‹ Quelques réflexions sur la doctrine scientifique dite DarwinismeChapitre 2 sur 2 · DITE · texte numérisé non relu

DITE

Par M. Charles DES MOULINS Membre de TAssociation scientifique de France, etc., etc., etc.

Le 11'' cahier des Bulletins de la Société des sciences naturelles du département de la Moselle , publié en 1868 , contient une Révision des poissons qui vivent dans ce département, et Fauteur du travail^ M. Géhin^ a été amené par ses études ichthyologiques à revenir sur la grande question de la variabilité de l'espèce. Il a ainsi appelé un intérêt général sur un mémoire dont le sujet primitif ne devait , par lui-môme, en exciter qu'un exclusivement local.

Dans son remarquable travail, M. Géhin se déclare franchement darwiniste, tout en répudiant avec énergie, au nom de M. Darwin lui-même, les excès d'absurdité auxquels, comme d'ordinaire, quelques-uns de ses élèves ont poussé sa doctrine.

C'est une tâche bien malaisée, — il faut le reconnaître, — que celle de s'arrêter sur une pente dans laquelle on a été liaincé par l'adoption d'un principe; car alors il faut lutter contre la logique , qui veut que les conséquences, — toutes

Y TJ CfJ

les conséquences , — de ce principe en 4écouieat-tix sôtent admises par ses adeptes. Mais ce n'est pas af&ire à mol d'aider à tirer d'embarras mes adversaires ; et comme je puis, sans honte , à la suite de Linné, Cuvier, les deux Candoile, Fée, Edmond Boissier et tant d'autres savante justement célèbres, avouer que je ne suis pas dar^iniste, je veux me borner à dire ici sommairement pourquoi je ne le suis pas , en passant sous silence toutes les considérations étrangères à la science pure , — mais je dis à la science générale, universelle, c'est-à-dire à Y ensemble des sciences. Après plus de cinquante années d'études en histoire naturelle , j'ose espérer qu'il me sera permis de dire ingénument mon avis sur un sujet déjà tant controversé.

Si l'on se bornait à plaider en faveur de la variabilité DANS Y espèce, c'est-à-dire en faveur de la possibilité, pour les caractères spécifiques, de varier, même beaucoup, dans des limites certaines quoique difficiles souvent à recounaître > mais en définitive infranchissables, il n'y aurait plus matière à discussion ; car j'ai eu plus d'une fois l'occasion de dire publiquement que je ne suis pas non plus jordaniste , c'est-à-dire partisan de la fixUé inflexible des formes dans l'espèce. Mais le darwinisme-pnncip^ veut la transmutabilité des espèces et par conséquent des genres , puis des familles elles-mêmes (pour peu qu'il soit conséquent).

Il faut bien reconnaître qu'il ne l'est pas toujours!... Et par exemple , je n'ai pas nommé Lamarck parmi les naturalistes illustres dont je prends pour guide confidemment et sincèrement la bannière , parce que je ne suis pas avec lui en ce qui concerne les principes qu'il a proclamés au début de l'un de ces deux grands ouvrages {Animaux san$ verte-*bres et Flore française) , qui lui ont justement valu le nom

de lÀnnë françùis. Ceè principes ne renferment pas seulement le germe de la doctrine qu'on nomme aujourd'hui darwinisme; ils la renferment virtuellement tout entière , et avec elle, en vertu dé la logique des inductions et des déductionâ , tontes les conséquences qu'en ont tirées les plus fougueux continuateurs de M. Darwin. Mais , pour la pratique de rhistoire naturelle y je suis avec Lamarck et ne mets aucune restriction à tnôn admiration pour ses magnifiques travaux « D'où vient cette apparente contradiction? Uniquement de ce que Lamarck a passé sa vie^ peut-on dire^ à contrecarrer €7i fait les principes qu'il avait posés en théorie : il a été toute sa vie , en dehors de sa propre théorie > classificateur et spécificatenr. On est même obligé aujourd'hui de réduire assez fréquemment le nombre des espèces qu'il avait exposées comme distinctes ! Cette remarque^ que je me borne à consigner ici en passant , n'est point du ressort dés scien<ces naturelles; elle est toute philosophique ^ et quand on est résolu, comme il est juste , de tenir compte de tout dans l'examen d'une quesiioii , il est bien permis de prendre note d^uiie telle observation , comme il serait permis d'en faire emploi daiis iine discussion approfondie , que ce n'est nullement le lien d'entamer dans cette courte note.

