HISTOIRE NATURELLE DES TOURBIÈRES DU JURA
Il est toujours facile de distinguer au premier coup-d'œil les marais lacustres des marais émergés. Nous avons vu le caractère essentiel auquel on les reconnaît : c'est l'absence ou la présence des mousses hygroscopiques. Comme ces mousses doivent leur existence aux débris ligneux sur lesquels elles s'attachent ou qu'elles entourent de préférence, toutes les fois qu'un marais en croissance en sera couvert, on pourra être assuré , même alors qu'on ne voit pas d'arbres à la surface, que la matière recèle dans son sein ou des troncs ou des débris d'arbustes qui ont favorisé le développement de ces petits végétaux et l'élévation de la tourbe.
Le genre des Sphagnum, celui auquel on doit attribuer surtout la formation de la tourbe émergée, est essentiellement polymorphe. Les espèces, pour avoir entre elles une
grande reâsembïancê^^arï^nt cependanl à rinfini, suivant les circonstances â'humidlté au milieu desquelles le végétal est appelé à vivre. Elles semblent se ployer à toutes les exigences de l'habitat, et se modifier suivant qu'elles plongent dans les eaux profondes, dans les marcs vaseuses de la surface, ou qu'elles s'élèvent au-dessus du niveau de Peau. La seule condition nécessaire à leur existence, parait être avec la présence du ligneux, une certaine quantité d'humidité absorbée par la couronne ou par la tige du végétal. Dès que cette humidité leur manque, elles se desséchent et disparaissent.
Plusieurs botanistes distingués n'ont pas trouvé de caractères assez tranchés dans les Sphagnum^ pour oser tenter une classification fixe; ils en ont donc fait une seule espèce avec un nombre considérable de variétés* ïl est vrai que les nuances insensibles qui S'échelonnent entre les formes distînetcs semblent au premier moment autoriser cette manière de voir. Cependant en examinant ces mousses sur le marais même, on peut se convaincre que telles espèces ne varient jamais, quelle que soit d'ailleurs la quantité d'eau où elles plongent , et qu'au lieu de modifier leurs formes locales, elles périssent quand les circonstances nécessaires à leur existence sont changées» Ceci bien reconnu , on sera forcé de rallacher les variétés à certains types primitifs et invariables, et d'admettre ainsi une nomenclature peuUètre un peu plus étendue mais moins embarrassante que celle des auteurs qui ne reconnaissent que des variétés d'une seule forme.
En considérant les Sphagtimn suivant leur mode de végétation, on peut d'abord les diviser en trois groupes nettement tranchés: ceux qui ne vivent qu'immergés; ceux dont la couronne est toujours au-dessus de Teau; ceux enfin qui, participant aux deux natures , sont pour ainsi dire amphibies et ont pour la môme espèce une forme aérienne et une forme immergée*
Le Sphagnum cmpklatum Ehrh appartient seul à la première classe et ne se rencontre qu'immergé* Suivant la profondeur de l'eau dans laquelle il plonge et l'espace qu'il a pour se développer, les rameaux s'étendent, les feuilles s'allongent plus ou moins, et il se produit une ^foule de nuances qui rentrent dans la variété B plumosum de Nées et H, Ou trouve très-souvent cette espèce en fructification dans les marais du Jura, Elle abonde surtout dans celui de Noiraigue où les fosses nouvellement creusées sont presque aiLssitot envahies par ses innombrables ramifications. Vers le milieu de Tété, les tiges fructifères élèvent leur couronne à la surface de Tcau et alors la capsule mûrit et s'élève pour s'ouvrir à Fair, portée sur un pédîeelle souvent très-long. Quand l'eau est peu profonde et que les tiges ne peuvent y plonger dans toute leur longueur, elles sont plus e^ïurtès et plus serrées les unes contre les autres, les fructifications sont presque sessiles au iommet des plantes et tes feuilles sont trés-rapprochées sur les rameaux. C'est alors le Sphagnum acidifolium var. js caplllîfoUum de Khrh. : nomenclature sans fondement,
car il est impossible de rapprocher cette forme de celle du Sphagnum capillifolium. Il ^ra facile de distinguer les espèces en suivant à l'œil les nuances transitoires depuis les plantes complètement immergées à celles qui , sur les bords des fosses , le sont de moins en moins.
C'est sur le Sphagnum cuspidatum surtout que doit se diriger Tattention des botanistes qui veulent étudier les dépôts tourbeux ; car il importe d'en bien reconnaître le mode de reproduction , puisque c'est cette espèce qu'on doit de préférence établir dans les fosses après les exploitations,, pour favoriser la reproduction de la tourbe.
Ce Sphagnum parait se propager facilement au moyen de graines, car quand il est quelque part sur un marais, tous les lieux voisins couverts d'eau en sont bientôt envahis. Pour se faire une idée de l'énorme puissance de reproduction que la nature a accordée à ces mousses utiles, il faut examiner au microscope les graines contenues par millions (^) dans une seule capsule et voir avec quelle facilité les filaments et les tiges jetés dans les mares tourbeuses s'y étendent, poulr les remplir en peu de temps de leurs jets innombrables.
