‹ Quelques réformes dans les écoles primairesChapitre 21 sur 51 · DISTRIBUTION P R E F £< CT U R · texte numérisé non relu

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eifants iBdifleiU. p^j DÉPARTEMENT DE LA SEINE

Enquête.

Paris, le 4 août 1879.

Monsieur le Mâibe,

Le Conseil municipal a renvoyé à l'administration un projet de vœu présenté par Tun de ses membres et tendant à ce que Tadministration soit invitée :

« 1°A étudier d'urgence les moyens de faire distribuer une soupe chaude à tout enfant dont les parents seront inscrits au Bureau de bienfaisance;

> 2** A apprécier l'importance des sommes qui pourraient être mises à la disposition des Caisses des écoles dont les statuts ont été approuvés par le Conseil municipal pour les mettre à même de fournir aux mêmes enfants des vêtements qui leur permettent de fréquenter régulièrement les écoles. »

La question de ralimenlation des enfants pauvres, qui fréquentent les écoles et les salles d'asile communales, est, depuis longtemps, l'objet des préoccupations du Conseil municipal.

Déjà sur sa demande, une première enquête a été faite à ce sujet, et en 1877, les comités des Caisses des écoles ont été invités à examiner s'il serait possible d'organiser, dans chaque arrondissement, un service de distribution d'aliments chauds, distribution à laquelle tous les enfants des écoles et des salles d'asile auraient été appelés à participer, au moyen de bons qui auraient été vendus aux enfants en étal de lés payer et délivrés gratuitement aux enfants indigents.

Les comités étaient invités en même temps à faire connaître dans quelle mesure les Caisses des écoles seraient disposées à concourir à l'organisation du service dont il s'agit.

La plupart des comités des Caisses se sont montrés peu favorables à cette organisation, et ils ont invoqué, pour justifier leur refus de concours, les difficultés matérielles que devaient présenter

la création et l'entretien d'un service de distribution d'aliments étendu à aussi grand nombre d'enfants.

Aujourd'hui, la question, telle qu'elle est soumise à l'administration par le Conseil municipal, est de proportions plus restreintes; il ne s'agit plus, en effet, de tous les eniants fréquentant les écoles et les salles d'asile, mais seulement de ceux dont les parents sont inscrits au Bureau de bienfaisance.

Cette question, ainsi posée, nécessiteune nouvelle enquête. D'ailleurs la composition de la plupart des comités des Caisses des écoles a été modifiée depuis 1877, et il est possible que les nouveaux membres admis dans ces comités ne partagent pas, sur le principe de l'assistance matérielle à donner aux enfants des écoles, les opinions de leurs prédécesseurs.

L'enquête à laquelle je vous prie de vouloir bien procéder d'urgence devra porter sur les points suivants :

1** Quels sont les établissements (écoles de

garçons, écoles de filles, salles d'asile) dans lesquels est actuellement établie une cantine tenue par le concierge?

A quel prix la portion de soupe est-elle vendue dans ces établissements?

2° Quels sont les établissements non encore pourvus d'une cantine dans lesquels il serait possible d'en installer une?

Indiquer les motifs qui ont empêché jusqu'ici rinstallation de la cantine : tiennent-ils au concierge et ce concierge doit-il être changé? Y a-t-il quelques travaux à exécuter pour permettre ?.u concierge de préparer des aliments pour les enfants? Quels seraient ces travaux?

3** Quels sont les établissements dans lesquels, par suite de l'absence d'un concierge ou du défaut de local (préau couvert ou autre dépendance où les enfants puissent se tenir à l'heure du repas), il paraît impossible de songer à l'installation d'une cantine.

4** Les enfants des établissements dépourvus de cantine ne pourraient-ils pas être envoyés,

pour prendre le repas de midi, dans d'autres écoles ou salles d'asile voisines?

Quelles sont les écoles ou salles d'asile dans lesquelles ces enfants pourraient être admis à l'heure de ce repas?

5° Quel est dans l'arrondissement le nombre des enfants fréquentant les établissements scolaires communaux, dont les parents sont inscrits auJBureau de bienfaisance?

(Distinguer ces enfants suivant qu'ils appartiennent aux écoles de garçons, aux écoles de filles, aux salles d'asile.)

6° Quel prix pourrait être accordé à la cantine pour chaque portion de soupe fournie à ces enfants?

T Quel serait, par an, le chiffre de la dépense totale pour l'arrondissement?

8** Quelle subvention la Caisse des écoles demanderait-elle à la ville de Paris pour se charger de cette dépense?