Je ne veux pas toucher non plus à la question de Vhtffni' dite, qui tient une juste place dans le mémoire de M. Géhin. La possibilité de Thybridation est un fait reconnu de tous; et la question controversée ne porte que sur sa fj*équence naturelle et sur tefUcàcité de ses conséquences. îe la laisse donc de côté pour reprocher â M. Géhin d'avoir combattu une objection faite contre le darwinisme^ pdur cela seul que cette objection , dit-il > « est plutôt philosophique que physiologique > (p. 185^ ligne 8'). Mais si, -^ ce que je n'ai point à examiner^ — si l'objection philosophique est

probante y elle ne peut pas, en réalité, être en désaccord avec la vraie théorie qui découlerait de l'observation pAysiologique. Autrement, une science matérielle se trouverait en contradiction avec une science intellectuelle, et il ne se peut pas que cela soit, pas plus qu'il ne se peut qu'il fasse à la fois jour et nuit sur un point quelconque du globe.

M. Géhin a mis beaucoup d'habileté, de bon sens pratique et de sagesse dans la distinction qu'il s'efforce de faire entre ce qu'il accepte et ce qu'il repousse du darwinisme et de ses conséquences logiques ; mais , à mon sens , il n'a pas réussi et ne pouvait réussir à poser le grain de sable qu'il cherchait pour le constituer en barrière, et qui est toujours franchi par l'inflexible logique des déductions.

Ceci me ramène directement à l'objet spécial de la présente note , — je veux dire à l'expression pure et simple de ma façon de voir à l'endroit du darwinisme.

Malgré son aptitude infiniment remarquable pour les observations exactes, ingénieuses et fines, ce célèbre chef d'école, M. Darwin, en laisse perdre la plupart des résultats sainement théoriques , gr&ce à la merveilleuse dextérité avec laquelle il passe , sans vouloir le voir, à côté de leur sens philosophique , qui est le vrai parce qu'il résulte des deux éléments de l'appréciation , — pour aller s'échouer en plein sur leur sens matériel, qui n'est pas le vrai parce qu'il ne sappuie que sur la moitié de ces éléments et eu néglige Tautre moitié.

Certes, c'est une bonne chose que la division du travail , on en d'antres termes Yanalyse, ou encore, si l'on veut , la déposition des témoins dans un procès. Mais cela n'est bon que pour Yinstruction de la cause. Pour le jugement, il faut autre chose , — il faut tout , — la comparaison et la combinaison des lois et des faits , des effets et des causes. Sans

toul cela y le jugement demeure infirme et caduc y et les flots pressés des esp'its qui s'engouent au lieu de juger, se précipitent pôle-môle , comme les moutons de Panurge , à la suite d'une idée qui ne doit le nom de nouvelle qu'à ce qu-'etle est une réduction , une pure mutilation de Tidée complète. Ils nient , ces esprits qui prennent la partie pour le toiU y — ^ ils nient la réalité scientihoue de tout ce que les divers modes de mensuration ne peuvent atteindre^ et ils transportent au fragment par eux mutilé du problème à résoudre^ le nom de philosophie exigé par un reste de respeci instinctif pour la dignité du génie humain.

Assurément il en est parmi eux — et en grand nombre — dont rintelligence et l'habitude d'étudier suffiraient abondamment à leur faire voir la fausse route où ils marchent, s'ils savaient ce qu'ils veulent résolument ignorer et si , se prenant à se considérer et à s'étudier eux-mêmes , ils puisaient dans celte étude la volonté d'apprendre ce qu'ils ne savent pas. Leur erreur est donc en quelque façon volontaire et ne se peut expliquer que parce qu'ils voient la logique leur demeurer fidèle dans une série plus ou moins longue soit de faits, soit des conséquences qu'ils en tirent et qu'ils nomment déductions philosophiques.

Cela peut arriver et arrive en effet, et il n'y a pas lieu de s'en étonner, car les faits sont les mêmes pour tous , et le groupement d'un nombre plus ou moins grand d*entre eux peut souvent avoir lieu sans entamer le fond des éléments intégrants d'un problème complet. Mais tout ce travail de constatation matérielle et d'interprétation intellectuelle reste partiel et comme provisoire, tant qu'on n'en vient pas aux conclusions systématiques, théoriques, doctrinales, générales, scientifiques, philosophiques en un mot, dans le sens large de cette expression.

Il n'y a pas lieu, dirai-je encore, de s'étonner de ce succès partiel d'une logique imparfaitement appliquée ; car la logique n'est , par elle-même , absolument rien ! Elle ne constitue aucune entité ; ce n'est ni un corps de science , ni un corps de doctrine , piais un pur instrument qui fonctionne invariablement /t(^^, mais qui est irrémédiablement aveugle et fait fidèlement son office partout où on l'applique y comme le rasoir coupe ce qu'on oppose à son tranchant. Mais pqur peu que le point de départ de l'action logique soit mal ou incomplètement posé , l'erreur initiale demeure attachée à toutes les opérations et les vicie d^ns leurs résultats. Cela est de vérité devenue banale en algèbre, science qui est une application par excellence de la logique. Cela existe de même en géométrie , et chacun de nous a eu maintes occasions de le constater lui-même en arithmétique : un problême est mal posé , une omission a été commise dans son énoncé : on opère juste (c'est-à-dire logiquement) sur ces données imparfaites , et on se trouve aboutir, pour résultat, au faux et souvent même à labsurde.

