POST-SCRIPTUM
Pour terminer cet inventaire sommaire d’un dossier de plus de quatre-vingts lettres de l’ami Champfleury, il faut, pour essayer tout au moins d’être complet, passer rapidement en revue quelques exemplaires de ma bibliothèque dans lesquels ont pris place quelques lettres plus spéciales.
C’est ainsi que dans un exemplaire de Hippohjte Bellangé et son œuvre , on trouve avec les fumés — ceci dit pour les collectionneurs — et divers autographes d’Amateurs Anglais signalant des pièces inconnues, on trouve cette lettre :
11 a été fait, mon cher ami (25 octobre 1879), sous la Restauration ou sous Louis- Philippe, un grand nombre de « faïences fines « à Creil ou à Montereau avec des « décors» (à l’aide de reports de gravures. C’est ce qu’on appelle habituellement « décor par impression - , mais je n’ai jamais vu de dessin de Bellangé reproduit par ce système ou si ce dessinateur a travaillé pour les faïenceries, les combats ou batailles qui me sont passés sous les yeux n’offrent-ils que des banalités de crayon qui sont même au-dessous de Victor Adam.
— J’ai reçu votre nouveau volume, mon cher ami (2 1 octobre 1880),° et je vous en remercie. Il est bien conçu dans les données modernes, au point de vue biographique et critique et l’illustration ne laisse rien à désirer.
C’est une pierre de plus à ajouter au monument normand
que vous élevez patiemment, avec un si vif amour de l’art ; il faudra bien qu’un jour on vous en tienne compte.
Je regrette de ne pouvoir faire d’article à ce sujet ; les places sont prises dans les quelques Revues où je travaille, chacun y a sa place bien marquée et n’entend pas qu’on s’y introduise; mais la publicité ne vous est-elle pas d’avance largement acquise, grâce à ce travail qui n’existait pas, grâce à l’influence qu’a votre éditeur dans la presse ! Merci donc de nouveau et à vous bien cordialement.
Dans un autre exemplaire de la Farce des Quiolards se trouve aussi celle-ci qui est fort amusante :
Je reçois, mon cher ami (16 novembre 1881), votre joli volume de la Farce des Quiolards; il me rappelle une autre farce de ma façon qui s’adaptait étroitement à celle-ci et aux Arts Décor ccti/ si ?
Cela serait trop long à vous conter, qu’il vous suffise de savoir pour votre instruction que nous avons fait représenter à Paris de la comédie des Qaiolarcls arrangée, coupée et francisée par Ed. Fournier; certainement dans la Patrie d’il y a quatre ou cinq ans vous trouveriez un feuilleton du dit Fournier à ce sujet.
Le succès fut d’estime : il n’y avait d’ailleurs que des invités dans la salle ; je crois me rappeler qu’etfrayé d’un assemblage d’Art industriel, de magasins réunis, des inventions de Guichard, organisateur de ces fêtes, je n’osai assister à la séance d’ouverture.
Le tout était insensé. Mortillet représentait: la science préhistorique et anthropologique; Mlle Fonta, de l’Opéra : la danse archaïque; Fournier : le théâtre du passé; Bartholdi: la statue de l’indépendance américaine; je devais diriger un cours de coiffures de femmes depuis les. temps les plus reculés jusqu’à nos jours; tous les coiffeurs archéologues de Paris devaient être convoqués, etc., etc.; le plus clair fut la représentation des Quiolards : après quoi l’affaire tomba.
Il n’en sera pas de môme de votre volume. La confection en est bien entendue, les eaux-fortes sont bien dans l’esprit
du temps, la notice intéressante, que peut-on demander de mieux?
Dans la Promenade du Pont de Bateaux qui date à peu près de la môme époque, prit place cette lettre un peu antérieure :
J’arrive après une petite tournée, mon cher Adeline (29 août 1881), et je trouve votre lettre et le joli volume rose; je l’ai feuilleté aussitôt. C’est une des publications les plus soignées de l’imprimerie de Rouen; les entourages de pages sont très réussis ; vous ne pourrez en dire autant du volume que je vous envoie aujourd’hui par la poste. Vous étiez comme vous êtes toujours sur ma liste; mais les exemplaires n’ont été envoyés que pendant mon absence.
Puisque vous ôtes en verve de *< rouenneries » pourquoi ne publieriez- vous pas: la gravure populaire à Rouen? Je crois vous en avoir déjà parlé. L 'Art ou la Gazette vous prendraient volontiers ce travail, je pense que la Bibliothèque de Baudry vous fournirait les renseignements et vous feriez pour Rouen ce qu’ont fait à Troyes avec les vieux bois 1 es imprimeurs. Les anciens Almanachs de Rouen du xvne siècle que j’ai vus à l’Arsenal renferment quelques bois bien curieux qu’on ne trouve, je crois, que dans vos imprimeries. Pensez-y, car on pourrait bien s’emparer de l’idée.
