‹ Quelques Tendances nouvelles en PuéricultureChapitre 3 sur 20 · M. LE PROFESSEUR AGRÉGÉ RIBIERRE · texte numérisé non relu

M. LE PROFESSEUR AGRÉGÉ RIBIERRE

M. ze Docreur LESAGE

Introduetion -

Les institutions publiques ou privées, fondées pour recueillir les mères nécessiteuses, garder ou soigner les nourrissons, n'atteindraient qu'en partie leur but, qui est en fin de compte la lutte contre la mortalité infantile et l'amélioration de la race, si elles se contentaient de mettre à la disposition des mères des locaux parfaitement adaptés et administrés où celles-ci peuvent, soit se reposer pendant la fin de leur grossesse, soit confier leurs nourrissons pendant les journées de travail, ou bien encore venir consuiter le médecin. ;

Ces institutions auraient ainsi une influence forcément très limitée et ne feraient bénéficier qu'un petit nombre d’enfants ou de mères des soins médicaux. Elles peuvent faire plus cependant et facilement. Il reste, en effet, à remplir une tâche fort importante, celle de faire de la propagande, de faire connaître ces institutions de protection de la mère et de l'enfant. Il est indispensable de faire de la publicité et d’instruire les mères qui souvent ne savent pas même s'organiser chez elles, et à plus forte raison, ignorent les œuvres dont elles pourraient faire partie ou qui pourraient leur porter secours. Il faut diriger les mères nécessiteuses ou désireuses d'apprendre et obtenir qu’elles demandent et suiventles avis médicaux.

Dan Dee

Il est donc indispensable que chaque œuvre possède un moyen de faire sa propagande et d'étendre son rayon d'action, pour ‘augmenter considérablement le nombre des mères secourues ou dirigées médicalement. C'est en utilisant un personnel spécialisé que ce but sera atteint. Ce personnel existe dans certaines œuvres et porte le plus souvent le nom d’ « infirmières visiteuses ».

Déjà, parmi les premières fondations créées pour secourir les mères, les mutualités maternelles fondées en 1891 s’assurèrent le concours de dames visiteuses pour contrôler l'hygiène de la mère et de l'enfant. C'était reconnaître l'utilité de la surveillance à domicile que prévoyait 15 ans plus tôt la loi Roussel, complétée par le règlement de 1877 qui instituait les commissions locales de surveillance. Celles-ci ne fonctionnèrent malheureusement presque nulle part. Mais la surveillance de ces dames visiteuses des mutualités maternelles ne s’exerçait que sur les sociétaires et il n’était pas encore question de propagande ou d'action à domicile.

Cependant, le besoin se faisait sentir de prendre les devants et d'aller au domicile des mères inscrites dans les consultations de nourrissons, pour leur donner les conseils sans lesquels la santé de leurs enfants décline rapidement. C'était le vœu de tous les puériculteurs qui voyaient venir à leur consultation une trop grande majorité d'enfants déjà malades et qui auraient voulu prévenir ces maladies. Puisque les mères ne peuvent abandonner chaque semaine leur intérieur pendant plusieurs heures pour faire examiner un enfant bien portant, n'est-il pas

logique qu’une personne expérimentée vienne se rendre

mrOie

compte que tout va bien et fasse connaître au médecin le résultat de son enquête. ?

Il existe, depuis 1905 environ, des dames visiteuses officielles, nommées par le Préfet de police. Mais elles ne s'occupent que des nourrissons protégés par la loi Roussel. L'assistance publique, d'autre part, possède également une trentaine de dames déléguées, pourvues du diplôme d’infirmière, qui visitent les enfants secourus par le bureau de bienfaisance. Nous verrons plus loin que ces dames visiteuses officielles ne sont pas en relation avec Le médecin, ce qui est regrettable. En 1900, Variot pouvaïñt donc dire en parlant des dames visiteuses : « cette innovation est dans l’air », et il montrait le rôle qu’elles devaient avoir : instruire les mères en tout ce-qui touche à l'hygiène infantile et faire appeler le médecin en cas de maladie, ayant ainsi un rôle d’assistantes.

