‹ Quelques remarques à propos de la Strychnothérapie de la Diphtérie MaligneChapitre 6 sur 25 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La diphtérie maligne est une affection dont les possibilités thérapeutiques et par suite le pronostic, se sont grandement modifiés dans ces dernières années par l'application de la strychnothérapie.

Cette méthode a été depuis son apparition appliquée, étudiée et enrichie par notre Maître M. le Professeur JANBON qui a déjà inspiré un travail important sur retler (el.

De cette découverte thérapeutique, ont résulté divers aspects cliniques nouveaux de la diphtérie maligne.

Avant l'apparition de la strychnothérapie, le syndrome précoce de la diphtérie maligne était presque toujours rapidement mortel, le syndrome secondaire l'était très souvent et le syndrome tardif souvent.

Il en résultait que si l’on avait sur ces trois syndromes pris séparément, des connaissances cliniques fort précises et magistralement décrites par VERDOUX, MaARFAN, GRENET et MÉZARD, on n'avait que rarement eu l’occasion de suivre une diphtérie maligne d'emblée qui put survivre pour présenter son syndrome secon-

(1) Thèse de André SAUVY (1936).

et A ==

daire malin, puis son syndrome tardif et finalement guérir.

Et encore Îles rares observations présentant cette évolution sont-elles le plus souvent étiquetées : angine d'emblée submaligne avec syndrome malin secondaire ou tardif.

Aussi, dans son enseignement oral, M. le Professeur JANBON pouvait-il conclure qu’en pratique : « toute diphtérie nettement maligne d'emblée était avant la strychnothérapie rapidement mortelle, ce pronostic fatal ne pouvant être que légèrement modifié par la seule sérothérapie précoce et massive ».

C’est l’évolution favorable d’une telle diphtérie d’emblée grandement maligne que nous avons pu suivre journellement pendant six mois, avec ses accidents malins secondaires et tie, qui nous a incité à choisir ce travail.

À vrai dire, l'intérêt qu'avait éveillé en nous l'étude de cette observation nous avait amené à consulter de nombreux travaux sur la diphtérie en général et sur la diphtérie maligne en particulier.

Encouragé par M. le Professeur JANBON, nous avions même formé le projet de tenter expérimentalement diverses recherches sur l’étiologie et la pathogénie si obscures et si déroutantes de la diphtérie maligne et sur le mode d’action de la strychnothérapie.

Les circonstances qui ont surpris la fin de notre scolarité non seulement ne nous ont pas permis de réaliser notre dessein, mais encore, nous ont contraint à rédiger et compléter hâtivement les quelques notes et idées que nous avions pu acquérir sur le sujet. Et ceci afin de pouvoir, en toute éventualité, accéder malgré tout, au couronnement final des cinq années d'études médicales.

La base de notre étude reposera donc sur l'exposé d'une observation.

Dans une première partie, nous n’hésitons pas à produire cette observation avec quelques détails, car elle présente, à notre avis, la valeur d’une véritable expérience clinique.

Dans une seconde partie, nous serons amenés à commenter les faits d'ordre clinique, évolutif et étiologique .qui nous ont paru mériter quelques précisions. Dans cette partie de notre travail, nous avons repris dans une brève étude d'ensemble, la symptomatologie de la diphtérie maligne avec ses principaux caractères évolutifs classiques. Et c’est dans ce cadre que nous avons placé nos commentaires.

Cette manière de faire nous semble présenter trois avantages

— D'abord, elle nous permet de réaffirmer la valeur des signes classiques.

— Klle nous permet, par la comparaison des symptômes, de vérifier la réalité de malignité du cas que nous rapportons (condition nécessaire pour établir la valeur de la strychnothérapie).

— Enfin, tout en donnant une place plus importante aux particularités de notre observation qui confirment ou infirment certaines théories où qui suggéreraient quelques idées nouvelles, cet exposé n'aura pas le défaut d'orienter le lecteur vers une conception trop étroite.

Let hs

Dans une troisième partie, nous analyserons la thérapeutique suivie et minutieusement décrite dans l'exposé de l'observation. Nous discuterons ses méthodes, ses résultats et, en particulier, son influence sur l’évolution de la diphtérie maligne.

Nous conclurons enfin, en donnant de façon fidèle, schématique, mais la plus pratique possible, les règles actuelles du traitement de la diphtérie maligne.

Notre étude, ainsi divisée, pourrait d’après son. plan être, de prime abord, sujette à certaines critiques : elle paraît partir d’une seule observation pour aboutir à formuler des règles générales. En somme, on pourrait nous reprocher d'utiliser le mode de raisonnement que les logiciens dénomment snductlion amplifiante, méthode répréhensible en médecine où si la méthode d'induction est courante, elle nécessite, pour être valable, l'étude patiente de nombreux malades.

Er réalité, nous nous défendons de cette erreur.

Nctre deuxième partie, en effet, n’est que le rappel de signes déjà bien connus dont nous avons simplement affirmé ou discuté la valeur. Nous avons égalemert isolé certains symptômes pour les mieux préciser à la lumière des études les plus récentes et de notre très modeste expérience. b

Notre troisième partie, un peu plus personnelle, ne s'appuie plus évidemment sur les données classiques qui manquent encore en la matière. Mais loin a’être dictée par cette unique observation, elle repose éga-

lement sur dix-huit autres observations (1) dépouillées par nous, et sur quelques indications particulièrement précieuses de M. le Professeur JANPON.

* Dans notre conclusion, enfin, nous avons délibérément formulé les règles du traitement de la diphtérie maligne. Redisons à nouveau ici que ces règles ne sont pas le fruit de la seule observation citée ; bien au contraire, celle-ci n’en est, dans notre esprit, qu’une des nombreuses confirmations, des plus convaincantes il est vrai.

Si ces arguments persuadent le lecteur ils attirent en revanche une autre critique : n’aurait-il pas été préférable d'exposer les données cliniques et thérapeutiques d’abord et ensuite notre observation expérimentale ainsi que quelques autres, à titre de confirmation ? Nous ne le pensons pas.

D'une part, la lecture seule de notre observation est particulièrement instructive. D'autre part, chronologiquement, c’est souvent par la connaissance totale et intime d’une seule observätion complète que l'on saisit toute la portée des conceptions doctrinales déjà connues et que l’on envisage des suggestions nouvelles que l’on.vérifiera par la suite jusqu'à la certitude tel est notre cas.

Aussi, est-ce sur cette observation typique placée en tête de notre travail, que nous avons pris exemples, preuves et prétextes pour rédiger les seules remarques personnelles de ce travail.

(1) Toutes ces observations appartiennent au Service des Maladies infectieuses du Professeur JANBON, et ont été mises aimablement à notre disposition par M. le Professeur BOUDET qui a la charge actuelle du Service.

Page 1