Et avant (13 septembre 1879), j’avais reçu une longue lettre à propos des Quais de Rouen autrefois et aujourd'hui, lettre que je ne puis que résumer ici en trois lignes « vos travaux relatifs à la Normandie commencent à former un tas respectable, vous devez — et vous prendrez — rang dans le pays... » et « serez récompensé comme vous le méritez, bien que vous n’ayez pas Pair de vous en douter » et j’en ai déjà trop dit... Ceux de mes amis qui savent lire entre les lignes... comprendront presque trop aisément, le sens de ces citations d’une lettre datée de 1879!
Quant aux Sculptures grotesques et symboliques un exemplaire unique — gros comme un Bottin — contenant les dessins originaux, des fumés et des autographes divers, a reçu à la place d’honneur des lettres curieuses dont voici quelques extraits qui me paraissent assez utiles pour l’histoire de la Caricature :
I. J’ai reçu hier, mon cher Adeline (12 août 1877', ce précieux volume de la Bouille et je vous remercie vivement de ce cadeau. lia typographie ne laisse rien à désirer et vos vignettes ne coutribuent pas peu à donner une nouvelle yie à cet opuscule qui a déjà diverti plusieurs générations.
Votre idée de Sculptures grotesques me paraît une idée si elle est suivie de près et si elle embrasse une province telle que la Normandie; mais je crois qu’elle ne devrait pas être présentée aussi simplement que mon Histoire de Ici Caricature. J’entends qu’un développement archéologique étant donné à une question assez obscure pour être étudiée à nouveau, il conviendrait de lui donner un format respectable et ne pas craindre de rehausser le prix.
Mon Histoire de la Caricature qui a eu deux éditions a été tirée à 3,500 exemplaires, ce qui est énorme. On n’atteindrait pas vraisemblablement ce chilfre avec une monographie traitée scientifiquement. Votre publication telle que je la comprends ferait suite aux publications sur l’architecture et aurait besoin d’eaux-fortes et d’un format semblable à vos anciens monuments de Rouen.
Je ne demanderai fias mieux que de collaborer à ce travail, si vous le jugez nécessaire; mais j’aurai besoin de notes bien précises.
Quant à Chamisso — (et ici il est fait allusion à une série de dessins dont les aquarelles sont conservées dans mes cartons) — quant à Chamisso, je suis tout à votre service et il me paraît qu’une courte introduction suffira. Peut-être un jour, donnerai-je un certain développement à une étude sur l’homme; j’ai des documents très précieux à ce sujet. Mais, mais, mais quand? Tant de travaux me lient les bras et par-
ticulièrement la Manufacture m’enserrera de si près pendant quelques années, que je ne dois penser aujourd’hui qu’à terminer ce qui ést commencé. En tout cas, disposez de moi et croyez-moi votre bien affectueux.
IÎ. J’ai cru un instant pouvoir aller à Rouen, mon cher ami (18 septembre 1 877), à l’eftet de m’entendre avec vous et votre éditeur de votre projet de publication de figures satiriques du Moyen-Age.
Veuillez, je vous prie en attendant, dire à l’éditeur qu’il y aurait trop d’écriture à dépenser avant de s’éclairer.
En tout cas, ainsi que je vous bavais dit, je ne pourrais adopter le format in- 1 8, qui ne prête pas à de sérieux travaux de reproduction. Dentu, au cas où on traiterait avec lui, ne l’accepterait certainement pas et moi-même je ne peux lui faire concurrence par un format qui ressemblerait trop à celui de la Caricature.
D’ailleurs, c’est une notice et non un volume que je pourrai écrire sur la question.
Accablé de besogne qui dépasse mes forces, je ne serai pas maître de mon temps avant la seconde moitié de 1878.
J’éliquèlc de tiches imprimées tout le Musée Céramique et de là je passe immédiatement au catalogue.
Joignez à cette énorme besogne de six heures par jour au moins, mes propres publications en train et jugez s’il me reste quelques forces pour m’attacher à l'heure qu’il est à un travail imprévu.
Si je peux d’ici à quelque temps prendre quelques jours de repos et aller à Rouen, je vous préviendrai.
J II. J’attends vos épreuves de plume ferme, mon cher Adeline (25 janvier 1878), les dessins m’indiqueront dans quelle voie je dois entrer pour répondre aux vœux de l’éditeur.
L’effrovable besogne d’aménagement et de typographie du Musée est doublée de ceci, que chaque matin je dois livrer de la pâture à un menuisier et à un compositeur qui sont les deux mauvais larrons de ma vie de conservateur.
