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DE L’ANATOMIE ET DE LA PHYSIOLOGIE DE LA RATE

Art. I. — De l’anatomie de la rate.

La rate est un organe viscéral, du groupe des parenchymes glandulaires, sans conduit excréteur ou glandes vasculaires sanguines. Son tissu est mou, friable, sa forme varie beaucoup, mais en général, la rate à la forme d’un prisme triangulaire, allongée, dont les extrémités sont arrondies, et dont l’extrémité supérieure est plus volumineuse que l’inférieure ; sa coupe serait celle d’un corps ellipsoïde. Elle est située profondément dans l’hypochondre gauche, entre la grosse extrémité de l’estomac, et le diaphragme, au dessus et au devant du rein gauche ; on la voit rarement plus bas que la dernière côte.

Sur 10 rates prises au hasard, M. Sappey a trouvé comme poids moyen 195 grammes, comme longueur de l’organe, 123 millimètres, en largeur 82 millimètres, en épaisseur 32 millimètres. Le volume etlepoids, augmentant d’une façon prodigieuse dans certaines affections, sont cause de certains

déplacements curieux dont nous avons relaté quelques cas intéressants dans noire travail.

Je ne parlerai point ici des variétés que l’on trouve dans le nombre, la consistance et la couleur de la rate, ce sujet nous entraînerait trop loin. Tout le monde sait que l’on a vu des rates multiples, que dans l’hypertrophie la rate est plus dure, plus résistante, tandis qu’au contraire elle prend la consistance de bouillie dans les fièvres graves, que sa couleur varie du gris pâle à la teinte de lie de vin foncée, mais ce qui nous intéresse le plus vivement ici ce sont les moyens de fixité qui suspendent, pour ainsi dire, cet organe dans la cavité abdominale.

Ces moyens de fixité ne sont autres que des replis du péritoine , désignés tantôt sous le nom de ligaments, tantôt sous celui d’épiploons de la rate : ils sont au nombre de trois.

1° Le ligament gastro-splénique ou épiploon gastro-splénique est le plus considérable ; il s’étend du grand cul-de-sac de l’estomac au hile de la rate, il est vertical, de sorte qu’un de ses feuillets regarde en avant et un peu à gauche, et l’autre en arrière et un peu à droite ; arrivés au hile, ces deux feuillets s’écartent pour tapisser la rate ; entre les deux lames péritonéales on trouve du tissu lamineux delà graisse, les vaisseaux et nerfs spléniques et les vaisseaux courts.

2° Le ligament phréno-splénique ou suspenseur de la rate, de forme triangulaire, plus étroit en haut, plus large en bas, descend verticalement du diaphragme sur la partie postérieure de la tête de la rate ; ses insertions au diaphragme se font su voisinage du pilier gauche, les deux lames qui le constituent-se continuent, d’une part, avec le péritoine, qui tapisse le diaphragme et, d’autre part, avec l’enveloppe péritonéale de la rate : on trouve là un petit rameau de l’artère diaphragmatique gauche qui s’étend jusqu’aux enveloppes de la rate.

3° Le ligament pancréatico-splénique. qui s’étend de la queue du pancréas à l’extrémité inférieure de la rate. Ce ligament, constitué également par le péritoine, contenant du tissu lamineux et quelques ganglions lymphatiques, n’a pas une trèsgrande importance. On décrit encore un repli du péritoine qui ne s’insère pas à l’organe, mais qui contribue à le soutenir et à le maintenir dans sa position, c’est un diverticulum qui s’insère, d’une part, au diaphragme et, d’autre part, au mésocôlon transverse, qui reçoit dans sa concavité l’extrémité inférieure de la rate.

Le ligament qui contribue le plus à maintenir le viscère, c’est le ligament phréno-splénique.

Forme et rapports de la rate. — Située dans l’hypochondre gauche, entre le diaphragme, le côlon descendant est un peu en arrière du grand cul-de-sac de l’estomac, la rate présente deux faces : 1° la face externe; 2° la face interne ; 3° la circonférence.

1° La face externe, convexe, dirigée en haut, à gauche et un peu en arrière, se moule sur le diaphragme qui la sépare des neuvième, dixième et onzième côtes et du poumon gauche.

2° Sa face interne est divisée en deux parties par une gouttière longitudinale ou hile de la rate ; une antérieure qui est en rapport avec la grosse tubérosité de l’estomac ; l’autre postérieure appliquée contre la colonne vertébrale dont la sépare le pilier gauche du diaphragme.

3° La circonférence, irrégulière, plus amincie en avant, s’applique par son bord antérieur sur la grosse extrémité de l’estomac.

Kn arrière, par son bord postérieur, elle est rapport avec l’extrémité supérieure du rein gauche et la capsule surrénale; en haut avec le diaphragme, en bas avec l’angle que fait le côlon transverse avec le côlon descendant.