Deux espèces de Sphagnum vivent toujours hors de l'eau , ou du moins n'y plongent que par la base de leurs tiges, car souvent ils paraissent tirer fort peu d'humidité du sol sur lequel ils sont implantés. Ce sont le Sphagnum cymbilifolium Ehrh. ou latifolium Hedw. et le Sphagnum capillifolium Hedw. Ces mousses, vivant en touffes extrêmement compactes, paraissent essentiellement destinées à envelopper dans l'humidité qu'elles tirent de l'atmosphère ou de l'intérieur du marais, les végétaux ligneux qui vivent et tombent à la surface et par conséquent à porter la croissance au-dessus du niveau de l'eau. Aussi les voit-on s'établir sur les tapis des végétaux qui paraissent au-dessus de l'eau. Celle transition est extrêmement curieuse a observer. Ce n'est point une métamorphose d'une môme espèce ; c'est un semis qui lève sur un sol préparé à le recevoir. Cà et là quelques touffes apparaissent d'abord sur les parties les moins humides, puis bientôt toute l'étendue disposée en est couverte, car les fructifications de ces ceux espèces sont si nombreuses que l'air doit être chargé de leurs graines et qu'ainsi elles sp fixent naturellement partout où elles rencontrent un sol favorable à leur germination. Ces deux Sphagnum Ont des^ formes très -tranchées et inaltérables. Soumis à une complète immersion , ils végètent quelque temps encore, mais si les tiges ne parviennent pas à élever leur couronne au-dessus du liquide qui les étouffe, elles dépérissent et disparaissent.
Le Sphagnum tenellum Pers. et le Sphagnum campactum Brid. peuvent vivre dans
(') En calculant par le secours du microscope le nombre des graines contenues dans une seule capsule j'en ai trouvé environ 2,691,000.
Teau et hors de l'eau, et pour chacun de ces habitats , ils ont des formes un peu différentes. On les trouve cependant l'un et Tautre de préférence émergés. l^Sphagnum tenellum se suspend parfois au bord des fossés pleins d'eau et quand ses touffes plongent dans le liquide, il s'y étend en rameaux très allongés. Les feuilles sont alors plus éloignées les unes des autres, sans varier beaucoup dans leurs formes. J'ai recueilli dans les marais des Ponts de magnifiques exemplaires de cette variété curieuse dont les tiges avaient deux à trois pieds de longueur. Le Sphagnum compactum se montre ordinairement en touffes arrondies au-dessus des petits bassins peu profonds qui sont à la surface de nos marais. Quand l'eau monte et que les tiges sont submergées, ces touffes s'élèvent et leurs rameaux et leurs feuilles s'alongent un peu ; mais ce travail ne peut s'étendre bien loin , puisque le Sphagnum compactum n'est jamais flottant.
Quant au Sphagnum subsecundum de Nées , il est certain qu'il ne constitue qu'une même espèce avec le Sphagnum contm^tum de Schultz ; encore ne puis -je les admettre tous deux que comme des variétés du Sphagnum tenellum, modifiées par l'inunersioiu Ils habitent des flaques d'eau peu profondes à la surface des marais où, sous une influence qui me parait morbide, ils prennent ordinairement une couleur noire ou brun sale- Le Sphagnum squarrosum Pers. assez commun dans les tourbières de la Forêt-noire , n'habite pas celles du Jura.
Après les sphaignes , les mousses qui contribuent le plus à la formation de la tourbe et à son accroissement sont sans-contredit les innombrables formes du Hypnum fluitans , auxquelles je rapporte une foule de variétés du Hypnum aduncum L. et du Hypnum revolvens Swartz. On trouve même tant de nuances entre ces espèces et le Hypnum lycopodioides Dill., que parmi plusieurs centaines d'exemplaires de toutes ces mousses recueillis pour l'étude , il m'est impossible d'indiquer une ligne où la transition soit appréciable. C'est un vrai dédale que l'observation de ces espèces aquatiques, auxquelles chaque botaniste impose un nom ; aussi je les range toutes sous le nom de Hypnum fluitans^ en attendant la décision du plus célèbre des bryologues , de W. P. Schimper, qui seul pourra fixer les incertitudes. Ces mousses vivent dans les fosses très-humides ou s'étendent dans les eaux profondes, en attachant leurs racines sur les bords. Leurs innombrables rameaux s'élèvent vers la surface pour mûrir à l'air leurs capsules portées sur des pédicelles trè^-longs, et après la dissémination des graines, ils s'enfoncent et forment des feutres épais qui se tassent chaque année par la pression. Ces espèces de mousses se décomposent difficilement et on les trouve reconnaissables même dans des dépôts très-anciens. Aussi la tourbe qu'elles forment reste-t-elle toujours fibreuse et de médiocre qualité. — Le Hypnum trifarium W. et M. et le Hypnum scorpioides L. habitent
