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Quelques observations critiques sur l'ouvrage de M. l'abb B. Paquet intitul: Le libralisme. Par M.A. de F

Ce que renferme d^excellent V opuscule de M. Vahhé Benjamin Paquet; — Quelques remarques.

Dans le cours de l'année académique actuelle, M. l'abbé Benjamin Pâquet, docteur en théologie et professeur de théologie à r Université Laval, a donné à la même Université, des leçons sur le libéralisme. Cettç question, si pleine d'actualité et toute pleine d'intérêt, a été traitée par le savant professeur en cinq leçons qui, imprimées, forment un opuscule d'une centaine de pages.

Après l'avoir lu et relu, médité même, je viens vous demander la permission d'en faire la critique. Comme de raison, je serai loyal ; tout écrivain qui n'a d'autre but que de servir la vérité doit l'être. Ecrire pour écrire est une sotte besogne que je méprise ; écrire pour défigurer la vérité ou calomnier le prochain est un vilain et fort coupable métier que j'abhorre profondément.

J'approuverai, je louerai sans restriction, quand il y aura lieu ; je blâmerai quand il le faudra, sans user de ces palliatifs qui déguisent plus ou moins ce que l'on pense. Toute dissimulation est indigne d'un honnête homme.

J'ose espérer et croire que M. l'abbé Pâquet ne se méprendra pas sur mes intentions.

Je veux remplir un devoir, servirla bonne cause, rien de plus, rien de moins. Je mets sa personne absolument hors de cause ; je ne m'occupe que de sa doctrine. Si j'estime devoir décerner des éloges à son œuvre, je le ferai, mais non pour flatter ; de même, s'il m' arrive d'y trouver à reprendreje censurerai uniquement en vue d'être utile et non pour mortifier.

M. l'abbé Pâquet ne devra pas s'étonner non plus que je prenne la liberté de m' occuper de son œuvre, car par là même qu'il l'a rendue publique,il adonné à un chacun le droit de dire tout haut ce qu'il en pense, de la juger.

Ceci étant dit, j'entrerai tout de suite en matière.

L'opuscule de M. Pâquet a pour titre Le Libéralisme, Rien que ce titre m'impressionna on ne peut plus agréablement. Voilà, me dis-je, qui est fameux, qui est magnifique ! Une brochure dirigée directement contre le libéralisme I et cette brochure vient de Québec I ce qui est bien mieux encore, de l'Université Laval même 1 Béni soit le ciel qui multiplie ainsi les amis de la vérité et les adversaires de l'erreur.

Je ne m'étais pas trompéj cette brochure est bien réellement dirigée contre le libéralisme. Mais il y a deux espèces de libéralisme : l'un que professe les impies déclarés et auquel on donne le nom dHndiffé' rentisme, de naturalisme ; l'autre, que professent ou qu'ont professé grand nombre de catholiques, même pieux, et qu'on nomme le «libérahsme catholique)).

Or, de ces deux espèces de libéralisme, M. l'abbé Pâquet n'en combat qu'une, le libéralisme impie. Dans un style clair, concis, pas plus orné qu'il ne faut, le savant professeur«établit victorieusement que la liberté n'est pas la licence ; qu'au contraire, c'est, comme parle si magnifiquement et en même temps si exactement le P. Félix, un mouvement sans entraves dans le bien. Il démontre que nous avons, il est vrai, le pouvoir de faire le mal, mais que jamais nous n'en saurions avoir le droit ; que nous sommes nécessairement sous la dépendance de Dieu, parce qu'il est notre Créateur 5 qu'une loi, dérivant de sa divine sagesse, doit par conséquent nous diriger, et que cette loi est l'amie et la protectrice de notre liberté. Rien de plus rigoureusement vrai, et aussi, appuyé sur ces principes incontestables, M. l'abbé Pâquet fait-il bonne justice de ce que certains hommes appellent liberté de conscierifie, expression fabriquée par les artisans de l'erreur, et qui, sous des dehors décents, abrite une monstrueuse impiété, c'est-à-dire la liberté de penser et de croire ce que l'on voudra.

Il fait remarquer à ce propos qu'une fois que la raison humaine a constaté l'existence de la révélation divine par des preu-

ves extrinsèques, elle n'a plus le droit, ni par conséquent la liberté de refuser d'accepter les enseignements et les préceptes qui lui sont manifestés par cette révélation.

De là il conclut que les hommes sont strictement obligés d'embrasser et de professer la vraie religion, lorsqu'elle leur est suffisamment connue, que l'indifférentisme absolu, qui consiste à dire que l'homme est libre de croire ou de ne pas croire, est faux et impie, et que l'indiflérentisme relatif, qui prétend que l'homme peut choisir entre les différentes religions est également faux et impie.

M. l'abbé Paquet en vient ensuite à parler de la liberté des cultes. Par une argumentation toujours extrêmement facile et limpide, il prouve qu'admettre en principe qu'un gouvernement peut ou doit regarder toutes les religions du même œil est une impiété, car les gouvernements comme les individus ont l'obligation de se conformer aux lois divines.

L'erreur, comme telle, doit toujours être condamnée et elle ne saurait acquérir de droits. Cependant il reconnaît, comme le reconnaissent d'ailleurs tousles théologiens, qu'il peut parfois se rencontrer des circonstances tellement graves qu'elles forcent un gouvernement catholique à permettre l'exercice public des différents cultes,c' està-dire, à pratiquer la tolérance civile. Mais il a soin d'ajouter que les chefs des peuples, tout en accordant la liberté civile des faux cultes, pour éviter de grands malheurs, ont toujours, à l'égard de Dieu et de la société, l'obligation de promouvoir le vérita ble culte dans les limites de leurs pouvoirs et de leurs attributions.

Il complète sa thèse en développant cette grande et importante vérité : qué la seulfl»profession de la religion catholique assure le bonheur des peuples, la stabilité des gouvernements ; et qu'un gouvernement catholique, lorsque les circonstances ne l'exigent pas, ne peut, sans renier sa foi, proclamer la liberté civile des faux cultes.

La dernière question que traite M l'abbé Paquet est celle du progrès. Il fait voir, en s'appuyant sur les paroles de Pie IX, que le vrai progrès, comme la vraie civilisation, repose sur les principes immuables de la vérité et de la justice, sur le respect dû à l'Eglise et au Siège apostolique. Quant au progrès matériel, il démontre, par l'autorité de St. Thomas en particulier, qu'il est , licite lorsqu'il est contenu dans les justes limites, et que l'Eglise, loin d'être son ennemie, sait l'apprécier et même l'encourager quand il est bien entendu. Il termine en indiquant quel est le moyen d'échapper à l'empire du mirage trompeur de ce libéralisme funeste qui conduit à l'abime, c'est de se tenir étroitement attaché à l'en-

seignement de l'Eglise et de ses pasteurs ; c'est de leur obéir en tout avec la plus scrupuleuse exactitude.

Je- viens d'esquisser à grands traits la majeure partie de l'opuscule de M. l'abbé Pâquet. Je le répète, tout dans cette partie est bien ordonné, clairement exposé, brièvement et élégamment exprimé. Les arguments y sont bien agencés et tout àfait inattaquables. La doctrine, seule chose d'après laquelle on juge du mérite réel d'un écrit, ne laisse rien à désirer; elle est on ne peut plus sûre,d'une pureté parfaite. En résumé, les pages que je viens d'analyser, et elles sont de beaucoup les plus nombreuses de l'opuscule, rendent à la vérité un important et précieux hommage; elles brillent d'une beauté sévère, mâle et vigoureuse, ce qui n'est pas peu dire.

Quelques détails, de minime importance au fond, les déparent un peu cependant. M. l'abbé Pâquet affime qu'il y a des défenseurs nuisibles de la vérité, lesquels disent anathême aux ch'emins de fer et à toute espèce de progrès matériel. Je sais parfaitement quels sont ceux dont M. l'abbé Paquet veut parler ; mais je sais aussi qu'il leur prête des idées qu'ils n'ont pas, qu'ils n'ont jamais eues. *

Sans dire anathème aux chemins de fer et à toute espèce de progrès matériel, on peut bien tenter de faire voir aux hommes de notre temps, trop exclusivement occupés de la matière, s'y enfonçant même plus qu'il ne convient, que les chemins de fer et autres inventions de notre siècle, sont des biens relatifs, qu'on estime trop en eux-mêmes, et qu'il en est d'autres, qu'on néglige et qu'on va jusqu'à mépriser, qui leur sont infiniment supérieurs. Voilà en somme ce que prétendent les défenseurs nuisibles de la vérité en Europe et en Canada, pas autre chose. En démontrant que le progrès matériel doit être subordonné au progrès moral et contenu dans de justes limites, M. l'abbé Pâquet a affirmé ni plus ni moins ce qu'ont affirmé les hommes qu'il signale comme nuisibles. Mais un petit grain d'amertume et de mauvaise humeur l'a empêché de s'apercevoir qu'il dit au fond exactement la même chose que ceux qu'il croit combattre.

La manière de dire de M. Pâquet et de M. Veuillot est dififé rente, l'idée qu'ils ont à cœur de faire prévaloir est identique.

A propos de tolérance, M. l'abbé Pâquet, ayant dit et démontré que la tolérance dogmatique et doctrinale n'est pas chose possible, mais que cependant la liberté civile des cultes peut être tolérée, quand les circonstances sont assez impérieuses pour l'exiger, ajoute ce qui suit ; « Mais j'entends « les descendants des Jansénistes se récrier « et me dire : ce n'est pas là la pure doo- « trine, la saine théologie ; c'est la théologie (( des compromis, la théologie modernisée.

« Hé bien, non ! c'est la théologie ancienne, « mais toujours nouvelle 'pour ceux qui ne Vont a jamais sue. » Je me permettrai de le demander, à quoi bon cette tirade ? A qui s'adresse-t-elle ? Personne que je sache, personne au pays n'a sur la tolérance civile des idées autres que celles émises par M. l'abbé Pâquet dans son opuscule. Cette question de la tolérance civile n'est en définitive qu'une question de thélogie fort élémentaire, que tous ceux qui se sont un peu occuî)és de théologie connaissent parfaitement. M. l'abbé Pâquet, dans son opuscule, nous la donne, il est vrai, traitée en partie par Mgr. Audisio, professeur à l'Université de la Sapience, à Rome.

C'est fort bien ; mais parceque M. Pâquet a eu la bonne fortune de suivre les leçons de Mgr. Audisio, il a tort, il me semble, d'en conclure que ceux qui n'ont pas été aussi favorisés que lui sous ce rapport, croupissent dans l'ignorance des principes de la saine théologie. Ce qu'on appelle théologie des compromis n'est pas la question de tolérance civile traitée par Mgr. Audisio ; c'est tout autre chose. Nous aurons occasion d'en parler plus tard.

Une dernière remarque sur les belles pages que j'ai analysées. En plusieurs endroits de ces pages, M. Pâquet insiste à dire qu'il a étudié à Rome, que son enseignement est celui de Rome même. Je le crois. Mais ici encore, qu'il me permette de le lui demander : à quoi bon dire et répéter ces choses-là? Est-ce pour donner à entendre que ceux qui ont étudié à Rome ont le monopole de la pure doctrine ? Si c'est là l'intention de M. l'abbé Pâquet, il n'atteindra pas le but qu'il se propose. Tout le monde sait qu'on peut, sans avoir étudié à Rome, connaître parfaitement les doctrines romaines ; et, de fait, nous avons en Canada bon nombre d'hommes, des laïque même, qui n'ont jamais vu Rome, qui ne le verront probablement jamais et qui cependant possèdent une science philosophique et théologique, voir même canonique, très-étendue et très-sûre. Tout le monde sait de même qu'on peut avoir étudié à Rome sans avoir bien appris ou tout appris ce qui s'y enseigne.

On puise à Rome, comme partout ailleurs, avec des vases de plus ou moins de capacité, qui ont été plus ou moins bien purifiés préalablement : cela fait que ce que chacun en rapporte varie beaucoup et pour la quantité et pour la qualité.

