OBSERVATIONS
Observation I
(Recueillie par M. Meilhon)
Had... ben... B... ben... Ch..., ex-militaire, né à Mostaganem (Oran) en 1848, célibataire, entré le 31 juillet 1877.
D’après les renseignements adressés par le médecin en chef de l’Hôpital Saint-Lazare d’Oran, la maladie est accidentelle; elle présente les caractères de la démence paralytique avec manie des grandeurs, son développement remonte à un an environ, elle serait due à des abus vénériens et alcooliques.
Le certificat de quinzaine constate la paralysie générale progressive, et les notes subséquentes, sans relater de nouveau les symptôme's paralytiques, signalent des alternatives de calme et d’agitation, l’abolition progressive des facultés intellectuelles, quelques idées vagues de persécution. Le malade meurt en octobre 1881, par suite d’anasarque.
Observation ïï
(Recueillie par M. Meilhon)
K... ben... Af..., domicilié à Alger, trente-trois ans, cafetier, entré à l’Asile d’Aix, le 24 février 1880.
La cause de la maladie est inconnue, on sait seulement qu’elle remonte à deux mois environ, que le malade s’adonnait au kif et à l’alcool, et qu’il a commencé à divaguer à la suite des contrariétés qu’il éprouva à la suite de la fermeture de son café ; il ne voulait plus travailler et en vint bientôt à briser tout ce qui lui tombait sous la main, à menacer de mort ses enfants et son oncle.
Le certificat de quinzaine porte : paralysie générale, première période, léger embarras de la parole, mouvements fibrillaires des lèvres, marche mal assurée, agitation continue, idées de grandeurs et de richesses. (Signé : Docteur Dauby.)
Dès son entrée, le malade se disait empereur de l’Islam, dominateur des mondes, possédé par un génie; il avait du tremblement de la langue, de l’embarras de la parole, de l’inégalité, et parfois une contraction exagérée des pupilles ; souvent il ramassait des pierres qu’il prenait pour des diamants.
En mai 1880, il tombe dans une période de dépression, ne parle plus, se livre à des mouvements saccadés et automatiques.
En janvier 1881, on signale quelques hallucinations probables de la vue, et le malade s’excite de nouveau, il gesticule, imprime à ses lèvres un mouvement continu imitant le baiser, siffle, crie sans cesse, a des insomnies. Son état s’aggrave et il meurt le 12 août 1881.
A l’autopsie on trouve les lésions de la paralysie générale.
Observation ÏII
(Recueillie par M. Meilhon)
Mim... ben... Ah..., cinquante ans, sans profession, entrée le 14 novembre 1881.
Le certificat du docteur Battarel, chargé du service des aliénés à l’Hôpital de Mustapha, constate que cette malade, trouvée en état de vagabondage, par le service de la police, est atteinte de manie avec divagations, cris nocturnes et diurnes, inconscience des actes, des lieux et du temps, gâtisme.
Certificat de quinzaine ; est atteinte de démence paralytique, les symptômes physiques intellectuels sont très accusés ; elle est dangereuse pour elle-même et les personnes qui l’entourent. (Signé : Docteur Dauby.)
Au commencement de décembre elle paraît agitée, crie, s’excite facilement, pleure, chante, et se montre très incohérente.
L’affaiblissement fait des progrès et elle meurt, le 26 décembre 1881, d’atrepsie.
Observation IV
(Prise par M. Meilhon)
M’H... ben... B.... trente-cinq ans, interprète à la Commission d’enquête, entré le 5 juin 1882. Il est malade depuis plusieurs mois et a fait de nombreux excès alcooliques.
Certificat de quinzaine: Est atteint de paralysie générale avec excitation, idées de grandeurs, embarras de la parole. (Signé : Docteur Dauby.)
Le malade est agité, accuse des idées de grandeurs et de richesses, des hallucinations de l’ouie et de la vue, des troubles de la parole, du tremblement.
Il ne tarde pas à tomber dans le marasme et meurt le 16 juillet 1882.
Nous ne trouvons pas trace de son autopsie, mais le diagnostic de paralysie générale ne saurait faire aucun doute, d’autant plus qu’il est confirmé par .un certificat du docteur Viry, qui avait soigné le malade à l’Hôpital militaire de Milianah,et par un second certificat du docteur Battarel, chargé du service des aliénés à l’Hôpital civil de Mustapha, où le malade fit un court séjour.