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souvent de compagnie les marais très- humides où Teau est peu profonde. Ils forment, le premier surtout, des couches assez puissantes^ où se conservent dans leur intégrité et d'ùhe manière très-marquable les formes primitives du végétal. J'ai plusieurs fois observé ces lits du Hypnum trifarium, à huit pieds de profondeur , dans lesquels cette mousse était aussi facile à déterminer que si les couches eussent été tant seulement comprimées et desséchées comme dans un herbier. Et cependant la tourbe superposée était compacte, noire, trè^écomposée, et les restes des végétaux paraissaient détruits. Le Hypnum scorpioides L. ne vit pas seulement sur les marais tourbeux ; il rampe sur les marnes humides au bord du lac de la Brévine et au Val-de-Travers. Le Hypnum stramineum Dicks. très-distinct du Hypnum trifarium^ quoi qu'en disent plusieurs botanistes, les Àulacomion palustre Schw., Meesiu longiseta Hedw. , Meesia tristicha Br. et Schp. habitent aussi les parties très-humides de nos plus hauts marais jurassiques et contribuent toutes à la formation de la tourbe. La seconde de ces espèces est cependant la plus répandue. Elle se mélange souvent, dans les parties plus sèches des marais, aux Polytrichum commune L., Polytrichum formosum Hedw. surtout au Polytrichum gracile Mentz. ou Polytrichum aurantiacum Hoppe , pour former des tapis feutrés et ligneux d'une grande étendue et d'une épaisseur souvent de plus d'un pied, dont le détritus produit une terre légère ou la tourbe, suivant que les sphaignes s'^n emparent et le recouvrent ou qu'il reste exposé au contact de Fair. Le Polytrichum piliferum Schreb. habite la surface desséchée des tourbières^
Après ces mousses, le Dicranum Schraderi W* et M. qui aime l'ombrage des pins; le Dicranum cerviculatum W. et M. qui s'attache à la tourbe mise à nu sur les coupes perpendiculaires des exploitations; le Campylopus fleocuosus Brid. qui vit aussi sur la tourbe pure, mais dans les surfaces horizontales ; le Splachnum ampullacetim L. qui étale sa magnifique végétation sur les fumiers des vaches, sont encore au nombre des espèces tout-à-fait tourbeuses. La Paludella squarrosa L. est fort rare dans le Jura; je ne l'ai rencontrée qu'une seule fois et sans fructifications à la Vraconne près de St-Croix.
Les mousses essentiellement tourbeuses, mais qui se rencontrent cependant dans les lieux humides quand même la tourbe ne s'y forme pas, sont : les Hypnum cordifolium Hedw. , Hypnum stellatum Schreb. , Hypnum nitens Schreb. , Meesia uliginosa Hedw. , Bartramia fontana Swarlz, Bryum nutans Hedw., Dicranum glaucum Swarlz. Les Climacium dendroides W. et M., Hypnum cuspidatum L., Bryum pseudotriquetrum Hedw., Mnium punctatum L> Mnium affine h ^ Catharinea undulata W. et M., habitent les prairies herbeuses et humides qui bordent les marais. C'est là aussi que j'ai rencontré très-rarement le Bartramia marchica Brid. Lorsque la surface des tourbières se dessèche, on y voit naître quelques espèces de mousses qui appartiennent au sol des forêts ou qui,
cosmopolites, \ivent un peu partout t les ffypnumsplendensh.t HypmimSchreberiV/M,, Hypmim crkta caatrensh L*^ Bryum argenteum h*^ Cei^atodmi purpurmm Brid. ^ Di* cranum undulatum Tuvn. , Dicranum scopanum Hedw . ^ Fimaria hygrotneinca Ueày^\ Ces mousses se mélangent aux lichens, aux Cktdotûa rangiferina De», Ctadoma subulata De, Lecidea imiadophyUu Ach., Lecidea tiliginom Achar. ^ Cenomiee coceifera Ach, , et Cenamiee bacitlaris. Ach. Et alors le marais cesse de croître, car les lichens senties vrais parasites de la mort et ils ne recouvrent guère que les surfaces menacées d'une .prochaine décomposition. Aussi, quand Us paraissent en abondance sur les tourbières, c'est le moment favorable pour en faire rexploîtation et éviter ainsi une de ces époques de traositîon qui s'acconiplîssent très-lentement et où le travail de la nature emploie un temps fort long, dont la reproduction peut tirer un meilleur parti*
Trois hépaliqucs ïiabitent les marais du Jura: le Jungemiannia sphagni. Dicks^ le Jungermannia bidmtata L-, qui sont mélangées aux spliaignes; \e Marchaniia pohjmorplia L., qui se cache dans les fossés profonds creusés pour l'écoulement des eaux. On y rencontre aussi plusieurs champignons intéressans, cnlr'autres le Geogtossum hirsutum Pers., maïs la matière charnue de ces végétaux parait tout-à-faiL étrangère à la formation de la tourbe; ils ne se trouvent d'ailleurs sur ce sol que par accident et for conséquent ne niéril^^nt pas une élude particulière.