Si dans l'opuscule, intitulé <' Le Libéralisme,^^ j'ai trouvé une foule d'excellentes choses, très bien cordonnées et fort substantielles, i'ai aussi constaté qu'il y en a d'autres, et je le dis avec regret, qui ne brillent pas d'un aussi vif éclat et qui ne sont pas d'aussi bon aloi. J'avais tout d'abord été incliné à croire qu'une simple I

lacune était le défaut capital de cet opuscule.

En effet, je n'y découvrais pas un mot dirigé contre le libéralisme catholique, la grande, la très grande plaie de notre époque, plaie qui, au dire de Pie IX lui-même, fait un bien plus grand mal à la religion que l'impiété déclarée. Avec ses allures bénignes et pieuses, le libéralisme qu'on affuble du titre de catholique, fascine une foule d'âmes sans défiance, les mène jusqu'aux bords de l'abîme de l'hérésie, les y précipite même au moment quelles croient tenir encore à l'Eglise par tout ce qu'il y a de plus intime et de plus vivace en elles.

Ne rien dire à l'adresse de ce funeste libéralisme catholique, qui, condamné lui aussi par l'Egli e. a fait du P. Hyacinthe et de l'abbé Dollinger deux apostats, qui a failli perdre le P. Gratry, qui a inspiré* tant d'écrits où la vérité religieuse est défigurée avec autant de perfidie que d'astuce, notamment dans le fameux Manifeste du Correspondant, qui enfin a poussé Montalembert, lui jadis le grand catholique français, à jeter en mourant l'injure à la face auguste de Pie IX et à l'appeler V idole du Vatican, me paraissait chose tout à fait inexplicable, surtout dans un écrit où l'on traite spécialement du Libéralisme.

Une lecture plus attentive de l'opuscule m'a permis de découvrir que ce n'est pas par distraction que l'auteur, fixant les limites de la grande erreur mo ierne, a omis de comprendre le libéralisme catholique dans la ligne de circonscription qu'il trace. L'omission, qu'il laisse à regretter, est volontaire et intentionnelle. Il a voulu par là exonérer le libéralisme catholique de tout blâme ; dans ce but, il a même fiiussé le sens de la dernière proposition du Syïlàbus. Ce travail effectué, il nous le montre avec complaisance comme le fruit de la prudence, de la sagesse et de la charité chrétiennes, et allant glorieusement prendre place dans les rangs de l'orthodoxie. Il ne le nomme pas ; mais il s'évertue à en faire miroiter les charmes trompeurs; il le prêche avec toutes les précautions possibles afin de ne pas trop chatouiller les oreilles. Il y a là assurément de quoi causer une affliction profonde.

Entrons dans les détails et voyons comment procède M. l'abbé Pâquet, d'abord pour mettre le libéralisme catholique hors de cause, et ensuite pour le réhabiliter et le remettre en faveur.

A la page 25 de son opuscule, il s'exprime comme suit: " Pour donner une notion "juste du libéralisme, je n'appellerai à mon " secours ni les journaux, ni les brochures ; " ce ne sont pas là les sources où le philo-

sophe et encore moins le théologien vont " puiser la doctrine et les armes pour

" combattre l'erreur. Les sources de la théologie sont la parole de Dieu écrite et " non écrite, les définitions des Conciles et " et des Souverains-Pontifes, etc." L'argumentation, généralement si rigoureuse, de M. l'abbé Paquet, n'e^t plus ici ce qu'elle a coutume d'être ; elle faiblit considérablement.

Le savant professeur met en présence des idées, des propositions qui n'ont entre elles aucun rapport quelconque, qui ne peuvent en avoir ; et, contre l'attente de tous, il en tire des conclusions absolument comme si elles étaient de véritables prémisses. En effet, de ce que le théologien, de même que le vrai philosophe, puise la doctrine et l< s armes pour cemhatire V erreur dans la parole de Dieu écrite et non écrite, les définitions des Conciles, des Papes, les enseignements des Sts. Pères, etc., il ne s'en suit aucunement que pour savoir en quoi consiste le libéralisme, qui est une erceur, il faille recourir à ces sources. Il est clair comme le jour qu'avant de se prononcer sur la vérité ou la fausseté d'un énoncé ou d'un système en particulier, en le comparant aux formules de la doctrine catholique, il est indispensable de connaître d'abord cet énoncé ou ce système, par conséquent de le prendre tel qu'il est et là où il se trouve.

Il est évident encore que, s'il est erroné, il ne peut se trouver dans les sources indiquées par M. l'abbé Paquet, puisque ces sources ne sont point celles d'où se tirent les formules de l'erreur. En deux mots, pour connaître exactement une erreur en ce qu'elle a de fondamental et jusque dans ses nuances les plus délicates, il n'y a qu'un seul moyen à employer : c'est de la prendre comme elle se formule elle-même. Le simple bon sens dit que cela est de rigueur ; et depuis les apôtres jusqu'à nos jours, c'est toujours ainsi qu'ont procédé les défenseurs de la vérité.

D'après ce principe, qui est incontestable, si je veux parler du libéralisme et le juger, que devrai-je faire?

Comme le libéralisme est un ensemble d'idées, un système que professent certains hommes de notre temps, il est clair qu'il faudra étudier la doctrine de ceux qui se disent libéraux dans les documents mêmes où cette doctrine, avec toutes ses nuances, se trouve consignée. Or, ces documents sont justement ceux dont M. l'abbé Paquet déclare ne vouloir pas s'occuper le moins du monde, à propos de libéralisme, savoir, les journaux et les brochures. Que dirait le savant professeur si, voulant juger son opuscule, je raisonnais de la manière suivante : la brochure de M. l'abbé Pâquet, intitulée Libéralisme, est une œuvre doctrinale ; or, pour avoir une notion juste de la doctrine, je dois puiser dans les sources de la théologie qui sont la parole de Dieu |

écrite et non écrite, les difinitions des Conciles et des Papes, etc. ; donc, ayant à juger l'opuscule de M. Pâquet, je n'en lirai pas une page ; je ne l'ouvrirai même pas ; mais je me contenterai de lire l'Ecriture Siiinte, les Conciles, les écrits des Sts. Pères, les bulles des Papes, et, cela fait, je connaîtrai l'opuscule de M. Pâquet et je serai en mesure d'en parler pertinemment?

Assurément, il manifesterait un grand étonnement et finirait par déclarer que je raisonne d'une singulière façon. C'est pourtant ainsi que lui même raisonne. Malebranche voulait tout voir en Dieu ; M. l'abbé Pâquet prétend connaître toute formule de la pensée humaine en consultant l'Ecriture Sainte et ses commentaires.

Dofic, rien de plus faux, rien de moins compréhensible même que de pré tendre, comme il fait, que, pour donner une juste notion du libéralisme, il faut puiser ses armes dans les sources de la théologie.

Puisque pour connaître le libéralisme il faut le prendre tel que formulé par ses adeptes, prêtons d'abord l'oreille aux paroles des libéraux avancés, élevant la voix en faveur de ce qu'ils appellent le progrès, la civilisation moderne. Qu'enseignent-ils dans leurs discours et leurs écrits ?

Ils enseignent que la reconnaissance par l'état de la seule religion catholique est nuisible à l'individu et à la société ; que chacun a droit à la liberté de conscience et à la profession publique du culte qu'il s'est "Choisi, même au sein d'un pays catholique; que chacun a droit de manifester ouvertement ses opinions, et que cette liberté est on ne peut plus favorable à la diffusion des lumières ; que l'Eglise n'a pas plus de droits à l'existence que n'importe quelle secte religieuse, et qu'elle usurpe une autorité qu'elle n'a pas quand elle veut que sa doctrine soit prêchée à l'exclusion^de toute autre ; que laisser à toutes les opinions pleine et entière liberté de se produire est le plus sûr moyen de maintenir la paix et l'harmonie dans la société.

Que l'Etat peut et doit faire donner à la jeunesse l'instruction et l'éducation qu'il jugera la plus propre à lui former de bons citoyens, sans que l'Eglise ait à intervenir et à réclamer ; que les peines spirituelles et temporelles, dont l'Eglise frappe les fidèles, portent atteinte à la liberté humaine, et qu'elles procèdent d'un abus de pouvoir intolérable; que les gouvernements ne doivent pas reconnaître d'autorité qui leur soit supérieure et que leurs décrets seuls ont véritablement force de loi ; qu'ils sont libres de s'emparer, quand ils le jugent opportun et utile,des biens de rEglise,des ordres religieux et autres lieux pies ; que les aspirations populaires ne doivent pas être gênées et qu'elles créent un droit inaliénable; qu'enfin la vie monastique est contre nature, qu'elle asservit l'homme et

que, loin d'être utile à la société, c'est une plaie qui la ronge.

Tels sont les principes fondamentaux du libéralisme impie. Si je les mets en regard de la doctrine catholique, je trouve qu'ils la contredisent formellement : puis, en consultant les actes pontificaux, je trouve que Pie IX les a expressément condamnés,dans l'Enclycique Quanta cura etle Syllabus, sous le nom de libéralisme, de progrès, de civilisation moderne.

Mais ce libéralisme n'est pas le seul qui ait cours dans le monde actuel. li y en a un autre, adouci, mitigé, ayant même des allures honnêtes et dévotes, et qui compte un nombre considérable de partisans :

c'est, comme je l'ai déjà dit et comme tout le monde le sait, le libéralisme qui prend le titre de catholique. Suivons par rapport à lui le même procédé que nous avons suivi par rapport à l'autre : voyons d'abord qu'elle est sa formule ; nous verrons ensuite s'il est conforme à la doctrine enseignée par l'EgHse.

Le libéralisme catholique enseigne que la paix, la tranquillité, la conformité de pensées et de sentiments sont des biens tellement précieux que, pour les obtenir, on peut sacrifier certains droits de la vérité ; que, pour se concilier ceux qui professent l'erreur, les amener insensiblement à l'abjurer, il est permis de faire ((uelques concessions, de "plier tant soit peu certains principes aux manières de voir des adversaires, quand ces principes choquent trop par leur inflexibilité; que plusieurs vérités ne sont pas oprès tout si importantes qu'il faille les défendre aux prix de n'importe quel sacrifice ; qu'il ne faut pas compromettre son influence, son autorité, ses intérêts en soutenant des causes justes, quand on n'a pas la certitude d'arriver à un heureux résultat ; qu'il faut cesser de proclamer la vérité ou de la défendre, si l'on déplaît par là à ceux qui n'aiment point la vérité, si on les choque, si on les irrite; qu'on peut, lorsqu'on est constitué en autorité, poursuivre ;dans une voie fausse, pour ne pas compromettre cette autorité ; qu'il vaut mieux se taire et laisser certaines vérités dans l'oubli que d'exposer la religion, chose si sainte, à recevoir de nouveaux outrages de la part des impies ; que la cha rité exige qu'on laisse en repos certaines personnes qui professent l'erreur de bonne foi et la propagent de même, car leur ouvrir les yeux, c'est les humilier et les contrister profondément ; qu'enfin, dans les discussions, les polémiques, même dans les écrits purement didactiques, il y a des vérités qui doivent être énoncées, si on les énonce, de manière à ne pas être comprises de tous, car autrement on ferait trop de bruit, on troublerait la paix, on blesserait peut-être la charité.

En deux mots, voici ce qui caractérise

le libéralisme qui se dit catholique : parfois il dénature, il amoindrit la vérité sous prétexte qu'elle a besoin d'adoucissements, et il travaille ainsi très-efficacement, sans se l'avouer, au profit de l'erreur ; le plus souvent il n'agit pas directement contre la vé rité ; il ne propage pas, il ne défend pas l'erreur; mais il la favorise indirectement par la ligne de conduite qu'il conseille à ses partisans de suivre.

