A ROME
Durant toute cette étude, nous nous placerons dans la position des acteurs regardant le public.
Aujourd'hui dans le langage théâtral, on appelle côté cour la gauche de l'acteur et côté yarr/m sa droite. Les anciens avaient une dénomination beaucoup plus logique. L'acteur qui entrait à gauche venait a fora ; quand il entrait à droite, il venait a peretjre [port us ou rus suivant les cas^).
A Tépoque de Plante, la scène était beaucoup plus simple qu'à l'époque postérieure, étant donné l'instabilité des théâtres : mais elle comprenait au moins dans ses grandes lignes les parties de la distribution qui va suivre.
Dans les théâtres romains, la scène était tout aussi
1. Pour ces jj:éncralilés, cf. Vitr. i>e akcii. lib. 5 67X9 p. 11(5-120 éd. Hi»sK et Mazius, Ruines de Pompéi.
2. Cf. ViTH. « Quae (il parle des uorsurac, coulisses) clliciunt iina a' foiH), altéra a pereji:re adilus in scenani ». L'Amphitruo nous indi({ue lequel des deux esta droite de ractour. Au //. .'J33, Mcrcuro dit : « IIuc niihi dextera uox auris, ut uidetur uerberat »>. Or Sosie arrive n peref/re u. 101 (ou a porlu u. ICV;.
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larfçe que la scène des théâtres grecs : elle comportait un développement en conformité avec la grandeur et la forme du théâtre lui-même. En outre, cette scène était un peu plus profonde que la scène grecque, à cause du plus grand nombre d'acteurs qui figuraient. Elle comprenait trois parties :
1° La scaeiia ou la scène proprement dite ;
2^ Le proscenium ou avant-scène;
3" Le postcenium ou arrière-scène ;
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Le postcenium était l'endroit spécialement réservé aux acteurs. Vt^scaena était bâtie en pierre et ne bougeait jamais : elle formait une bande relativement étroite par rapport à l'ensemble de la scène et de ses dépendances. La proscenium au contraire était très large et mobile : il était construit en planches et s'appuyait sur la scaena. C'est là que se trouvaient les trappes par où apparaissaient ou disparaissaient brusquement les Furies ou autres génies fantastiques.
La partie la plus avancée du proscenium s'appelait pulpitum (peut-être même que le plancher du proscenium portait ce nom). Il était assez vaste pour que le chœur pût y faire ses évolutions dans les tragédies. C'était là que parlaient les acteurs. Le pulpitum ne doit pas être confondu avec la 6up.£Xr, qui était primitivement l'autel. La 6j[;.£Ay; se trouvait dans l'orchestre et
l'orchestre n'était pas de plain-pied avec la scène proprement dite. Il y avait deux escaliers pour descendre du pulpitum dans l'orchestre. Entre les deux escaliers, il y avait une niche pour mettre le tibicen et les musiciens.
Pour la décoration générale de la scène, il y avait le plus souvent une construction architecturale en pierre, qui par conséquent ne changeait jamais : elle représentait un palais avec des colonnes et des statues ; ce décor servait pour les tragédies. Au fond, il y avait trois entrées : au milieu, la ualua regia ; à droite et à gauche, les ualuae hospitales^ la première destinée aux entrées et sorties des protagonistes, et les deux autres aux entrées et sorties des deutéragonistes *.
Pour les comédies, il y avait des décors : mais à Rome comme en Grèce, on n'était pas ^trop réaliste. Il n'y avait que fort peu de trucs et fort peu de machines : le tout consistait, à la différence des théâtres modernes qui veulent produire l'illusion la plus complète, en un dispositif général, destiné à donner aux spectateurs un coup d'œil d'ensemble sur la situation générale de la scène et à leur faire comprendre la pièce.
Les décors comprenaient trois parties :
1** De chaque côté de la scène ^ se trouvaient trois prismes triangulaires mobiles sur des pivots [triyones'^). Une face présentait l'architecture d'un palais pour la tragédie, la deuxième des édifices privés pour la comé-
1. Ipsae autem scaenue suas habent ratir>nes explicatas ita uti nicdiac ualuae ornatus habeant aulac regiae, dextra ac sinistra hospitalia.
2. ...ex his trijçonis cuius latus fucrit proxiuiun scaenac frons (Vitu Arch. lib. 5 6 p. 117 1. 5-13;.