Observation V
(Prise par M. Meilhon)
A... ben... Y..., quarante-cinq ans, domicilié à Alger, entré le 18 août 1882.
Renseignements donnés par le docteur Battarel : causes inconnues, alcoolisme probable, il paraît atteint de démence, est hébété, se cogne, se blesse à chaque instant contre les murs, gâte, joue avec ses matières fécales et pousse des cris sans motif. A été amené à l’Hôpital civil de Mustapha par le service de la police, après un bain forcé dans le bassin du radoub, d’où il a été repêché de suite par deux pontonniers ; il était en état de vagabondage et paraissait ne pas avoir mangé depuis plusieurs jours.
Certificat de quinzaine ; est atteint de paralysie générale progressive, avec démence, incohérence dans les idées et les actes, excitation violente.
Son état physique s’est considérablement aggravé par suite de son excitation continue et dangereuse. (Signé : docteur Dauby.)
En septembre, l’agitation persiste dans sa violence habituelle, l’état physique devient plus mauvais, et le malade meurt le 7 novembre 1882, d’une congestion cérébrale.
Observation VI
(Recueillie par M. Meilhon)
Ali... ben... H..., né aux Oulad-Salah, en 1826, domicilié à Blidah, lieutenant de tirailleurs algériens en retraite, entré le 6 janvier 1883.
Les causes de la maladie sont inconnues ; on sait seulement qu’elle a débuté il y a un an environ, et que son développement a été progressif. Le malade s’était porfé à des violences sur sa femme; il avait tenté une fois de se crever les yeux, une autre fois de se tuer ; il avait présenté aussi des périodes de calme, mais non complètement lucides, alternant avec des crises de fureur.
Le certificat de vingt-quatre heures porte: paralysie générale progressive, avec démence, idées de grandeurs et de satisfaction ; symptômes physiques très accusés, tremblement des membres, et mouvement fibrillaire des muscles de la face, embarras très prononcé de la parole. (Signé: docteur Dauby.)
Le malade présentait des alternatives de tristesse et d’exaltation, se disant puissamment riche, était n>alpropre et gâteux. Il mourait quelques jours après son entrée, le 18 janvier 1883, dans le marasme paralytique.
Ce diagnostic confirmait, du reste, le certificat du docteur Battarel, motivant l’évacuation de ce malade de l’Hôpital de Mustapha sur l’asile d’Aix.
L’alcoolisme nous semble cependant n’avoir pas été tout à fait étranger à la symptomatologie délirante du malade, témoins sa tentative de suicide rare chez les purs paralytiques, et les intervalles de lucidité relative au début de l’affection.
Observation VII
(Recueillie par M. Meilhon)
F... ben... M..., veuve A..., née en 1828, cinquante-cinq ans, sans profession, entrée à l’Asile le 12 juin 1883.
Renseignements adressés par M. Battarel : causes inconnues ; malade depuis plusieurs mois, agitation, divagation, gâtisme intermittent, gloutonnerie, hallucinations, difficulté de la parole, démarche incertaine, œdème passager de la face et des pieds, est atteinte de démence avec quelques symptômes de paralysie de la langue et des jambes.
Certificat de quinzaine : est atteinte de délire général avec affaiblissement des facultés mentales, embarras de la parole, mouvements fibri llaires des lèvres, excitation continue; gâtisme, démence paralytique probable. (Signé : docteur Dauby.)
Les notes mensuelles ne nous donnent pas d’indication nouvelle; la malade mourait du choléra le 28 août 1883, mais les symptômes que nous connaissons suffisent à porter le diagnostic.
Observation VIII
(Recueillie par M. Meilhon)
Y... ben... B..., né à Alger en 1845, employé au génie militaire, entré le 22 septembre 1883.
Il résulte des renseignements communiqués par M. le docteur Trabut, qu’avant d’être évacué sur l’Asile d’Aix, le malade était entré pour la quatrième fois à l’hôpital de Mustapha pour la même affection et qu’il en était sorti chaque fois dans
le même état sur la demande expresse de sa famille; c’était un alcoolique, dont la maladie, remontant à plusieurs années, avait revêtu une forme rémittente et s’accusait par des idées de grandeur, des hallucinations et une tendance marquée à la violence.