Tel est, sommairement et sans exemples ^i argumentations, le reproche que la science complète, la science vraiment philosophique , adresse au darwinisme, et le résultat final qu'elle constate dans sa doctrine. Il n'y a pas d'idées NOUVELLES ; il est hors de la puissance, de L'homme d'en enfanter de toutes pièces une seule I Tout ce qu'on appelle ainsi n'est que déductions ou applications; et celles-ci peuvent être vraies ou fausses, améliorantes oa défectueuses , voilà tout, et notre puissance ne va pas plus loin.

Explique qui voudra , du reste, comment tin instrument purement int^Heetiiel , tel que la logique, a trouvé grâce devant des esprits qui , disent-ils, n^ sauraient adniettre

cornm^ preuves que des faits , — et comment ils consentent à lui accorder voix (MHbéralive , c'est-à-dire à tni reconnaître te droit de vote complet dans l'argumentation. Mais le fait est là : tout le mond« se sert de la logique, et j'en dirai à -peu-près autant de Yanalogie, genre de démonstration qui appartient plus encore à l'ordre philosophique, c'est-à-dire intellectuel, qu'à l'ordre physique, c'est-à-dire matériel. Oui, tout le monde — matérialtstes d'un côté, philosophes de l'autre — se sert de l'analogie et l'admet, à des degrés divers selon les circonstances, au nombre des arguments susceptibles de faire preuve scieniifiqne. Cette admission est souvent rationnelle et juste; parfois elle aboutit au faux, et quand il en arrive ainsi , c'est parce que le rAhotmement analogique , opération toute intellectuelle et non matérielle , a été trompé par la ressemblance enUneuve , et l'a prise pour une identité qm n'existe pas. C'est tout^à-fait le même cas que je citais toutà-l'heure pour la logique , — fë cas où te point de départ étant mal ou inmmpUîement posé , et Tinstrument logique fonctionnant fatalement juste y aboutit pourtant au faux.

J'avoue que l'exempTe tout récent, très-curieux et irèsimportant que j'en vais citer; n'a pas encore obtenu une consécration authentique que le temps et des moyens d'observation plus parfaits pourront seufe, peut-être, lui apporter uja jour; mais je le choisis parce qu'il nous montre l'admission du moins temporaire au nombre des faits scientifique^^ d'une apparence qui semble maintenant avoir été trompeuse et qui paraissait pourtant sainement déduite d'un raisonnement analogique.

PKMir se mettre aU' fait de X histoire de cet exemple. H' faut lire le premier article du Bulletin hebdomadaire , n« 107 (t4 févriec Jl869i. p^&es 97 à 101^ deFi^soda/tow scte7i-

iifique de France. Comme résultat, il peut se résumer ainsi : La théorie admise relativement à la constitution physique du soleil en faisait un globe obscur, enveloppé de plusieurs atmosphères gas^uses dont Tune (la photosphère) lumineuse par elle-même, et laissant apercevoir, lorsqu'elle vient à se déchirer, le noyau obscur ; de là , les taches qui se présentent fréquemment.

Les observations faites en 1860 par M. Le Verrier, et confirmées par les observations spectroscopiques de 1868 , amènent au contraire l'illustre directeur de l'Observatoire à dire à l'Institut que le soleil est un globe lumineux en raison de sa haute température et recouvert d'une petite atmosphère qui en voile en partie l'éclat , en présentant à nos moyens d'observation l'apparence de taches dont il est parlé plus haut.

Voilà donc deux explications contraires d'un même phénomène, et que l'analogie peut porter également à admettre : l'écran lumineux placé entre le soleil et notre œil , — l'écran obscur placé de la même façon , produisent l'un et l'autre la même apparence, — les taches.

La constatation directe du fait réel nous étant impossible, la solution définitive ne pourra, être obtenue qu'à l'aide de l'appréciation comparée de la valeur des observations, faits et raisonnements qui pourront être recueillis soit pour, soit contre] l'admission au nombre des faits scientifiques , de l'une ou de l'autre des deux explications données jusqu'ici sur les apparences observées. Jusque-là, la science doit rester dans un doute prudent , puisque nous ne pouvons constater directement et complètement les causes, les conditions et les circonstances concomitantes des phénomènes observés.

Un autre exemple de la caducité possible des arguments

invoqués par les partisans exclusifs des faits observés , se rencontre justement dans le même numéro (pages 106 à 108) du Bulletin hebdomadaire cité plus haut.