Je voudrais pouvoir indiquer avec quelque certUuile !e rôle que jouent les conferves dans la formation de la tourbe. Si plusieurs auteurs, Crôme et Van Marum surtout leur attribuent une grande influence, j'ai dît déjà qu'il ne m'a jamais été possible d'observer dans les nombreux marais que j'ai visités, la moindre liace bien évidente d'un dépôt coiifervoides. Cependant, pour arriver à une conviction sur ce points je n'ai pas négligé les recherches, sachant que les conferves qui couvrent et remplissent souvent de leurs filaments déliés Ic^s cauxtranc|uiHes, ont une si grande ténuité, qu'une fois décomposées^ on n'en voit plus aucune trace, si ce n'est peut-être un résidu limoneux et gras qui ressemble plutôt à la marne qu'à la tourbe» Quoiqu'il en soit, voici les espèces nommées par Crôme comme composant la tourbe, espèces qui vivent partout dans les eaux tranquilles, sans être particulières au sol tourbeux: Conferva fagacissima^ Conferva buUma^ Conferva êotifonniê , Conferva cristata ♦ Ulva hibrica , Rivutatia endiviœfhlia , Nmtoc (Im-aqnœ Bory, auxquelles on peut ajoutt^r les suivantes, que j'ai observées dans les marais du Jura ; Conferva nebuhsa G rai, Conferva genuflexa Roth , Conferva jugalië DC.,. Conferva nudabiUs Roth, Conferca retmdata L-, Batrachospennum plamosum Vauch, Ulva intesiinafis L» , Oêciffatoria viridh Bory. Ce Batrachospermum cœtiÂlescens Gen*^ a été observé par M. Mougeot dans les tourbières des Vosges.
Les espèccii de la famille des prèles et de celle des fougères ne sont pas nombreuses sur nos marais tourbeux. Quelques-unes entrent cependant en assez grande abondance
dans la composition de la tourbe. Ainsi les fosses exploitées où la reproduction se fait avec le plus d'activité sont souvent habitées par VEquisetum palustre L., et VEquisetum limosum L. , qui percent au travers des mousses. Sur la surface humide des tourbières r^mpe le Lycopodium inundatum L. , et dans les parties plus sèches, on voit encore as^ sez souvent les Botrychium lunaria L., Blechnum spicant DC., Aspidium dilatatum Sw.^ Lycopodium selaginoides L., et Lycopodium clavatum L.
Avant tous (es végétaux phanérogames qui aident à la composition de la tourbe dans les hauts marais, nous nommerons les arbres et les arbusîes dont le ligneux se consume ordinairement au milieu des dépôts tourbeux, dans un parfait état de conservation. Toutes* ces espèces méritent une attention particulière, non-seulement par la quantité de matériaux qu'elles entassent dans la tourbe, maïs surtout par les élémens antiseptiques, résines, bitume, huiles, ete., qui ont une si précieuse influence sur la qualité du combustible auquel ils sont mélangés. Ce sont d'abord les pins, en particulier le Pinum pumilio de Hœnck, qu'on confond d'ordinaire avec le Pinus sylvestris L. , et qui me parait constituer une espèce distincte, auiant par la forme des cônes plus arrondis que par sa stature beaucoup plus humble , et surtout par son habitat. Ce pin ne s'élève guère à plus de 20 pieds, sa hauteur moyenne est de 6 à 8 pieds. II croit ordinairement en forêts assez épaisses, presque partout sur nos marais tourbeux et est d'autant moiùs haut que le sol est plus humide. Les sphaignes se plaisent à Tombre de ces arbres , dont la présence parait ainsi considérablement activer la croissance de la tourbe. Leurs débris se mêlent à la matière , parfois en si grande quantité que l'extraction de la tourbe, dans toute l'étendue de la couche, en devient fort difficile. On ne comprend donc pas comment Wiegmann a pu dire, page 1 6 de son ouvrage : « Qu'à la vérité, on rencontre souvent dans les vieilles tourbières des hauts marais, des troncs de pins qui par la force antiseptique de l'ulmine sont parfaitement conservés , mais qu'ils gisent toujours au fond des marais et qu'ils sont sûrement entrés dans la composition de la tourbe par quelque révolution locale, lors de la formation du dépôt dans lequel ils ont été conservés. » Ce paragraphe contient autant d'erreurs que d'idées , et il est une preuve évidente du peu de soin que l'auteur a donné à l'étude des marais tourbeux, tout en reportant son attentioiï sur la composition chimique de la matière.
