côtés semblaient s'approcher. Le 11, on aperçut un petit trou entre les deux côtés, juste au-dessous du nez : le 13,
le blessé eut des vomissements qui rompirent toute union des côtés; les ligatures ne tenaient plus; on laissa le blessé tranquille pendant quelque temps.
Le 1er octobre, il fut soumis à l'influence du chloroforme et un lambeau de 25 millimètres de longueur fut coupé dans la joue gauche : la même congestion qu'autrefois fut aperçue après que les sutures furent placées. Cette congestion fut un peu arrêtée par quelques petites incisions tout à fait superficielles faites dans le lambeau. Néanmoins, au bout de quelques jours, on trouva la moitié du lambeau perdue. Les sutures qui unissaient les côtés de l'incision de la joue furent faites avec du crin de cheval et ne causèrent aucune irritation. Le 10 octobre, on fit une incision sur le côté droit du nez, et l'on unit les deux bords du trou par quatre sutures avec du crin de cheval. Le 12, les côtés ne se séparèrent pas, les taffetas se tinrent bien en place. La guérison de la plaie continua à aller de mieux en mieux jusqu'à la fin de décembre, époque à laquelle le blessé se trouva guéri, le quatorzième mois après avoir reçu sa blessure.
On voit combien il a fallu de patience et de courage à cet homme pour endurer toutes ces douloureuses opérations.
Nous pensons que le moyen de faire des sutures avec le crin de cheval a été employé par nous pour la première fois. Si, par hasard, on s'est déjà servi de ces sutures, il est bien étonnant qu'on ne s'en serve pas plus souvent, car elles sont très-utiles. On peut cirer les crins, ce qui les empêche de glisser, et permet aux sutures de rester bien en place. Ces sutures ne causent, en général, aucune irritation à la chair ; mais il faut avoir soin d'employer des crins récemment arrachés, car. autrement ils ne sont pas aussi forts. Nous avons encore trouvé que le taffetas anglais était meilleur que le sparadrap, ordinairement employé dans les hôpitaux, car il ne cause aucune irritation à la peau, quelque temps qu'on le laisse.
A. M..., 19 ans, garçon. — Le blessé reçut, le 16 août, une balle qui, entrant par la joue gauche, sortit par la joue droite en causant une fracturp compliquée des deux côtés de la mâchoire inférieure à l'angle. Trois semaines après, la blessure du côté gauche, large de 2 centimètres, était guérie ; tandi que celle du côté droit, double en largeur, persistait jusqu'à la fin du mois d'octobre. Vingt petits morceaux d'os et la dernière molaire gauche ont été enlevés en une seule fois par la bouche, le blessé étant sous l'influence de l'éther. Après l'opération, la mâchoire fut maintenue en place par une éclisse de gutta-percha. Le blessé fut nourri de lait et de bouillon jusqu'au 9 octobre, jour où il fut mis à un régime très-léger. 11 quitta l'ambulance le 30 novembre guéri : les mouvements de la mâchoire étaient très-libres.
L. D..., 22 ans, garçon. — Ce blessé fut atteint, le 16 août, d'une balle qui, entrant par le côté droit de la figure, à une distance de 12 millimètres et demi en avant du tragus de l'oreille, sortit par le côté gauche à une distance de 3 centimètres en avant aussi du tragus. Dans ce trajet, elle traversa le palais, en faisant une ouverture dans les fosses nasales; cette ouverture persista pendant trois semaines, au bout desquelles elle se referma spontanément, laissant une cicatrice de 1 2 millimètres et demi de diamètre à gauche de la ligne médiane. Immédiatement après l'accident, le blessé fit plus de 2 kilomètres; l'hémorrhagie fut très-abondante. La maxillaire inférieure fut atteinte près de l' articulation de chaque côté. A droite, deux petits morceaux d'os furent extraits au moyen des pinces : un abcès sous l'œil gauche et un plus bas, dans la joue, se formaient et furent ouverts par des incisions. Le 10 décembre, les mouvements de la mâchoire ont une étendue de 2 centimètres; les blessures de chaque côté restent ouvertes avec un peu de suppuration ; une bosse au-dessous de chaque plaie déforme un peu la figure, mais le blessé est en très-bonne santé.
J. B..., 30 ans, garçon. — Le blessé fut frappé,
le 14 août, par une balle qui, entrant dans la figure à 25 millimètres au-dessous de l'angle externe de l'orbite droit, sortit par le côté gauche du cou, à 25 millimètres au-dessous de l'oreille, entre l'angle de la mâchoire et le muscle sterno-mastoïdien. Six morceaux d'os furent enlevés au moyen des pinces; la mâchoire fut cassée au-dessus de l'angle, sur le côté gauche ; trois abcès furent ouverts au-dessous de la plaie d'entrée, et près de la plaie du cou la peau était rétractée comme par la cicatrice d'une brûlure. La mâchoire inférieure fut raccourcie d'environ» 2 centimètres. Le blessé était presque guéri le 25 décembre, jour de son départ.