Le deuxième des dix chapitres dont est composé le volume du Monde soti5-marm, par MM. Zurcher et Margelle , est intitulé Courants de la mer, et le n» 107 du Bulletin en cite un extrait qui doit , y est-il dit, avoir a: une » valeur particulière au moment où les variations du climat :» de l'Angleterre sont attribuées à un changement dans la D direction du Gulf-Stream. i>

Les auteurs du Monde sous-marin disent, en substance^ que des phénomènes analogues à ceux de Tépoque glaciaire (pendant laquelle l'Amérique du Nord n'était pas encore émergée et le Gulf-Stream se dirigeait sur l'emplacement actuel de la vallée du Mississipi), se produiraient dans FEurope occidentale , si ce puissant courant était détourné de sa direction actuelle ; — et Constant-Prévost a dit que cela arriverait^ avec de grands changements dans le climat de l'Europe , si un tremblement de terre venait à faire rompre l'isthme de Panama.

Or, voici que depuis les derniers tremblements de terre des Antilles, il paraît que la vitesse du Gulf-Stream di presque doublé dans les passes de la Floride ; — et si ce phénomène se continue, les changements dans la climature de nos côtes européennes auront des conséquences dont les intérêts de la civilisation ressentiront le contre-coup dans le monde entier.

D'un autre côté (page 106 du même Bulletin) , voici M. Caillet, examinateur de la marine, qui établit que (c l'ondulation gigantesque formée sur les côtes du Pérou » par le tremblement de terre du 13 août 1868 a traversé y> l'Océan Pacifique , parcourant ainsi le tiers du tour du i> globe et annonçant sur son passage qu'un terrible cala-

» clysme venait de s'accomplir. » M. Caillet raconte , d'après une Jettre de son frère, lieutenant de vaisseau en mission dans la petite ile de Râpa (récemment placée soirs le protectorat de la France , et qui est € comme un point » perdu au Sud du vaste archipel océanien), » qu'à vingt minutes environ de distance l'une de Tautre et avec une intensité décroissante , neuf onies ou vagues successives envahirent l'île et les habitations qui s'y trouvent. Il n'y eut point de tremblement de terre , mais un écroulement de roches dans la montagne ; il dut se produire , au large , un soulèvement sous-marin. Les calculs faits à l'occasion de ce phénomène montrent que la vitesse de transmission de l'onde principale a été de 183 mètres par seconde , vitesse <r presque vertigineuse , » égale à « plus de la moitié de celle du son dans l'air, » égale aussi à <c dix fois environ » celle des trains express les plus rapides, i^ — Ces mômes calculs donnent à Tonde initiale 20 i 25^ mètres d<e hauteur, et à sa base transversale une longueur de plus de 8,200 mètres; enfin, ta distance entre chacune des neuf ondes observées devait être de 219 kilomètres.

La communication de M. Gaillet se termine ainsi : c La )) nature n'avait pas encore offert aun médilations des généy> rations modernes une expérience faite sur une échelle » aussi prodigieuse; les terribles catastrophes qui l'ont )> accompagnée doivent nous porter à en recueillir soigneu- ]> sèment toutes les circonstances , avec l'espoir qu'elle 9 restera unique dans les iastes de l'humanité, t^

Unique, pourquoi ? C'est là une espérance dont il resterait à établir le degré de probabilité ; mainte fail est là : il vient nous montrer, hie ei nunc, Péxistenoe d'un vrai cataclysme ; et n'est-ii pas ïÀen plus preèaMe qn'it n'est pas uniqfte dans rhiaioire de notre planète ?

N'est-ce pas même absolument certain? On lit, en effet, dans le Correspondant du 25 février 1869, un article de M. Lucien Dubois , sous ce titre : La Polynésie, ses archi-^ pels et ses races ; à la page 681, § X , il y est dit :

« On se rappelle le tremblement de terre qui, en 1854 , » ruina la ville japonaise de Simoda et , soulevant la mer^ ]» fil échouer la frégate russe la Diana, qui fuyait devant » notre escadre. Le même jour, de Tautre c6té du Pacifi- » que, la Californie vit accourir sur ses rivages et les inon- » der en partie , d'énormes vagues , contre-coup du trem- :» blement de (erre japonais. Douze heures avaient suffi à :» ces houles formidables , larges , suivant Maury, de plus i> de 100 lieues à leur base, pour franchir les 11,000 kil. i> qui séparent le Japon de l'Amérique, soit une vitesse de y> près de 1,000 kilomètres à l'heure ! ^

A ce compte, que devient cette tranquillité régulière qui inspire à sir Ch. Lyell tant de confiance dans l'uniformité d'action pendant tout le cours de la vie du globe, des causes acluelles^? — qui l'amène à en accorder si peu aux immortels travaux dos Cuvier, des Léopold de Buch , des Fourrier, des Cordier, des Constant Prévost , des Elie de Beaumont , de ces hommes de génie qui , dans des voies diverses et n'en déplaise aux novateurs, recevront toujours , je l'espère bien , les hommages de respect et d'admiration des générations savantes qui suivront [a nôtre ?