Après le pin vient le bouleau des tourbières auquel chaque botaniste donne un nom et qui ne me semble pas distinct du bouleau blanc Betula alba L. C'est le Betula torfacea deSchl., le Betula pubescens B glabrata ou b alha des Anglais, le Betula odorata de Bechstein, etc.; car ses formes sont très-variables suivant l'âge. Le nom n'y fait rien. Il parait même avant le pin et croit dans l'eau même des fosses en reproduction , dès qu'un tissu solide de mousses s'est établi à la surface ; mais il ne forme pas ordinairement de grands massifs ni des forêts et n'atteint pas une grande élévation. Ordinairement,
après dix ou vingt ans, il dépérit et tombe; la grosseur du tronc ne dépasse guère alors un demi-pied de diamètre. Sur les bords des marais, dans les lieux plus secs, il atteint des dimensions bien plus considérables. J'en ai vu dans la vallée de la Brévine dont le tronc avait trois pieds de circonférence. Dans le nord de l'Europe, ces arbres réunis en forêts très-épaisses ont formé , dans quelques marais , la masse presqu'entière du combustible. On voit dans le Danemarck des tourbières qui ne semblent composées que d'écorces de bouleau agglomérées et comme, roulées les unes sur les autres. Dau, qui a décrit ces dépôts, pense que ces écorces ont été charriées par les eaux, depuis les hauteurs environnantes. Il est bien plus simple d'admettre que ces arbres ont crû sur place depuis des temps très-reculés et que la décomposition ayant eu plus d'action sur les fibres intérieures du bois que sur Técorce qui contient beaucoup de tannin et de résine", il en est résulté cette pâte rougeâfre qui, dans ces tourbières, est interposée entre les feuillets des écorces. Les observations de Dau établissent ce fait d'une manière si claire, qu'on ne comprend pas comment il n'a pas donné Texplication de cette formation ; car cet auteur a vu sur la surface de ces dépôts de grands bouleaux enfoncés à moitié dans la tourbe. « Les écorces en étaient intactes autour du tronc, Tintérieur était creux et rempli d'une terre de bois rougeâtre. »
Sous Tombrage di; bouleau blanc, rampe son frère de Sibérie, le Betula nana L., qui , avec le Faccinium uliginosum L. , Facdnium oxycoccos L. , Etica vulgaris L. , Andronieda polifolia L., Salix repens L., Salix ambigua Ehrh., Salix auritah.^ Lonicera coerulea L. , clôt la liste des espèces ligneuses des tourbières. Le Faccinium myrtillus L., et le Faccinium vitisHdœa L., s'y rencontrent aussi, bien qu'ils n'appartiennent, pas exclusivement au sol tourbeux.
Après les arbres et les arbustes viennent comme principal composant, les cyperacées et les joncées. UEriophorum vaginatum L. est sans contredit le plus abondant. Sa fibre ligneuse se conserve très-longtemps sans se décomposer. Aussi, partout où il se trouve sans mélange et en grande abondance, la tourbe est légère, peu compacte et de médiocre qualité. IjEriophorum alpinum L. est très-commun sur les marais du Jura, aussi bien que YEriophorum angustifolium Roth. Ce deniier n'appartient pas exclusivement au sol tourbeux. Le genre si nombreux descarex occupe en^te la plus grande place dans la formation de la tourbe. Nos espèces sont, en suivant toujours l'ordre de quantité: Carex ampullacea Good., Carex panicea L., Carex stellulata Good.^ Carex leporina h. ^ Carex limosa L», Carex davalliana Sm., Carex pauciflora Ligt., Carex pulicaris L., Carex vhordorrhiza Ehrh., Carex heleonastes Ehrh., Carex filiformis L., Caiex teretiuscula Good., Carex dioïca L. Ces deux derniers sont très-rares. A ces espèces on peut ajouter les Carex cœspitosa L. , et Carex glauca L. , qui, très-abondans, forment surtout les galons
qui bordent les tourbières et le foin qu'on en récolle. Le Scirpus coMipitosus L., e^t trèsabondant sur les marais un peu secs; là où il y a plus d'humidité, paraissent les Juncus obtwiflorus Ehrfa., Juncus làmpocarpuê Ehrh., Juncus cenglameratus L., qui entrent abondamment dans la composition de la tourbe; le Juncus bufonius L., vil dans les pâturages des bords des marais. Après les Luzula multiflara Lej. et Schœnus albus L., qui sont plus rares, le Blysnius compressus Panx., qui habitent les tourbières gazonnées, paraissent quelques graminées: les PhcUaris arundinacea L., Molinia cœrulea Nœncfa., Àgrostis canina L. , Festuca ovina h. , Festu^a nigrescens Lam. , Pragmites communis Trin., et très^rarement la Danthonia decumbens DG.
Les plantes dicotylédones ne paraissent pas appropriées à la formation de la tourbe des hauts marais, à part cependant les arbres et les arbustes que nous avons nommés. On ne pourrait guère citer comme espèce ayant quelque influence sur cette production que les utriculaires : Utrkularia vulgaris L., UtriculariàminorL.j Utricularia intemiedia Hayne ; car ces plantes habitent quelquefois en quantité les fosses où l'eau est profonde. On peut cependant y ajouter, comme phanérogames dicotylédones qui ne croissent que sur la tourbe, les Drosera rotundifolia L., Drosera obovata M. et K., Drosera longifolia L. , Comarum palustre L. , riola palustris L. , et plus rarement les Scheuchzeria palustrU L., Saxifraga hirculus L., Swertia perennis h., Galium uliginosumh.^ et Primula farinosa L. Je n'ai trouvé Vjérenaria uliginosa qu'à laVraconne près de Sainte-Croix.