A ces huit questions, toutes relatives aux dis-

tribulions d'aliments, s'ajoutent celles qui concernent la fourniture de vêtements aux enfants pauvres, et sur lesquelles le Conseil municipal a demandé également à être éclairé, savoir :

!• A quelle somme la mairie évalue-t-elle la dépense à faire chaque année pour habiller les enfants indigents que le manque de vêtements peut empêcher de fréquenter l'école?

2*» Quelle est la portion de cette dépense que la ville de Paris aurait à supporter?

Je vous prie, Monsieur le maire, de vouloir bien faire de ces diverses questions l'objet d'une étude immédiate, pour laquelle vous pourrez réclamer le concours de la délégation cantonale et de M. l'inspecteur primaire à qui j'adresse une copie de la présente circulaire.

Quant à celles desdites questions qui sont du ressort du comité de la Caisse des écoles, il importera que ce comité en soit saisi à bref délai et, si cela est nécessaire, au moyen d'une convocation spéciale, afin que les résultats de l'enquête qui m'a été demandée par le Conseil municipal

puissent m' être connus avant le l®"" octobre prochain.

Veuillez recevoir, Monsieur le maire, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Le sénateur, préfet de la Seine.

Signé Hérold.

Nous nous occuperons d'abord de la question du service alimentaire, qui est de beaucoup lapins importante et qui demande les plus longs développements; ensuite de la question des vêtements, qui n'est pas tout à fait de notre compétence, et ne peut être traitée que de la façon la plus brève.

Dès que M. le maire du XI° arrondissement fut mis en possession de la lettre préfectorale que je viens de reproduire, il fit à la délégation cantonale l'honneur de lui en donner connaissance et de réclamer son concours. Vous avez répondu, Messieurs, à la bienveillante communication de M. le maire par la nomination d'une commission à laquelle vous avez confié le soin d'étudier le nouveau projet municipal, et vous avez choisi comme

UO QUELQUES RÉFORMES

membres de celte commission, d'une part, ceux qui avaient fait partie de la commission de 1877, et d'autre part, trois délégués cantonaux récemment nommés. Par là vous avez, et avec beaucoup de raison, cherché à tenir compte de l'entrée dans notre compagnie de membres nouveaux, et vous avez, grâce à cette composition de votre commission, rattaché le passé au présent. Aussi, c'est avec une véritable satisfaction que votre rapporteur s'empresse de signaler l'accord qui s'est immédiatement établi entre tous les membres de la commission, et c'est, en raison de cet accord presque constant sur toutes les questions les plus importantes, que votre commission vous soumet avec confiance les résultats de ses recherches et le rapport qu'elle vous propose d'adresser en réponse à la lettre de M. le préfet de la Seine.

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Distribution de soupes chaudes aux enfants de parents indigents.

La première question que soulève le document préfectoral est, si je puis dire, une question de principe. Nous allons l'examiner immédiatement puisqu'elle est préjudicielle et d'une importance capitale. Elle peut être posée en ces termes : « Est-il convenable, opportun, légitime, de créer un service alimentaire, ou plutôt de distribuer une soupe chaude aux enfants dont les parents sont inscrits au Bureau de bienfaisance? »

Dans le premier projet présenté au Conseil municipal il y a deux ans, vous avez vu. Messieurs, qu'il était question, non pas seulement de distribution de soupes chaudes, mais de la création et de l'organisation d'un véritable service alimentaire, destiné à fournir une nourriture

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saine cl chaude à tous les enfants des écoles communales de la ville de Paris. Dans le nouveau projet, ainsi que le fait remarquer M. ie préfet, la question soumise à l'administration est de prQportions beaucoup plus restreintes ; il ne s'agit plus d'un repas pouvant comprendre plusieurs espèces d'aliments, mais seulement d'une soupe ; il ne s'agit plus de rendre service à tous les enfants, sans distinction et sans exceplion, mais seulement des enfants dont les parents sont inscrits au Bureau de bienfaisance.

