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Quelques observations sur le Gouzerati et le Maharatti

can, dit dans lavant-propos de Youçouf et Zouleïka: «J'ai traduit cette histoire du persan, et l'ai ttfait passer dans la langue du Gouzerate, qui est a célèbre par tout le monde. » Peut-être Técrivain voulai^il dire la langue du Décan , le dialecte dakni, par opposition à Tourdou du nord, et de là, par extension, il entendait Thindoustam, qui est, à la vérité, répandu dans tout le monde d'un Indien, c est-à-dire dans toute Tlnde; et cette déclaration d'Amin doit être prise ainsi, car le gouzerati est

(4) proprement un idiome, ou au moins un dialecte à part, qu'on ne doif confondre avec aucun de ceux qui sont pariés dans le nord-ouest de i'Hindoustan. Usité, non^seulement dans la presqu'île dont il a pris le nom , mais encore dans direrses provinces au nord et au couchant de la Nerbuddha, il se distingue surtout par ime écriture particidière dérivée du déyanagari, assea altérée cependant pour exiger une étude de quelques jours de la part de ceux qui seraient familiarisés avec la lecture des livres hindi ou sanscrits.

Sans être aussi cursif que le mahratti, le gouzerati devient, sous le calam des nati&, fort difficile à lire; dans l'impression la plus correcte, il conserve encore une allure décousue^, peu gracieuse, produite surtout par l'absence de la barre supérieure ou matra, qui égalise à l'œil les longues lignes des vieux manuscrits indiens , et donne même au grififonaage des Mahrattes un air antique et respectable. Malgré son origine sanscrite, cC' dialecte semblerait réclamer plutôt l'emploi des caractères hindou-persans , et cela pour deux raisons : d'abord, là grande quantité de mots empruntés aux langues musulmanes s'arrange fort peu, vous le savez, Monsieur, d'un alphabet qui se refuse aux gutturales c» j» f » j, et aux sifflantes j, S, fe, ^, tandis que les rè^es de Torthographe sanscrite sont aussi étrangement violées dans une langue qui ne veut pas admettre de groupes.

^ Ceci ne s'appliqae pas au gouzei^ati ancien.

(5) Si donc , d une . pa^rt , on a de la peine ' à retîonnaître dans les mots %ioie^ [^'^'P'ir^xrt

^ïïT^r]» «i*^ît['Ta\]» etc. la transcription de i-a- Fabe et du persan Os^l^ papier, (£fiki ^ ^ contentj Jt âge, ô5j)^tûôL prince, jiàj vue, etc. de l'autre on est presque arrêté !par les dérivés sanscrits les plus coAnus, quand on trotive îi^^ [^^f^] pour 5R)W, colère; ^Slît [H^] P^"^ 5^' fi^' Hî^M ['T^] P^^ Tï^» maître, etc. Cette inexactitude dans la reproduction des mots empruntés à des sources diverses est du reste la seule difficulté de cet idiome, qui ressemble à tous égards à i'hindoustani.

Les rè^es de la grammaire sont tout aussi simples que celles qui régissent la langue ourdou (hîndoustani); le mode de déclinaison est à peu près le même. Les flexions abandonnées, comme dans tous les idiomes altérés , sont représentées par des particules distinctes qui ne changent pas la terminaison. Le l^, S^ S au génitif hindoustani est remplacé

par 5Ït, ^, ^, ^, ^2 et j^ ^^ (^jOtA^de faccu-

' (^6k^ est la prononciation et l'orthographe vulgaires. Le véritable mot persan est if-y^ •

' Ces particules indiquent assez que Taccord a lieu entre ks substantifs comme en anglais et en bindoustani; elles ne sont, à vrai dire, que des terminaisons adjectives : ^ nô est pour le maë- J. A. Extr. n' 4. (i84i.) 3