Notre confrère concluait à la manie des grandeurs avec hallucinations. Il n’est pas question de troubles somatiques, et cependant à son arrivée à l’Asile le malade offrait des symptômes de paralysie générale, comme le constate le certificat de quinzaine ainsi conçu : « Paralysie générale progressive avec délire dépressif, manie des grandeurs, impulsions violentes. »
Les phénomènes ataxiques étaient, sans doute, de date récente et n’avaient fait leur apparition qu’ après une longue période de délire sur ce terrain éminemment préparé par les excès alcooliques.
Les notes mensuelles relatent les mêmes signes objectifs, avec aggravation sensible, et le malade mourait le 1er avril 1884 dans le marasme paralytique.
Observation IX
M... ben... IL. , quarante ans, né à Mansourah (Constantine), domicilié à Alger, portefaix, entré le 24 novembre 1885.
Le malade a des antécédents héréditaires que le docteur Battarel ne peut spécifier ; il fut amené à l’hôpital de Mustapha dans un état d’agitation extrême avec insomnies, cris diurnes et nocturnes, hallucinations de l’ouïe et de la vue ; il voyait son frère, déchirait ses vêtements, dégradait les murs, et menaçait de couper le cou aux personnes de son entourage.
A l’Asile d’Aix, le docteur Dauby porte le diagnostic de démence paralytique caractérisée par un affaiblissement intellectuel et moral très prononcé, du délire expansif, de la faiblesse des membres inférieurs, du gâtisme.
En mai 1886, le délire prend une forme dépressive, le malade bredouille des propos incohérents et est gâteux. Il meurt le 8 janvier 1877. Nous ne trouvons pas trace de son autopsie.
Observation X
(Recueillie par M. Meilhon)
R... ben A..., né aux Beni-Sedko, quarante ans, journalier, entré le 3 septembre 1886.
Les causes de la maladie sont inconnues, mais il parait y avoir des antécédents héréditaires; elle remonte à plusieurs mois. Il est hébété, articule des mots sans suite, gâte, joue avec ses matières fécales, mange d’une façon gloutonne et accuse du tremblement de la langue, des contractions fréquentes et du grincement des mâchoires, de la faiblesse des jambes.
De ces phénomènes, le docteur Battarel conclut à la démence paralytique. Ce diagnostic est confirmé à l’Asile d’Aix par le docteur Dauby; le malade reste gâteux et meurt le 10 juin 1887, de paralysie générale progressive.
Observation X(
(Recueillie par M. Meilhon)
A... ben... R... ou G..., né au Béni Kanni, trente deux ans’ journalier, entre le 7 septembre 1886.
D’après les renseignements, le malade a été trouvé en état de vagabondage ; il accusait de la manie des idées religieuses, agitation, exaltation, refus de nourriture (elle est faite avec de la graisse de porc) et hallucinations de la vue et de l’ouïe.
A l’Asile, le docteur Dauby porte le diagnostic de paralysie générale avec agitation continue, embarras de la parole, mouvements fibrillaires des lèvres, inégalité des pupilles, affaiblissement des membres inférieurs.
L’agitation persiste avec les signes de paralysie générale jusqu’en 1887 ; à cette époque, survient une période de dépression, le malade reste en place sans initiative, observe un mutisme absolu et présente parfois des mouvements désordonnés et automatiques. En septembre, il entre à l’infirmerie pour tuberculose pulmonaire, surtout prononcée au sommet gauche; la diarrhée, l’amaigrissement surviennent et il meurt de phtisie, le 14 octobre 1887.
Observation XII
(Recueillie par M. Meilhon)
A. ben... H..., né à Laghouat (Alger), domicilié à Alger, vingt-cinq ans, étudiant, célibataire, entre le 18 octobre 1887.
Renseignements adressés par M. le docteur Battarel : la maladie, dont la cause est inconnue remonte à plusieurs mois ; elle a les caractères de la manie, avec idée de persécution et quelques idées de pouvoir et de richesses; on lui en veut, on dit du mal de lui, on ne parle que de lui; il est très sournois ; ce malade parle français ; il est relativement instruit, il s’est porté à des actes de violence sur son entourage, et ses voisins qu’il croit lui en vouloir et médire de lui.
