PRÉFACE
et c’est justice, car ils n'avaient que du talent, et encore, un certain genre de talent. Et notre mémoire se doit charger d'assez de noms illustres pour être excusable de négliger ceux qui ne sont qu’honorables.
Du moins, dans une époque où certaines classes de la société française connurent une douceur de vivre dont le souvenir est demeuré légendaire, ils ont contribué à répandre en Europe cette grâce et ce bon goût qui subjuguaient nos ennemis mêmes et faisaient d'eux nos plus zélés admirateurs.
C’est à ce titre, je le sais, que mes modestes héros vous seront chers.
On les avait encore bien peu étudiés, voici quelque vingt-deux ans, quand je tentais de constituer leur dossier.
Depuis, d’importants ouvrages ont paru dont les peintres en question ne faisaient pas exclusivement l’objet, mais dans lesquels de savants historiens accumulèrent beaucoup d'informations sur leur temps et même sur beaucoup de leurs travaux.
Loin de moi l’idée qu'on m’ait pillé. Comment ces auteurs l’auraient-ils fait, puisque mes notes étaient restées manuscrites? Au contraire, j'ai puisé dans leurs livres bien plus de motifs de comparaison et de méditation qu'ils n’en eussent trouvé dans le mien si je l'avais publié quand il naquit.
Mais, par un travers contracté sans doute dans l’exercice de la critique d'art, j’'éprouverais un plaisir sentimental à ce qu'on m'accordât, sur ma parole, que j'ai, depuis fort longtemps, poursuivi ces ombres falotes, presque abolies par deux siècles d’oubli.