Correspondance littéraire, juin
VOLTAIRE ET J.-J. ROLSSEAl' 45
prit prétexte pour raconter qu'il sacrifiait sa patrie à Mme d'Épinay*. Rien n'était moins sincère*.
Mais dès lors chaque jour verra s'accroître Tantipathie de Jean-Jacques contre celui dont la seule présence lui ferme les portes de Genève. Désormais il cherchera toutes les occasions, au besoin il les fera naître, d'attaquer sourdement d'abord, au grand jour ensuite, cet intrus détesté dont il veut faire à tout prix, de force sinon de gré, un irréconciliable ennemi.
Le 1*^' novembre 1755 eut lieu le tremblement de terrç de Lisbonne. Lisbonne, Mequinez, Tetuan, d'autres villes encore furent englouties avec un grand nombre de leurs habitants. Depuis l'antiquité, depuis la ruine d'IIerculanum et de Pompéi, on n'avait pas vu pareil désastie, et limagination des contemporains en fut profondément frappée. « Voilà un horrible argument contre l'optimisme, s'écrie Voltaire à la nouvelle du désastres Le tout est bien de Mathieu Garo et de Pope^ est un peu dérangé, je n'ose plus me plaindre de mes coliques^. » Et sous le coup de son émotion, il écrit le poème sur le Désastre de Lisbonne.
i. Yuir la Jeunette de Madame d'Epinay. Paris, Calinaiin Lévy.
2. En 1757, il écrivait à Grimm : c Qu'ai-je fait de mon côté pour Mme d'Epinay dans le temps que j étais prêt de me retirer dans ma patrie, que je le désirais vivement et que je l'aurais dû^ Elle remua ciel et terre pour me retenir. A force de sollicitations et même d'imrifrues, elle vainquit ma trop Juste et longue résistance; mes vœux, mes goûts, mon penchant, Tappiobalion de mes amis, tout céda dans mon cœur à la voix de l'amitié, je me laissai entraîner à l'Ermitage. »
?. Voltaire a Bertrand, 30 novembre 1755.