Le certificat de quinzaine est ainsi conçu : manie chroni-
que caractérisée par de l’incohérence dans les idées et les actes, des hallucinations de la vue et de l’ouïe, des idées de persécution et de richesses. On dit du mal de lui, on l’insulte, il possède plusieurs millions ; querelleur, violent et dangereux. (Signé : docteur Dauby.)
Dès le début, nous notons une tendance marquée à la démence, le malade a des hallucinations de la vue et lutte avec des personnages imaginaires ; en février 1888, l’agitation persiste, avec un désordre extrême dans les idées et les actes, et le malade commence à déchirer ses vêtements et à se déshabiller. En septembre suivant, la démence est définitive, et à ce moment surviennent les mouvements choréi formes du bras droit; parfois il lève les yeux, écoute et se met à rire aux éclats ; pressé de nous répondre il ne nous adresse pas une parole, ferme les lèvres et pousse des sons inarticulés, des cris incompréhensibles.
Il a de la sialorrhée, et toute la journée il chante sans cesse l’air de la Marseillaise sans les paroles, et par instant envoie dans l’air des milliers de coups de poing à l’adresse dûin personnage imaginaire après lequel il court en poussant des cris de joie. On le surprend quelquefois se masturbant devant ses camarades sans la moindre pudeur.
Un jour il raconte à un surveillant qu’il possédait plusieurs millions, qu’il voyait et entendait deux Turcs jouer la comédie et que ce spectacle le faisait rire aux éclats. Le malade, quoique très amaigri au moment de son entrée, n’avait jamais présenté aucun symptôme qui pût faire soupçonner chez lui des désordres graves ; il était devenu malpropre et gâteux, mais le caractère de son délire n’était pas amélioré, quand il mourut presque subitement le 15 mars 1890.
Son autopsie nous ménagea des surprises ; dans le cerveau nous trouvons les lésions de la paralysie générale ; les parois
du crâne sont épaissies ; à droite, la dure-mère, généralement épaisse, adhère à la voûte crânienne; le long de la scissure interhémisphérique sur cet hémisphère, la pie - mère est œdématiée et la partie de cette membrane, qui recouvre le lobule pariétal supérieur, est le siège d’un léger piqueté sanguin. Mais de ce côté il n’y a pas d’adhérences à la substance corticale.
Dans le cerveau gauche, au contraire, la pie-mère est tellement adhérente à la substance grise du lobe frontal, jusqu’à la pariétale ascendante, que son extraction est très difficile, mais non impossible.
La substance corticale est amincie, tandis que la substance blanche est manifestement indurée. En faisant les sections de Pitres nous trouvons sur la coupe préfrontale, dans le centre ovale, un noyau de sclérose de la grosseur d’une lentille qui pourrait bien nous donner la raison des mouvements choréiques du bras droit observés chez le sujet.
Les ventricules, les autres coupes du cerveau et le bulbe ne nous donnent presque rien de particulier.
Poumons. — Le poumon droit a presque totalement disparu; il est recouvert d’une enveloppe épaisse ressemblant à une coque pseudo-membraneuse et intimement accolé à la partie supérieure contre la colonne vertébrale; il n’a pas 2 centimètres d’épaisseur, de sorte que la cavité thoracique droite est vide comme chez les fœtus et ne contient qp’un liquide épais, purulant, jaunâtre, granuleux, peu abondant; en somme le poumon droit est comme résorbé et le tissu pulmonaire a disparu pour faire place à une petite masse compacte, fibreuse, sclérosée, exsangue, très résistante à la coupe et dont les lambeaux, plongés dans l’eau, vont au fond du
vase.
La plèvre thoracique est également couverte de fausses membranes.
Le poumon gauche est tellement adhérent à la cage thoracique qu’il est difficile de l’en détacher ; il est rempli de tubercules dans toute son étendue et contient, au sommet, des cavernes remplies de pus.
Les lambeaux de ce poumon surnagent quand on les plonge dans beau.
Le cœur est hypertrophié, rempli de caillots dans le ventricule droit; débarrassé de ses caillots, il pèse 325 grammes.
Le foie, petit, noirâtre, très dur à la coupe, ne pèse que 1 kil. 350 grammes; il ne paraît pas tuberculeux.