C'est là, pour les phanérogames en général, une flore bien peu étendue. Cependant on pourrait à peine y ajouter quelques variétés d'espèces qui aiment l'humidité , mais qui n'appartiennent pas exclusivement au sol tourbeux. On trouverait ainsi dans les fossés pleins d'eau les Glyceria fluitans R. Br., Sparganium natans L., Sparganium ramosum Hnds. jPotanwgeton ru/escen^ Schrad., Potamogeton obtusifolius M. et K. habitant surtout le lac d'Etaillères, enfin les Lemna^ toutes plantes qui appartiennent aux monocotylédoues.'hesStellaria uliginosa M. ^ Stellaria ^/aucaL., Ranunculus aquatilish.^ Feronica anagallis L., Fertmica Beccabunga L., flottent dans les fossés herbeux qui bordent les marais. Quand le sol devient plus solide, on y trouve encore les Carex vulpina L., Carex flava L., Orchis latifoliah. var & angustifolia. Epilobium palustre L., Polygonum persicaria L., Bidens cemua L., Feronica scutellata L., et dans les parties où le marais est plus sec, le TarmentiUa erecta L., Pedicuhris palustris L., Gentiana pneumonanthe L. (rare), Galium bor&ds L., Galium palustreh.^ Spergulasaginoidesh.j Spergulanodosa L., Epilobium angmtifolium L., et Spirea ulmaria L.
Enfin, lorsque la culture et le pacage ont changé la nature du sol tourbeux pour le convertir en prairies, on y voit naître spontanément la plupart des plantes des champs humides et marécageux, tels que les Ànthoxanthum odm*atum L., Àgrostis vulgaris L.,
Luzula coMpestris DG», LuzulapiloM Willd., Rumex acetosella L., qui est extrêmement abondante sur la tourbe cultivée, Polygonum bistarta L. , Faleriana dioïca h. , GnaphaUum uliginosum L. , Cineraria spathultefolia Gmel. , Cirsiumpalustr eScàp.^ Cinium ritulare lacq. , Cirsium oleraceum Scop.^ Taraxacum palustre De. ^ Pinyuicula vtUgariêh.^ Ga^ l^psistetrahitL., Myosotis cœspitosa SchiAtz^ CalthapalustrisL.^ TrolUusEuropoBush.j Cardamine pratensis L., Pamasia palustris L., Àlchemilla vulgaris L., et Sanguisorba officinalis L.
Les dépôts tourbeux immergés ont été formés par une série de végétaux bien moins nombreux encore que celle des hauts marais^ et l'on comprend en effet que les circonstances dans lesquelles la matière s'est élevée, n'aient permis qu'à la classe peu nombreuse des plantes qui ont leurs racines sous Teau et leurs tiges émergées, de concourir à cette production. On n'aperçoit dans la tourbe des lacs aucune trace de filaments appartenant à la famille des mousses, si ce n'est peut-être le Hypnum scorpioidès qui se montre encore ça et là à la surface des marais lacustres. Les Char a peuvent avoir eu une grande influence sur cette formation; nmis je le répète, il ne m'a pas été possible de l'apprécier. Car si d'un côté j'ai trouvé au fond du canal du Landeron des touffes de Chara noircies et comme charbonnées, par conséquent rapprochées de la nature de la tourbe, de l'autre, j'ai vu ces mêmes plantes dans le lac d'Etaillères soumises à une décomposition toute particulière, dont le dernier terme peut être une matière sableuse.
C'est encore aux végétaux monocotylédones qu'appartiennent la plupart des e^èces reconnaissables dans la tourbe des lacs, ainsi que les plantes qui vivent maintenant dans les circonstances ou Ton peut supposer que se produit la tourbe sous-aquatique. Sur les bords de nos lacs jurassiques, c'est sans contredit le Scirpus lacustris L. qui est le composant principal de la tourbe dans laquelle on le trouve aplati, en couches souven tépaisses.
Après lui viennent en proportions variables, suivant les localités, les Equisetum Kmosum L. , Phragniites communis Trin. , Arundo epigetoslx. , Carexpaludosa Good. , Carex riparia Curt., Carex vesicaria L., Carex panîeea L., Carex panieulata L., Carex vulpina L., Scirpus palustris L., Scirpus uniglumis L. , Scirpus bœothryon Efarh. , Scirpus Rothii Hop., Juncus obtusiflorus Ebrh., Acorus calamus L., Iris pseudoacorusli.^ Typha latifolia L., Sparganium simplex Huds., Sparganium ramosum Huds., Potamogeton notons L., Potanwgeton lucens L., Alistiia plantago L., Sagittaria sagittœfolia L., les Lemnay les Callitriche. Si l'on ajoute à ces espèces pour les dicotylédones les Nympheea alba L., Nupliar lutea Sm. , Rumex hydrolapatkum Huds. , Polygonum amphibium L., Poly^ gonum hydropiper L., Littorella lacustris h.^ Hydrocharis morsus-^anœ C, Hottonia palustris L, , Thysselinum palustre Hoffm • , Œnanthe fistulosa L. , Phellandrium aquaticum
L.^ Sium latifoliufn L.> Sium amgustifblium Lm Mydrùeot^evulgQiHslj.^ Ranunculus aquatilis L., Ranuneulvs lingua L.^ Ranunculus flammula Lw, Cochlearia armonoea ]L., Nasturtium ampkibium R. Br. , Uijf^ris viUgaris h. , et enfia les Myriophyllum, on aura à-peu-près la liste complète des plantes qui peuvent avoir concouru à la formation de la tourbe lacustre et cda ai quantké {uroportioanelle au lig^neux qu'elles contiennent. Ce sont du moins toutes celles qu'on rencontre en plus ou moins grande abondance dans les fosses creusées dans les tourbières iaiHiergées.