Pendant que l’on discutait sur le rôle et l’utilité des dames visiteuses, leurs relations avec le médecin, cette institution se développait à l'étranger. En Angleterre et en Amérique, il existe, en effet, des visiteuses officielles ou volontaires, en rapport avec le service médical de la municipalité, dont l’origine remonte à 1862 pour l’Angleterre, à 1900 pour les Etats-Unis. Il nous paraît utile de connaître le fonctionnement des organismes sociaux anglo-américains, car nous pouvons tirer profit de l’étude de leur orgaisation et des résultats obtenus.

Nous exposerons comment est conçue aux Etats-Unis la protection de l’enfance et nous étudierons les résultats que peut produire la méthode américaine transplantée en France, car cet essai a été fait dans le XIV° arrondis-

sement de Paris, par la Croix-Rouge américaine, qui y a créé le patronage franco-américain.

Nous verrons que la cheville ouvrière de ces œuvres est l'infirmière visiteuse. Nous étudierons alors son rôle, son but, les connaissances qui lui sont nécessaires. Nous signalerons ensuite les œuvres qui utilisent les infirmières visiteuses. Nous aurons ainsi à étudier, après le Patronage franco-américain, une nouvelle formation franco-américaine, l'Ecole de puériculture de la Faculté de Médecine qui représente l’union de trois dispensaires (femmes en état de gestation ; nourrissons ; enfants de 3 à 15 ans), et qui est destinée à être une école modèle ouverte aux médecins, aux étudiants, aux sages-femmes et aux infirmières. Le type que représente cette fondation sera certainement adopté, avec quelques modifications, par d’autres universités de France, qui auront à cœur de créer leurs écoles régionales de puériculture.

Les anciennes institutions ne sont plus, en effet, assez bien armées pour la lutte contre la mortalité infantile et les consultations de nourrissons, notamment, ont d'insuffisants moyens d'action. Outre le reproche qu'on-leur a fait d'être un lieu de contagion pour les nourrissons qui viennent s’y faire peser et sont forcément en contact avec des nourrissons en état d'incubation et même d’invasion d'une maladie éruptive, on peut encore estimer qu'il y a mieux à faire que de s'adresser à un nourrisson dont la vie intra-utérine n’a pas été surveillée. Certes, ces consultations sont d’une grande utilité et il n’y a pas lieu de chercher à les faire dispayaître. Mais pourquoi limiter

l'effort et se contenter de soigner les nourrissons ? La

A et

femme en état de gestation doit non seulemnt être protégée, mais doit être suivie médicalement pendant toute sa grossesse. La santé du nourrisson dépend de la santé de la mère. Aussi doit-on associer les consultations de nourrissons et celles des femmes en état de gestation, pour faire de la puériculture complète avant et après la naissance. Dans le but d'améliorer la race, il faut, comme le pense M. le Professeur Couvelaire, modifier la conception jusqu'alors admise et ne pas faire du nourrisson le but vers lequel tendent tous les efforts ; mais faire en scrte que la mère soit mieux soignée, mieux protégée, de façon que l'enfant procréé soit le plus vigoureux, le plus sain possible. C’est donc la mère qu’il faut entourer de soins, c'est pour elle qu’il faut multiplier les œuvres capables de la recevoir pendant sa gestation et après l’accouchement.

Tel a été le but poursuivi par le Conseil général de la Loire, en créant la Maison maternelle de Saint-Etienne, cuvre de guerre dont nous exposerons l’organisation à la fin de cette étude.

C’est aussi ce que réalise la Maison maternelle nationale de Saint-Maurice, créée récemment par le Ministère .de l’Hygiène, sous la direction de M. le Professeur Pinard.

La Protection de l'Enfance aux Etats-Unis |

Dans quelques pays étrangers (Angleterre et Etats-Unis notamment), la protection de l'enfance est assurée en grande partie, grâce à des visiteuses qui ont un rôle beaucoup plus important qu'en France.

C'est ainsi qu'en Angleterre, il existe- des inspectrices officielles dans tous les grands centres industriels « ladies inspectors », dames visiteuses du premier âge.

Elles ont dans leurs attributions principales : d'aider. au service de protection de la femme enceinte, en surveillant la grossesse, en donnant aux futures mères des conseils d'hygiène, les mesures à prendre, soit pour elles-mêmes, soit pour la santé de l'enfant à venir. Elles

sont averties des naissances et vont visiter la mère pen-

dant les suites de couches, faisant un rapport sur les

conditions de santé, d'alimentation et de logement au médecin de qui elles dépendent, encourageant les mères à l'allaitement au sein, surveillant le nourrisson, faisant de la propagande pour amener les mères à la consultation de nourrissons. Elles sont aidées dans l'exercice de leur service par des visiteuses bénévoles dont elles sont chargées de faire l’éducation et qu’elles guident dans les enquêtes.