Enfin on trouve dans le mésentère de nombreux ganglions tuberculeux.
Observation XIII
M. H... ben... Abd..., né à Cherchell (Alger), journalier, trente ans, divorcé, entre le 8 juillet 1889.
Renseignements fournis parM. le docteur Battarel : causes inconnues, incohérence des actes etdesidées, agitation, inquiétude, s’empare de tout ce qu’il rencontre, même de ses matières fécales, gâtisme, gloutonnerie, facilement violent, pérégrinations nocturnes, cris nocturnes, manie agitée.
Certificat de quinzaine : délire général, avec incohérence extrême dans les idées et les actes, affaiblissement des facultés intellectuelles et morales, parfois violent et malpropre ; le malade ne répond pas aux questions qu’on lui adresse, s’isole , paraît halluciné de l’ouïe, se barbouille d’excréments, ramasse tout ce qu’il rencontre. (Signé : Dr Dauby.)
Bientôt le malade paraît être dans la démence la plus corn-
plète, il s’agite, il pétrit ses ordures, collectionne, est toujours en mouvement, bredouille des propos incompréhensibles même pour ses camarades.
Il meurt le 16 août suivant, après une attaque congestive que, volontiers, nous aurions rattachée à l’épilepsie ignorée encore en raison de l’arrivée toute récente du malade, si l’autopsie, que nous ne rapportons pas, car elle n’offre rien de spécial, ne nous avait révélé les lésions caractéristiques de la paralysie générale.
Observation XIV
(Recueillie par nous dans les registres de la salle Pinel)
Mohamed ben Mohamed, marié, né à Laouia-Amazil (Dellys), demeurant à Alger, rue de la Casbah, quarante ans.
Entré le 17 septembre 1891, sur un certificat du docteur Martin.
Evacué sur la salle Pinel, d’après csrtificat du docteur Trabut.
Les causes de la maladie sont inconnues, alcoolisme possible.
Pas de renseignements. C’est le premier accès connu. La démence est continue, le malade présente de l’agitation, de l’inquiétude; il insiste continuellement pour sortir. Il a des hallucinations de l’ouïe et de la vue, de l’insomnie, de la difficulté de la parole, de la faiblesse dans les jambes, quelques idées de grandeur et en même temps de persécution. Le malade maigrit, mais il a bon appétit; il est peu docile, mais peu violent.
Cet indigène était brigadier de police à Alger, puis à
Tunis, d'où il est revenu sans motif. Le malade fut repris par sa famille le 25 septembre 1901, non guéri.
Deuxième entrée, le 7 octobre 1891 .Mohamed entre de nouveau à l’hôpital de Mustapha sur un certificat du docteur Nègre. Il est d’abord mis à i’état d’observation mentale, puis évacué sur le service d’aliénés du docteur Battarel.
Cette fois le malade est beaucoup plus agité ; il est inquiet, querelleur, il a des idées de persécution et se croit accusé de l’assassinat d’un général.
Il a également des idées de grandeurs, il se croit riche, il est sujet à des hallucinations et de Tinsomnie.
L’état général est médiocre, le malade n’a pas d’appétit. Il est évacué sur l’Asile d’Aix, le 14 octobre 1891.
Observation XV
(Recueillie par nous dans les registres de la salle Pinel)
Hadj Mohamed ben Mustapha, vingt-quatre ans, sans profession, célibataire, demeurant à Kouba, où il est propriétaire, né à Alger. Entré le 10 janvier 1895 sur certificat de M. le docteur Moutet.
Comme causes on ne relève qu’un peu d’hérédité ; la mère est bizarre, peu intelligente, fantasque.
C’est le premier accès connu. Le malade présente d’abord des idées de grandeurs,de puissance, il est plus qu’un roi; puis sè sont des idées de persécution, on le regarde de travers, on dit du mal de lui ; il a toujours été fantasque, il a essayé du commerce sans succès ; il a fait le pèlerinage de la Mecque, et a dû être rapatrié par les soins du consul de Damas k la suite de dépenses exagérées en Syrie. Puis il s’est pris d’une grande amitié pour un camarade d’école plus jeune que lui
(dix-neuf ans), qu’il veut imposer à sa famille en lui donnant sa sœur, qui n’est pas nubile. Ni la famille, ni le jeune homme ne veulent de cette combinaison, mais ce mariage, que lui seul désire, est pour lui une idée fixe. Il est jaloux de son frère qui d’après lui s’oppose à ses idées de mariage ; il l’accuse d’être le préféré de son père et veut le tuer.