Deux tuniques entourent la rate : 1° l'une, la tunique séreuse ou péritonéale; 2“ l’autre, la tunique fibreuse ou propre fibreuse, résistante, se repliant au niveau du hile pour former une gaine aux gros vaisseaux et envoyant dans l’épaisseur du viscère de nombreux prolongements qui le cloisonnent plus ou moins complètement. 1° La tunique séreuse ou péritonéale est formée par l’épiploon gastro-splénique qui se dédouble pour former autour de la rate une gaine presque complète qui contribue non- seulement à lubréfier la surface et à faciliter le glissement de l’organe, mais à le fixer aux parties voisines, comme nous l’avons démontré. Le feuillet antérieur [de l’épiploon gastrosplénique se sépare brusquement du feuillet postérieur au niveau du hile pour tapisser la moitié antérieur de la face interne de la rate, son bord antérieur ; puis il se réfléchit sur la face convexe et arrivé au bord obtus, s’écarte de l’organe pour se continuer avec le péritoine qui recouvre le pilier gauche du diaphragme et les régions voisines du rein gauche. Le feuillet postérieur tapisse uniquement la face interne de la rate et se continue avec le péritoine de la paroi postérieure de l’arrière cavité des épiploons ; en tout, il s’adosse au feuillet antérieur pour constituer la ligament phréno-splénique et en bas il forme de la même manière l’épiploon pancréatico-splénique.

On voit par ce qui précède que le bord obtus ou postérieur n’est pas recouvert par la tunique séreuse de même au niveau dès points où les deux feuillets de l’épiploon gastro-splénique s’écartent pour embrasser la rate. 2° La tunique fibreuse ou tunique propre de la rate. Recouverte entièrement parla tunique péritonéale, excepté vers le scissure de la rate où le péritoine manque, cette membrane envoie des prolongements en forme de gaines qui accompagnent et enveloppent les vaisseaux qui pénètrent dans ce viscère. Outre ces gaines ou ces canaux, il y en a un très-grand nombre d’autres détachés de Correnson. 2

ceux-ci et de la face interne de la membrane tendineuse : ce sont des filets solides qui sont pleins, solides, surtout élastiques, qui se subdivisent pour former des cloisons incomplètes ou plutôt des trabécules. Ces travées qui se croisent et s’anastomosent constituent une véritable charpente qui soutient le parenchyme mou de la rate.

Les plaques fibreuses, dites cartilagineuses que’ l’on observe assez fréquemment à la surface de la rate, se développent dans cette tunique fibreuse.

L’artère splénique, branche du tronc cœliaque, et la veine splénique se divisent en plusieurs rameaux au moment de pénétrer dans la rate, il y a au niveau du hile autant de gaines que de subdivisions vasculaires, chacune de ces gaines contient une artère, une veine, les nerfs et les lympathiques, flottant dans du tissu lamineux, les accompagnent.

Notre sujet ne nous autorise pas à faire l’histologie complète de la texture de la rate, malgré cela nous devons dire d’une manière générale que la rate est constituée : 1° par un assemblage de grosses subdivisions artérielles |et veineuses, avec un vaste et complexe réseau intermédiaire des capillaires, le tout relié à l’enveloppe propre élastique et un peu musculaire par de nombreux trabécules de même texture; 2° par un parenchyme glandulaire analogue à celui des glandes lympathiques mais pourvu des corpuscules glandulaires propres, enclavé entre ies subdivisions vasculaires et la charpente trabéculaire dont il comble les intervalles.

Art. II. — De la physiologie de la rate.

« Ignota nobis sunt per quæ vivimus », a dit Pline.L’hypothèse a joué un grand rôle dans les questions relatives aux fonctions de la rate : depuis bien des siècles les auteurs se sont

efforcés à donner un explication plus ou moins'fabuleuse. Pline pensait que la rate était le siège du rêve ; Yan Helmont le considérait comme le siège de l’âme sensitive, on lui a fait jouer un rôle dans la mélancolie, dans le sommeil, dans la production des acides de l’estomac ; Aristote prétendait que c’était un second foie; Galien disait que la rate servait à purger le limon ou le sue mélancolique qui se traîne dans le sang au sortir du foie? etc., etc.

Grâce au nombre considérable d’expériences instituées par les grands physiologistes de notre époque : Cl. Bernard, Ch. Robin, Sappey, Yulpian, Béclard, Ch. Legros, Yerdeil, Kolliker, Yirchow, Bischoff, Herman, Funcke, etc., l’on est arrivé à connaître avec une exactitude plus ou moins parfaite les usages de la rate dont les actes glandulaires constituent la partie la plus permanente de ses actions physiologiques. Nous nous contenterons de donner les conclusions de ces belles théories modernes sans entrer dans de plus amples détails.

La rate modifie la composition du sang affluant au foie ; on observe alors une diminution des globules rouges. Pendant la digestion, le tissu de la rate devient rapetissé, blanc et dur, le sang artériel allant en plus grande quantité à l’estomac et au foie. Pendant l’effort cet organe sert de diverticule du sang de la veine porte, se gonfle et devient douloureux. Mais ce que les expériences prouvent jusqu’à un certain point, c’est que la rate joue un rôle formateur à l’égard des leucocytes, en même temps qu’un rôle destructeur par transformation en globules rouges de ces mêmes leucocytes.

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