Les novateurs! ils ont du talent aussi , et beaucoup, — de la science aussi , et beaucoup ; mais iï% ont commis la faute irrémédiable de s'imaginer que tronçonner la science universelle, c'est faire du neuf. Ils ont chassé de l'orbite où se meut leur activité les sciences intellectuelles dont ils se servent pourtant quelquefois sans y prendre garde et au gré de leur fantaisie, lis les en ont chassées, dis-je, parce.

qu'ils leur refusent la dignité, la fonction , la puissance de SCIENCES : ils ne les emploient plus comme telles; ils les relèguent parmi les vieilleries de l'esprit humain et s'insurgent ainsi contre le témoignage de l'humanité tout entière. Histoire, tradition^ critique historique, philosophie proprement dite , harmonies de la nature démontrées par les résultats de l'étude , ordre moral qui éclaire l'ordre physique, l'explique et en fin de compte le réglemente , tout cela n'est plus rien pour eux ; ils ont tout jeté au loin , et il leur reste en main ces tronçons, ces fragments mutilés de la science universelle , qui se nomment les sciences exactes et les sciences d'observation. Puis, ils disent : « Voilà du neuf , car ce n'est pas la > science des années qui nous ont précédé. y> — Mais , non ! ce n'est pas du neuf! il n'y a , il ne peut rien y avoir de neuf ! La moitié n'est pas le tout, sans doute ; mais en diffère-t-elle par son essence ? Non ; donc, elle ne constitue pas une nouveauté.

Revenons aux questions pratiques, desquelles je me suis laissé entraîner à m'écarter un instant. Nous avons — je le répète — hic et nunc, un cataclysme, et il est bien plus rationnel et plus conforme aux faits constatés de penser qu'il n'est pas isolé dans l'histoire du globe , que de penser le contraire. Veut-on faire les mondes éternels! Comptez donc ces 104 petites planètes qui seront cinq cents dans peu d'années peu^-étre, et qui sèment deux fois par an leur poussière incandescente dans nos sillons ! Ne vous crient-elles pas bien haut qu'elles ne sont que les débris concassés d'un ou de plusieurs mondes ? Et si nous rabattons nos regards sur celui que nous habitons , n'y re trouvons-nous pas chaque jour l'image diminuée mais fidèle des révolutions qui l'oQt bouleversé jadis à plusieurs époques? Non, non ! et la science peut l'enseigner avec con-

fiance : Yanimal mundm , comme rappelait Pline , n'est pas resté toujours aussi calme et placide qu'on veut bien nous le dire , et si Dieu nous a fait un long repos troublé seulement par de minces tressaillements qui n'ont empêché ni la civilisation ni la science de se former et de grandir, ayons du moins assez de clairvoyance scientifique pour ne pas nous tenir assurés de ne jamais voir troublé l'ordre physique dont nous jouissons!

Revenons aussi , peu à peu , au point de départ des réflexions consignées dans cet écrit : i^e point de départ y c'est la doctrine dite darwinisme ^ et H semble que ce soit bien peu de chose à cAlé de ces grands événements dont je viens d'évoquer le souvenir. Le darwinisme , en effet, dans la pratique de tous les jours , c'est la discussion établie sur un bien petit fait. Réduit à son plus simple exemple, on peut le formuler ainsi : La laitue pommée f eut-elle, ou non y se transformer en laitue romaine? Bien petite question sans doute , et pour la trivialité de laquelle je demande pardon à mes lecteurs ; mais quoi qu'on puisse dire de spirituel et d'incisif sur les petits faits y on ne fera jamais qu'au point de vue théorique y un petit fait ne soit Végal d'un grand fait y en valeur et en puissance ! La question des deux laitues contient en germe le darwinisme tout entier, comme Faurait contenu ^ si elle n'eût pas été démentie par les faits y la question de la fécondité pcée des Léporides.

On ne peut, sans une exagération évidemment mauvaise , dire avec feu Jacotot : Tout est dans tout ; mais on peut et on doit dire que dans l'ensemble des sciences intellectuelles et matérielles , tout se tient y c'est-à-dire que toutes choses sont reliées entr'elles par des rapports qui demeurent inscindables , si j'ose ainsi dire , sous peine de mutilation de la science universelle ; et voilà pourquoi la

parole la plus insensée > peat-ôlre> qui soit jamais sortie d'une bouche hum&ine , c'est cette parole de Heine : n Nous x> allons jusqu'à admettre la réalité des contraires. iù

Oui » tout se tient , et si Ton réfléchit bien sur la raison d'être du darwinisme comme doctrine scientifique , il faut bien reconnaître qu'il n'a pas de meilleur appui que la sujhpression (plus qu'hypothétique) des révolutions du globe; c'est le seul moyen qu'il ait de soutenir contre l'évidence des yeux quant aux faits anciens^ — contre ce peu, ce si peu d'expériences que l'histoire humaine a pu ramasser depuis quatre mille ans , — de soutenir, dis-je , la transmutation graduelle et tranquille, la transmutati(m évolutive pourrait-on dire, des formes animales et végétales.

