‹ Quelques questions de chasse; deuxième sérieChapitre 4 sur 15 · L'ARTICLE 135 DU CODE PÉNAL · texte numérisé non relu

L'ARTICLE 135 DU CODE PÉNAL

pénal qui vous condamnait à un minimum de seize francs d'amende pour repasser des fausses pièces.

Combien d'autres ne connaissent pas cet article 135!

Nous consolâmes Mathurin en lui échangeant la pièce fausse contre une belle république toute neuve.

Quant au morceau de plomb, un coup de fusil l'envoya dans un fourré.

En reprenant nos places, il m'a semblé que Mathurin jetait un regard furtif du côté du fourré.

TRISTE ODYERTURE

Triste ouverture.

Certains législateurs de nos jours demandent la mise à portée de tout le monde du permis de chasse. Non seulement il faut réduire le prix du port d'armes, disent-ils, mais il est bon de délivrer des cartes pour un jour, car le dimanche doit être une journée de distractions, aussi bien pour les petites bourses que pour les gros bonnets.

L'article suivant fera peut-être réfléchir nos sages législateurs sur le danger de réunir les chasseurs en grand nombre : ces cinquante Parisiens et Melodunois\ se fusillant à cœur joie, donnaient aux habitants de Perthes un spectacle qui a prouvé le danger de confier un fusil au premier venu.

1. Je tiens Melodunois, pour beaucoup plus historique que MeluDais,

Voici cet article publié par le Nouvelliste de Seine-et-Marne :

POLICE CORRECTIONNELLE DE MELUN Du mercredi 44 mars 4885.

L'audience de ce jour, présidée par M. Louiche, assisté de MM. Angenoust et Despagnat, est entièrement consacrée au jugement d'une affaire de blessures par imprudence.

Il s'agit du grave accident de chasse arrivé le 12 octobre dernier, à Perthes, à M. Gourdet, propriétaire en cette commune.

La blessure reçue présentait tellement de danger que l'amputation d'une partie de la jambe droite fut jugée nécessaire et opérée quelques heures après.

Cette affaire est poursuivie à la requête du procureur de la République.

M. Pezous, substitut, occupe le siège du ministère public.

M. Gevrey, âgé de 53 ans, rentier à Paris, auteur présumé de Taccident, a chargé M« Carraby, du barreau de Paris, de présenter sa défense.

Au cours de l'audience, M. Gourdet s'est porté partie civile et a chargé M® Villeneuve de réclamer en son nom 25,000 francs de dommages-intérêts.

Le fait s'est passé, nous l'avons déjà dit, le dimanche 12 octobre. Ce jour là, c'était l'ouverture des vignes.

Plus de cinquante chasseurs des environs, accompagnés de parisiens et de melunais, étaient présents.

Il y avait environ 2 heures que l'on chassait, lorsqu'un chien, poursuivant un lièvre de trop près, reçut une décharge dans les flancs.

A ce moment, plusieurs personnes étaient assez près l'une de l'autre — Gourdet et Gevrey en faisaient partie. — Ces chasseurs se rapprochèrent et se mirent à causer, en riant, de l'accident, puis s'éloignèrent quelques instants après.

Bientôt de nouveaux cris : au lièvre ! au lièvre ! se tirent entendre.

Gourdet fit aussitôt face à droite, du côté d'où venait l'animal. Mais tout à coup il tournoya sur luimême et se mit à crier au secours.

L'infortuné chasseur venait de recevoir dans la jambe droite, côté intérieur, un coup de fusil tiré à si peu de distance que la charge entière avait fait balle. Aujourd'hui^ après l'amputation subie, il ne peut se traîner qu'à l'aide de béquilles.

Quel était l'auteur de ce terrible accident?

Toilà ce que voulut savoir la justice, puisque personne ne voulait en assumer la responsabilité.

Le médecin, M. Masbrenier, et l'expert armurier» M. Nolot, affirment que le coup a été tiré à 1 mètre au moins et à 2 mètres au plus du blessé.

Or, à ce moment, près de Gourdet, il n'y avait que deux chasseurs, M. Gevrey et son neveu. Il n'y avait donc pas à chercher plus loin, puisque le fusil de Gourdet était encore chargé lorsqu'on le releva.

L'expert armurier a également pu établir que la bourre venait d'un fusil du calibre 12 avec du plomb n» 4, et il a été constaté que seul, M. Gevrey, parmi les chasseurs environnants, possédait un fusil de ce calibre. ^

En dépit des dénégations énergiques de M. Gevrey, le parquet, s'appuyant sur les constatations faites, se décida à poursuivre.

A l'audience, M. Gevrey renouvelle ses protestations d'innocence et affirme que son fusil était chargé après l'accident.

Les témoins entendus, et parmi eux Gourdet, viennent bientôt détruire ces prétentions.

Après une audience laborieuse, au cours de laquelle nous avons entendu successivement M* Villeneuve, M. Pezous et M« Carraby, le tribunal a rendu un jugement motivé par lequel il condamne M. Gevrey à 50 francs d'amende et 18,000 francs de dommages-intérêts, vis-à-vis de M. Gourdet.

Page 1