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37,631 Nombre de volontaires des villes et villages du Bas-Canada, situés au milieu des populations rurales ------ 4,630
Si MM. les députés-adjudants-généraux avaient voulu se donner la peine d'un moment de réflexion, ils se seraient bien vite convaincus que c'est la facilité de rassembler un certain nombre de jeunes gens, dans les centres populeux, qui est la principale sinon l'unique cause de la formation des compagnies de volontaires. Avec un peu de justice, ils se seraient épargné le paragraphe suivant, tout à la glorification du Haut-Canada et que les circonstances ne justifient en rien : «The « volunteering, thus far, has been the free will offering of the « people, and it is gratifying to observe that in the counties of « Upper-Canada, with the exception of three, nearly every one a has furnished its quota of the 25,000 now organised, while « in many instances they are considerably beyond the pro-
« portionate number.» MM. les députés-adjudants-généraux admettent bien, à la vérité, dans leur rapport, que les cités du Bas-Canada donnent 3G volontaires par mille âmes, tandis que celles, du Haut-Canada n'en donnent que 29 pour le même nombre d'habitants; mais ce n'est pas à cet égard que ces Messieurs trouvent matière à se féliciter : c'est en mettant en regard la force volontaire respective dans les comtés de l'une et l'autre section de la province, qu'ils ajoutent: «Itisgraîifying to observe that in the counties of Uppcr-Canada. » Le rapport ne faisant aucune allusion aux circonstances qui ont pu causer l'enrôlement d'un plus grand nombre de volontaires dans les comtés du Haut-Canada que dans ceux du Bas-Canada, je vais essayer de suppléer à cette omission en expliquant ce qui me paraît être un point très-important.
Dans le Haut-Canada, il y a 32 comtés, comme l'on vient de voir, dans lesquels se trouve une population urbaine de 125,- 847, répartie en 51 villes et villages, formant des agglomérations de mille à six mille habitants, tandis que, dans le Bas-Canada, il ne se trouve que 14 comtés:, ayant des centres un peu populeux, formant en tout une population urbaine de 37,631 âmes, répartie en 15 villes et villages de onze cents à six mille âmes. Est-il donc maintenant si difficile d'expliquer comment les comtés du Haut-Canada ont pu donner un plus grand nombre de volontaires que ceux du Bas-Canada? Il ne suffit que d'examiner les deux tableaux, que je viens de donner plus haut, des localités les plus populeuses des deux sections de la province, pour se convaincre que, sans la facilité de se rassembler en corps un peu nombreux pour faire l'exercice, il est impossible de former des corps volontaires. Bailleurs, Lord Monck luimême n'admet-il pas cette vérité dans son Mémorandum en date du 17 décembre 1862 ? Mais il y a plus : MM. les députésadjudants-généraux reconnaissent eux-mêmes le fait, quoique d'une manière indirecte et sans trop s'en douter, en disant « que tous les comtés du Haut-Canada, excepté trois, ont fourni « leur contingent et même plus, à la formation des 25,000
a volontaires. » Or, quels sont ces trois comtés dans le Haut- Canada qui n'ont pas fourni leur contingent? Russell, Renfrew et Lambton ; précisément trois comtés, dans le Haut-Canada, où il ne se rencontre ni ville ni village : peut-il y avoir quelque chose de plus conclusif ?
Si donc, au lieu de la population entière, pour base de leurs calculs dans les districts ruraux de la province, les députésadjudants-généraux eussent pris la population urbaine, qui se trouve dans ces districts, — puisqu'il n'y a, à peu près, que parmi cette population que l'on peut réunir les jeunes gens pour l'exercice, — ils seraient arrivés à un résultat bien différent de celui auquel ils sont parvenus; et ils se seraient épargné le désagrément de donner des louanges à une partie des habitants du pays aux dépens de l'autre. En effet, si la population urbaine des comtés dans le Bas-Canada, comme il est démontré plus haut, est de 37,631 âmes et que, suivant le rapport du bureau de l'adjudant-général, le chiffre des volontaires, pour cette partie de la province, est de 4,730, la population urbaine des comtés dans le Haut-Canada, étant de 125,847 âmes, aurait dû donner, en gardant la même proportion, 15,818 volontaires. Or, d'après le rapport, le nombre des volontaires, pour les comtés du Haut-Canada, ne s'élève qu'à 11,755 : donc le Bas-Canada, eu égard à la dissémination de sa population, dans le cas même où on lui fait des reproches indirects, a encore donné plus que son contingent.