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Toutefois, cette organisation n'offre pas le caractère de généralisation qui existe aux Etats-Unis, où, à l'heure actuelle, toutes les œuvres de protection de l'enfance comportent un service d'infirmières visiteuses.

Pour mettre en valeur l'importance de cette organisation, il nous paraît nécessaire de faire un résumé rapide des services de la protection maternelle et infantile telle qu'elle a été organisée depuis quelques années aux Etats- Unis (1).

C'est vers 1900, qu'aux Etats-Unis apparaissent, dans la plupart des grandes villes, des œuvres privées d’assistance ayant pour but de lutter contre la mortalité infantile. Dans différents grands centres, comme New-York, Boston, Philadelphie, etc., il existait déjà des œuvres charitables, ayant un service social dont le but était de donner assistance aux enfants malades, en particulier de surveiller les nourrissons pendant les mois d'été. Mais ce n'est que depuis vingt ans environ que l’action de protection organisée par le service social s’est étendue aux enfants sains.

Ces œuvres d'assistance infantile, dues uniquement d’abord à l'initiative privée, ayant eu pour résultat immédiat un abaissement du taux de la mortalité infantile, n’ont pas tardé à intéresser à leur action, les administrations publiques d'assistance et d'hygiène, ce qui a déterminé, par la suite, la création, dans la plupart des Etats, d'un service spécial de surveillance de l’enfance dépendant directement du service de l'hygiène publique.

(1) Lutte contre la mortalité infantile aux Etats-Unis, D’Arnaud- Delil'e. — Revue Philanlhropique, 10° février 1919.

Le Bureau DE L'ENFANCE (Children’ Bureau), annexe

de l'administration publique, le bureau de l'enfance est

surtout chargé de contrôler et surveiller les dispensaires

publics d'hygiène infantile, d'aider et de collaborer avec les œuvres de protection infantile déjà créées par l’initiative privée, d'encourager la création d'œuvres nouvelles et de chercher toutes les mesures à prendre pour améliorer et étendre l’action du service.

Ce bureau des enfants n'existe pas encore dans tous les Etats à cause de l’administration politique particulière à la fédération américaine où chaque Etat possède une autonomie gardant l'indépendance de son administration publique, et c’est surtout dans les Etats de l'Est que les œuvres de protection infantile se sont développées.

Cependant, nous devons signaler depuis ces dernières années, en 1918, la création, par le gouvernement des Etats-Unis, d’un service d'hygiène infantile, dépendant de l’administration centrale. Ce bureau étant destiné à l’étude des méthodes pour l'extension et l'amélioration des services de surveillance de l'enfance déjà créés, et d'aider à la formation de servics analogues dans tous les autres états. En résumé, ce bureau a été créé surtout en vue d'obtenir la généralisation de cette institution à tous les Etats confédérés,

LE DISTRICT NURSING.

Dans la plupart des grandes villes, l'organisation du service de protection de l'enfance est établie suivant le type suivant :

Un bureau d'hygiène infantile, annexe du service

d'hygiène publique, ce bureau central ayant sous sa direction générale tout le service de protection de l'enfance, c'est-à-dire le contrôle des dispensaires publics et hôpitaux et la charge d'assurer la collaboration avec les œuvres privées.

La ville, suivant l'importance de sa population, est divisée en un certain nombre de districts : un dispensaire public d'hygiène sociale est établi au centre de chaque district. Un service des enfants est organisé dans chacun de ces dispensaires, comprenant : un service social, une visiteuse chargée des enquêtes à domicile.

Le service des enfants ayant pour pivot la consultation de nourrissons, comprend ainsi un service des enfants sains, un service prénatal et un service des enfants malades. Chacun de ces services ayant une infirmière visiteuse spéciale pour chaque affectation.