Les végétaux qui croissent maintenant à la surface de ces marais recouverts de sable, de marne ^u d'humus ne peuvent avoir eu, on le comprend, aucune action sur la pro* duction de la tourbe. Nous les nommerons cependant, autant pour établir une série d'après laquelle on puisse comparer les flores étrangères que pour ne rien omettre dans la bor tanique des marais tourbeux. Ainsi sur les grands marais du Seeland, où paissent les troupeaux , et sur les parties dont la culture n'a pas changé la végétation on trouve r les Àgrostis vulgm-is Wilh., Phragmites communis Tr., Moliniu cœrulea Mœn.^ Festuoa rubra Leers., Festuca arundinacea Schr., darex ecespitosa L., Carex vulpina L., Carex amta L., Carex vesicaria h. j Carex intermedia Good., Carex Oederi Ëhrh., Carex flava L«^ Carex glauca Scop. , Carex hirta L. , Sehcenus nigricam L., Schœnus ferrugineus L., Eriophor. angustifolium Koth.rJ^n€usûbtwifloru8 Ehrh.^ Junc. lampocarpwGimd.j Jjtr zula campestris D. C.^ Orchis palustris L., Orchk /otî/o/taL*, Triglochin palustre h. 3 Àlisma plantagoli.^ Salixcaprœa L., Rhanmus frangula L., Inula salicina L., Senecio paludàsus h. ^Cirsium palustre Seop.^ Cirsium rivtUareisicq:^ Cirsium oleraceum Scop. , Scropkularia aquatica L., Gratiola officinalis h. ^ Lycoptis arvemis L.,. Scutellaria gor lericulata L., Teucrium scordium L., Myosotis slrigiUosa Vieifih., Symphytum officmaie L., Galium palustre L., Selinumcarvifolialj.^SilausprateHsis^n.'i Thalictrum flavum L., Nasturtium sylvestre R. B., riola lactea Sm., Hypericum quadrangulum L., Eu"' phorbia palustris L., Spirœaulmariah.y Ononis arvensish.^ et Lathyrus palustris L.
En jetant un coup-d'cBil général sur celte flore des tourbières, on est en effet frappé de l'extrême disproportiou avec laquelle les familles végétales y sont rejMrésentées. Dans la seule familledes mousses, trente-cinq espèces concourent à la génération de la tourbe. Si l'on y joint les hépatiques, les conferves, les fougères et les prèles, on aura plus de cinquante espèces de cryptogames composant les dépôts tourbeux émergés. A mesure qu'on remonte l'échelle vég^ala^-o^ voit que parmi les phanérogames, trente-six espèces de végétaux mionocotylédones elk seulemeot une vingtaine de dicotylédones entrent dans la composition dé la tourt^e. ¥A ù \'mà retranebaît de ces dermers les arbres et les arbustes, il ne resterait guère pour les dicotylédones qu'une dizaine d'espèces. Encore serait-il impossible de prouver qu'elles aident essentiellement à la formation de la matière , puisque
restes y sont toujours în visibles. On ne voit en effet dans la fourbe aucune trace des ÙroserUf des Utrtmlmre$, pas même de la Scheuchizeria palmtns^ qui d'ailleurs est fort rare, La même observation peut s*applit|uer aux tourbières immergées.
On voit par-là qu'il n'y a aucun rondement dans cette idée soutenue et répétée paf plusieurs naturalistes, que les mousses ne peuvent former la tourbe. Le tissu ligneim de ces plantes et leur fréquence, autorisent une conclusion toute contraire. Et ce que nous avons aperçu de Forganisalion de quelques-unes de ces mousses, fait présumer que dans la vie des plantes crjptogames se cachent encore de curieux phénomènes qui nous sont inconnus. Cette partie de la botanique, négligée par les physiologistes, mérite d'être étudiée avec soin* Car on trouvera sans doute dans ces petits végétaux quelques nouveaux éléments, quelques produits secrets dont riiomme saura tirer parti pour ses besoins.
Nous n'avons nommé pour les marais lacustres aucun végétal particulier au sol tourbeux et qui ne we que la où se forme cette matière, C*est qu'il n'existe, en effet, aucune plante phanérogame immergée, dont la décomposition ait toujours pour résultat la formation de la tourbe. Ceci mérite toute notre attention, car on est forcé d'en conclure que dans les circonstances favorables, dans les eaux tranquilles et basses, là où il n'a ni courant ni action d'éléments dissolvants^ le ligneux dt s plantes se conserve toujours sous Teau pour former la tourbe; que partout au contraire où ces circonstances n'existent pas, le ligneux est disséminé ou décomposé et ne s'entasse pas en couches combustibles.