(6) satif par ^; pour le cas insltûraetttal , la particule Sft remplit les fonctions de t^, et *ït cellfes de (j?H* pour le locatif. Lés noms mascidiiâ terminés par une consonne*, comme Hî^^ I''^] V^— *•

homme ^ pF<^.nn€sit au pluri^ k terminaisOR^t, qu'à» gsprdent à tous les cas; les noms masculins tei^minés

par une voyelle, comme ^i(^ [w^v] 3J^>8^ * enfait, perdent , au contraire , cette finale à tous les cas obliques du singulier et à tous ceux du phmel indistinctement. L'adjectif suit la même règle : les féminins en T â loïig ajoutant , pour former le pluriel ,

là voyelle' ^ [^],' qu'ils gardent, ainsi que les masculins de la première classe, à tous les cas du même nombre.

La déclinaison des pronoms , surtout au pluriel , peut donc donner une idée exacte de la similitude qui existe entre les deux idiomes. La voici, transcrite en caractères persans :

Gomeratt. HindonsUni. Goosenti. HindoiuUmi.

Vous, ^ ^y^

De vous, ciLÎ*^ b'v* A vous, (^ (SfY^

De vous, ^^^ iS^^y^

Nous , fji

De nous, {jj^ j;^ A nous, ^ (^

De nous,^ljljJ (^^^

Si nous passons à la conjugaison des verbes,

culÎDj RT ni pour le féminlii, ^ nonh pour le nentî^e, ^ nd et ^ ndn pour le plurieL

(7 ) ïious trouverons qu'ils se forment de la même manièr^qu'en hindoustani, et, par suite, qu*en anglais. Le présent, le futur et l'impératif bnt seuls quelques flexions particulières : ce dernier temps offre dans les deux secondes personnes une analogie €om|dète avec Tourdo». Celle du singulier est la racine même du verbe; celle du pluriel se forme

de cette même racine en ajoutant T : ainsi J^l^/l

La terminaison oun sert pour la prenodère personne du singulier présent et pour tous les temps passés^ sans distinction de nombres; la terminaison^ pour tous les temps du futur composé. Le verbe étre^ M^ ["5] ' ^^^* irrégulier en gouzerati comme dans toutes les langues , faisant les fcmctions d'auxiliaire; les deux infinitifs, l'un présent, l'autre passé, ont retenu la terminaison sanscrite oâm. Le passif prend le verbe être au lieu de devenir^ employé en ourdou.

Cet infinitif gouzerati ^^ thavoumy ne fait-il pas supposer qu'autrefois il a pu exister en hindi un verbe SRT U43, être, dont on aperçoit encore des traces dans 1 imparfait L43 hindoustani, de même que peut-être le gouzerati a pu posséder un verbe ^^ UJ>^ » puisque le présent se conjugue ^(S ^3..^, % ^4^; où un verbe aI^ u3>^' P^^' que, par une bizarrerie remarquable, j^tu >^ est

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(8) rimparSadt, reprenant ainsi quelque chose de bj^,

là précisément où Thindoustani le perd. D ailleurs, Monsieur, ces irrégidarités apparentes sont souvent TefiFet de la combinaison de deux verbes qui ont perdu de part et d'autre plusieurs de leurs temps, et fournissent désormais chacun leur contingent pour former la conjugaison entière.

La syntaxe gouzerati oi&e également la même marche et la même simplicité que la syntaxe hindoustani : elle réclame aussi la symétrie dans les phrases, et ne recherche pas, comme le mahratti, des inversions qui donnent peut-être plus de précision à la pensée , mais nuisent à ce que nous regardons comme la clarté de Texpression.

Quelques courts exemples sufiBront pour prouver le rapport des deux langues déjà établi, et la parité de la syntaxe.

