‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 11 sur 334 · Discours sur les sciences et les arts (II* purtie · texte numérisé non relu

Discours sur les sciences et les arts (II* purtie

2. Il écrivait eu 1745 k la marquise, qui n'était encore que madame d*Èliolcs :

Sincère et tendre Porapadour, Car je veux vous donner d'avance Ce nom qui rime avec l'amour Et qui sera bientôt le plus beau nom de France.

inspirait à Louis XV, il reçut bientôt la charge de gentilhomme ordinaire de la chambre et celle d'historiographe de France. Mais cette faveur fut de courte durée; le poète vit peu à peu l'influence de ses cnneipis Tempoiier et la puissante favorite s'éloigner de lui. Découragé et attristé, il était sur le point de quitter une cour où pour l'humilier on portait aux nues le génie du vieux Crébillon*. Le moment était donc mal choisi pour critiquer Voltaire, et l'impertinente tirade de Rousseau dut lui paraître fort déplacée*. .

Un autre incident vint encore compromettre le Genevois, bien qu'il y fût complètement étranger. Un soir. Voltaire assistait au Théâtre-Français à la représentation d'une de ses pièces; le parterre, de méchante humeur, montrait moins que de l'enthousiasme. Exaspéré de ce mauvais goût, l'auteur, à moitié hors de sa loge, apostrophe le public avec virulence.

« Qui êtes-vous? crie-t-il, au plus échauffé.

— Quel Rousseau, le petit Rousseau? »

Cette conversation aurait pu se prolonger si Mme Lebas, la femme du célèbre graveur, ne s'était levée : « Si vous ne vous taisez pas, je vais vous donner un soufflet, dit-elle à Voltaire. »

i. Prosper Jolyot de Crébillon, de TAcadémie française. Il mourut en 1762, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. Ce poète jouissait d'une grande réputation qu'il devait moins à son talent qu'aux ennemis de Voltaire.

2. En réponse au Discours sur les arls^ Voltaire écrivit Tinion^ petite satire fort courte.

Toute la salle éclata de rire et Tincident lut clos'.

Ce Rousseau était l'auteur du Journal encyclopédique de Bouillon. Voltaire le prit évidemment pour le Rousseau de Genève ; il ne dissimula pas son déplaisir et rappelant les bons procédés qu'il avait eus pour lui à l'époque des Fêles de RamirCj il n'hésita pas à taxer d'ingratitude la conduite du Genevois.

Jean-Jacques comprit le danger de s'exposer à la rancune d'un ennemi encore puissant, et il s'empressa de conjurer l'orage en écrivant une lettre dont la dignité apparente dissimulait mal l'excessive humilité.

« Monsieur» un Rousseau * se déclara autrefois votre ennemi, de peur de se reconnaître votre inférieur; un autre Rousseau^, ne pouvant approcher du premier par le génie, veut imiter ses mauvais procédés. Je porte le même nom qu'eux; mais n ayant, ni les talents de l'un, ni la suffisance de Tautre, je suis encore moins capable d'avoir leurs torts envers vous. Je consens bien de vivre inconnu, mais non déshonoré; et je croirais l'être si j'avais manqué au respect que vous doivent tous les gens de lettres, et qu'ont pour vous tous ceux qui en méritent eux-mêmes.

« Je ne veux point ra'étendre sur ce sujet, ni enfreindre, même avec vous, la loi que je me suis imposée de ne jamais louer personne en face. Mais, Monsieur, je prendrai la liberté de vous dire que vous avez mal jugé d'un homme de bien, en le croyant capable de payer d'ingratitude et d'arro-

i. Portraiti intimes du dix-huilième siècle, par E. et X. de Gon« court.

2. Rousseau (Jcan-Bapliste) (1670-1741). Ses démêlés avec VolUire sont restés célèbres.

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