Et maintenant , je crois avoir tenu parole à ceux qui veulent bien me lire* J'ai dit en conunençant que j'éviterais soigneusement de sortir de l'ordre scientifique en disant POURQUOI je ne suis pas darwiniste ; et cette parole, je crois y être demeuré fidèle , sans renoncer le moins du monde aux réserves d'un ordre supérieur dont je conserve le droit et la faculté d'exercice , et desquelles , dans cette note » je n'ai fait aucune mention. Mais en finissant, je crois pou-, voir ajouter que sans me flatter d'amener à ma manière de voir ceux qui en sont éloignés , je puis toujours, même en me plafant à leur propre point de vue , mainteniit* les opinions que je partage comme tout aussi scientifiques que les leurs. Us enseignent , en effet , que les faits seuls ou les démonstrations rigoureuses ont le pouvoir d'établir la vérité scientifique , et ils peuvent me dire : Vous n'avez pas dé-montré — ' vous n'avez pas prouvé par V évidence de faits cofnplitement observés, la vérité absolue de ce que vous avancez.

Je suis loin de le nier ; mais e&t-ce pour rien que je suis

nn éir^ fini y c'est «à-^dire que je D*ai pas la puissance de tout Toir, de tout savoir, de tout faire? Et les adversaires des opinions que je soutiens ont-ils mieux dérmntré la vérité de celles qu'ils prêchent? Hoû, assurément : ils n'ont pu le faire pour une seule d'entr'elles ^ soit positive , soit négative !

11 semble qu'il soit bien plus facile, quand on ne veut que des preuves de Tordre matériel , de prouver qu'une chose n'existe pas , que de prouver qu'elle existe quoiqu'on ne la voie pas des yeux du corps^ Eh bien ! il y a des hommes qui ont nié l'existence de l'esprit , l'existence de l'âme, l'existence même de Dieu. Ce sont là trois choses qui ne se peuvent prouver ni mathématiquement, ni physiquement : la démonstration en est d'un autre ordre. Mais les assaillants ont-ils pu, du moins, prouver que ces trois choses n'existent pas? Toujours la même réponse : Non(1) !

(1) Un auleur connu par de nombreux ^l savants travaux a dit: « La négation n*est pas un procédé scientifique » Cette règle générale est d*un bon sens tellement évident, qu'on ne saurait guère lui refuser le rang d'axiome. Mais il est utile de faire remarquer que, selon le point do vue où est placé l'homme qui en fait emploi, la valeur de cet axiome dans Pargumentation peut changer du tout au tout, sans pourtant — il faut le répéter — ^sans pourtant qu'il puisse jamais constituer une preuvo scientifique.

Ainsi, quand cette négation a pour source, pour garantie aux yeux de l'argumentateur» une autorité qui ne peut pas être dans l'erreur, sa valeur s'élève bien au-dessus de la valeur d'une preuve, d'une démonstration : elle devient alors une gebtitode ABSOLUE, élément de conviction radicalement différent, dans son essence, de la démonstration ou preuve scientifique.

Mais il peut arriver aussi que, A tort ou a raison, un autre argumentateur n'admette pas comme absolument exempte de toute possibilité d^erreur, l'autorité ou source de conviction de laquelle émane cette négation. Pour celui-ci, la négation n'emportera pas la certitude absolue (fu'elle prpduif chez le premier; et comme,

Et cela n'a rien de surprenant , puisque les preuves qui appartiennent à un autre ordre ne sont plus entre leurs mains dès le moment qu'ils les ont répudiées en leur refusant la force, la fonction scientihoues. Us restent donc dans une impuissance absolue en face de la provocation qui leur est adressée , tandis que nous usons , nous , des preuves d'un autre ordre, que nous fournit Tensemble des sciences 9 la science universelle.

En un mot , tandis qu'ils ne peuvent user que de Farme de la négation , nous avons en main , dans des cas trèsnombreux , l'arme de V affirmation.

Bordeaux, Février 4869.

aux lermesde l'axiome lui-même, elle ne saurait constituer une preuve scientifique ^ elle n'aura, aux yeux de ce second argumeiitaleur, que la valeur d'une opinion individuelle, à laquelle il se croira libre de n'accorder que le degré de confiance qu'elle lui paraîtra mériter. «

Cette distinction est importante à faire parce que, pour argumenter loyalement, il faut toujours tenir compte du point de vue où est placé l'adversaire. Je le dis encore : il peut y être placé à TORT ou à raison; mais je n'ai point à choisir ici entre ces deux hypothèses, puisque je considère l'axiome d'une manière uniquement abstraite et nullement concrète. Pour choisir entre tort et raison^ il faudrait entrer dans l'exposition et l'appréciation d'un sujet déterminé, et je ne veux exposer ici que des faits généraux, des faits purs et simples ( négation ou affirmation), — et les conditions dans lesquelles ils doivent être employés pour figurer régulièrement dans une argumentation quelconque.