Ainsi, soit ce passage de Tapôtre : Là où est votre trésor, là est votre cœur. On dit en gouzerati :

^^ tsMS^ U))j^ yUb J^ oJ,^ ^^jU yULs- £n hindoustani on dirait :

^— ^î^ is^ ^ii**^ L>^ uV ^ ^^^ ^^^ y V^

Ou bien cet autre passage :

Mais, moi, je vous dis : Nejvarez pas du tout, ni par le ciel, car cest le trône de Dieu, En gouzerati :

(9) En hindoustanî :

£t enfin ce troisième passage :

Car nous sommes jnemhres de son corps, de sa chair, de ses os. En gouzerati :

l flK S ^UwU Ua^AS 14*3 ^b^iJ^'UAyA3 ^ C^^4!^S"

En hindoustanî :

Les noms de nombre sont presque identiques avec ceux de la langue ourdou; ils dérivent du sanscrit. La seule différence est dans le nombre

denx, qui se dit ^ ^ j^, et non pas ^5 : ce qui expliquerait assez Tanomalie de â;lf , douze, et (jh^ vm^t, de rhindoustani, mots qui ne paraissent pas formés régulièrement dans cette dernière langue, et conduiraient à retrouver le 615 latin.

Les lettres cérébrales fréquentes en hindoustanî, en mahratti, en bengdi, et qui se rencontrent dans toutes les langues barbares de l'Inde, comme le$

( [0} premières assises d*un édifice reconstruit à des épe^ ques diverses et adapté à divers cultes, ces lettres^ dis-je, fort rares dans ,1e sanscrit, qui, sans doute», les a empruntées à son tour aux idiomes vaincus , rapprochent beaucoup legouzerati du hindi ancien : on (£oit considérer ce dialecte comme une branche de là vieille langue qui remplaça Tidiome sacré des Vêdas; elle s'altéra à sa manière, subit les mêmes, influences que Thindwi, et arriva au même point, comme deux bras d'un fleuve se séparent pour ar river à la mer sous une même latitude. Mais tandis que Tourdou ( hindoustani ) devenait la langue de toute rinde (car il en fallait une miiverselle pour joindre entçe elles des provinces distantes et jalouses de leur idiome), tandis que de THimalaya au pic d'Adam, du Brahma-poutra à Tlndus, le patois, le bascha moderne, se répandait avec le commerce et l'armée, et, passant les mers,. s'introduisait par des barques aventureuses de la côte le long du golfe Persique, à Tembouchure de la mer Rouge ^ jusque sur la côte d'Afrique ^ au pays des Saumalis^ , le gouzerati semblait au contraire se resserrer dans le cercle de la tribu des sectateurs de Zoroastre. Le gouzerati est, à vrai dire, la langue des Parsis; tous les livres zenàs ont été traduits récemment en ce dialecte , et s'il mérite peu d'attention comme

• ^ Un navigateur français de Tile Maurice, habitué à parler iliiur ctoustani, langue de son équipage de Lascars, m'a assuré qu'il s'était fait comprendre facilement, au moyen de lourdou , à la grande foirede Barbera, sur la côte occidentale de l'Afrique.

( H ) Iwgue paidée,au moins a-t-il obtenu une sanction par cet. important travail, et on ne peut mépnser un patois qui tout d'un coup reproduit, :$^près tant dé ^iècles,.sous une forme .nouvelle, les dogmes d'ime des plus vieilles religions àfi lunivers.