En dernier lieu, il tente de se suicider en se tirant trois coups de revolver, dont l’un a porté en arrière de l’angle du maxillaire inférieur gauche. Le père de Hadj Mohamed, d’après celui-ci, est plus que millionnaire, mais lui se croit encore plus riche et plus puissant. Le malade est évacué sur l’Asile d’Aix, par M. le docteur Battarel, le 15 janvier
A propos de cette obs., ainsi que de lobs. XII (recueillie par M. Meilhon) où il est question d’un étudiant âgé de vingt-cinq ans, nous croyons devoir faire observer que l’âge peu avancé du malade n’est pas une cause absolue de rejet du diagnostic de paralysie générale.
Encore tout récemment, au dernier Congrès des «aliénistes et neurologistes » dans la douzième session tenue à Grenoble, du lrr au 8 août 1902, et dont faisait partie M. le professeur Grasset, de la Faculté de Montpellier, M. Dupré, de Paris, a cité un cas de paralysie générale précoce chez un débile hérédo-syphilitique il est vrai, mais âgé seulement de vingt-trois ans. Les lésions ont d’ailleurs été vérifiées à l’autopsie.
Observation XVI
(Recueillie par nous sur les registres de îa salle Pinel)
Omar ben Smaln, quarante cinq ans, célibataire, plongeurscaphandrier, sans domicile fixe, né à Alger. Le malade entre
Je 17 janvier 1895, sur certificat de M. le docteur Moreau. Les causes de la maladie sont inconnues. On ne peut avoir aucun renseignement sur l’hérédité et les antécédents. Le malade, plongeur de son métier, aurait commencé à divaguer à la suite d’une violente émotion. Il aurait été pris au fond de l’eau, la tête entre deux rochers, et n’aurait été retiré qu’avec peine de cette situation périlleuse.
Mis d’abord en salle commune, il n’a pu y être maintenu; il ne retrouvait plus son lit, ne voulait plus rendre les effets de ses voisins, et se disputait fréquemment avec eux.
Mis en observation mentale par M. le docteur Saliège, il fut évacué sur le service des aliénés par M. le docteur Moreau.
Il présente alors de l’inquiétude, parfois de l’agitation, il est inconscient du temps et des lieux, ne reconnaît ni son lit, ni ses vêtements, il a des troubles de la parole, de l’inégalité des pupilles, par moment du tremblement et de la faiblesse des jambes, et une très bonne opinion de sa valeur personnelle.
L’état général est assez bon et l’appétit excellent. Le malade est évacué sur l’Asile d’aliénés d’Aix, le 10 février
Observation XVII
(Recueillie par nous dans les registres de la salle Pinel)
Si Moussa ben Abderrhamam, quarante-huit ans, sans profession, né à Oued-Knater (Djelfa), marié.
Cet indigène vient de Djelfa et a été hospitalisé à l’hôpital militaire du Dey, sur certificat de M. le docteur Brault, médecin-major à Djelfa.
Les causes de la maladie sont inconnues; on n’a aucun renseignement sur l’hérédité.
On sait seulement qu’il lisait beaucoup le Coran, et qu’il méditait souvent dans la solitude. Il a été arrêté par la justice militaire à la suite d’une discussion violente, au cours de laquelle, sans aucun motif apparent, il tue sa femme, son fils, blesse plusieurs personnes de son entourage, et brise tout ce qui lui tombe sous la main.
Après avoir été gardé quelque temps en observation mentale à l’hôpital militaire du Dey, il est envoyé à l’hôpital civil de Mustapha, mis en observation, puis évacué sur le service des aliénés par le docteur Moreau.
Là, cet indigène présente de la méfiance, de la tristesse ; le plus souvent il garde un mutisme complet. Il présente une indifférence réelle ou affectée à tout ce qui l’entoure, à tout ce qu’on peut lui dire concernant sa famille, et à toute allusion aux faits qui lui sont reprochés. Il a des idées de persécution, il prétend qu’on lui en veut parce qu’il est très savant, il a une très bonne opinion de sa valeur. Il paraît avoir des hallucinations de l’ouïe.
