‹ Quelques Types de Joie et de Béatitude dans la Pathologie Mentale: Les Fous satisfaitsChapitre 5 sur 48 · RABELAIS · texte numérisé non relu

RABELAIS

IN FRODUCTION

Une première visite dans les « quartiers » d’un asile d’aliénés est toujours pénible. Avant d'y pénétrer l'esprit du visiteur est prévenu de tout ce qu'il va y voir. La visite effectuée, il s’est fortifié dans cette impression. On savait que l’on ne verrait que faciès grimaçants et anxieux, bouches déformées par la douleur, yeux exorbités par l'angoisse, regards baignés ‘de larmes. On savait que l’on n’entendrait que hurlements, gémissements, supplications. Et c'est cela que souvent l’on à vu et entendu. C'est aussi ce qui se redira, ce qui s’écrira.

Ainsi se perpétue, dans l'esprit d'une majorité, la légende : l'Enfer de l'Asile.

Nous ne voulons pas nier qu'au premier contact, certaines de ces manifestations pénibles ne retiennent tout d'abord l'attention et ne frappent l’imagination. L'impression pénible s’atténue cependant peu à peu par des contacts plus fréquents avec les aliénés. Accoutumance ? Peut-être. Mais aussi l’on voit mieux. Au cours de visites quotidiennes, on découvre ceux, qui, rompant avec la tradition, ne veulent ni gémir, ni hurler. Et à un examen plus attentif, on demeure même frappé de ce que leurs manifestations et leurs propos puissent traduire la gaîté et la satisfaction.

Pleurs, douleurs, tristesse, ce n’est donc pas là Je seul lot des quartiers d’Asile.

Il est indéniable que ce n’est pas sans un certain

effort que Fon peut arriver à assimiler au mot folie des idées de joie, de gaîté, de satisfaction, d'euphorie. Spontanément, on en ferait plutôt le synonyme de misère. Et ceux qui souffrent forment peut-être

une majorité.

C'est sans doute ce qui légitime cette abondante littérature qui s’attendrit sur le sort de ces malheureux aliénés, sur leur déchéance. Déchus du point de vue social et du point de vue de l'être, certes. Nous les plaignons, nous les « voyons » malheureux. Mais eux, comment se voient-ils ? Simple question de point de vue.

Si, maintenant, on dresse le bilan des ouvrages sur les aliénés, on relève que les syndromes anxieux et mélancoliques, que les phobies, les hallucinations, en sont les motifs principaux et habituels. Thèmes majeurs qui ont quelque peu éclipsé les judicieuses observations faites sur la joie et l'euphorie.

Le sujet n'est pas neuf. Une des plus anciennes classifications distinguait déjà, parmi les psyvchopathes, les gais et les tristes. On à beaucoup écrit sur ces derniers ; peut-être au détriment des premiers, objets de moins de travaux d'ensemble. Cependant le sujet a été traité minutieusement. Mais toutes ces observations restent plus où moins éparses, enfouies dans de nombreux et volumineux traités. Il nous a paru intéressant de les en extraire, de les mettre en valeur, de les juxtaposer et de les étudier par comparaison : travail de mosaïque, Prenant les éléments dans la littérature psychiatrique, notre seul sbjeous reste le dessin de la composition.

Nous voulons simplement envisager sous un angle un peu particulier, des faits déjà bien étudiés.

Donc, il y a de la joie chez les psychopathes. Comment aborder celte étude ? Voir les effets et les causes. Remonter de ceux-là à celles-ci.

Les effets sont du domaine de la clinique : domaine positif. L'observation y a noté quelques types différents de joie, objectivé et décrit les réactions, décélé les caractères différentiels, ébauché une classification : sillage à suivre, qui ne permet pas de s'égarer. Il est intéressant, cependant, de bien préciser ces différents types : étude de l'euphorie-s\mptôme dans le diagnostic des maladies mentales.

On ne saurait pourtant entreprendre cette étude sans en aborder le pourquoi. C’est là un des aspects les plus troublants et les plus séduisants du problème. La pathogénie de ces états de gaîté et de satisfaction est explicable dans une certaine mesure. II faut sans aucun doute tenir compte d’un très grand nombre de facteurs, et aussi de leur « dosage » suivant les cas. Le grand nombre de ces facteurs peut justifier celui, non moins grand, des hypothèses qui ont été proposées. Mais dans ce domaine d'hypothèses, le terrain est plus où moins vague, et l'on court grands risques de se perdre pour avoir voulu l'explorer.

En définitive, bien que la prudence nous conseille de borner notre sujet aux faits cliniques, nous tenterons cependant une étude de la joie pathologique, du double point de vue clinique et pathogénique.

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