Cependant, Monsieur, si, par l'effet du temps et dés circonstances, les Parsis errants du sud de la Perse dans lé Rhorasan, de là à Ormuz , puis enfin à Sanjan, d'où ils envoyèrent des colonies ^ions les lieux oùnous les trouvons aujourd'hui» ont fini par adopter l'idiome du pays qui leur o£Brit un asile , une autre croyance, plus vieille ikn^ tinde que la leur, avait déjà employé ce même dialecte pour appuyer ses doctrines. La secte des Djaîns, venue trop tard pour avoir à son service le sanscrit pur, écrivit ses livres sacrés, ou du moins les traduisit dans tous les idiomes des contrées où elle se répandit. Or, celui qu^on parlait dans le nord-ouest de l'Inde à Toocident du pays des Mahrattes , dans le Gouzerate et le Mahr, c'était ce même gouzerati, 'Uon tel que l'ont fait désormais l'invasion musul- ^mane et les relations commerciales avec la Perse , mais tel qu'il était avant le temps des Moghols , . quand, exempt de tout mot étranger, il se rattar chait d'assez près à l'hindwî pour être compris sous une seule et même dénomination ; car ce sont les livres religieux des sectes diverses qui ont accentué davantage la différence à peine sensible entre ces idiomes.

Le colonel Tod regarde le Radjasthan et le Sau^

( 12) rachtra comme les berceaux des croyances bouddhique et djaîn. Cette opinion esjt mieux fondée pour la seconde que pour la première de ces deux réformes. Le bouddhisme se perd dans une antiquité fort reculée, du moins par rapport à la secte rivale. Les ouvrages envoyés du Népal appartiennent , il est vrai, à une ère de décadence; ce n'est plus le beau style des grands poèmes sanscrits, mais c'est encore la même langue , et il manque la nuance d'un disdecte pour pouvoir déterminer en quel lieu ils furent écrits. Mais au moins a-t-on quelques rair sons de croire que les prédications de Gotama s'étendirent plutôt au nord et à Test que vers la partie opposée, et Magadha fut la patrie du réformateur. Peut-être aussi cette rdigion nouvelle était-elle déjà abolie à l'époque où le di^decte particulier à ces contrées se forma d'une manière positive , car l'acharnement des Brahmanes contre leurs antagonistes fut tel qu'ils suscitèrent de cruelles persécutions contre eux; et aujourd'hui encore, triomphants et ^orieux, ils répètent que cette religion de nastïkas (d'athées) était un cuUe de sang qui autorisait les sacrifices humains I Vous voyez , Monsieur, que ce né sont pas les Brahmanes qu'il fsiut consulter touchant Gotama et sa doctrine:

Les principaux ouvrages djains, au contraire, sont écrits dans le dialecte dont nous parions; VArth Vipak, le Kalpa Soutra, etc. appartiennent à la même langue que le Vikramadit Charitra , le CItandan Radjana Ras, le poëme de Chand, etc. et si je l'ap-

( 13 ) pelle gouzerati , je ne fais que suivre en cela Topinion des Hindous. Plus on remonte vers Tantiquité , et plus ces dialectes se ressemblent; ils se confondent presque dans le hindi, pour se perdre tous ensemble dans le sanscrit, leur source commime; mais, dès qu'ils se divisent, ils méritent une dénomination spéciale; et l'avantage qu'on retire en les séparant ainsi , en les classant à part , c'est de pouvoir les suivre depuis leur origine jusqu'à nos jours. Sans doute le nom de gonzerati est moderne ; cet idiome n'est que la suite des dialectes de Djaipur et de Kanoje , comme l'ourdou et le dakni le sont du bascba , et le mahratti du pracrit; et il y a tout aussi loin du gouzerati, tel qu'on le parie aujourd'hui dans la présidence de Bombay, à celui de Tehand, que du Divan de Wali au Mahahharata Darpan de Gokul Nath.

La connaissance du kbari-boli (pur bindoustani) , suflBt k peu près à qui veut lire le bradj-bbakba, dont la difficulté consiste surtout dans l'absence de flexions ou de particules indispensables à la clarté de la pensée; mais, toutes les fois que j'ai ouvert un manuscrit du poëme de Ghand ou du Vikrama< dit Cbaritra, j'ai éprouvé un grand embarras. C'est pour ainsi dire une langue nouvelle ; les mots euxmêmes sont déjà connus, mais revêtus de formes insolites; ils ne se dévoilent qu'à moitié sous leur mystérieuse enveloppe : or, si le gouzerati moderne ne peut donner la clef de ce vieil idiome si peu .étudié, du moins il met sur la voie en apprenant à

{ 14) connaître les règles de la gcamaiaif e , les sigpe&des cas, et toutes les ^particularités intimes qui sont ce qui varie le moins dans la durée d'une langue.