Depuis son entrée dans le service il est très calme.
L’état général est assez bon, l’appétit est médiocre. On le surveille dans le cas d’impulsions violentes nouvelles, et on l’évacue sur l’Asile d’Aix, le 8 mars 1895.
f Observation XVÏÎÎ
(Recueillie par nous dans les registres de la salle Pinel)
Hadda bent Mohamed, dite Clémence, domestique, vingtsept ans, née à Tablat. Entrée le 26 avril 1895, sur certificat de M.le docteur Caussidou.
Les causes de la maladie sont inconnues ; on n’a aucun renseignement sur l’hérédité. C’est le premier accès observé.
Cette malade, orpheline depuis la famine de 1867, fut élevée par le cardinal Lavigerie. Son délire est continu. Elle a des idées de grandeurs, de richesses, elle a épousé, dit-elle, le roi d’Annam ; un de ses fils s’appelle Jésus-Christ, elle ne connaît pas l’autre, mais c’est, un « Grand », elle offre des récompenses d’argent à tout venant. Elle a aussi quelques idées de persécution. La malade a été docile jusqu’à ce jour. Son état général est bon. On l’évacue sur l’Asile d’aliénés d’Aix, le 15 mai 1895.
Nous ferons remarquer, à propos de cette observation, que presque toutes les femmes indigènes recueillies parle cardinal Lavigerie sont syphilitiques ou tuberculeuses, souvent alcooliques. Une visite à l’hôpital de Saint- Cyprien des Attafs confirmerait cette opinion.
Observation XIX
(Recueillie par nous dans les registres de la salle Pinel)
Aïcha bent Mohamed ben Ali, sans profession, trente cinq ans, née aux Oulad^Djellal (Tablat), mariée, demeurant à Alger.
Elle entre sur certificat de M. Caussidou. Le diagnostic porte : délire avec prédominance d’idées de grandeurs et peut-être de grandeurs exclusives. La malade est couverte d’ecchymoses, suites de chocs volontaires.
Elle est remise non guérie à ses parents qui viennent la chercher, le 5 octobre 1895.
Observation XX
Djadoun Mimi bent Mostefa, âgée de quarante-six ans, née à Dellys et demeurant à Chercheil.
Elle entre le 11 septembre 1902, sur certificat du docteur Lamothe, de Chercheil.
Les causes de la maladie sont inconnues.
Elle aurait ressenti un vif chagrin de son divorce. Elle serait malade depuis deux ans environ. Son délire est continu, elle est en proie à une agitation violente, elle tient des propos incohérents, se dit enceinte de neuf mois, sans aucun symptôme de grossesse. Elle prétend avoir le grade de général arabe Elle présente surtout des idées de grandeurs et sé porte à des voies de fait quand on la contrarie* elle casse, brise tout ce qui est à sa portée, déchire ses vêtements et pousse des cris surtout nocturnes.
L’état général est peu satisfaisant, l’appétit variable. La malade n’a pas eu ses règles depuis son arrivée.
Elle est évacuée le 30 septembre 1897 sur l’Asile d’Aix.
Nous devons citer, à propos de cette observation, une communication de MM. Dupré et Pugniez. Ces deux auteurs présentent une malade âgée de trente-cinq ans, paralytique générale, accusant un délire de. grossesse et un ensemble de signes somatiques de grossesse. La conviction de grossesse était donc absolue aussi bien chez la malade que dans son entourage.
Cependant, au terme approximatif de la prétendue grossesse, les règles réapparurent, mais les symptômes extérieurs persistèrent encore quelque temps (Gazette des Hôpitaux , 75e année, n° 95. Congrès des aliénistes et neurologistes).
Observation XXI
(Recueillie par nous dans les registres de la salle Pinel)
El Hadj ben Tarifa, cinquante-six ans, cultivateur, né à Laghouat.
Le malade entre le 14 mai 1900, sur un certificat de M. le docteur Vœkel, directeur de l’hôpital de Laghouat.
La cause de la maladie serait accidentelle, nous n’avons aucun renseignement sur l’hérédité; la maladie durerait depuis 1892, d’après le certificat du docteur Vœkel. Il aurait, depuis cette date, un accès chaque hiver et il a été mis déjà en observation mentale deux fois à* l’hôpital de Laghouat.