Bordeaux. — Imprimerie de F. Dbgrétbàu el O^.

c/^. ^. JÎ, ^^^iXAA-^-^ ,

NOTETADDITIONNELLE

ty Dans un court travail que j'ai livré à la publicité au commencement du présent mois d'avril et qui porte pour date « Février 1869 , » une phrase s'est rencontrée qui a déterminé le savant botaniste de Lyon, M. Alexis Jordan, à m'adresser la lettre qu'on va lire :

« Lyon , le 24 Avril 1S69.

» Monsieur ,

» Dans le mémoire que vous venez de m^adresser et qui contient des remarques intéressantes sur la doctrine de Darwin , vous dites, en passant, que vous n'êtes pas partisan de celle que je soutiens , et vous donnez en même temps un énoncé de cette doctrine qui me paraît complètement inexact. En, effet, vous me dites partisan de la fixité inflexible des formes dans l'espèce , tandis que je suis , au contraire , le négateur le plus convaincu et le plus obstiné de cette fixité inflexible des formes dans l'espèce , n'admettant pas l'exis-

tence des races chez les végétaux et faisant remarquer que la permanence des races de l'homme et des animaux domestiques n'est nullement absolue, ainsi que cela est prouvé par les croisements indéfinis entre ces races , faisant de plus remarquer que toutes ces races ont une origine inconnue et qu'on n'a jamais vu nulle part une race entièrement nouvelle se produire en dehors de tout croisement entre des races anciennes, lesquelles sont dues très-probablement à une cause extra-naturelle.

» J'admets des types spécifiques susceptibles de modifications plus ou moins nombreuses , plus ou moins saillantes , mais invariables dans ce qui les distingue essentiellement entr'eux. J'admets , en un mot , des espèces avec des variétés ou variations. Les espèces ont seules une fixité absolue. Dèslors, toute forme végétale dont les caractères, toujours pris dans leur ensemble, ont une fixité absolue, est une espèce véritable. Prouver qu'une forme végétale est héréditaire et permanente, c'est prouver qu'elle est une espèce.

» Si vous aviez dit simplement que j'étais partisan de la fixité inflexible des espèces , vous vous seriez beaucoup plus rapproché de mon opinion, et je n'aurais pas de plainte à vous faire. Peut-être que dans votre pensée , l'espèce c'est l'assemblage des formes que la fantaisie de Linné s'est plu à aggréger explicitement ou implicitement sous des noms de sa création , sans tenir nul compte de l'opinion et des travaux de ses devanciers.

» S'il en est ainsi , n'y aurait-il pas là pétition de principes ? ne serait-ce pas admettre comme démontré précisément ce qui est en question , à savoir le caractère d'espèces des aggrégations Linnéennes, que toutes les observations positives des botanistes praticiens antérieurs et postérieurs à Linné tendent à faire considérer pour la plupart comme des genres ou des subdivisions de genre? Mais je ne veux pas

VOUS importuner en m'étendant davantage sur ce sujet, le but de ces lignes étant de vous faire remarquer que vous avez, sans le vouloir sans doute , travesti mon opinion , et de vous prier de vouloir bien la rétablir avec plus d'exactitude , si l'occasion s'en présente de nouveau.

» Veuillez agréer, etc.

» Alexis Jordan. »

Oui , certes , c'est sans le vouloir que je me trouve avoir fait ce que M. Jordan appelle avoir travesti son opinion. C'est en passant et les yeux de l'esprit arrêtés sur un point de discussion tout autre que la doctrine pratique de son école , que j'ai laissé tomber de ma plume les mots fixité inflexible des formes dans l'espèce , au lieu de fixité inflexible des caractères que M. Jordan regarde comme essentiellement spécifiques.

Il demeure évident que M. Jordan avait le droit de réclamer et que, tandis qu'il se borne obligeamment à demander que son opinion soit rétablie avec plus â^ exactitude si l'occasion s'en présente de nouveau, il y a devoir pour moi et devoir pressant de le faire sans retard. Or, la reproduction textuelle de sa lettre est le moyen le plus efficace et le plus sûr de m'acquitter de cette obligation.

Cela dit, j'ajoute que M. Jordan a très-justement présumé que j'avais pu entendre par formes (dans certains cas seulement, bien entendu !) ce qu'il considère comme espèces , et il exprime fort nettement cette nuance d'apprécia-

tion qui , selon les cas particuliers, peut exister ou ne pas exister entre nos opinions. Il n'en saurait être autrement, car — (et j'éprouve un extrême bonheur à trouver l'occasion de le proclamer bien haut) :

1° Entre l'école dont M. Jordan est le célèbre chef et celle dont je suis l'humble disciple , il y a , au sujet de I'espêce, communauté franche, entière, absolue de principe, mais de principe abstrait, c'est-à-dire considéré isolément et avant qu'on eu vienne à ses applications.

Pour son école comme pour la nôtre , I'espèck existe RÉELLEMENT ; c'esl uuc euiité que Dieu a créée fixe dans ses caractères essentiels et se reproinmni semblable à elle-tnême sous ce rapport, — distincte par conséquent des autres espèces, lesquelles ne possèdent pas l'ensemble de ces mômes caractères.