Quand on prend ia littérature de Tlnde à Tépoque où le sanscrit est .éclipsé, ce quon rencontre alors dans tout le nord, jusqu'aux frontières des pays tamouls, cest Thindi, cest une langue à peine formée des dépouilles dune autre langue mourante, et qui doit donner naissance à des dialectes; à la longue ils deviendront trèsrdîfférents les uns des autres, ^e mêleront à. leurs voisins comme les peuples qui les parient, et, à force de dénaturer, chacun à leur manière, des mots qui fiirent les mêmes , les habitants de deux provinces jadis sœurs ne pourront plus s'entendre.

Mais qu'est devenu le bradj-bhakha , ce dialecte, qui, selon M. Tod, était le plus pur de toute VJnde, comme le pays de Mathura, dans un rayon fort étroit de quatre-tAngts milles, était le siège de tout ce^que l'hindouisme avait déplus raffiné? Sans doute il avait disparu longtemps avant que l'intolérant Âurangzèbe détruisît le culte pastoral de Krichna ; son sort a dû être celui des dialectes qui brillent à l'aurore d'une ère nouvelle, et n'ont qu'une durée passagère, comme tout ce qui apparaît dans une époque de transition. Simple et concis , le bradj-bhakha avait surtout le mérite de pouvoir se plier au rythme des vers rimes, et, à tous égards, il dut jouer, au milieu des idiomes qui coinmençaient à naître , le même rôle que le provençal eut jadis parmi nous ,

( 15 ) au temps où les langues romanes , encore dans Ten fance, n'osaient prendre leur vol jusque vers les régions de la poésie. Peut-être est-il possible de retrouver Toriginal de cette histoire de Krichna, de ce Premrsdgar si curieux. Le peu de morceaux en pur bradjibhaldia , que le brahmane Lailu a laissés subsister dans sa traduction , sont un précieux échantillon de ce poème. Quelle solennifé dans le début ! Les grandes guerres du Mahabharatta sont finieiS; Ârdjouna règne, mais le Kalyouga commence ; un Soudra frappe le bœuf qui en est Temblême. Puis peu à peu ces sombres pronostics s effacent: Krichna vient au monde, il grandit, combat, triomphe; les scènes terribles des batailles sont çà et là interrompues par les plus riantes lé* gendes; et quand on étudie avec attention la nature de ces histoires, on y rencontre parfois des rapprochements si singuliers avec les récits sacrés d'autres religions , qu'on se demande à queHe source les habitants de Bradj ont puisé ces croyances. Un pareil monument suffit à donner au bradj-bhakha droit de cité parmi les idiomes de l'Inde.

Mais , Monsieur, n'est-ce pas sous votre direction et avec le secours de vos cônseHs que j'ai lu cet ouvrage ? Mieux qu'un élève, le maitre sait apprécier l'importance de semblables livres; et si je me laisse entraîner k vous parler des études qui vous^ sont si familières , c'est qu'A me semble , tandis que^ j'écris, m'entretenir encore avec vous de ce qu£ Êdt l'objet de vos leçons. Le bradj-bhakha est vent*