Qu'on lise les écrits, les discours des catholiques libéraux, et l'on verra que j'expose fidèlement leur doctrine. Qu'on se rappelle surtout ce qu'ils disaient, par leurs organes les plus autorisés, qu^nd il s'est agi de la proclamation du dogme de l'infaillibilité personnelle du Pontife romain, et l'on se convaincra que, dans cette seule circonstance, ils ont prêché et commenté à peu près toutes les propositions que je viens d'énumérer. "Impossible, disaient- ils, impossible de déclarer le Pape infaillible : le déclarer, ce serait produire une irritation très- grande chez schismatiques, les protestants et les impies, les empêcher de se convertir et les jeter pour toujours au plus profond de l'abîme ; ce serait irriter la plupart des gouvernements contre l'Eglise, qu'ils trouvent si intolérante, et contre laquelle ils ont déjà trop de préjugés. Déclarer le Pape infaillible! n'est-ce pas donner lieu aux ennemis de la foi d'accuser l'Eglise de forger de nouveaux dogmes? N'est-ce pas troubler inutilement la paix ? Car, si l'Eglise a vécu jusqu'ici sans que le Chef ait été solennellement reconnu infaillible par un Concile, ne peut-elle pas continuer de vivre, glorieusement même, sans faire du Pape V idole du Vatican ? N'est-ce pas affliger profondément une portion notable de catholiques, hommes d'étude et de savoir, à qui des connaissances historiques très-sérieuses et très-é tendus, n'ont révélé qu'un Pape faillible ? N'est-ce pas en un mot, vouloir en quelque sorte mettre ces catholiques en dehors de l'Eglise ? »

Ainsi parlait le Correspondant de Paris vers la fin de l'année 1869, et l'on était partout unanime' à dire que ce langage était celui du libéralisme catholique. Je pourrais multiplier les citations et montrer que les catholiques libéraux s'opposent à la profession publique de toute vérité qui les contrarie, pour une raison ou pour une autre, les mêmes objections à peu près que celles qu'ils ont fait valoir contre la proclamation du dogme de l'infaillibilité ponti ficale; mais cela n'est nullement néces saire. J'ai suffisamment dit pour donner une idée exacte des allures du libéralisme catholique.

Maintenant, ce libéralisme est-il, lui aussi, condamné par l'Eglise ? Oui, et trèsexpressément.

En efiet, la dernière proposition, que Pi© IX condamne dans 1© Syllabus, est

celle-ci : " Le Pontife romain peut et doit se reconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne. " Qu'est-ce à dire ? Ou les mots n'ont plus de sens ou cela signifie que tout système d'accommodement entre la véri é et Terreur est réprouvé: qu'aucune espèce de conciliation entre l'une et l'autre n'est admissible. Or, quel que soit le moyen parlequel on cherche à ménager l'erreur, à ne point la contrecarrer ouvertement, à lui laisser la faculté de se produire sans éprouver de vives contradictions, à ne déranger ses affaires que le moins possible, consistât- il dans le silence ou dans une simple abstention, ce moyen tend à accorder, à concilier l'erreur avec la vérité, à leur permettre de vivre l'un à côtéde l'autre en aussi bons rapports que possible. Donc le libéralisme catholique, qui n'est autre qu'un moyen imaginé pour ménager l'erreur, quoiqu'on ne la professe pas soi-même, pour lui opposer une résistance qui ne l'irrite point et ne lui fasse point jeter les hauts cris, pour lui laisser enfin la liberté d'action qu'elle réclame afin de travailler comme elle l'entend, est expressément et formellement condamné par l'Eglise.

Au point où nous en sommes rendus, pas un qui ne voit combien il importait de commencer par interroger le libéralisme luimême et de lui demander sa formule. C'était l'unique moyen de savoir ce qu'il est et ensuite ce qu'il vaut. Cette méthode, la seule logique et raisonnable, est aussi la seule qui permette de saisir exactement la portée des quatre propositions du Syllabus se rapportant au libéralisme. M. l'abbé Paquet a repoussé cette méthode avec dédain ; aussi n'a-t-il traité qu'une partie de sa question de libéralisme, et la partie de beaucoup la moins importante pour nous.

Il a tellement restreint les limites de la grande erreur moderne que pour lui elle ne consiste plus guère que dans la liberté de conscience, la liberté des cultes et la liberté de la presse. Hors de là, il n'y a plus de libéralisme à ses yeux,, de libéralisme condamné au moins. Plein de cette idée, il a faussé le sens de la dernière proposition du Syllabus. Il n'y a vu que le résumé des erreurs contenues dans les trois précédentes, tandis qu'elle est tout autre chose. C'est l'énoncé du principe fondamental du libéralisme mitigé ou catholique, comme je l'ai démontré.

L'inconvénient. de n'être pas complet en pareille matière, tout en paraissant l'être néanmoins, est plus grave qu'on ne pouvait le juger de prime abord ; il justifie la profession d'une erreur très-dangereuse et condamnée comme telle par l'autorité des Pontifes romains. En effet, puisque le libéralisme impie est seul condamné, je puis donc être catholique libéral en sûreté de conscience. Telle est la conclusion qui dé-

coule naturellement et nécessairement du défaut par lequel pèche l'opuscule de M. l'abbé Paquet.

Si le savant professeur avait rappelé à sa mémoire certains actes émanés de la plus haute autorité dans l'Eglise, il aurait vu ou au moins pu voir que le libéralisme catholique n'est pas chose vraiment innocente, et alors le soupçon lui serait venu que peut-être il n'interprétait pas exactement la dernière proposition du ISyllabus. Ne se souvient-il pas que lors de la publication de l'encyclique Quanta cura e>td\x Syllabus j Mgr d'Orléans publia une brochure,non pas comme évêque, mais comme citoyen français,et que dans cette brochure il s'ingéniait à diminuer la portée de certaines condamnations ? C'était agir en catholique libéral j car d'abord en parlant, non comme évêque mais comme simple citoyen, dans le but de mécontenter le moins possible le gouvernement français, il ôtait beaucoup d'autorité à sa parole ; ensuite, les adoucissements qu'il mettait dans les enseignements du St. Père altéraient quelque peu la vérité au profit de l'erreur. Qu'arriva-t-il ? Il reçut un bref du Pape qui lui reprochait avec une extrême délicatesse et une tendresse toute paternelle, il est vrai, mais enfin qui lui reprochait de n'avoir pas eu le courage de parler comme évêque et de n'avoir pas mis assez d'exactitude dans ses commentaires. Donc, condamnation par le Pape du libéralisme catholique pris sur le fait. >•

Ne se souvient-il pas encore que dans un autre bref, adressé aux rédacteurs du Catholique de Belgique, vaillants défenseurs de la vérité et adversaires infatigables de l'erreur. Pie IX les loue, les félicite de l'intrépidité de leur courage, puis les exhorte à persévérer dans leur noble conduite, alléguant comme motif déterminant que, dans les malheureux temps où nous vivons, grand nombre d'hommes, même pieux, font plus de mal à la religion que les impies déclarés, parce qu'ils favorisent l'erreur en s'opiniâtrant dans des idées de conciliation que le St. Siège réprouve ? Donc, nouvelle condamnation par le Pape du libéralisme catholique.

Enfin, M. l'abbé Paquet ne se souvient-il pas que le Concile du Vatican a solennellement condamné toutes les trames ourdies dans le but d'empêcher la proclamation du dogme de l'infaillibilité et les écrits composés dans le même but ? Or, le manifeste du Correspondant, œuvre catholique libérale par excellence, se trouve évidemment conpris dans cette condamnation. Donc, condamnation solennelle par le Concile du Vatican du libéralisme catholique dans la publication parisienne qui est l'un de ses principaux organes.

Comme vrai catholique, comme prêtre, surtout comme . professeur oui a puisé sa doctrine à Bome même, M. l'abbé Pâqutt

doit répudier les doctrines libérales du Français et du Correspondant ; il doit les répudier avec d'autant plus d'empressement qu'elles- viennent d être condamnées de nouveau et solennellement par Pie IX, dans l'allocution qu'il a prononcé le 13 avril de la présente année ; par quelle fatalité arrive t-il donc qu'il donne tout le contraire à penser et à croire ?

M. Vàbhé Paquet outre la doctrine âx la tolérance et enseigne le libéralisme catJiolique.

Quelque regrettable que soit la lacune signalée dans l'opuscule intitulé ^' Libéralisme, il y a dans le même opuscule autre cho.-e qui Test bien davantage. Après avoir directement établi que rindiîférentisme ou le libéralisme impie est le seul libéralisme condfimné par l'Eglise, et, indirectement, que le liljéralisme catholique ne l'est pas, M. l'abbé Paquet, aux pages 56 et 57 de son opuscule, laisse enfin percer ses fortes inclinations pour ce dernier et va même jusqu'à en professer et prêcher les doc trines.

C'est au moyen d'une confusion d'idées, d'un entortillement de choses disparates qu'il s'elForce de faire accepter à ses lecteurs le libéralisme qu'il aftectionne. Il insite fortement d'abord, comme j'ai déjà eu occasion de le dire, sur la différence qu'il y a entre la tolérance dogmatique et la tolérance civile, puis il affirme que la première n'est jamais licite, mais que la seconde peut l'être en bien des circonstances. Jusques là, c'est très bien et j-^ suis d'accord avec lui. Mais voici qu'il enseigne immédiatement après, que c'est suffisamment pratiquer l'intolérance dogmatique que de déclarer que ceux qui s'attachent à l'erreur, d'une manière coupable, sont hors delà voie du salut ; quant à les combattre, cela n'est pas permis, au moins à l'époque actuelle. Ecoutons le plutôt.

"L'Eglise a le devoir de déclarer que ceux qui, d'une manière coupable, s'attachent à une religion fausse sont hors de la voie du salut; mais, tout en faisant cette déclaration, non-seulement elle tolère les hérétiques, mais elle les aime, leur fait du bien et s'efforce par tous les moyens possibles de leur procurer le salut, suivant en cela l'exemple de Jésus-Christ et des apôti«4, qui ne se contentèrent pas de vivre en paix avec ceux qui persévéraient obstinément dans leurs erreurs, mais encore usèrent de bonté et de bienveillance pour se les concilier... S'agit-il de rendre à tous les hommes les devoirs qui leur sont dûs au nom de la société et de l'humanité,

comme des frères par nature, et à des er.n citoyens par association, oh ! alors l'Eglise, sans égard à la diversité des symboles religieux, pratique cette tolérance qui n'est que justice et charité, et la prescrit à tous les degrés de l'échelle sociale . . . Mais tout catholique, dira-t on, comme l'Eglise elle même, n'est-il pas engagé dans la lutte du bien et du mal ? et ne doit il pas tirer l'épée contie tous ceux q-ui professent l'erreur et font le mal? L'Eglise est militante et non emportée ; militante pour sauver, non pour perdre les âmes ; ainsi doit être tout catholique . . . f/Eglise traite ofiSciellement avec les puissances hérétiques et schismatiques et respecte, sans distinction, les droits des nations. Est ce-K|ue l'Eglise fait par hasard violence aux hérétiques qui sont sortis ou qui sortent de son sein ? Sommes nous donc au moyen âge ?... Cette conduite de l'Eglise est précieuse pour nous : elle nous apprend comment nous ' devons nous comporter dans nos relatiors sociales avec les concitoyens qui ne partagent pas nos croyances religieuses. "

En émettant cette doctrine, M. l'abbé Paquet invoque l'autorité de Perrons et de Mgr Audisio dont il donne de courts extraits. Dans le cas présent, je trouve, et tous ceux qui liront Le Libéralisme^^ trouveront avec moi, que ces citations ne prouvent rien, car elles sont si courtes et tellement arrangées qu'il est impossible de saisir la portée exacte des idées qu'elles contiennent, de dire même si elles se rapportent bien réellement à la question traitée.

Je n'hésiterai pas à l'affirmer: telles qu'elles sont, les pages 56 et 57 du Libéralisme fourmillent d'inexactitudes. Au moyen de restrictions, d'affirmations incomplètes, parfois même fausses, l'auteur de ces pages transforme en tolérance civile ce qui fait essentiellement partie de la tolérance dogmatique. Par suite, il parle de tout comme un pur catholique libéral. Pour l'en convaincre, je disséquerai chacune.de ses assertions.

