Strcckcisen-Moultou
2. Lamartine a écrit à ce sujet : c Or, pendant que Rousseau accomplissait ces exécutions presque infanticides, il écrivait, avec une aflectation de sensibilité digne d'un Tartufe d'humanité, des malédictions fausses sur le crime des mères qui n'allaitent pas elles-mêmes leurs enfants I Le lait de l'hôpital et le vagabondage de Tenfant sans père et sans mère lui paraissaient-ils donc plus sains et plus purs que le sein maternel de Thérèse ? d
tout le monde ignorait encore l'indigne conduite du citoyen de Genève.
Jean-Jacques comprenait-il enfin Ténormité de sa faute? On pourrait le croire quand on lit dans VÊmile :
« Celui qui ne peut remplir les devoirs de père n'a pas le droit de le devenir. Il n'y a ni pauvreté, ni travaux, ni respect humain qui le dispensent de nourrir ses enfants et de les élever lui-même. Lecteurs, vous pouvez m'en croire ; je prédis à quiconque a des entrailles et néglige de si saints devoirs^ qu*il versera longtemps sur sa faute des larmes améres et n'en sera jamais consolée ))
Mais cette phrase, ces remords ne furent intelligibles que pour quelques initiés, le public n*cn put saisir le véritable sens. Du reste ces tardifs regrets n'étaient pas sincères, ils ne figuraient là que pour les besoins de la cause et pour parer à une indiscrétion toujours à redouter. Dans les dernières années de sa vie le philosophe a non seulement approuvé sa conduite, mais il en a fait réloge et il a osé écrire : « Je savais que Téducation pour mes enfants la moins périlleuse était celle des Enfants-Trouvés et je les y mis. Je le ferais encore^ avec bien moins de doute possible, si la chose était à faire, et je sais bien que nul père n'est plus tendre que je ne l'aurais été pour eux pour peu que l'habitude eût aidé la nature*. » Puissent les enfants être toujours à l'abri de pères aussi tendres !
Dans la Profession de foi du vicaire savoyard, Rous-