IV. Ulcères d'estomac
Pour déterminer les indications de la transfusion du sang dans le traitement des ulcères gastriques, nous nous sommes inspiré du rapport de Lejeune, au [1e Congrès de la transfusion sanguine (Paris, 1937). Cet auteur, se référant au rapport présenté par Wilmoth et Papin au Congrès de chirurgie,
rappelle la classification proposée par Tzanck et admise depuis par tous.
19 Les hémorragies occultes, longtemps répétées, peuvent inciter les fervents de la transfusion dite hémostatique à pratiquer des injections répétées de sang (100 à 300 gr. au maximum). Nombreux sont les auteurs qui trouvent cette indication insuffisante, quand le seul traitement médical pare à tout accident. C’est l’avis du professeur Duval. Nous n'avons pas pratiqué de transfusion dans ces cas. :
20 D'autres fois « l’hémorragie se répète et par sa répétition atteint une abondance vraiment considérable » (Lejeune). Compte Lenu de la critique sévère qui permet de ne pas confondre le contenu gastrique ou intestinal teinté de sang, avec le volume de sang pur effectivement perdu, il nous a été donné de pratiquer des transfusions chez plusieurs malades de cette catégorie.
Observation n° 27.
(Dr Barret).
M. S.…., 40 ans; fait deux hématémèses en une semaine, le ma-
lade aurait perdu successivement un demi-verre et un verre de sang
pur. Les examens cliniques et radiologiques ont confirmé le diagnos-
tic d’ulcère. On pratique à domicile une injection de 200 grammes de 1 te)
sang prélevé le matin même et fournis au médecin traitant en am-
poule scellée. Depuis 6 mois le malade n’a pas eu d'accident.
Observations n°5 51, 93, 54.
(Dr Barret).
M. V.., 28 ans, a le 10 juin dernier une hématémèse importante. Il reçoit dans la journée une transfusion de 400 grammes. Le 18 juin le malade vomit à nouveau un demi-verre de sang. On pratique une deuxième transfusion de 250 grammes. Le 19 juin, une troisième
transfusion de 250 grammes. Le malade sort de la clinique la semai-
00e ne suivante sans être opéré. Son état général est très amélioré. Après
4 mois il n’est pas encore revenu.
30 Restent les cas dans lesquels l’indication opératoire est rigoureuse. L’ulcus gastrique est une affection qui atteint corsidérablement l’état général et la résistance des malades. Il impose une intervention choquante, une hémorragie opératoire importante, une intoxication anesthésique prolongée. Nous avons pratiqué la transfusion avant l'opération en prévention du choc. D’autres fois elle fut très utile dans le traitement des complications post-opératoires.
Observation n° 55.
(Dr Barret).
Le 29 iuin, M. B.., 44 ans entre à l’hôpital dans un état de cachexie très marqué. Il vient d’avoir une hématémèse abondante et présente une sténose pylorique subtotale. On pratique la veille et le matin même de l'intervention deux.transfusions de 250 grammes chacune. Le malade supporte sans incident notable une gastroentérostomie transméso-colique postérieure. Son état s’est normalement amélioré. Il demeure fonctionnellement très bon au quatrième mois.
Observations n° 73, 74.
(Dr Duroselle).
M. D.., 31 ans, avait eu quatre hématémèses depuis deux ans. Il reçoit le 4 août à l’occasion d’un de ces accidents 125 grammes de sang. Le 5 août il saigne à nouveau et reçoit 250 grammes. Les accidents hémorragiques ne reparaissent pas. Le 6 octobre on pratique une gastrectomie dans les meilleures conditions. Le malade est parti le 16 octobre en convalescence,
Observation n° 36.
(Dr Barret).
M. W. F..., subit le 17 mai une large gastrectomie pour ulcère de la partie moyenne de la petite coudure. Malgré une transfusion de 279 grammes, pratiquée aussitôt l'intervention en raison de l’état de choc du malade, celui-ci meurt le cinquième jour.
Dans le traitement des ulcères gastriques les chirurgiens auprès desquels nous avons travaillé, pratiquent ce que Lejeune appelle des transfusions d'entretien, permettant de différer et parfois d'éviter l'intervention. D'autre part, avant, pendant ou après la gastrectomie, la transfusion unique ou répétée, nous semble apporter au malade un élément de résistance très appréciable. Elle est désormais systématiquement prévue, et souvent pratiquée.
Le résultat se chiffre par quatre succès sur cinq malades. Deux de ces malades ont Jusqu'à présent évité l'opération. Deux autres ont été opérés avec plein succès et la transfusion semble bien avoir Joué un rôle important dans leur prompt rétablissement.