Il dit d'abord, que l'Eglise a le devoir de déclarer que ceux qui, d'une manière coupable, s'attachent à une religion fausse sont hors de la voie du salut. C'est vrai, mais ce n'est pas là toute la vérité. Le mode d'enseignement, qui consiste à dire une partie de la vérité, puis à taire l'autre, a de tout temps été regardé comme fort dangereux, car il induit facilement en erreur. L'Eglise doit non seulement déclarer que les hérétiques sont hors de la voie du salut, mais elle doit en outre les combattre, et elle ne manque pas plus à l'un qu'à l'autre de ces devoirs.

Lorsqu'elle a condamné l'erreur , elle veut que ses ministres, que les simples fidèles mêmes éclairés par ses divins en-

seignements, luttent énergiquement contre elle.

Chaque page de l'histoire ecclésiastique prouve ce que j'avance ici. Que de luttes encouragées, commandées même par le Pontife romain, prêtres et laïques n'ont-ils pas soutenues de vive voix et par écrit contre les payons, les gnostiques, les manichéens et les ariens 1 St Athanase a-t-il jugé qu'il devait mettre bas les armes après la condamnation solennelle des erreurs d'Arius au concile de Nicée ?N'a-t il pas été pendant quarante ans en butte aux plus terribles persécutions parcequ'il ne se lassait pas de poursuivre l'erreur arienne ? Quand tout l'Orient, on peut dire, coalisé contre ce grand homme, était en feu, le Pape lui a-t-il reproché d'être la cau.-e des déchirements qui se produisaient dans l'Eglise ? Lui a-t-il enjoint ou seulement conseillé d'agir avec plus de considération? Nullement ; mais le proclamant par toute la terre admirable de zèle, il l'a constamment encouragé et soutenu.

£t l'eutychianisme, et le monothélisme : l'Eglise n'a-t-elle pas voulu qu'ils fussent incessamment combattus? Ceux-là même qui prêchent la paix à tout propos et hors de propos n'ont ils pas, par une contradiction flagrante, fait un crime au pape Honorius, mal informé des choses qui se passaient en Orient et croyant qu'il ne s'agissait au fond que d'une question oiseuse, o'une simple dispute de mots, d'avoir, à l'apparition du monothélisme, conseillé aux catholiques de ne pas soutenir de discussion à ce sujet ? N'ont ils pas été jusqu'à l'accuser, à cnuse de cet acte de tolérance, d'avoir failli en matière de doctrine? Preuve donc, preuve donnée parles amis de la paix quand même qu'il faut non seulement affirmer la vérité, mais de plus la défendre et combattre l'erreur.

L'histoire ecclésiastique est, pour ainsi dire, un tissu de faits qui mène à ette conclusion. J'en citerai encore un entre cent mille. Le pape Adrien VI, voyant le mal affreux causé par l'hérésie naissante d% Luther, écrit au savant Erasme une lettre dans laquelle on lit ce qui suit : Différerez vous encore d'attaquer cet homme charnel qui trouble la tranquilité de l'E glise, et qui précipite dans les voies de la damnation tant d'âmes infortunées? Levezvous doue et défendez la bonne ca se.

Quelle gloire pour votre nom ! quelle joie pour les catholiques ! Rappelez vous cette parole de l'apôtre St Jacques:Celui qui convertit à la vérité son frère égaré se sauve lui même de la mort et couvre la multitude de ses propres iniquités. Si vous pensez pouvoir accomplir plus facilement à Rome cette œuvre de salut, venez-y l'an prochain- Tous les trésors de nos bibliothèques seront mis a votre disposition." A cette chaleureuse invitation, Erasme repondit en lâche,

c'est-à-dire en catholique libéral, comme on dirait de nos jours. «Saint Père, écrivit-il à Adrien VI. je vous obéirais très-volontiers; mais la maladie me retient. D'ailleurs, la plume et la tête ont blanchi en même temps. De quel poids pensez- vous que serait Tautorité d'Erasme sur des hommes qui ont méprisé celle de l'Académie, celle des princes et du Souverain Pontife luimême ? Aller à Rome ! Mais c'est dire à l'écrevisse de voler !» On aimerait qu'un homme qui n'avait que quarante cinq ans et qui avait encore quatorze ans à vivre eût répondu autrement.

M. l'abbé Pâquet parle du devoir de l'Eglise relativement à ceux qui sont attachés à l'erreur d'une façon coupable-, il ne dit rien du tout de la conduite qu'elle do t tenir et qu'elle tient à l'égard de ceux qui, sans s'en apercevoir, sont tombés dans les filets de l'erreur. A l'entendre, on croirait que ces derniers ne doivent pas être inquiétés. Or, je prendrai la liberté de lui faire remarquer que l'Eglise condamne et combat l'erreur, non seulement chez ceux qui la professent d'une manière coupable, mais aussi chez ceux qui s'y trouvent engagés de bonne foi. La raison de cette conduite est facile à saisir : c'est que l'erreur est toujours l'erreur, comme le poison est toujours le poison. L'erreur, acceptée de bonne foi tue tout comme le poison pris par mégarde. On doit lui déclarer la guerre aussi bien chez ceux qui l'ont acceptée de bonne foi que chez ceux q i la professent d'une manière coupable, avec cette diôérence que les premiers ont dr it à beaucoup plus d égards que les seconds.

M. l'abbé Pâquet ajoute que l'Eglise, tout en léclarant que les individus qui, d'une manière coupable,s'attachent à une religion fausse, sont hors de la voie du salut, non seulement toi re les hérétiques, mais les aime, leur fait du bien et s'efforce, par tous les moyens possib es, de leur procurer le salut. S'exprimer de cette fiiçon, c'est mettre l'exception à la place de la règle; c'est dénaturer notablement la vérité à l'égard de l'attitude qu l'Eglise garde vis-à-vis des hérétiques. L'Eglise tolère les hérétiques, c'est vrai, mais uniquement quand des difficultés insurmontables l'y obligent. Dan ce cas même, eUe ne les tolère que dans certaines limites, et, remarquons le bien, dans le but, non pas de les favoriser, mais de favoriser ses seuls enfants restés fidèles. Si M. Pâquet doute de l'exactitude de mes paroles, qu'il consulte la constitution Ad evitanda de Martin V; il verra que je dis vrai.

Tout tolérés qu'ils soient, les hérétiques encourent encore aujourd'hui la peine de l'excommunication majeure qui est la plus grave de toutes les peines que l'Eglise inflige. Ces choses sont bonnes à savoir et à noter ; elles font voir que le rôle de

l'Eglise, à l'égard des hérétiques, ne coneiste pas uniquement, comme on voudrait le donner à croire, à déclarer qu'il sont hors de la voie du salut. Malgré le malheur des temps, l'Eglise continue d'exercer sur eux son pouvoir coercitif. Elle ne cesse pas pour cela de les aimer, ni de leur vouloir du bien ; c'est, au contraire, parce qu'elle les aime qu'elle use envers eux d'une salutaire rigueur.

Quand la société est constituée chrétiennement, comme elle doit l'être, et que rien n'entrave l'action de l'Eglise ; quand, en d'autres termes, les choses sont dans leur état normal, les hérétiques ne sont pas et ne peuvent pas être tolérés. L'Eglise les traite d'abord avec bonté, les sollicite, les presse d'abjurer leurs erreurs, et, s'ils s'obstinent, elle lance contre eux ses foudres, puis si cela ne suffit point pour les amener à récipiscence,elle les condamne aux peines temporelles les plus graves et fait .nême appel au bras séculier pour les soumettre. Le très -grand et très-saint Pape Innocent III, dont la vie a été écrite en ce siècle par le ministre protest?! nt FTurter, qui s'est converti en faisan ce travail, n'at-il pas, par la prédication d'une croisade, imploré le secours de la force armée contre les hérétiques de son temps, les Albigeois? Et en combien d'autres circonstances l'Eglise n'a t elle pas demandé aux princes de prendre les armes pour repousser l'erreur ?

En agissant ainsi, l'Eglise n'a pas fait usage d'un droit temporaire et transitoire, mais d'un pouvoir qu'elle a toujours eu, qu'elle a encore et qu'elle aura toujours. Si elle ne l'exerce point aujourd'hui, c'est que de malheureuses circonstances s'y opposent, mais non parce qu'elle ne l'a plus.

On conçoit bien d'ailleurs que l'Eglise ne doive pas tolérer les hérétiques, quand rien n'entrave l'exercice de son pouvoir. Plus nuisibles à la société que les brigands et les assassins, ils doivent, aussi bien que ces derniers, être énergiquement réprimés par tous les moyens possibles, et mis hors d'état d'agir.

Autrement, il faudrait dire que la société et la religion, qui ont yn droit strict à l'existence, n'ont pas droit de protéger et de conserver cette exi&tence, ce qui répugne évidemment.

L'Eglise combat donc nécessairement et incessamment l'erreur ; elle combat aussi les hérétiques et ne les tolère aucunement, à proprement parler, quand elle n'est pas irnpuissante à se faire respecter ; c'est àdire qu'elle poursuit l'erreur sans relâche et partout. D'une prétendue conduite contraire, M. l'abbé Paquet a voulu nous induire que notre devoir est de chercher à vivre en paix autant que possible avec l'erreur. De la véritable conduite de

l'Eglise, nous conclurons que nous sommes obligés de guerroyer contre l'erreur par tous les moyens légitimes à notre disposition. Il ne s'agit pas ici de l'emploi de la force brutale, à laquelle aucun particulier ne saurait avoir recours sans blesser les lois divines et humaines; il ne s'agit que d'une lutte morale. Cette lutte est toujours possible ; elle doit donc toujours se faire. Tous ceux qui, par leurs paroles ou leurs écrits, peuvent combattre efficacement l'erreur, sont tenus de ne pas négliger cet important devoir. M. l'abbé Paquet à l'air de penser que toute lutte contre l'erreur sera une St. Barthélémy; qu'il veuille bien déposer ses frayeurs.

Personne n'est parmi nous, animé du désir de verser le sang; tout ce que I on veut, c'est voir dépenser utilement quelques gouttes de bonne encre.

Comme personne n'a jamais manifesté l'intention d'en venir à des voies de fait contre les infortunés qui sont dans l'erreur .«oit de bonne foi, soit d'une manière coupable, il faut donc que M. l'abbé Paquet réprouve la guerre que les vrais écrivains catholiques font journellement à l'erreur et à ses partisans, lorsqu'il condamne la proposition suivante : « Tout catholique étant engagé dans la lutte du bien et du mal, doit tirer l'épée contre ceux qui professent l'erreur et commettent le mal. »

Il le faut car autrement ses paroles n'auraient plus de sens. Mais condamner ce te proposition, c'est contredire expressément la doctrine catholique ; c'est aller directement contre la règle même que Pie IX a récemment donnée à propos des écrivains catholiques. Ce grand Pape n'a-t-il pas en effet recomm ndé aux Evêques dans l'encyclique Inter multiplices, "de témoigner " toute leur bienveillan3e et d'accorder

leur protection aux hommes qui, animés

de l'esprit catholique et versés dans les

lettres et les sciences, consacrent leurs " veilles à écrire et à publier des livres et " des journaux pour propager et défendre

la doctrine catholique et revendiquer les ''droits de l'Eglise." Or, les journaux sont des publications quotidiennes ; ils ne peuvent défendre la doctrine catholique et revendiquer les droits de l'Eglise sans faire ou soutenir des luttes ; car, qui dit défendre et revendiquer des droits, dit la même chose que luttes. Donc Pie IX approuve et recommande fortement la lutte de chaque jour contre tout ce qui peut blesser la vérité et les droits de l'Eglise. Aux armes donc, catholiques qui vous sentez du courage et du zèle ; combattez vaillamment et avec persévérance les bons combats.

Il y a ici une remarque importante à faire.

Les catholiques libéraux,grands amis de la paix et de la tranquiiité qu'ils prêchent à tout venant, se ruent cependant avec une

fouffue indomptable contre tous ceux qui défendent consciencieusement et éner^iquement la bonne cause, et contre ceux là seuls.

Tracasseries de toutes sortes, taquineries incessantes, persécutions sournoises et violentes, ils emploient tout pour faire tomber la plume des mains des hommes qui ne partagent point leurs opinions.