Joignez à cela une révision de chaque, pièce, sa désignation sommaire, des marques et armoiries inconnues à cher-
cher, des provenances indéterminées, des erreurs d’attributions, de dates, de fabrication à rectifier autant que possible; ceci vous expliquera dans quel enfer le pauvre Henry Monnier et moi sommes plongés.
J’ai refusé d’écrire des articles sur Courbet, en ayant publié trois assez développés sur diverses phases de noire vie de jeunesse et.de lutles. Je ne me sens pas encore assez vieux pour rabâcher et d’ailleurs les événements politiques auxquels a été mêlé Courbet m’auraient gêné considérablement. Ce ramassis de singes qui tenaient des rasoirs ouverts dans la Commuue m’a toujours inquiété.
IV. A une dédicace, mon cher ami '30 janvier 1878), je préférerais un avertissement dans l’intérêt du livre.
11 faut se présenter sérieusement en face du public et laisser toute camaraderie de côté
Ma i'ré/ace semblerait n’avoir été obtenue qu’en raison des amitiés de la Dédicace.
Ce sont des nuances que vous admettrez d’autant plus, je le crois, que je ne vous tiens pas moins compte de la pensée cordiale qui vous avait poussé à me dédier ce travail.
Voyez donc à modifier votre avertissement dans ce sens avec les quelqnes corrections que je vous indique et quand le tout sera en épreuves avec ma préface, envoyez-les moi.
J’attends toujours vos épreuvesde gravures, j’ai déjà quelques points nouveaux à traiter; vos dessins doivent me fournir non pas des rabâchages et des redites, mais quelques touches de nature à éclairer la question.
V. J’ai reçu hier soir votre envoi, mon cher Adeline (4 février 1878), et je me suis donné tout aussitôt le plaisir de regarder vos jolies illustrations du voyage de Saint-Cloud.
Quant au volume des Sculptures grotesques, voici ce que m’inspire la vue des images.
Je voudrais que le titre exprimât mieux le contenu, par exemple, ou :
Monuments Normands Grotesques et symboliques du Moyen-Age et de la Renaissance .
ou :
Sculptures Normandes Grotesques et symboliques du Moyen-Age et de la Renaissance au besoin on pourrait ajouter comme dans votre titre :
— Rouen et ses Environs —
Il serait bon que symbolique figure dans votre titre, car un certain nombre de monuments n’appariient pas au domaine du grotesque .
11 me semble également que Moyen-Age et Renaissance doivent figurer dans le titre, de môme que Normand. Ces indications ont même leur portée archéologique.
Maintenant vous me pressez bien fort. Je veux bien enrayer un peu mes travaux à la Manufacture qui sont considérables; mais le Daumicr est à heure fixe. Il s’agit d’une grande infortune. On a fait appel cà ma bonne volonté et j’ai répondu oui.
Vous ne me dites pas, d’ailleurs, quelle étendue approximative doit avoir cette Préface que je ne veux pas bâcler. La matière est grave. J imagine également que vous donnez une analyse de chacun de ces monuments et alors pour suivre l’ordre hiérarchique il faudrait également que votre titre portât: & Texte et Vignettes par J. Adeline au lieu de Vignettes et Texte.
Je vais toutefois faire des efforts pour vous satisfaire, mais soyez précis et répondez-moi de telle sorte que nous ne perdions pas de temps en correspondance, car alors un voyage à Rouen du samedi au dimanche soir vaudrait mieux.
Je crois que ce volume se présentera bien et fera un digne pendant au Saint-Cloud , toutefois il ne faut pas se dissimulér que le frivole xvme siècle amuse bien plus le public des bibliophiles que le Moyen-Age et la Renaissance.
P. S. Après vous avoir écrit je me suis mis résolument à la besogne, posant mes jalons entre lesquels doivent se placer mes vues d’ensemble.
11 me sera difficile, je le vois, de dire et de vouloir faire
tant de pages ; je tiens à ne pas être circonscrit rigoureusement. Gela me gênerait.
Je ferai une Préface le plus vivement possible pour répondre à vos désirs; mais elle sera ce qu’elle sera, sans que je puisse m’astreindre à un nombre voulu de feuillets.
Communiquez ma lettre à M. Augé; je tiens à le satisfaire et à me satisfaire.
Je tiens surtout cà ne pas bourrer cette préface de redi les et pour vous plaire j’estime qu’elle sera courte et de quelques pages seulement.
Tout bien considéré, j’estime que ce voyage à Rouen est indispensable, et que nous puissions, mon premier jet tracé, en causer plus longuement (voyez quelle longue lettre) samedi soir ou vers 2 heures de (après-midi, car je n’ai pas d’indicateur de chemin de fer sous les yeux.