3. ...secundum autem spatia ad ornatus coniparata, quae loca Graeci periactous dicunt ab eo quod machinae sunt in his locis uersatiles trijçonoe habentes sin^ulac très specie» ornationis, quae cum aut fabularum mutationes sunt futuraescudcorumaduentus cum tonitribus repentinis, uersentur mutentque speciem ornationis in fronte. (Vitk. id. 7 et S, p. 119).
t QIKLULES (HJSfiKVATÏONS
die, la troisième des arbres et des rochers pour les pastorales et les drames * satiriques *.
2® Les uersurae étaient de simples châssis que Ton glissait de chaque côté pour indiquer le côté forum ou le coté pereffre et pour dissimuler l'intérieur des coulisses -K
3® La scaena ductUis ou uersilis'' servait h cacher Tarchitecture de la scène ou simplement le postcenium. Elle équivalait à nos fermes ou à nos toiles de fond.
D'après cette disposition générale, il est facile de voir qu'il y avait trois issues au moins : une a foro, l'autre a peiegre^ la troisième par le fond.
Dans TAulularia, il n'y en a que deux qui soient bien indiquées : celle a foro [uu, 10o«yy., 264, 273, 281, 373, 473) et celle du côté rus («. 674).
La troisième n'est pas clairement marquée (cf. scènes avant les uu, 120 et 682). Dans le Rudens, au contraire,
1. (îenera aiiteni scaenarum tria, ununi quod dicitur tragicum, altcrum comicuni, tcrtiuni satyi'icum. Ilorum autem ornatiis sunt intcr se dissimili disparique ratione, quod tragicac dcformantur columnis et fastijçiis et signis reliquisquc rejçalibus rébus, comicae autem aedilîcic»rum priuatorum et maenianorum habent speciem prospeclusque fencstris dispositos imitationc communium aediliciorum rationibus, satyricae uero ornantur arboribus speluncis montibus reliquisque agrestibus rébus in topiarii speciem dcformatis.
2. Celte distinction n'est pas 1res fondée : car dans le Rudens par exemple, qui n'a rien de pastoral ni de satirique, la si'ène se passe au bord de la mer au milieu des rochers : de plus il doit y avoir un temple et une maison.
3... secundum ea loca uersurae sunt i)rocurrentes, quai efliciunt una a foro, altéra a perej^re aditus in scaenam (Vith. id.).
4. La distinction entre la scaena uersilis et la scaena ductilis est dans Skiwivs Georcf. III, *Jl : « Versilis lune crat cum subito Iota maehinis quibusdam converlebatur et aliam pictui'ae faciem oslendebat : ductilis tune, cum, ti*actis tabulatis hac atque illac, species picturae nudabatur interior (III, 1, p. 27G éd. Thilo et Ilaj^en). C'est sans doute parce que le proscenium était en bois et mobile qu'au théâtre de Pompéi, on n'a retrouvé (jue les traces de son existence, mais rien des uersurae. Par contre, (ui a retrouvé : « des blocs de pierre, garnis de fer, percés de trous, dans lesquels il y a des pivots de fer et les restes d'une poutre. (Vêtait sans doute sur ces j)ivots que Ton appuyait et que l'on manieuvrail la scaena uersilis ou les trigones (Mazois, W" j)artie, p, 63). »>
SUR l' « ALLILAUIA » DK PLAT! K 5
ces trois issues sont nettement déterminées : seulement les noms changent à cause du changement de paysage.
a<I mare (*
ad rus ad portus
La vue de la scène était, durant les entr'actes, cachée aux spectateurs par un rideau [aulaeum). Vitruve ne nous en dit rien. Quelques passages d'auteurs latins permettent d'en avoir une idée^ La toile se baissait au lieu de se lever [mittere^) au commencement de la pièce, et se levait quand la pièce était terminée'^ [tollï) : une trappe devait se rabattre sur le rideau, quand il était descendu sous le pulpitum*, afin de permettre aux acteurs de s'avancer jusqu'au bord du pulpitum proscaenii.
* Palacstra et Ampclisca arrivent par le fond, c'est-à-dire de la mer (cf. Rudens, 206, 250 et surtout 275).
1. Cf. Ov. Met. III, 1 11-111 : PiiAiîimi fah. V, 7, 23-2 i : Cic. pro Cael. 60 : lion, ad Pison. 151-155 : Vkhg. Georij. III, 2i-25.