Ils connaissent l'art de les réduire au silence, sans intervenir ostensiblement, com me aussi celui de les faire condamner à l'exil.

Quant aux écrivains ineptes, d ingereux, immoraux et impies, ils éprouven pour eux une grande tendresse de cœur. Ils ne leur font j imais la guerre ou que d'une manière fort innocente. Arcanes du cœur des humains! Qui pourra vous sonder et vous expliquer ?

Comment M. Vahhé Paquet int&yvMeV Evangile pour Je rendre favorable au Lîiéralifime catholique. — Ce que c'est que la vraie paix.

M. l'abbé Paquet confirme sa doctrine sur la tolérance en disant que nous de- <( vons suivre l'exemple de Jésus-Christ et (( de ses apôtres qui ne se contentèrent pas « de vivre en paix avec ceux qui persévé- « raient obstinément dans leurs erreurs, « mais encore usèrent de bonté et de bien- « veiilance pour se les concilier. »

Une première preuve sans réplique de ce curieux avancé, c'est que Notre Seigneur n'a cessé de poursuivre de ses reproches, de ses condamnations, de ses malédictions mêmes les hommes qui, de son temps, s'opiniâtraient dans l'erreur. «Rice de vipères, dit il aux Pharisiens, comment pourriez vous dire de bonnes choses, étant méchants comme vous êtes ? car c'est de l'abondance du cœur que la bouche parle.» Puis, com.me ils lui demandaient de faire quelque j^rouige en leur présence, il leur répondit:» Cette race méchante et adultère demande un prodige, et on ne lui en donnera pas d'autre que celui du prophète Jonas. . . . Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n'en trouve point. Alors il dit : Je retournerai dans la m dson d'où je suis sorti. Et venant, il la trouve vide, nettoyée et parée. En même temps, il va prendre avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, et, entrant dans cette maison, il y di-meure, et le dernier état de cet homme devient pire que le premier.» C'estce qui arrivera à cette race crmiinelle.

"Pourquoi violfzvous le commandement de Dieu pour votre tradition ? demanda-t il aux Pharisiens ... .Hypocrites ! Isaïe a bien prophétisé de vous quand il a

dit : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. "

Gardez-vous, dit-il une autre fois encore, gardez vous du levain des Pharisie)is et des Sadducéens. "

Parlant des Pharisiens, il disait à ses disciples dans une autre circonstance :

"Laissez les 5 ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles ; si un aveugle conduit un autre aveugle, ils tombent tous deux dans la fosse. "

Qui maintenant peut entendre sans frémir les terribles malédictions dont il charge les Scribes et les Pharisiens ? « Mal heur à vous, dit il, Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux, car vous n'y entiez pas vous mêmes et vous n'en permettez pas l'entrée à ceux qui désirent y entrer. Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, parceque, sous prétexte de vos longues prières, vous dévorez les maisons des veuves ! C'est pour cela que vous recevrez uri jugement plus rigoureux. Malheur vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous parcourez la terre et la mer pour y faire un prosélyte, et qu'après qu'il Test devenu, vous le rendez digne

de l'eiifer deux fois plus que vous !

Malheur à vous. Scribes et Pharisiens hypocrites, qui payez la dîme de menthe, de l'aneth et du cumin, et qui avez abandonné ce qu'il y a de plus important dans la ^loi, la justice, la miséricorde et la foi ! Ce sont là les choses qu'il fallait pratiquer, sans néanmoins omettre les autres. Conducteurs aveugles, vous filtrez votre eau pour ne point avaler un moucheron et vous avalez un chameau. Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous nettoyez le dessus de la coufie et du plat, et que vous êtes au-dedans pleins de rapine et d'impureté ! Pharisien aveugle, nettoie p)emièrement le dedans de la coupe et du plat, afin que le dehors soit net. Malheur à vous. Scribes et Ph uisiens hypocrites, parce que vous êtes semblables .! des sépulcres blanchis, qui au dehors paraisserit beaux aux yeux des hommes, mais qui au dedans sont pleins d'ossements de morts et de toute sorte de pourriture 1

Ainsi au dehors vous paraissez justes aux yeux des hommes ; mais au dedans vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité. Milheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, qui bâtissez des tombeaux aux Prophètes et ornez les monuments des justes, et qui dites : Si nous eussions été du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des Prophètes ! Ainsi, vous vous rendez témoignage à vous-mêmes, qui êtf^s les enfants de ceux qui ont tué les Prophètes. Achevez donc au.-si de combler la mesure de vos pères. Serpents, race de vipères, com-

ment 'év*tei*ez-vous d'être condamnés au feu de l'en er? "

S' adressant encore aux Pharisiens, Jésus- Christ leur dit dans une autre circonstance: " Pourquoi ne connaiss-ez-vous point mon langage ? Parceque vous ne pouvez entendre ma parole. Vous Ates les enfants du diable, et voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été homicide dès le commencement, et il n'est j^oint demeuré dans la vérité, parceque la vérité n'est point en lui."

Une seconde preuve sans réplique que le Sauveur du monde a coulé des jours tranquilles au milieu des ennemis de la vérité, c'est ce que dit l'apôtre saint Jean au commencement de son Evangile : In propria venil, ei suieum non recejjentnt, il est venu dans son propre domaine et les siens n'ont pas voulu le recevoir.

Une troisième pieuve sans réplique que Notre Seigneur a vécu en p'iix avec ceux qui persévéraient obstinément dans l'erreur, c'est que ces derniers l'ont accusé d'être un Samaritain, un possédé du démon, un séditieux, un rebelle, un magicien à qui Béelzébuth donnait la puissance de faire des u iracles ; c'est qu'ils lui ont constamment ten;lu des embûches et qu'ils ont mille fois tenté de s'emparer de sa personne pour le faire mourir.

Une quatrième preuve sans réplique que Jésus-Christ a vécu en paix avec les contempteurs de la vérité,c'est qu'il est mort de mort violente, attaché à un infâme gibet comme un malfaiteur, et que ce sont justeyient les ennemis de la vérité qui l'ont >.insi livré à la mort, en haine de sa doctrine et i^our se venger des anathèmes dont il les avait frappés.

Une preuve sans réplique que les apôtres, comme leur divin Slaître, ont vécu en paix avec les hommes obstinés dans l'erreur, c'est que, refusant de taire la vérité et proclamant qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, ils ont été à cause de cela même traînés de tribunal en tribunal, jetés en prison, chassés de ville en ville, traqués comme des bêtes fau/es et condamnés enfin à expirer dans les tourments les plus affreux.

M. l'abbé Paquet avoue que la vie paisi ble, que notre divin Siuveur et les apôtres ont menée avec ceux qui persévéraient o* stinément da^as l'erreur, aurait fait fort peu d'agréments pour les hommes d'aujourd'hui qui soupirent après la paix, elle dérangerait passablement leurs petites affaires et contrarierait leur goût pour le repos.

Elle ne leur permettrait point de s'occuper exclusivement de leurs intérêts propres, de travailler à plaire à tout le monde, de cultiver l'art de s'assouplir selon les circonstances, de courir après les faveurs et les fumées de la gloire humaine. Les amis actuels de la vie paisible l'aiment tellement qu'ils sacrifient la vérité pour ne

pas s'attirer un regard de travers, la plus légère contrariété ; ils ne peuvent sacrifier le moindre mot malsonnant à leur adresse, et font tout pour l'éviter. Pour mener la vie paisible que Jésus Christ et ses apôtres ont menée, il faut être dans d'autres dispotions et autrement constitué; il ne faut craindre ni les injures, ni les calomnies, ni les persécutions, pas même la mort quand il s'agit de prendre la défense des intérêts de la vérité. On ne sait pas, on n'imite pas Jésus-Christ en se dorlotant, mais en prenant sa croix et marchant après lui.

La paix,dont J^'^sus-Christa été l'ami, n'est pas la paix avec l'erreur ni avec ceux qui lai professent. Il y a paix et paix, comme il y a liberté et liberté, progrès et progrès. L'une est vraie, l'autre est fausse. Je suis surpris que M. Paquet n'ait pas fait cette distinction si importante, et que semblable distraction de sa part rende ici s i doctrine tout à fiit f lusse. Il a pourtant dit, page 42 de son-opuscule: "La distinction est une arme non seulement utile, mais en quelque sorte nécesssaire ; sans elle.il serait bien difficile d'arriver à la science. C'est l'arme favorite du théologien et du philosophe. Aussi est-elle en honneur dans toutes les grandes écoles de philosophie et de théologie. Défions nous de tous ceux qui font fi de la distinction ; ce sont des gens qui. n'ayant pas les conn ussances suffisantes pour parler et écrire avec précision sur les matières difficiles et délicates, trouvent f)lus commode d'user de phrases et de mots v.igues et mal définis. Afin de pallier leur mince savoir, il s'efiforcent d'i^ffioher uu superbe dédain pour tout ce qui respire la science et la véritable méthode scientifique."

Q'iant à regretter une lacune, j'aime; ais mieux voir M. l'abbé Pâquet ne pas se donner le luxe de parler si longuement de l'utilité des distinctions, que do le voir omf^ttre celles qui sont de première nécessité.

La paix que Jésus-Christ est venu apporter sur la terre est la paix de l'homme avec Dieu lui-même et avec le prochain. On est en paix avec Dieu quand on le sert en esprit et en vérité ; on est en paix avec soimême quan 1 on a triomphé de ses p:issions; on est en paix avec le prochain, quand on j-especte scrupuleusement tous ses droits. Telle est la vraie p.iix, il n'y en a point d'autre.

Quant à cette paix qui consiste à dormir tran :iuillement dans le mal ou dans l'erreur, cà donner tout à son aise le spectacle d'une vie licencieuse, à propager sans obstacles de dangereuses ou funstes doctrines, elle doit être troublée, et St Augustin le crie bien fort d'aprèsl Evangile. Jésus-Christ en eft'et, n'a-t-il pas affirmé, que s i paix n'est pas celle que le monde donne ? N'a-til pas dit encore, en parlant de la fausse

paix, qu'il était venu nous apporter non la paix, mais la guerre ? Ne nous a t il pas lui-même enseigné que quand même la profession de la Térité nous mettrait en guerre avec ceux de notre propre maison, nous ne devons pas hésiter à la proclamer et à la défendre ?

Après avoir dit qu'il confessera deva t son Père céleste celui qui l'aura confessé devant les hommes, et qu'il niera celui qui l'aura renié il ajoute :

" Ne pensez pas que je suis venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Je suis venu séparer l'homme d'avec son père, la fille d'avec sa mère, et la belle filie d'avec sa belle-mère ; et l'homme aura pour ennemis ceux de sa propre maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi. "

Ces paroles, comme toutes celles qu'a prononcées Jésus Christ,ne passerontpoint, et elles seront la condamnation d'un grand nombre d'hommes, tout de feu pour leurs intérêts propres et d'une lâcheté désespérante quand il s'agit des intérêts de la vérité, qui sont les intérêts de Dieu même.

La vraie paix repose essentiellement sur deux choses : l'ordre et l'union. Sans ces deux choses, point de paix possible ; avec elles, paix parfaite.

La paix ne peut donc être troublée que par le mal et l'erreur, le mal qui est le ^ grand et unique désordre, l'erreur qui est le dissolvant par excellence. Il suit nécessairement de là que les seuls perturbateurs de la paix sont les hommes qui commettent le mal ou qui professent et propagent l'erreur.

Ceux qui combattent et le mal et l'erreur, quelque bruit qu'ils fassent, ne troublent point la paix, mais travaillent à la faire renaître, sinon parfaitement, du moins en partie.

C'est là une vérité incontestable et que l'on oublie trop fréquemment par malheur. Par une aberration étrange, par un inexplicable renversement d'idées, on confond de nos jours ceux qui troublent véritablement la paix avec ceux dont tous les eôorts et les travaux tendent avec efficacité à lui donner l'empire du monde. Mais que disje ? Ces demi rs, seuls, sont ordinairement accusés d'être les ennemis de la paix, tandis que les autres sont regardés comme ses amis véritables.