(16) mai à propos sur mon chemin , et mon intention était d'établir que si, d'une part, ie sanscrit est indispensable à connaître pour entendre ies langues modernes auxquelles it a donné naissance, de l'autre, l'étude de l'bindoustani conduit à l'intelligence des grammaires de ces mêmes idiomes, et apprend plus de mots persans et arabes qu'il n'en est entré dans le plus sdtéré d'entre eux. Maintenant donc, si nous quittons le gouzeratl, le plus dénaturé par l'invasion musulmane (après l'ourdou, puisque au moins il a rejeté l'alphabet du Coran), pour remonter vers des disdectes plus rapprochés du sanscrit , celui qui se présente avant Le bengali, si intact encore, c'est le mahratti. Durant une lutte de quatre siècles avec les mahométans, depuis l'irruption d'Alla-uddin- Kîlji (i3oo)^ jusqu'à la restauration de Sivadjl (1680), les troupes du Maharashira furent sans cesse en contact avec les Moghols , soit par suite de conquêtes successives, soit par l'effet de Tincorporation de la cavalerie du Décan, dans les armées des sultans de Dehli, de Daulet-Abad et de Bedjapour : mais il y eut toujours danis le peuple une haine profonde contre les usurpateurs, et si le dialecte dakni fut celui des musulmans établis dans la contrée ou convertis de force par Aurang-zèbe* le vieil idiome populaire sft conserva presque inaltéré parmi les sectateurs fidèles^ des traditions védiques , et ce fut le plus grand nombre.

Assurément, Monsieur, c'est un curieux spectacle dans l'histoire de l'Inde, que celui de ce chef intré-

(17) ^ pide, Sivadjî, qui, pressé d'un côté par le puissant Aurang-zèbe , de l'autre par les Portugais , maîtres de Goa, inquiété ici par les Anglais déjà établis à Bombay, là par les Abyssins indépendants à Jinjira, fonde au milieu d'un pays visité jadis par les réformes bouddhiques et djaîns, en face du christianisme croissant, une ère nouvelle de science et de splendeur pour les Brahmanes. Cette résurrection de l'empire mahratte était , il est vrai, en grande partie le résultat d'une conspiration incessante, ourdie en secret par les prêtres du culte opprimé; avec les Dwidjas, la langue nationale fut sauvée. Le premier acte d'autorité du nouveau roi fut de reprendre, pour les charges de la cour, les anciennes dénominations -sanscrites; les titres persans revinrent forcément plus tard, mais ce fat lorsque ce royaume, mieux affermi, entretint avec ses voisins une correspondance diplomatique ; il sufBt d'ailleurs de faire quelques pas dans le M aharashtra , pour juger quel puissant auxiliaire rencontrait la mythologie brahmanique dans les scènes d'une nature austère et imposante , et comme on trouvait à faire parler les dieux, au milieu des précipices des Gauts, dans ces ravins sombres qui s'entrouvrent pour porter le regard de rochers en rochers jusque sur les vagues de l'Océan. Les montagnards ne sont-ils pas partout les peuples les plus difficiles à convertir à une religion ou à une langue nouvelle?

Or, tel qu'il est aujourd'hui, le dialecte mahratti oflfre peu de traces de mélange avec le persan. Il a

( 18 ) {)Fis des substantifs, mais l'adjectif et surtout le verbe appartiennent au sanscrit, souvent même à cette langue primitive plus rude et plus sourde, qui se plaît dans l'articulation sauvage des lettres cérébrales. Quelquefois aussi, dédoublant la lettre à laquelle est jointe une aspûratiori» il en absorbe le son powne laisser subsister que Taspiration (le ^h) qui y est implicitement comprise : la même cbose a lieu en pr'vcrit dans plusieurs cas; sans doute,' à uiie époque plus reculée, ce langage était moins dévié. de sa source, et Thabitude s'est conservée parmi les pandits mahriattes d'appder leur dialecte du nom de pracrit Désomiais les flexions ont à peu près disparu pour faire place au système {dus simple des langues modernes; la grammaire est devenue ^ domme pour le gouzerati et le bengali , identique dans sa jnarcbe avec celle de l'hindwi; et si je prends cette dernière conmae type; c^est que, d'après les preuves historiques et géographiques, die a du. être formée avant les autres.