Évidemment, le sentiment qui a inspiré l'auteur du projet de Vûôu soumis au Conseil municipal de la ville de Paris est des plus louables, et s'adresse à un ordre d'idées des plus dignes d'intérêt et d'examen. L'honorable membre qui a présenté la proposition dont nous nous occupons s'est ému de la situation faite aux enfants de parents pauvres; il s'est dit qu'il était malheureux, regrettable, déplorable, de voir des enfants mal nourris, dépourvus de tout aliment substantiel , et cela, uniquement parce qu'ils sont nés de parents

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indigents I Pourquoi laisser supporter à de malheureux petits êtres les conséquences de la misère paternelle, et infliger à d'innocentes victimes le châtiment immérité d'une situation qui ne doit inspirer que la pitié et la commisération? Pourquoi imposer à Testomac des sacrifices et des privations dont le plus sûr effet n'est pas seulement de porter atteinte au développement physique mais aux dispositions morales de l'enfant? — Il y là un mal sérieux, profond, auquel il convient de porter remède au plus vite. C'est ce but qu'on a poursuivi en proposant de distribuer des soupes chaudes aux seuls enfants des parents inscrits au Bureau de bienfaisance; mais ce but peut-il et doit-il être atteint par une semblable mesure ?

Voici, selon votre commission, les inconvénients qui en résultent, et ils sont, à son avis, des plus graves et des pins décisifs.

Votre commission pense qu'il n'est pas boil d'introduire entre les enfants, même en vue du bien, des distinctions, des classifications fondées

sur la condition sociale des parents. Eh quoi ! voici des enfants, presque toujours en bas âge qui arrivent à l'école sans aucune intelligence des besoins et des exigences de \a vie, sans au^ cune connaissance de la situation matérielle de leurs parents, et dont on éveille prématurément l'attention sur des questions irritantes et stériles! Les élèves d'une même école, d'une même classe, ne sont plus entre eux des camarades et des condisciples, unis par le désir et le besoin de s'instruire et que distinguent seulement les salutaires différences résultant du travail, des efforts et des progrès ; ils sont désormais les enfants de parents inscrits au Bureau de bienfaisance ou de parents non inscrits au Bureau de bienfaisance. De là une ligne de démarcation sensible, profonde, cruelle, qui va à l'encontre du régime démocratique inauguré par la Révolution française et consacré par près d'un siècle de luttes et de combats souvent [ renouvelés et heureusement terminés à l'heure actuelle, grâce à la fondation d'un gouvernement républicain, libéral et sage.

Votre commission est d'avis également qu'en assistant les enfants des parents inscrits au Bureau de bienfaisance, on porte secours à des indigents, mais non à tous les indigents ! Combien y a-t-il de parents malheureux et de familles dignes d'assistance et d'intérêt qui ne sont pas mentionnés sur les registres du Bureau de bienfaisance f Les pauvres qui ignorent l'existence de l'Assistance publique ou qui, par dignité, par amourpropre ou tout autre sentiment, n'ont pas eu recours à la charité officielle ; ceux qu'on a coutume d'appeler les pauvres honteux et qui, presque toujours, méritent la plus vive sollicitude, ne doivent point participer aux libéralités du nouveau projet municipal ! 11 y a là évidemment une lacune très regrettable et qu'une mesure essentiellement philanthropique ne doit pas laisser subsister.

Votre commission estime que, si la distribution d'une soupe chaude est une mesure excellente au point de vue de la santé des enfants, elle ne suffit pas à constituer un repas à l'enfant et à lui

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permettre de se passer d'autres aliments. Il lui paraît, en outre, presque démontré qu'il faudra dépenser autant d'argent, faire autant de frais pour cette seule soupe que pour un ou deux aliments destinés à représenter « la nourriture saine et chaude > dont parlait le projet de 1877.

En résumé, votre commission est d'avis qu'il y aurait lieu d'élargir la proposition de la distribution des soupes chaudes, en y ajoutant un ou deux aliments pouvant constituer un repas d'enfant, et d'étendre la mesure à tous les élèves des ccoles, sans aucune distinction; en un mot, de reprendre et de faire revivre le projet primitif qu'elle considère comme excellent et parfaitement réalisable.

Tel a été le sentiment de votre commission ; elle a considéré comme un devoir de vous l'exposer avec une franchise absolue, et j'ajoute qu'elle espère que vous voudrez bien le partager. Quoi qu'il en soit, elle a regardé comme un devoir non moins impérieux de faire abstraction de ses préférences et de répondre au questionnaire soumis par M. le préfet, de la façon la plus com-

plète et la plus impartiale. A cet effet, elle a, avec le concours de la municipalité, ouvert une enquête auprès des directeurs et des directrices des écoles et des salles d'asile : elle a adressé à chacun et à chacune d'elles le questionnaire préfectoral, et c'est en tenant compte des faits et des renseignements fournis qu'elle vous soumet les réponses aux différentes questions que nous allons successivement examiner.

Votre commission a cru utile de grouper dans des tableaux synoptiques les principaux renseignements émanant des directeurs et des direcr trices des écoles et des salles d'asile.

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