Aux amis de l'ordre de la justice et de la vérité, on répète sans cesse «qu'il ne faut pas trop s'arrêter à considérer l'idéal «de ce qui devait être»; que cet idéal tend à faire oublier la réalité ; qu'un avenir qu'on souhaite avec impatience empêche de compter avec un passé et un présent hérissé de difficultés." Parler ainsi, c'est parler en ca-

tholique libéral ; c'est se faire l'écho des Dupanloup et des Montalembert.

Il est facile de démontrer que cette raison, qui semble raisonnable, ne l'est pas pas du tout. Personne n'a la prétention de métamorphoser le monde en un clind'œil : tous savent que le bien ne se développe qu'avec lenteur. Mais pour Taire progresser le bien, même pour le conserver tel qu'il est et l'empêcher de décliner, il faut avoir les yeux toujours fixés sur l'idéal de ce qui devrait être.

Autrement, on ne conçoit pas comment il serait possible d'agir en homme et en chrétien. C'est à la perfection que tous les hommes sont appelés et à la perfection la plus sublime ; car, Jésus Christ, dans son Evangile, dit à to s sans exception : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. Puisque les hommes sont appelés à la perfection, ils ont l'obligation d'y tendre, et pour y tendre ils doivent tenir leurs yeux fixés sur l'idéal divin proposé.

Or, les hommes sont individus et société; ils ont donc droit de demander chaque jour que le mal et l'erreur, seuls obstacles à leur perfection, cessent d'exister chez les individus et dans la société ; ils ont donc droit de plus de travailler chaque jour à obtenir cet important résultat. Le nier serait nier l'Evangile.

Ce que vaut la doctrine des ménagements, diaprés Bourdaloue en particulier.— Réponses à des objections. — Conclusion.

Je puis le dire, sans craindre de tomber dans l'exagération, M. l'abbé Paquet n'est pas d'accord avec l'Evangile quand il nous représente le Sauveur du monde vivant en paix avec ceux qui, de son temps, s'opiniâtraient dans l'erreur. C'est assurément trop aimer la paix, c'est-à-dire, c'est aimer une paix qui n'est pas la véritable paix que de la prêcher de cette façon. Dans tout le cours de son opuscule, M. l'abbé Paquet ne parle qu'une seule fois de la lutte à soutenir en faveur de la vérité et du bien et c'est pour la blâmer, sous prétexte que toute lutte est un effet de l'emportement. Il dit bien que nous ne pouvons pas embrasser l'erreur ni l'affirmer, mais il ne semble pas vouloir que nous fassions davantage contre elle. Bien que, par ses paroles et tous les actes de sa vie, Jésus Christ nous enseigne qu'il faut rendre témoignage à la vérité, en défendre les droits, au risque d'avoir à soutenir la guerre contre ceux de notre propre maison, M. l'abbé Paquet ne le voit point.

L'Eglise continue de nous donner les enseignements du divin Maître et elle les met en pratique ; il ne veut pas non plus les voir.

C'est la paix qu'il faut, et la paix à tout prix avec l'erreur. Mais, pourquoi cela ? Ah ! c'est que la prudence exige qu'on use de ménagements envers des frères égarés ; les contredire, ce serait leur déplaire, les irriter. Pour les ramener, il faut se les concilier. Perdre leurs bonnes grâces, leur amitié, ce serait les perdre eux mêmes. Et voilà 1 Eh bien ! tout cela, c'est du libéralisme soi disant catholique, et du plus pur I et ce libéralisme, je le répète, est formellement condamné dans la dernière proposition du Syllabus.

Ecoutons un illustre évêque du XVIIe siècle ; nous croirions qu'il parle des catholiques libéraux de notre époque, tant il trace fidèlement leur portrait. Nous allons voir comment il apprécie ces ménagements et cette paix, qu'on ne cesse de nous représenter comme seuls biens désirables ; nous allons voir aussi d'après quel esprit parlent ceux qui ne prêchent que paix et ménagements.

« L'esprit du monde, dit-il, est un esprit de souplesse et de ménagement. Comme l'amour-propre en est le principe, il ne cherche la vérité qu'autant que la vérité peut lui plaire

"Voilà l'esprit qui nous régit et qui nous gouverne ; un esprit de timidité et de complaisance. On craint d'être à Dieu, et dans toutes les occasions oia il s'agit de se déclarer pour lui,on mollit et on se ménage, et dès qu'il faut s'exposer pour sa gloire à la dérision et à la censure des hommes, on recule et on se fait de sa lâcheté une fausse prudence ; et dès qu'il ©st question de déplaire pour ne pas manquer au devoir, on en croit la transgression légitime, et la première chose qu'on examine dans les démarches que Dieu demande de nous, c'est si le monde y donnera son sulfrage....

" Nous n'avons qu'à nous juger de bonne foi pour convenir que c'est là notre caractère. Toute notre vie n'est qu'une suite de ménagements et de complaisances que la loi de Dieu réprouve : partout nous sacrifions les lumières de notre conscience aux erreurs et aux préjugés de ceux avec qui nous vivons. Nous connaissons la vérité, et cependant nous la retenons dans l'injustice ; nous applaudis&ons (au moins par notre silence) aux maximes qui la combattent; nous n'osons résister à ceux qui la c ndamnent, nous donnons tous les jours à la flatterie et au désir de ne pas déplaire mille choses que notre conscience nous reproche, et d'oiî notre goût même nous éloigne : en un mot, nous ne vivons pas pour nousmêmes et pour la vérité ; nous vivons pour les autres et pour la vanité; nous voulons plaire ; nous ne pouvons nous passer du monde ; nous tenons à lui par des vues de gloire, de fortune ; d'établissement de crédit, de réputation, d'amusement, même d'amitié et de société j et de là vient que

dès que la vérité est en concurrence avec quelqu'une de ces passions, et qu'il faut leur donner atteinte en se déclarant pour elle, nous l'abandonnons, nous nous ménageons, nous dissimulons, nous nous faisons, de fausses maximes pour justifier nos tempéraments injustes ; nous nous persuadons que la vie du monde, où nous sommes engagés, n us la rend inévitables.

" Ainsi, toute notre vie se passe à déférer aux autres, à nous accommoder à leurs passions, à suivre leurs exemples, à consentir à leurs maximes : nulle fermeté, nulle résistance, nul courage ; tout nous ébranle, tout nous entraîne ; la complaisance est le grand ressort de toute notre conduite ; et n'ayant peut être point de vices à nous, nous devenons coupables de ceux de tous les autres, et nous ne pratiquons aucune vertu.

"Cependant, comme nous conservons dans le cœur un reste d'amour pour la vérité, que nous ne nous livrons au monde qu'à regret, que nous en évitons les égarements, que nous nous distinguons de lui parles actions extérieures de la piété, nous croyons ne pas lui appartenir comme ces âmes mondaines qui en sont enivrées j mais nous nous trompons. Il est sûr du moins que nous n'appartenons pas à l'Esprit de Dieu, que ce n'est pas lui qui nous conduit et qui nous pré ide. Car cet Esprit divin est un esprit de force, de fermeté, de courage : il ne craint pas le monde, parce qu'il «méprise le monde ; il ne peut plaire au monde,parce qu'il est crucifié au monde; il ne cherche pas les suffrages du monde, parce qu'il juge les jugements du monde ; il ne ménage pas l'amitié du monde, p irce qu'il est ennemi du monde ; il ne se laisse pas ébranler par les exemples du monds, parce qu'il a vaincu le monde. Le caractère le plus opposé à l'Esprit de Dieu,c'est ce caractère de lâcheté et de complaisance; et la marque la plus sûre que Dieu n'est pas dans un cœur, et qu'on est encore au monde, c'est lorsqu'on le cra nt plus que la vérité, qu'on le ménage au dépens de la vérité, qu'on veut lui plaire malgré la vérité, et qu'on lui sacrifie sans cesse la vérité. "

Toujours à propos deménagements,écoutons encore ce que dit Bourdaloue, dont la doctrine est si sûre. C'est un jésuite, et M. l'abbé Pâquet aime les jésuites, ce dont je le félicite.

«Mais ne doit-on pas ménagerie prochain dit-il, surtout si c'est un ami, si c'est un homme distingué par sa naissance, par son élévation, par son rang ? Le ménager ! et qu'est-ce que cet ami, qu'est ce que ce Grand, qu'est-ce que cet homme, quel qu'il soit,dès qu'il y va de la gloire de votre Dieu et de son service ?

(i Si les apôtres avaient eu de tels ménagements où en serions nous ? Auraient-ili

prêché l'évangile malgré les édits des Empereurs et les menaces des tyrans?Auraientils répondu avec tant de fermeté aux Juges et aux Magistrats, qui leur défendaient de parler, qu'ils devaient plutôt obéir à Dieu qu'aux hommes ? Si les Pères d« rE;^lise, les Athimase, les ('hrysostôme, les Augustin et les autres avaient eu de pareils égards,auraient il préservé le peuple fidèle de tant d'erreurs qu'ils ont détruites, et de tant d'hérésies qu'ils ont hautement combattues ?

Agissez avec respect, mais agissez avec force ; l'un n'est point contraire à l'autre. Honorez la naissance, honorez la dignité. honorez la personne, mais condamnez l'injustice et l'iniquité. "

Veut-on maintenant savoir ce que l'on fait quand, tout en s'abstenanc d'applaudir, ' de soutenir et d'appuyer l'erreur, on prétend cependant devoir lui laisser assez de liberté pour qu'elle ne crie point, elle et ses partisans, à l'intolérance? Qu'on prête encore l'oreille aux paroles de Bourdaioue, on l'apprendra.

" Suivant la belle et solide réflexion de St. Augustin, le libertinage (en particulier le libertinage de l'esprit) ne demande point précisément d'être applaudi, d'être soutenu et appuyé : il se contente qu'on le tolère, et c'esi assez pour lui de n'être point traversé ni inquiété. Quand donc vous le laissez en paix, vous lui accordez tout ce qu'il prétend. Avec cela ii ne manquera pas de prendre racine, et, sans avoir besoin d'un autre secours, il saura bien se fortifier et s'étendre. N'est-ce pas de cet*;e sorte et par cette voie qu'il est toujours parvenu à ses fins ? Les ménagements de ceux qui l'ont épargné, et qui devaient le réprimer dans sa naissance, ont été de tout temps les principes de son progrès.

Voilà ce qui a nourri dans tous les siècles la licence de certains esprits contagieux, qui ont infecté le monde. Voilà ce qui a introduit dans le christianisme tant d'abus et tant de désordres, directement opposés aux lois de l'honnêteté.

Voilà ce qui a multiplié les schismes et les hérésies.

On se faisait d'abord un point de sagesse de les négliger, et puis on se trouvait trop faible pour les retrancher. Après les avoir supportés par indulgence, on se voyait réduit à les souffrir par nécessité. La politique des uns rendait le zèle des autres impuissant et inutile.

Et pour remonter jusques à la source,rindifférence d'un homme qui n'avait pas fai son devoir était la cause originaire d'un vaste incendie qui embrasait des pays entiers.

En dis-je trop, chrétiens; et sans consulter d'autre expérience que celle de nos pères, ce que je dis n'est-ce pas ce qu'ils ont éprouvé et de quoi ils nous ont laissé

les tristes restes ? De là V obligation spéciale et redoutable de ceux qui se Ir ,uoent élevés en dignité, de ceux qui ont dans le manie de la qualité, de ceux qui par leurs talents ou par leurs emplois se sont acquis plus d^ autorité, de ceux à qui .Dieu semble avoir donné plus de lumières et de capacité; de là.dis.je, cette obligation plus étroite qu'ils ont d' attaquer avec force les scandales du siècle et de hur couper court.

Obligations qu'ils doivent considérer comme Vun des points sur lesquels le Saint-Esprit leur fait entendre qu'ils seront plus exactement recherchés, plus sévèrement jugés, plus rigoureusem.ent condamnés.^ ^

Quant à ceux qui prétendent que poursuivre sans relâche le mal et l erreur, c'est les irriter, c'est manquer de prudence, voici comment leur répond l'illustre jésuite.

