UN SCHÉMA D'ORIENTATION
Trente années d'expériences ne sauraient parfois suffire pour poser des conclusions qui aient quelque valeur et soient véritablement dignes de ce nom. Il semble téméraire, après s'être arrêté sur un sujet et l'avoir entrevu ou étudié pendant quelques mois, d'adopter une thèse définitive, de se faire une opinion bien arrêtée et de conclure : « À notre avis, c'est ainsi, et ce ne peut être autrement ».
IL n’est certes pas interdit de se faire une opinion, quelle que soit la jeunesse de l'expérience, mais avec des réserves qui lui confèrent plutôt le titre d’une « hypothèse ».
Les faits cependant restent toujours des faits. Là, on peut se montrer plus affirmatif, et transcrire ce que l’on à vu, ou cru, de bonne foi, voir. Quant à l'interprétation des faits, elle exige plutôt le conditionnel ou la manière interrogative. $
Nous exposions au début de cette étude les diverses raisons qui nous amenèrent à nous arrèêler sur « les fous satisfaits ». On a coutume de remarquer que les peuples heureux sont sans histoire. D'une façon générale, peut-être a-t-on jugé les événements heureux se rapportant à un peuple moins dignes d’être commentés que les hauts faits d'armes, les révolutions et les bouleversements de pays moins pacifiques. Evidemment, la matière est plus fertile et se prête mieux à commentaires.
Céci n’est pas pour dire que l’on ait négligé de
s'intéresser aux aliénés heureux. Chacun d'eux a fai individuellement Fobjet d'études approfondies Dumas s'est arrêté sur une joie qui est bien celle’ du maniaque ; Mignard s’est intéressé aux élats de satisfaction, a distingué et groupé les béats.
Principalement ces deux auteurs, et d’autres encore, ont traité de la joie avec une compétence derrière laquelle nous ne pûmes souvent mieux faire que nous retrancher, pour éprouver quelque sentiment de certitude, Et, au départ de cette étude, nous étions émus, sinon gênés par le souvenir de ces maîtres dans la crainte de répétitions (rop abondantes, dans la vanité de vouloir remanier un édifice qui ne pouvait rien gagner à être lrailé par des mains inhabiles.
Tout sujet, cependant, demeure inépuisable. On peut toujours en extraire quelque effet. Question d'angle, d'éclairage ou d'interprétation. Chacun peut en tirer ou v joindre un élément de nouveauté suivant ses aptitudes ou ses possibilités.
Dans le cas particulier, il nous restait ce que nous nous sommes cru aulorisés à entreprendre, dans les limites de notre compétence.
Nos descriptions ont eu pour bases les quelques souvenirs, qu'a pu nous laisser pendant quatre années, la fréquentation des asiles, et aussi les lectures en regard desquelles nous avons confronté ces souvenirs. Ces observations sont venues spontanément illustrer lès opinions que nous nous étions formées à la lecture des ouvrages. Ce ne fut pas une obligation pour nous de les faire naître pour les besoins de la cause.
Nous n'avons fait qu'étudier chacune de ces PSY\choses dans ses rapports avec la joie ou la béatilude : parfois en schématisant, pour mieux objectiver les caraclères et souligner les différences. Ce
Re
nest là qu’un artifice de préparation, qui n'altère en rien la véracité des faits.
On peut éprouver quelque hésitation à établir des schémas à propos de psychologie. Dupont écrivait : « On rencontre parfois l'expression d'un certain dédain pour'les tableaux synoptiques. L'infinie complexité des choses, la richesse et la fécondité de la nature s'opposent, dit-on avec emphase, à ce que nouse les enfermions dans nos formules, elles font éclater tous les cadres qu'on veut leur imposer... Sans doute, la nature ne peut être contenue dans les limites d’une demi-page, comme dans celles du plus volumineux traité... Mais notre connaissance, elle, n’est pas infinie, elle peut très bien s’enfermer dans des résumés de dimensions plus où moins réduites ».
Notre hésitation tombe devant cel argument. Nous proposons comme résumé de notre travail le sché-
ma suivant : :
dt I I Une Lésion Un X... Un toxique