La prononciation sourde et peu articulée particulière à tous les Hindous (et outrée encore par les Anglais ) n'est nulle part phis firappante que chez lies M ahrattes ; l'habitude de faire bien -sentir les â longs et les h ^ endavés au mfliéu des mots; la prétention de scander les vers , mêmte dans une lecture rapide, contribuent beaucoup à donner au langage du Maharashtraiih accent traînanlî et lourd dont les phis instruits ne sont pas ex^pits : on dirait qu'il y a un n ou' un anuswarà caebé dsôYS

( 19 ) chaque syllabe; Toutefois, ce que ce dialecte perd du côté de Teilphonte; il le gagne sous le raj^ort de la richesse ; car j'appellerais volontiers une langue riche cdle qui peut former les mots et expriiiier les idées nouvelles par des composés pris en elle*même , sans emprunter à ses voiiûnes; etle mahratti acet avantage, en commun avec le bengsdi, dont' il est vraiment frère, comme le gouzerati Test désormais de l'ourdou.

Malgré cet avantage, ce dialecte est une mutilation du sanscrit : privé de ces flexions, de ces développements infinis qui , prenant une racine à son état monosyllabique, là font passer à travers toutes lés modifications nées de la pensée itiême éveittée par le son, le mahratti ne .peut marcher sans un embarrassant cortège de verbes et de particules atudUaires ;- il lui manque la eôDcisi<Mr, preimer naérite des langues bien faites. D'ailleurs, Monsieur, le latin , idiome sacré du christianisme , n'est-il pas an^ivé dam les langues rcpatiat^eâ au mêïne degM de déformation qjue le sanscrit, idiome sacré du brahmanisme, dans celles dé l'onde? Cependant, cornme la plus petite part d'un glorieux héritage est précieuse encore , les quatre dialectes dont nous parlons ont conservé dans le verbe la forme transitive ou causale, qui est, pour ainsi dire, l'actif élevé à la seconde ptdssance; mais de plus, le maharatti a gardé , du moins dans le style philosophique , les substantifs de qualification en c? twa, qui exigent dans la traduction française une si longue péri-

( 20 ) phrase; comme *j<jM^, «ia qusdité de pouvoir être « homme , » en parlant d'un Dieu , etc.

Quant aux rapports grammaticaux qui existent entre le mahratte et Thindwi , quelques exemples le feront mieux sentir :

Soit cette première phrase du Brahmanâchen Mahatwa ^ :

MAHRATTI.

^ Petite brochure (dont le titre anglais est Brahmans Claims) publiée par le Bombay Tract and hook Society; cet ouvrage, fort curieux, annonce de la part de Fauteur (anonyme) une étude approfondie des doctrines védiques. Les prétentions des Brahmanes, appuyées par les citations de Manou, des Pouranas, etc. reproduites en sanscrit, y sont passées en revue et établies en regard des doctrines chrétiennes. Le style en est facile , simple, mais élevé et adapté à Tesprit de ceux à qui il s'adresse. ^

Ainsi les marques du génitif sont ^3|T, ^, ^, qui se rapprochent beaucoup de 9RT, ^, % hindoustani; vous retrouvez le^ né, pour le passif et l'accord du verbe avec l'accusatif devenu nominatif. La construction est 1^ même; seulement les pronoms et les prépositions, plus semblables à celles du sanscrit, annoncent une langue plus logique dans ses dérivations. On peut observer, en passant, que la lettre ç5 est la marque du prétérit pour trois de ces dialectes, le gouzerati, le bengali et le mahratti.

La symétrie dans les membres de la phrase, déterminée par les pronoms jo ^s^ et so y^ hindoustani, est devenue en mahratti une règle tellement inévitable, quon fait toujours ime inversion pour bien établir ce balancement.