Vous me direz qu'un zèle vif et ardent, tel que je tâche de vous l'inspirer contre le libertinage (celui de l'esprit en particul er) et contre le vice, bien loin de guérir le mal, ne servira souvent qu'à l'irriter. Quand cela serait, chrétiens, et que vous verriez que cela dût être, votre indifférence pour L)ieu n'en serait pas moins criminelle, et en mille rencontres le zèle ne vous obligerait pas moins à vous déclarer. Quoique le mal s'aigrît et s'irritât, vous auriez fait votre devoir. Dieu aurait ses vues pour le permettre ainsi ; mais l'intention de Dieu ne serait pas que le mal, qu'il voudrait permettre, fût ménagé et toléré par vous.

Sans mesurer les choses par l'événement, vous auriez toujours la consolation de drre à Dieu : Seigneur, j'ai suivi vos ordres, et j'ai pris le parti de votre loi. Et certes, mon cher auditeur, il ne vous appartient point et il ne dépen ' pas de vous, sous prétexte d'un événement futur et incertain, de vous dispenser d'une obligation présente et assurée.C'est à vous de vous confier en Dieu et d'agir dans l'espérance qu'il bénira votre zèle. Aussi ce zèle que je vous re commande, étant un zèle de charité, qui n'a rien d'amer, qui n'est ni fier,ni hautain; qui aime le pécheur et l'impie, en même temps qu'il combat l'impiété et le péché, il y a tout sujet de croire qu'il sera efficace et d'en attendre le fruit que l'on se propose.

"Vous me direz qu'il faut user de discrétion, et je le dis aussi bien que vous. Car à Dieu ne plaise que je vous engage à imiter ceux qui emportés parleurs propres sens,au lieu de se faire un zèle de leur religion, se font une religion de leur zèle. Non sans doute, ce n'est point là ce que j'entends, il faut de la discrétion, mais aussi une discrétion qui aille toujours au terme on le zèle lui même doit tendre. Tant de discrétion qu'il voug plaira, pourvu que le vice soit corrigé, pourvu que le scandale soit réparé, pourvu que la cause de Dieu ne succombe pas.

Car, que votre discrétion se termine à prendre toujours, quoique »ous de belles apparences, I© mauvais parti ; que la cause de Dieu souffre toujours, quand elle est entre vos mains ; que l'iniquité se tienne en assurance, et qu'elle se croie assez forte, du moment que vous êtes son juge j que vous ayez dans le doute un secret penchant à conclure favorablement pour elle : et que tout ce tempérament de discrécibn, que vous affectez, ne consiste qu'à ralentir votre zèle et qu'à retenir celui des autres ; c'est discrétion, si vousfe voulez, mais c'est cette discrétion et cette prudence contre laquelle saint Paul prononce anathème, et qu'il met parmi les œuvres de la chair, quand il dit aux Romains : Sapientia carni» inimica est Deo.

Vous me direz que votre zèle fera de l'éclat et du bruit. Mais pourquoi donc en faire, si ce n'est pour empêcher c - que vous savez êtie un véritable désordre. . . . Puisqu'il n'y a qu'un éclat qui le puisse bannir, bien loin d'appréhender cet éclat, ne faudrait-il pas le rechercher comme un remède et comme un moyen efficace ? Mais cet éclat troublera la paix 1

Qu'il la troul)le, répond saint Augustin ; c'est en cela même qu'il sera glorieux et digne de l'esprit chrétien. Car il y a une fausse paix qui doit être troublé, et c'est celle dont je parle, puisqu'elle favorise le péché. Et pourquoi le Fils de Dieu nous at-ildit dans l'Evangile qu'il n'était pas venu apporter la paix sur la terre, mais le glaive et la division 7 qu'il était venu séparer le fils d'avec le père, et la mère d'avec la fille ? Que voulait il par là nous marquer, sinon qu'il y adans le cours delà vie des occasions et des conjonctures où il est impossible de satisfaire au zèle que l'on do t à Dieu, sans s'exposer à rompre la paix avec les hommes? Et qu'y a-t-il, en effet, de plus ordinaire que ces occasions, où pour l'honneur de Dieu il faut se résoudre à soutenir des guerres dans le monde et contre le monde? Non, non, chrétiens, il n'y a point de paix, ni domestique, ni étrangère, qui doive être préférée à l'obligation de porter l'intérêt de Dieu, et de s'opposer à l'offense de Dieu.

Si le scandale, qui se commet au mépris de Dieu, vient de ceux qui sont unis par les liens de la chair et du sang, toute paix avec eux est un autre scandale encore plus grand.

Il faut, selon le sens de l'Evangile, les haïr et les I énoncer ] et ils ne doivent pas s'en plaindre, puisque si le scandale vient de vous-mêmes, il faut vous haïr et vous renoncer vous mêmes. Uar c'est pour cela que Jésus-Christ a pris les alliances les plus étroites du père avec le fils, de la fille avec la mère, afin de nous faire mieux entendre que nulle raison ne doit être écoutée au préjudice du Seigneur et de son culte."

Voici maintenant la conclusion à tirer de tout ce que j'ai dit et démontré, de tout ce que disent les autorités que j'ai citées: Ménager l'errreur de quelque manière que ce puisse être, ou en elle-même ou à cause de ses partisans, directement ou indirectement, parle seul fait même de s'abstenir et de se taire, c'est être de connivence avec elle, c'est la favoriser, c'est manquer à la vérité et à Dieu, c'est se rendre coupable par conséquent, et assez souvent d'une façon très-grave.

On doit, sans doute, entendre du mal ce que je dis de l'erreur. Eriger en système qu'il faut ménager le mal et l'erreur, c'est aller directement contre les enseignements de Jésus Christ, de son Eglise, de tous les docteurs et théologiens ; c'est aller en particulier contre les enseignements de Pie IX, la lumière act elle de l'Eglise, qui après avoir^flétri le Libéralisme catholique en de nombreuses circonstances, l'a solennellement condamné dans la proposition suivante : « Le Pontife romain peut et doit « se réconcilier et transiger avec l'erreur et « le mal, c'est-à dire, avec le progrès, le li- (( béralisme et la civilisation moderne.»

Défions-nous, défions-nous du libéralisme qui se dit catholique. Il n'est pas d'erreur si subtile ni si dangereuse. C'est vraiment l'erreur des derniers temps, erreur capable de séduire, s'il était possible, les élus même. Il a pour partisans des hommes recommandables par leurs talents et leur piété ; il n'exprime ouvertement d'autre désir que de sauver les âmes en les unissant dans la même foi et les mêmes sentiments, que de faire régner partout la paix et la charité. Mais sous ces dehors trompeurs, il cache un poison lent et mortel ; il tend à détruire la vérité en nous.

Des faits récents et mémorables sont venus nous ouvrir les yeux et nous apprendre à juger l'arbre par ses fruits. Ne négligeong pas tant d'avertissements salutaires que Dieu, dans sa miséricorde infinie, prodigue et multiplie j et, avec l'Eglise, disons anathème à tout libéralisme, nou-seulement au libéralisme impie, mais aussi au libéralisme catholique.

Rappelons-nous enfin que combattre l'erreur et le mal présente toujours de grandes difficultés,et entraîne toujours de» inconvénients plus ou moins graves. Il faut savoir les rencontrer et les vaincre, comme ont fait les saints de tous les siècles, car nous somme» les enfants des saints. Si, à cause des difficultés et des inconvénients qui se hérissent dans toute lutte contre le mal et l'erreur, il était vrai que nous dussions nous condamner au silence et à l'inaction, jamais le mal et l'erreur ne seraient combattus ; jamais l'Evangile n'eût été prêché aux hommes.

La prédication de la vérité soulètre immanquablement des colères, des haines,

des persécutions ; elle fournit même un prétexte aux tyrans pour faire couler à flots le sang humain. Mais Notre Seigneur nous a aveitis qu'il en serait ainsi ; il nous a en même temps rappelé que nous devons craindre, non pas ceux qui peuvent faire souffrir le corps ou le tuer, mais celui-là seul qui a la puissance de condamner aux flammes de la géhenne.

Tout vrai chrétien doit être soldat et martyr, c'est à-dire conbattre et souffi ir pour rendre témoignage à la vérité et la défendre; ne l'oublions ja mai* et agissons en conséquence.

La presse actuelle»

A propos de libéralisme, il importe beaucoup de le considérer à l'œuvre dans la presse, qui est son principal agent. M. l'abbé Paquet l'a senti, mais comme, en traitant du libéralisme dans la presse, il aurait probablement été obligé de faire entendre des choses peu agréables à ceux qu'il veut ménager, il s'est contenté de dire que des principes qu'il a posés et démontrés, et de l'application qu'il en a faite aux questions principales, on peut facilement se guider dans les autres et éviter de donner dans des écarts.

Je vais entreprendre de le compléter en ce point.

Quand le naturalisme règne au cœur de l'individu et qu'il s'est constitué à l'état politique, comme cela est malheureusement arrivé de notre temps, il règne aussi nécessairement dans la presse, écho fidèle de ce que dit et sent le cœur de l'homme, de ce que bourdonne le monde politique. Et par la presse, qui est véritablement devenue la plus grande puissance des temps modernes, il exerce de terribles et d'irrémédiables ravages. 11 suflSt d'avoir des yeux et de voir, des oreilles et d'en tendre pour le constater.

La presse, à l'heure présente, est dans son ensemble une chaire de pestilence, selon toute la force de l'expression. Mille ouvriers, au cœur gangrène, à l'esprit obtus, ignare et bouflS d'un sot orgueil, aux instincts grossiers et brutaux, y travaillent sans relâche, sous le spécieux prétexte de réhabiliter les droits de la raison et de la liberté humaine, à séparer l'homme de Dieu, l'Etat de l'Eglise, à confondre les notions de vertu et de vice, de mal et de bien, à obscurcir toutes les idées d'ordre et de justice, à anéantir toutes les vérités morales et religieuses, ou au moins à les faire oublier en provoquant et entretenant partout un mouvement fébrile en faveur du progrès matériel et du sensualisme, que ce progrès est destiné à satisfaire.

Ecoutez les plus avancés et les plus déter-

minés d'entre eux. Ils nient Dieu ou le blasphèment; ils lui refusent le droit de s'occuper de ses créatures et se proclament eux-mêmes leur propre loi. Monstres d'ambition, de crapule et de luxure, ils ont juré haine éternelle à tout ce qui est de nature à troubler leurs ignobles jouissances, et, revêtant la sainte Eglise du Christ de leur manteau d'ignominie, ils l'injurient, la bafouent et l'outragent dans sa doctrine et ses ministres, l'accusent de tout ce dont ils sont capables et coupables afin que le fumier de leurs œuvres écmappe aux regards dans l'océan de boue qu'ils s'efforcent de creuser.

Comme aux jours de Salomon, ils pressent chacun de s'unir à eux et de vivre de leur vie. "Venez, leur disent- ils, jouissons des biens présents ; hâtons-nous d'user des créatures pendant que nous sommes jeunes. * 'Enivrons-nous des vins les plus excellents, parfumons-nous d'huile de senteur et ne laissons point passer la fleur de la saison. Couronnons nous de roses avant qu'elles se flétrissent ; qu'il n'y ait point de pré où notre intempérance ne se signale. Que nul no se dispense de prendre part à notre débauche. Laissons partout des marques de notre joie, parce que c'est là notre sort, notre

partage Que notre force soit la loi de la

justice, car ce qui est faible n'est bon à rien. Faisons tomber le juste dans nos piégeSj parce qu'il nous incommode, qu'il nous contrarie, qu'il nous reproche nos infractions à la loi et qu'il nous déshonore en décriant les fautes de notre conduite. "

Tel est, en résumé, le langage de la presse ouvertement impie, do la presse qui prêche le naturalisme dans toute sa nudité, et c'est cette presse qui a corrompu la France jusque dans la moelle des s, et a attiré sur elle- ce déluge de maux épouvantables au milieu desquels elle se débat encore aujourd'hui.

Cette presse a malheureusement de temps à autre de faibles échos en Canada. C'est un triste symptôme ; le corps sur lequel il se forme des abcès putrides est vicié en quelqu'une de ses parties.