Mais, Messieurs les députés-adjudants-généraux ne sont pas plus heureux ici, dans leurs statistiques, qu'ils ne le sont ailleurs : examinons encore leur calcul approximatif, concernant le nombre total de miliciens dans l'une et l'autre section de la province, page 9 du dit rapport, et nous trouverons ce qui suit :
« The total number of mililia men of ail ranksin a Lower-Canada is estimated at 190,000
« The total number of militia men of ail ranks in « Upper Canada is estimated at 280,000
« Total, 470,000 »
Mais sur quelle donnée, au nom du sens commun, fait-on ces calculs approximatifs? Je vois bien que, pour le Haut- Canada, l'on donne un milicien par cinq personnes, ce qui peut être juste et je n'y ai pas d'objection; mais si ce calcul est bon pour le Haut-Canada il devrait l'être également pour le Bas-Canada. Or, si vous multipliez 190,000, le nombre de miliciens que l'on accorde au Bas-Canada, par cinq, vous n'aurez que 950,000 âmes, et cependant la population du Bas-Canada est de 1,110,644. Pourquoi n'a-t-on donc pas fait la même opération pour le Bas-Canada que l'on a faite pour le Haut-Canada? l'on aurait eu 222,128 miliciens! On dirait, en vérité, que, dans certains quartiers, l'on s'étudie à amoindrir, à rapetisser le Bas-Canada. Peut-être, MM. les députés-adjudants-généraux croient-ils que le nombre des naissances de garçons est moindre, dans le Bas-Canada, que celui que l'on rencontre dans le Haut -Canada ; mais, dans ce cas, ils auraient dû donner les raisons sur lesquelles ils fondent une pareille opinion ; car ils se trouvent placés dans un dilemne fort désagréable, et ne pourrait-on pas leur dire : « Ou vous « n'aviez pas de raison pour arriver à vos conclusions, ce qui « est très-mal pour ne pas qualifier autrement la chose, ou « vous avez sciemment voulu tromper, ce qui est encore pire. » La statistique médicale a établi depuis longtemps que, dans les pays civilisés, où la polygamie n'existe pas, le nombre des naissances de garçons est, à quelque chose près, de 21 pour 20 naissances de filles. Si le Bas-Canada est une exception à la règle, c'est à MM. les députés-adjudants-généraux à le prouver.
Je crois que je viens de placer, dans leurs véritables points de vue, certains faits qui, sans rectification, auraient pu s'interpréter d'une manière défavorable aux intérêts et à l'honneur des habitants du Bas-Canada : justice égale, justice distribuée à toutes les parties de la province ; ce n'est pas trop exiger. Maintenant, bien qu'il soit parfaitement établi que l'élan, pour la défense provinciale, eu égard aux causes locales, a été jusqu'ici pour le moins aussi grand dans le Bas que
dans le Haut-Canada, cela ne doit pas faire perdre de vue les désavantages qu'éprouve le Bas-Canada, résultant de sa manière d'être particulière: l'absence de nombreuses agglomérations de populations dans des centres rapprochés les uns des autres. C'est donc pour remédier à cet inconvénient qu'il est indispen^ sable que nous fassions, — nous les habitants du Bas-Canada, — de grands efforts, en mettant tous sentiments politiques de côté, pour entrer en campagne, si, par malheur, la guerre éclatait à l'improviste, d'une manière aussi favorable, aussi complète, que nos frères du Haut-Canada. Le coût d'une bonne organisation militaire ne me regarde pas, c'est l'affaire du gouvernement : d'ailleurs, je suis déjà entré dans des détails assez longs et assez circonstanciés pour faire connaître, ce que j'entends par une bonne organisation. Ne pouvant faire prévaloir mes opinions, je désire chercher, avec l'aide que pourra nous offrir le gouvernement, les moyens les plus propres à nous assurer ce qui peut le mieux nous convenir dans la position toute particulière où nous nous trouvons placés.
Pour le Franco-Canadien, il faut qu'il se rappelle qu'il y a pour lui, indépendamment des foyers et des institutions, l'honneur de la race à défendre ; que, pour défendre des choses aussi chères et aussi sacrées, il n'est point de sacrifices auxquels nos pères ne se sont soumis de bon cœur. Si l'occasion se présente, montrons-nous donc les dignes fils de cette noble, généreuse, ancienne mère-patrie, qui, elle, ne refuse jamais ses trésors et son sang quand appel est fait à son honneur ! Cependant, pour le quart-d.' heure, disons-le, ce n'est pas cela dont il s'agit : le gouvernement veut ménager nos deniers ; acceptons donc ce qu'il nous offre de bon cœur et sans murmure.