2*> Mais si Vespèce est ainsi constituée dans un état réel d'autonomie , elle est en même temps susceptible de montrer, dans les innombrables iudividualités végétales ou animales qui la composent, des diversités * sensibles , plus ou moins grandes, plus ou moins importantes, qui ne changent rien à ses caractères fondamentaux , essentiels. Tel est le principe, le point de départ commun à Técole de M. Jordan et à la nôtre.

Et c'est ici que vient se placer Vappréciation de ces diver^ sites; et de cette appréciation, fonction inséparable de la liberté dont Dieu a doué sa créature intelligente et raisonnable, naissent inévitablement des divergences dans la manière d'interpréter et d'appliquer le principe fondamental ou point de départ. Le tôt capita tôt sensus est nt\ fait

1 J'emploie ce mol, parce quo son acception est générale, indéterminée, et non spécialisée par l'usage.

dont l'expérience nous montre l'exercice journalier dans l'activité des opinions humaines.

Ainsi, parmi nous tous qui sommes également partisans de la fixité, de Tautonomie de l'espèce, les uns considéreront comme caractères essentiellement spécifiques, des diversités (comme je les appelais tout-à-l'heure) auxquelles d'autres esprits n'attacheront pas une aussi haute importance , soit qu'elles se perpétuent ou non par la génération.

Les uns diront donc : a Ce caractère »(ou cet ensemble de caractères) « se reproduit d'une manière que l'expérience nous a montré jusqu'ici constante ; donc , il est <i: pourvu de l'importance et de la dignité spécifiques. y> Ceux-là seront les disciples de M. Jordan.

Les autres penseront au contraire que ces diversités n'ont pas la puissance de modifier la nature intime , Yautonomie de l'espèce , — ou bien , que la constance observée jusqu'ici dans leur reproduction ne pourrait pas résister à un autre régime, à d'autres conditions de milieu, d'exposition, de nutrition, etc., etc.; et ceux-ci continueront à suivre la bannière de l'opinion commune. — Veuillez remarquer que je ne iis pas la bannière de Linné ; je ne dis pas qu'ils jugeront les limites des espèces précisément dans la mesure qu'employait Linné : je ne prétends exprimer ici que le fait en général , et je fais soigneusement abstraction de toutes les conséquences diverses qui peuvent se produire dans les divers cas d'application du principe qui nous est commun.

Or, dans le cas dont il s'agit aujourd'hui , la faute que M. Jordan me reproche consiste en ceci que, ayant à citer en passant sa doctrine à propos de Y étude d'un autre sujet , et n'étant pas d'accord avec le savant lyonnais sur les applications particulières du principe qui fait notre commune

loi, j'ai^ par . inadvertance , continaé à parler ma propre langue, tandis que j'aurais dû m'aslreindre à ne parler exclusivement que la sienne.

Cette faute, j'espère l'avoir réparée par une franche explication. Je désire vivement — et j'espère aussi — avoir été complètement clair et précis dans l'exposition de ce que je crois sincèrement être la vérité des faits, et je termine la présente note en résumant ainsi qu'il suit ma pensée sur l'ensemble de ces mêmes faits :

Entre les darwinistes et nous (à qui , 6rm/a/t5 causa, j'appliquerai le nom de spécificateurs *), il y a un abîme infranchissable ; aucun accord n'est possible. C'est le blanc et le noir, le oui et le non; l'idée de jeter un pont qui serve de passage entre les extrêmes , me semble irréalisable.

Le camp des spécificateurs est sous la loi d'un principe unique, commun aux deux embranchements que l'appréciation pratique des conséquences de ce principe a fait naître dans son sein. Entre les jordanistes et nous (à qui aucune dénomination univoque n'a été assignée et que je n'ai su désigner qu'à l'aide des mots opinion commune), il y a des divergences plus ou moins grandes dans le jugement des faits observés, mais il n'y a pas d'abîme. La distance qui sépare ces deux corps de la même armée est une distance finie, mensurable, et par conséquent c'est peu de chose, philosophiquement parlant Cette distance peut être comblée — et le sera , j'espère , dans l'avenir, — par les concessions réciproques que la bonne foi dictera aux naturalistes observateurs , au fur et à mesure que l'observation plus

» 11 serait plus régulier de dire spédéisles ou spécificistes; mais ces mots seraient, autant l'un que l'autre, bien désagréables à l'oreille

(7) prolongée des faits, et réiucidalion des questions théoriques de cet ordre les amèneront à reconnaître enfin , et du consentement de tous , quelles sont les véritables limites de r autonomie spécifique.

C'est là, j'en suis du moins bien convaincu, — c'est là qu'est toute la question.

30 Avril 4869.

CHARLES Des MOULINS.

Maison Lafaipifl : Codarc, Dagrëteaa et Poajoli lucc. Bordeaui. — Imp. d* F. Degrëtaaa «t Oie.

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