‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 129 sur 334 · r.0 octobre · texte numérisé non relu

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motifs plausibles et avouables, se perd dans un tissu de contradictions. Désespérant d'en sortir, il finit par déclarer à Mme de Boufflers « qu'on le traitera d'hypocrite tant qu'on voudra, mais qu'il ne renoncera point à la religion de ses pères, à cette religion si raisonnable, si pure, si conforme à la simplicité de TÉvangile, où il est rentré de bonne foi depuis nombre d'années, et qu'il a depuis toujours hautement professée. Il n'y renoncera point au moment où elle fait toute la consolation de sa vie. »

C*était déplacer la question, mais ce n'était pas répondre. Personne ne lui demandait de quitter encore « la religion de ses pères » au moment où il venait d'y rentrer avec éclat pour la troisième fois. Bien loin de lui conseiller, comme il semble l'indiquer, une nouvelle apostasie, on lui reprochait au contraire l'abus des apostasies, ce qui n'est pas la même chose.

Cette communion retentissante remplit assurément le but que le philosophe poursuivait. Non seulement elle le mit à l'abri des tracasseries dans le Val de Travers, mais elle plaça dans le plus grand embarras les magistrats de Genève qui l'avaient condamné, lui et ses ouvrages. Qui oserait maintenant lui reprocher d'avoir attaqué la religion réformée, qui oserait l'accuser d'avoir trahi son serment de bourgeois, qui oserait lui fermer la porte de sa patrie? N'était-il pas calviniste croyant et pratiquant?

Ses partisans, qui s'étaient trouvés placés dans une situation si douloureuse, combattus entre le désir de

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soutenir leur ami et la crainte de manquer à leur serment, ne virent donc plus d'obstacle à la réalisation de leurs désirs. Cette communion levait tous les scrupules, on pouvait désormais sans se compromettre soutenir hardiment la cause d'un si bon chrétien! Aussi la lettre à M. de MontmoUin souleva-t-elle dans la bourgeoisie le plus vif enthousiasme; plus de deux cents copies en furent répandues dans la ville.

•( Ma lettre, écrit Rousseau, a fuit à Genève un effet qui a mis les Yoltairiens au désespori, et qui a redoublé leur rage. Des foules de Genevois sont accourus à Métiers, m*embrassanl avec des larmes de joie; et appelant hautement M. de MontmoUin leur bienfaiteur et leur père. Il est même sûr que cette affaire aurait des suites, pour peu que je fusse d'humeur à m'y prêter'. »

Il se montrait du reste enchanté de la réussite de sesi ingénieuses combinaisons :

(( Il est vrai, disait-il, que bien des ministres sont mécontent*. Voilà, pour ainsi dire, la Profession de foi du vicaire approuvée en tous ses points par un de leurs confrères; ils ne peuvent digérer cela. Les uns murmurent, les autres menacent d'écrire, d'autres écrivent en effet, tous veulent absolument des rétractations et des explications qu'ils n'auront jamais*. »

Cette communion fut en effet un coup de maître. Elle mit l'aristocratie et les pasteurs de Genève dans

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