Il est une autre presse qui se garderait bien d'user du sans-gêne de la liberté d'allures de la presse impie,et qui cependant prê(|^e le naturalisme comme elle, mais en y mettant infiniment plus d'art. C'est la presse plus spécialement nommée libérale. Elle déguise ses tendances et se? desseins sous le masque du zèle religieux ; ce qui la rend très dangereuse. Partout, elle met la religion de côté, sous prétexte que la religion eàib chose trop sainte pour figurer en public et être exposée aux regards des profanes. Si les Evèqu 's et les prêtres veulent élever la voix en faveur des intérêts de Dieu et de l'Eiïlise, tout df* suite elle leur donne des conseils en prenant le ton le plus doux : « Hélasj que faitei-vous ? leur dit-elle. Voua

vous compromettez inutilement et vous compromettez l'Eglise. De ^râce, ne remuez pont, car si vous faites du bruit,dans les journaux surtout, vous attirerez des outrages à la religion.

" Et la religion ! c'est si pénible de l'entendre outrager ! Mieux vaut endurer et laisser faire. La réserve et le silence finiront par nous attirer des sympathies,tandis que vos réclamations ne produiraient qu'aigreur, irritations et violences. Le siècle veut que le monde arrange tout seul ses affaires; le contrecarrer dans ses idées et sa marche ce serait soulever, sans profit aucun, des colères et des haines contre l'Eglise. Que le désir de voir se réaliser l'idéal de ce qui devrait être ne vous rende pas impatients ; il faut compter avec un passé et un présent tout hérissés de diflScultés. Que l'Eglise, dont le royaume n'est pas de ce monde, ne commette pas l'imprudence de s'ingérer dans la politique, dans les affaires qui intéressent les gouvernements.],Cela- se tolérait au moyenâge, mais le moyen-âge n'est plus, et les mœurs d'aujourd'hui sont autres que celles d'alors. Qu'elle n'élève la voix que pour prier Dieu, sans troubler personne, et alors chacun, subjugé par les charmes de cette piété qui n'a nul souci des choses d'ici- bas, l'entourera du plus profond respect."

Les loups ne firent jamais plus belle exhortation aux brebis pour les engager à se débarrasser des chiens commis à leur garde. Cette presse, mettant en pratique les conseils qu'elle donne, ne dit jamais un mot dans les intérêts de Dieu et de son Eglise: loin de là, elle favorise tout c© qu'on entreprend et exécute contre eux, prétextant sans cesse qu'elle tient cette conduite pour éviter de plus grands maux. Et les catholiques libéraux sont assez peu clairvoyants pour se laisser prendre à ces pièges, et pour répéter les phrases creuses qu'on a fait retentir à leurs oreilles.

Il est une autre presse encore, comptant de nombreux organes, laquelle met le naturalisme en pratique et 1© prêche d'exemple d'un bout de l'année à l'autre, sans avoir W plupart du temps l'intelligence de ce qu'elle fait. Cette presse, libérale aussi comme de raison, est aux mains d'hommes exerçant le métier d'écrire pour gagner de l'argent, se caser dans quelques positions lucratives et s'y maintenir une fois casés. Elle ravale la politique jusqu'aux affaires de boutique, voir même de ménage, et la transforme en un tissu de basses et honteuses intrigues. Elle exalte ses patrons et ses protégés jusques dans leurs méfaits les plus patents, et, pour remplir cette servile besogne, elle fait H des principes, ou, si par pradence, elle juge devoir feindre de s'oppuyer sur eux, elle les dénature par mille sophismes, les plie à ses goûts, à ses capri-

ces, et légitime par ce moyen n'importe quelle immoralité.

Son but suprême étant de remplir le gousset de MM. tel et tel et de leur acquérir une gloire aux rayons d'or et d'argent, elle dédaigne comme oiseuse et frivole toute question qui, d'une façon ou d'une autre,n'aboutit point auxécus. Elle s'interdit rigoureusement la fréquentation des lieux où il n'y a rien à brouter. En conséquence, elle laissera blasphémer des mois et des années, sans faire de protestations qui en vaillent la peine, ce que la religion a de plus vénérable et de plus sacré, si une lutte soulevée à cette occasion doit entraîner certains inconvénients par elle et déranger ses calculs intéressés.

Cependant, pour donner quelque satisfaction à la conscience publique, elle ira ramasser bien loin, même en paysétranger, une bourde lancée contre le dogme catholique, contre une de ces vérités dont elle ne voit pss découler des conséquences pratiques un peu gênantes, puis, faisant ostentation d'un zèle d'autant plus grand qu'elle court moins de risque, elle s'écriera en répondant à cette bourde par une autre bourde : Voyez l'intérêt que je porte à la religion et qu'en serait-il si je n'étais pas là pour la défendre ! "

D'autres fois, lorsqu'il n'en est nul besoin, elle prend l'autorité ecclésiastique sous sa protection, mais là seulement où elle espère pouvoir exploiter cette autorité à son profit ; elle s'empresse, s'agite autour d'elle, et^, par le déploiement d'un zèle qui ne coûte pas cher, elle espère couvrir ce qui n'est pas justifiable dans sa conduite. Quant aux prêtres et aux évêques qui dérangent ses projets en accomplissant leur devoir, elle les traite plus mal qu'un homme, qui se respecte, ne voudrait traiter un échappé de bagne. Elle leur crache effrontément à la figure, puis marque la satisfaction que lui fait goûter son acte stupide et sacrilège par un rire idiot. Enfin, pour se créer un nouveau droit de faire de la religion l'instrument de*ses manœuvres, elle rend compte par ci par là de ce qui a matériellement frappé ses regards dans les fêtes et cérémonies religieuses, signale et analyse certains sermons qu'elle apprécie au point de vue tout humain de l'art oratoire dont elle ne connaît guère que le nom, puis enrégistre es nomination aux cures et aux vicariats. Ajoutons qu'elle ne manque jamais de parler des bénédictions de cloches. Après cela, osez lui dire qu'elle n'est pas le bras droit de l'Eglise et vous verrez comment vous sere» reçu.

Comme certaines vérités condamnent les allures de la dite presse et les moyens qu'elle prend pour arriver à ses fins, elle tie t beaucoup à ce que ces vérités demeurent dans l'ombre, et n'hésite pas à les

combattre avec acharnement sitôt qu'elle les voit percer en quelque endroit. On la surprend même à côtoyer les égoûts, si le flair lui dit qu'elle tombera, chemin faisant, sur du papier-monnaie. Elle est l'alliée naturelle, bien qu'elle dissimule quelque peu ses sympathies, de tout mécréant qui favorise ses affaires de boutique et ses spéculations ou au moins ne les dérange pas. Par une conséquence logique, elle fait la guerre à tous ceux dont les idées ne cadrent pas avec les goûts mercantiles et matériels de ses maîtres. Elle se croit assassinée, si l'on entreprend de dissiper les épaisses ténèbres de son ignorance, et, dans l'impuissance où elle est de faire valoir ou de combattre convenablement une idée, elle s'attaque aux personnes et s'épuise à leur dire des injures. Elle ne discute pas, aile aboie comme le bouledo gue parceque, comme lui, elle ne voit dans le monde que sa curée et craint toujours que quelqu'un la lui ravisse.

Une variété de cette presse est celle qui écoule des produits de toute nuance, de loute couleur, de toute senteur, afin que chacun puisse trouver chez elle ce qui flattera son goût particulier.

Sur toutes les questions à peu près, elle dit le oui et le non avec une égale assurance.

Elle n'a pas d'opinion, encore moins de principes, afin d'être de l'opinion de tout le monde. Elle met au même rang la vérité et l'erreur ; le sérieux et le frivole, le vice et la vertu.

Quand elle fait pencher l'un des plateaux de la balance, c'est toujours celui qui supporte la pâture à distribuer aux mauvais instincts de la nature corrompue. Elle veut amuser, et pour atteindre ce but, elle rabaisse au niveau de la fange les objets les plus dignes de respect et de vénération. C'est ainsi que vous la verrez reproduire, tantôt du même coup, tantôt à quelques jours d'intervalle et avec égale recommandation, des écrits renfermant des doctrines absolument contraires.

A côté d'une allocution du Pape, elle reproduira une tirade échevelée de Graribaldi ou de Victor Hugo ; à côté d'un mandement d'évêque, elle citera avec éloges un discours révolutionnaire ; elle fera suivre une anecdote pieuse d'une histoire lubrique, elle parlera d'un bal, d'une soirée passée au théâtre avec autant d'enthousiasme que d'une cérémonie religieuse ; elle louera un sermon, et, immédiatement après, provoquera par des annonces et des réclames aux actes que ce sermon flétrit.

Vous la verrez encore, pendant des semaines et des mois, livrer certains noms 9iU mépris public, puis, après avoir bien crié contre la vénalité qui règne partout, se rendre elle-même au plus h«»ut enchérisseur, prodiguer sur tous les tons les

éloges les plus flatteurs a ceux qu'elle poursuivait de ses outrages il n'y a qu'un instant.

Et dire qu'il y a des hommes, même haut placés, qui achètent pareil encens et le reniflent avec complaisance ! A l'odeur de ces parfums et à l'empressement qu'on met à les rechercher, il faut reconnaître que le sens moral baisse considérablement.

S'il vous arrive de rencontrer Tun dec?3 marchands de gaudriole, vous le verrez prendre hypocritement un petit air soucieux, tourner de temps à autre son bel œil vers le ciel, joindre les mains et pousser un Roupir en disant : Grand Dieu I que de mal fait à la société la presse dite religieuse I " Et tous les confrères des boutiques d'alentour ou du même acabit de répéter en chœur ce refrain. C'est une des très rares circonstances où ils chantent à l'unisson.

Voilà donc ce qu'est la presse, considérée dans son ensemble. Impossible d'imaginer un agent plus démoralisateur. L'homme qui cherche chez elle la nourriture de son intelligence et de son cœur, s'aplatit bientôt, s'abêtit, se colle à la terre et devient sensuel à ce point qu'il oublie son âme et croit n'être sur la terre que pour boire, manger, dormir, s'amuser, aller au bal, faire des spéculations qui rapportent beaucoup d'argent, se promener à son aise, avoir des chevaux, des voitures et des domestiques aux ordres de tous ses caprices. Grossièrement matérialiste il ne connaît plus la vie que parles sensations; il méprise tout ce qui ne se voit pas des yeux et ne se touche pas des mains. C est Vanimalis homo de l'Ecriture, l'homme animal qui n'a pas assez d'intelligence pour bien apprécier le degré d'honneur où Dieu veut le placer par sa grâce.

Heureusement qu'une presse fait exception à ce que nous venons de voir. Elle devrait être l'unique presse puisqu'elle est dans l'ordre; cependant, elle ne compte que peu d organes. Mais forte comme la vérité qu'elle proclame, propage et défend, elle lutte avec grand avantage contre de nombreux et puissants ennemis, sans s'effrayer de leurs cris, de leurs menaces des persécutions sournoises qu'ils lui s-usoitent.

Comme toute œuvre, née Je l'amour du bien, elle se fortifie chaque jour sous le regard protecteur de Dieu, qui ne lui épargne pas les épreuves parcequ'il lui ménage d'abondantes bénédictions.

La bonne semence ne prend point racine et ne croît point par cela seul qu'elle a été jetée en terre. Elle doit être fécondée par les pluies et les orages, dont le passage est toujours marqué par une boue plus ou moins abondante. Ainsi en est-il de la saine doctrine que l'écrivain catholique veut implanter duos les esprits et les oœurs.

Elle ne jette de profondes racines et ne se fortifie qu'au milieu des tempêtes qu'elle soulève, des flots d'injures où l'on espère la noyer. Que ceux donc qui consacrent leurs journées et leurs veiller à défendre la vérité dans la bonne presse, ne soient pas surpris de l'acharnement avec lequel on les poursuit, des mille et une misères qu'on

leur suscite, des outrages journaliers qu'on les force à dévorer. C'est la preuve qu'ils font le bien ; c'est le gage assuré que leurs travaux porteront des fruits abondants.

S'il en était autrement, ils devraient s'affliger et croire qu'ils se fatiguent inutilement.

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