Il présente des idées de grandeur, de richesses, tout lui appartient, le pavillon où il est enfermé, le mobilier de sa cellule, les arbres, l’hôpital même tout entier, les infirmiers sont ses domestiques, le gouverneur général de l’Algérie, le général de division vont venir le voir. Il n’a pas encore eu, depuis son arrivée à l’hôpital, de crises de violence ou d’excitation, mais à Laghouat, dans la première crise, en janvier 1892, à la suite d’une querelle, il a mis deux fois de suite le feu à un champ d’alfa, autour des tentes.
L’état général est bon. Le malade est évacué sur l’Asile de Pierrefeu, le 11 juin 1900.
Observation XXII
(Recueillie par nous dans les registres de la salle Pinel)
Hadj-Kouider Hamed, sans profession, trente-huit ans, marié, né aux Attafs (Duperré), demeurant à Duperré. Le
malade entre le 10 juin sur certificat de M. le docteur Prunier, de Duperré.
Cet indigène n’a pas d’hérédité connue; la maladie aurait débuté il y a six mois. Le malade présente de la loquacité, des divagations, de l’incohérence des actes et du langage, mélange d’idées de grandeur et de persécution avec prédominance d’idées religieuses.
Avant son entrée à l’hôpital, il était agité, menaçait ceux qui l’entouraient de coups de couteau et de fusil. Il est plus calme à l’hôpital, manifeste sa sympathie pour le personnel avec exagération, à la mode arabe.
Le malade est évacué sur l’Asile de Pierrefeu, le 2 juillet
Observation XXIII
(Recueillie dans les registres de la salle Pinel)
Zerouah Ali ben Abdelkader, journalier, vingt-cinq ans, né à Coléa (Alger), domicilié à Coléa.
Les causes de la maladie sont inconnues ; le malade n'a pas d’hérédité mentale connue.
Il entre à l’hôpital civil de Mustapha, salle Broussais, sur les certificats de MM. les docteurs Danvin et Roussel, de Coléa; puis, son état ne permettant pas son séjour en salle commune, le docteur Moreau l’évacue sur le service des aliénés. Les témoignages, joints aux certificats, attestent que Zérouah, s’imaginant posséder des vignes qu’il n’a plus, se promenait dans celles d’autrui, y causant des déprédations, saccageant tout, s’emportant et menaçant ceux qui voulaient l’en empêcher.
A l’hôpital il est assez calme, mais il répond d’une façon bizarre aux questions qu’on lui pose, il regarde le ciel d’un
air singulier et comme inspiré ; mis sur le thème de ses vignes, il affirme posséder, à Coléa, 60 hectares de vignes qui lui ontété donnés par un propriétaire mort sans enfants. Ces affirmations assez vraisemblables semblent la continuation des faits délirants qui ont amené Zerouah à l’hôpital .
Le malade, assez docile à l’hôpital, est violent chez lui et a une crise de délire furieux le 9 juin.
Il est évacué sur l’asile de Pierrefeu, le 2 juillet 1900.
Observation XXIV
(Recueillie dans les registres de la salle Pinel)
Yakhlef Mohamed ben Abdelkader, vingt-trois ans, marié, né à Boufarick, journalier, admis le 10 mars 1902, sur certificat de M. le docteur Moreau, constatant qu’il est atteint de paralysie générale alcoolique.
Le malade avait déjà fait un séjour à l’hôpital, du 15 juillet au 3 août 1899 ; nous n’avons eu aucun renseignement sur l’hérédité. Il serait malade depuis trois ou quatre ans.
Il avait été arrêté à Boufarick pour délire furieux, mais arrivé à l’hôpital, probablement à la suite de la suppression de l’alcool, le malade tombe dans l’abattement, Phébétitude, il est atone, inerte, inconscient. Quand on l’interroge, il bredouille quelques mots de réponse. Il fait sous lui, gâte son lit. lia cependant quelques velléités de révolte, menace parfois les infirmiers, mange gloutonnement. En un mot, il est devenu un dément gâteux.
L’état général est médiocre, le sommeil paraît être interrompu par des rêves terrifiants, il pousse des cris nocturnes.
Il est évacué sur l’Asile de Pierrefeu, le 24 mars 1902.