On s'est souvent appliqué à trouver la raison de la présence de ces végétaux ligneux réunis sur les marais tourbeux. Il est curieux, en effet, lorsqu'on examine la liste des plantes que nous avons donnée, de renconlrer partout parmi les phanérogames des lieux humides, des joncs, des roseaux, des laiches, des rubanuîers, toutes plantes à feuilles longues, dures et coupantes, qui renferment une bien plus grande quantité de ligneux que les espèces qui croissent partout ailleurs, et parmi les cryptogames, des mousses formées de ces mêmes fibres ligneuses pour plus de moitié de leur poids* N'est-ce pas là une nouvelle preuve de cette admirable harmonie qui préside à toutes les feuvres de la naturel Partout où Teau reste immotiile et croupissante, il se fait un dé* gagement plus considérable de gaz carbonique. Le ligneux étant composé de carbone et tles éléments de l'eau, si, comme Liebich nie semble Tavoir prouvé d'une manière convaincante, les plantes tirent lotit leur carbone de ratmosphère, il faudra nécessairement voir dans la présence des végétaux qui habitent les marais une compensation au dégagement des gaz qui s'opère a leur surface, et dans la composition de ces plantes un résultat nécessaire de leur îmnuTsion dans une atmosphère plus chargée de gaz carbonique. Sans doute les fonnes mêmes des végétaux sont en rapport intime avec leur mode de nutrition ;
mais c'est là une question à laquelle il serait hasardeux de toucher, maintenant et sur laquelle les travaux de la botanique et de la chimie n'ont encore jeté aucun jour.
Si je ne nomme pas ici les espèces de plantes qui ont formé les tourbes marines , c'est qu'il ne m'a jamais été possible d'examiner moi-même cette formation, et que j'ai pu me convaincre souv^it à combien d'erreurs donnent lieu les observations qui sont faites ou sur la surface des marais tourbeux ou dans leur voisinage, et combien il importe de reconnaître avec certitude les restes des plantes encore visibles dans la tourbe, pour bien étudier le composant (^). Aussi la plupart des auteurs qui ont admis comme plantes tourbeuses , celles qui croissent à la surface des marais, quand ils se sont déjà recouverts d'une couche déterre ou de sable, ont-ils plutôt une catégorie de végétaux qui aiment l'humidité fournie par la tourbe que la liste de ceux qui y entrent comme composants.
La comparaison des plantes de nos marais avec celles des diverses contrées de l'Europe, ne serait pas d'une bien grande utilité , d'après ce que nous venons de dire. D'ailleurs |a flore des tourbières est à -peu -près partout la môme. Vers le nord apparaissent en plus grande abondance quelques mousses rares dans le Jura : la Paludella squarrosa, et surtout les Splachnum ; quelques arbustes changent quant à l'espèce. Notre Erica vulgaris L., est remplacée par V Erica tetralix; on voit surgir avec les Airelles, VÀrbulus uva-ursi h.^VEmpetrum nigrum L., qui, dans notre Jura, ne croissent que dans les lieux très-élevés et sur un sol non tourbeux. Le Sedum palustre et le Myrica gale L. ne croissent pas en Suisse.
Pour compléter l'histoire naturelle de nos marais tourbeux, il serait bon de nommer en passant les principaux mollusques qui y vivent et dont les débris s'y retrouvent par* fois en très-grande quantité. Il est en effet des tourbes marneuses qui renferment tant de coquilles, qu'on ne peut qu'avec peine les brûler. Les espèces qu'on observe dans les tourbes de nos lacs sont les mêmes que celles qui vivent encore à la surface du sol ou que la vague rejette sur les sables du bord. Les Hélices^ les Clausilies, les Lymnées, les Planorbes, les Mulettes, etc. Les tourbières des montagnes du Jura sont habitées par une petite espèce de bivalve, le Pisidium fontinale Pf. qu'on trouve parfois en quantité attachée aux tiges immergées des Moma et des Sphaipies. J'en ai même observé dans les vésicules d'une petite espèce d'Utriculaire qui rampe dans le limon des marais de la Vraconne (*).
(I) On cite le Zostera marina comme composant essentiel des lourbes marines dans plusieurs localités. Dans d autres et particulièrement dans le nord de la Hollande,c'est le Fucus digitatus. Les Glaux, les Salicornes croissent en {[énéral à la surface de ces marais.
(*j Celte Utriculaire est certainement une nouvelle espèce , mais comnàe je n'en ai pas pu voir encore la fleur, je ne puis en donner la description.
A ces coquilles , on pourrait joindre la nomenclature des insectes qui habitent les fosses tourbeuses. Si les espèces de coléoptères y sont nombreuses, aucune n'appartient exclusivement au sol tourbeux. Ainsi les Colymbetes, Diticus, Gyrinus, vivent dans toutes les eaux tranquilles. La présence de ces animaux, ainsi que celle des mollusques dans ia tourbe, est suffisante pour expliquer comment il se fait que la chimie ait reconnu dans cette matière des corps qui ne peuvent prov^r que de la décomposition animale, conune Panunoniac. Mais l'énuméralion de toutes les espèces serait à -peu -«près inutile pour la cmmaissance de ces combustibles souterrains, à la femuition desquels les {dantes seules ont concouru.