Mais qu'allons-nous faire dans nos paroisses où nous ne pouvons rassembler une cinquantaine de jeunes gens non mariés, entre 18 et 45 ans, une compagnie en un mot ? Feronsnous comme cela s'est pratiqué tout récemment dans certaines localités: enrôlerons-nous indistinctement, hommes mariés et
non mariés, adolescents et vieux barbons, en leur disant : « Ne « craignez rien ; pour le moment il ne s'agit que de faire bonne « contenance ; vous ne serez jamais appelés à sortir de vos « foyers ; tout ce qu'exige le gouvernement, c'est de former « des compagnies et rien de plus ? » Non, nous ne ferons pas cela; car ce serait pur enfantillage; nous n'exigerons pas surtout de faire le choix de nos officiers, parce que ce serait la ruine de la discipline . . . Que ferons-nous donc ?
Nous formerons des associations d'exercice, composées de garçons pris dans la lre classe des hommes de service. Si nous ne pouvons en réunir 45 à 50, nous nous contenterons de vingt-cinq à trente. Dans chaque paroisse, il se trouvera toujours un certain nombre de jeunes gens qui auront le goût des armes et qui profiteront des instructions, n'en doutons pas. Avec ces associations d'exercice, nous n'aurons pas, sans doute, d'organisation militaire ; mais nous répandrons le goût des armes et nous formerons, dans le cours de deux ou trois saisons, plusieurs sujets, de bons instructeurs d'escouades, chose bien importante et qui nous permettra de nous passer de ces sous-ofliciers de l'armée régulière que nous sommes maintenant obligés d'employer et de payer. Avec la perspective d'un salaire, nous créerons de l'émulation parmi notre jeunesse et nous verrons bien vite paraître, sur divers points du pays, des hommes tels que le major de brigade Suzor, pleins d'intelligence, de zèle et de capacité. Encore une fois, je sais bien qu'il y a loin de tout cela aux manœuvres de bataillons ; aussi ce n'est pas comme matière de choix que je recommande les associations d'exercice, mais comme pis-aller. C'est afin de ne pas être laissés trop loin en arrière de nos frères du Haut- Canada, mieux situés que nous sous une infinité de rapports. Avec un commencement d'instruction et la grande aptitude de notre race pour le maniement des armes et pour la manœuvre, nous pourrons, espérons-le, tenir honorablement notre bout du bâton.
Nous ne connaissons pas les secrets de la Providence, mais
l'époque actuelle semble grosse d'événements. Si, plus tard, ceux qui auront en mains les renés de l'état, désirent donner à cette province un caractère un peu militaire, ils devront d'abord commencer par construire des arsenaux dans chaque chef-lieu de district militaire ; car, sans cela, l'on n'aura jamais rien de permanent. L'économie est certainement bonne dans toutes les choses de la vie ; mais elle ne consiste pas à ménager un sou pour perdre un chelin. A l'heure qu'il est, le gouvernement provincial reçoit à titre de prêt, des armes d'une grande valeur du gouvernement impérial. Ces armes sont placées entre les mains des volontaires et j'aime à croire que toutes les précautions sont prises pour le bon entretien et la préservation de ces armes, accoutrements, etc. Mais qui ne connaît pas un peu la fragilité humaine ? les moyens qui seront employés, les jours d'inspection, pour s'efforcer de rendre compte des armes dérobées, détériorées et perdues ? En dépit de toutes les précautions que l'on prendra, s'il n'y a pas d'arsenaux où l'on puisse faire déposer, examiner et compter les armes, à la fin de chaque saison d'exercice, il s'en fera une très-grande perte, et il en sera ainsi tous les ans jusqu'au jour où l'on pourrait être appelé à rendre compte au gouvernement impérial. Dieu veuille alors que les autorités provinciales, en payant les armes disparues, ne regrettent pas la construction des arsenaux. Il en coûte sans doute pour être maître chez soi : mais il est inutile de s'arracher pour cela les cheveux ; c'est un mal qui afflige tous les peuples, et jusqu'ici, la sagesse humaine n'a pu réaliser encore le beau rêve du bon abbé de Saint-Pierre : la paix perpétuelle.
Un Vétéran.
Montmagny, 9 avril, 1863.