‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 290 sur 334 · Au pasteur Houslaii, 7 scpleuibrc · texte numérisé non relu

Au pasteur Houslaii, 7 scpleuibrc

au public le récit de ses relations avec le citoyen de Genève*.

Kn lui communiquant la décision de Taréopage littéraire, d'Alembert ne dissimula pas à David que dans certaines coteries il passait pour avoir collaboré à la prétendue IjCtire du roi de Prusse et qu'on expliquait ainsi Tindignation de Rousseau; il Texhortait à se justifier. Hume ne put mieux faire que de s'adresser à Walpole lui-môme en lui soumettant le cas; il en reçut celle réponse catégorique :

<' Je ne peux pas me rappeler avec précision le temps oii j'ai écrit la Letlre du roi de Prusse; mais je vous assure avec la plus grande vérité, que c'élail plusieurs jours avant votre départ de Paris et avant Tarrivée de Rousseau à Londres; et je peux vous en donner une forte preuve, car non seulement, par égard pour vous, je cachai la lellre, tant que vous restâtes à Paris, mais ce fut aussi la raison pour laquelle, par délicatesse pour moi-môme, je ne voulus pas aller le voir, quoique vous me l'eussiez souvent proposé. Je ne trouvais pas qu'il fut honnête d'aller faire une visite cordiale à un homme, ayant dans ma poche une letlre où je le tournais en ridicule. Vous avez pleine liberté, mon cher Monsieur, de faire usage, soit auprès de Uousseau, soit auprès de tout autre, de ce que je dis ici pour votre justification : je serais bien fAché d'être cause qu'on vous fît aucun reproche. J'ai un mépris profond pour Rousseau et une parfaite indifférence sur ce qu'on pensera de cette affaire, mais s'il y a en cela quelque faute, ci que je suis bien loin de croire, je la prends sur mon compte. Il n'y a point de talents

I. Ediubur^h's Royal Society, Msij. Hume s Ifie and corretpondencc.

qui nrempôchent de rire de celui qui les possède, s*ii est un charlatan; mais s*il a de plus un cœur ingrat et raécliant, comme Uousseau Ta fait voir à votre égard, il sera détesté par moi comme par tous les honnêtes gens, etc. ^. »

Hume écrivil donc V Exposé succinct de la cont4?sia' lion suiwenue entre M. Rousseau et M. Hume^ et, comme il Tavait promis, il mit sous les yeux du public les pièces mêmes du procès. Dès que l'ouvrage fut terminé, il l'adressa à Suard en le chargeant de la traduction et de la publication ; il le priait en môme temps de s'entendre avec d'Alembert, « qu'il laissait absolument maître de retrancher ou d'allérer ce que bon lui semblerait pour mettre l'ouvrage à la latitude de Paris*. »

« Vous avez désiré que je fusse votre traducteur, lui répond Suard, et je n'avais pas besoin de tous les sentiments qui m allachenlù vous pour me charger de ce travail avec plaisir. Votre cause me paraissait celle des honnêtes gens et surtout celle des amis de la philosophie. Il y a longtemps que je regardais Rousseau comme un profond et dangereux charlatan, qui avait passé sa vie h recevoir des bienfaits de tout le monde et à faire tout le mal qu*il avait pu à ceux qui lui avaient fait le plus de bien'*. »

Loin de se refuser au service ([ue Hume lui demandait, d'Alembert employa tous ses soins à la publication de V Exposé succinct ; il revit Touvrageen entier, le corrigea

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