‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 181 sur 334 · Bibliothèque universelle de Genève, 4 S · texte numérisé non relu

Bibliothèque universelle de Genève, 4 S

religieuses; il craignait toujours qu'elles ne finissent par trouver un écho à Neufchâtel.

(( J*ai pris en dégoût ce pays et ses arrogants ministres, écrit-il au prince de Wirteraberg. Je puis, s'il le faut, rester par devoir durant Torage, mais quand il sera calmé, je veux m'en aller.... Je suis extrêmement tenté de changer de nom et de disparaître pour le reste de mes jours de dessus la face de la terre. Mais il y a dans ce projet quelque chose de craintif qui me répugne. D'ailleurs, il a bien ses difficultés aussi, sans compter qu'en changeant de nom, il faut changer d'habillement, et le mien m'est si commode, qu'il m'en coûtera beaucoup d'y renoncer*. »•

Ce qui le déterminait encore à s'éloigner, c'est que Mylord Maréchal allait quitter Neufchâtel. Au lieu du calme et de la tranquillité qu'il y était venu chercher, il n'avait trouvé qu'une population inquiète, turbulente, agitée par la passion religieuse, et il prenait sa retraite. Quelle serait l'altitude des pasteurs une fois qu'ils ne seraient plus conlenus par le gouverneur?

Sous l'empire de ces préoccupations, Rousseau écrivait à M. de Conzié, comte de Charmettes, qui l'engageait à le venir voir dans cette terre qui devait lui rappeler tant de souvenirs :

« Quand reverrai-je ces lieux paisibles où j'ai passé les seuls, beaux jours qui m'aient été accordés? Quand irai-je couvrir de fleurs et de larmes la tombe de cette femme

i. 11 mars 1763. Streckeisen-Moultou.

incomparable dont vous avez fermé les yeux? Hélas I cher comte, dans ce moment môme, j'ai plus besoin de vos consolations que jamais, je perds M y lord Maréchal, mon protecteur et mon ami et le plus digne des hommes; il est parti depuis quatre jours, quittant sans regret un peuple peu digne de le posséder*. »

Mylord Maréchal quitta son gouvernement en 1765, mais avant de partir et par une délicate attention, il donna à Rousseau des lettres de nationalité qui le mettaient à l'abri d'une expulsion.

i. Inédite, 5 mai 1763. Catalogue d'autographes.

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