Ainsi : « Dans le livre que vous m'avez donné , il «y a d'excellents préceptes ^ »

â^ ^tcicn 5^ ''ç5T ^^ '^^ ''^ -NWMï "^TRÏT

on dirait en hindi :

I II y a dans le bradj-bhakha un participe présent en îÇ^ qui rappelle ^Hf^T, «nl^rna, etc. du mahratti ;

* Cette phrase est tirée du ollc^^lol^ ^Si 44lfui M^lô)', MomahW Exercises, du D' John WHsoa, de Bombay.

( 22 ) mais le participe de sUApensioa, pareil à f infinitif passé gouzer^iji, prend la terminaison ^^ feu. Ainsi : «Je vais sortir, et je vous parlerai à mon «retour.»

^8tr?rf *ft «r^STRît ^r^ ^^ ?n^ ^oiâ g^-

en hindi :

Vous avez sans doute remarqué que le verbe parler se construit avec ;g«»# ou Ht, comme en hindoustani; mais nous retrouvons aussi une expression plus particulière: c'est charger dans, tournure de phrase qu'on prendrait pour une bizarrerie dans le bascha. Ainsi : «J'ai chargé le bateau de sel, et «j'ai donné ordre aux hommes (de l'équipage). »

•îi^d ^m îft? «n[^ wfîç H*jwH« ^rrar Ony

Le pronom ^^n* est instrumental de ïft , et reproduit le Wn sanscrit, mot à mot : «Par moi « dans le bateau du sel a été chargé. »

Vous voyez, Monteur, à queï point cet idiowie ressemble désormais au bascha : jamais on ne Ta classé parmi les dialectes hindi, sans doute parce qu'il se sépara de bonne heure de la souche commune, et il dut rester isolé pendant les soècles de troubles et de révolutions dont l'histoire n'a qu'un souvenir confius. On ignore à peu près tout ce qui

(23 ) se passa chez les Mahrattes jusqu'à i'invasion des musulmans, et si ce grand événement jeta plus tard une lumière importante sur une contrée désormais célèbre, toujours est-îl que ce fut une secousse terrible qui brisa les liens historiques entre le passé et le présent. Or maintenant ce patôi» est parié par une population de six mîlliiMis d'habitants : la littérature de ce peuple n'est pas fort riche , au moins en ouvrages originaux. Les Anglais dune part, les Brahmanes de l'autre ^ Jdnt lutté de traductions ; lés presses de Bombay ont lancé dans le Maharaschtra tous les traités possibles, religieux, scientifiques, etc. tandis que le calam des Pandits recopiait patiemment les vieux ponstàkas sanscrits. Cependant l'histoire de cette contrée, depuis le XIV* siècle, a été puisée dans ces manuscrits; le radja de Sattara possède une bibliothèque; les Grants of Land, découverts firéquemment, révèlent l'une après l'autre les époques auxquelles ont été fondés les forts et les villages semés sur la montagne et dans la plaine : mais la littérature vraiment nationale, ce sont les kathas, les récits des guerres qui se chantent encore la nuit à la clarté des flambeaux, à la satisfaction évidente des villageois, et qui charment aussi les haltes de la nuit durant les longues pérégrinations des tribus nomades.

Malheureusement l'écriture cursive est difiEicile à lire; elle est au dévanagari pur ce que sont à ceux du texte les caractères des préfaces dans les livres chinois.. Si les. ouyrages imprimés et plusieurs ma-

(24) nuscrits ne sont pas d'ordinaire écrits de cette façon» la plupart cependant se présentent sous cette forme , et vous savez , Monsieur, comme fennùi d'apprendre un nouvel alphabet dégoûte de Tétude. d'une langue. Les rapports qui rapprochent deux idiomes ne se dévoilent pas toujours à première vue, et il faut, dans mainte occasion , avoir \ travaillé longteihps poiu* arriver. à reconnaître que la chose était facile

et simple. . , . • ,

Agréez, Monsieur, etc.

lUPRnnSRIÈ ROTALB. — 1 84 1 •

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