La consultation de nourrissons est donnée au dispensaire et fonctionne comme dans nos services ; les enfants sont pesés chaque-semaine, examinés par un médecin, des conseils sont donnés aux mères et, s’il y a nécessité, du lait stérilisé est donné ou vendu à prix réduit. Mais ce qui est caractéristique c’est la surveillance des enfants par l'infirmière visiteuse. La visiteuse attachée à ce service, dont le but est de maintenir les nourrissons sains en bonne santé, veille à ce que les enfants soient amenés régulièrement par les mères aux consultations, en assurant la surveillance régulière, en allant enquêter à domicile

sur les causes d’absence.

LE SERVICE PRÉNATAL est l’organisation de la surveil-

lance des mères avant la naissance, comprenant un ser-

HEC Es

vice de consultation pour femmes enceintes et un service à domicile par les infirmières visiteuses. L'infirmière étant chargée par des visites à domicile de veiller à ce que les femmes viennent régulièrement à la consultation et observent les conseils prescrits. Ce sont elles qui donnent tous les soins dans les périodes qui précèdent et suivent l'accouchement ; car aux Etats-Unis les sages-femmes n’ont pas la même importance qu'en France, et leur principale fonction est d’aider au moment de l’accouchement, les soins pendant la grossesse et les suites de couches étant du ressort des infirmières visiteuses du service prénatal.

Création de date récente, l'organisation de ce service prénatal a eu les plus heureux résultats, pour l’augmentation de la natalité, par son action prophylactique sur les avortements et la diminution du nombre des prématurés, et il a contribué par Ïà à un abaissement considérable de la mortalité infantile.

C'est ainsi qu'à New-York, où il a été organisé peu de temps avant la guerre, les résultats suivants ont été ob-

tenus

En 1914, le nombre des prématurés était de 111 pour 1.000 naissances. En 1916, on ne compte plus que 8t prématurés pour i.000 naissances. Le nombre des femmes enceintes surveillées par le service public d’hygiène sociale de. New-York étant relativement minime, soit :

1622 en 1914.

3002 en 1916.

Mais l’on doit ajouter que beaucoup d'œuvres privées comportent un service prénatal, en relation directe et constante avec les Maternités.

Le service prénatal dqit particulièrement retenir l'attention de tous les hygiénistes, car l'on voit les immenses services qu'il est appelé à rendre, surtout à la population ouvrière, si négligente et insouciante en général, et chez qui cette création nouvelle s'impose,

Le service prénatal étant tenu au courant des accouchements, prévient au fur et à mesure le bureau de l'enfance des naissances et l’on voit ainsi l’enchainement

des services et la continuité de la surveillance de l’enfant.

LE SERVICE DÉS ENFANTS MALADES est ainsi compris Dès que la visiteuse constate un cas de maladie, elle est tenue soit de faire venir un médecin à domicile et de donner les premiers soins au nourrisson malade, d'’in- ‘diquer à la mère toutes les mesures d'hygiène à prendre et veiller à l'observation du traitement prescrit ; soit, si le cas l'exige, de faire transporter l'enfant dans un hôpital ou une crèche pour enfants malades.

Cette organisation permet ainsi de donner un secours médical immédiat, à domicile, ou d’hopitaliser dans un service spécial.

Il existe de plus un service de visiteuses dépendant du service central de la ville, spécialement réservé aux affections contagieusés. Le bureau envoie une infirmière dès que l’un des dispensaires signale un cas suspect

dans son district.

Je

C’est l'administration du dispensaire qui est chargée

du classement des enquêtes et de la tenue des fiches.

Ce SERVICE DES FICHÈS est très important, car il per-. met d'établir un dossier sanitaire pour chaque enfant surveillé. T1 comporte des fiches individuelles.

Fiche individuelle pour l'enfant.

Fiche individuelle pour la mère.

Et une fiche spéciale familiale pour l'enquête sociale. Les infirmières doivent inscrire le nombre de consultations données au dispensaire, le nombre de visites à domicile et les raisons d'absence lorsque la mère n'est pas venue à la consultation, les maladies de. l'enfant s'il y a Leu.

Pour les cas de maladie, une observation spéciale doit être prise, mentionnant le diagnostic et le traitement prescrit par le médecin, l’évolution de la maladie, les visites et les soins donnés par l'infirmière, la convalescence et les secours accordés par les œuvres.

Grâce à ces fiches et à un classement par répertoire, on peut retrouver rapidement, à plusieurs années de distance, tous les renseignements nécessaires sur un en-

fant.

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