‹ Question d'Orient depuis ses origines jusqu'aÌ€ nos joursChapitre 104 sur 131 · I. — Le recul de l’Islam · texte numérisé non relu

I. — Le recul de l’Islam

Il ne nous appartient ici que de résumer les faits essentiels de cette histoire de la question d’Orient ; aussi bien un simple résumé peut-il offrir, par le groupement des phénomènes les plus remarquables, des aperçus très instructifs.

Les empires turcs fondés au commencement des temps modernes furent surtout puissants au xvie etauxvne siècles. Parmi eux, celui des Ottomans domina le pays de l’Adriatique au Tigre, de la mer Noire au Sahara ; celui des Grands Mongols, Turcs aussi en dépit de leur nom, déborda du plateau de l’Iran sur la plus grande partie de l’Inde. Ni l’un ni

CONCLUSION

l’autre ne jeta de profondes racines dans le sol conquis: très méprisants et très cruels pour les vaincus, incapables d’organisation politique, d’aménagement économique, habiles seulement dans la guerre et le pillage, nés, dirait-on, pour le mal, et condamnés par là à disparaître devant le progrès de la civilisation, ils laissèrent les races soumises vivre dans leurs anciens cadres administratifs, avec leurs vieilles croyances ; ils rasèrent les richesses de la terre, et,, pour suffire à leurs besoins de luxe et de plaisirs, ils les épuisèrent toutes : l’herbe ne pousse plus sous leurs pas. Ils ne fondèrent rien ; ils firent partout la ruine ; le bénéfice de leur apparition dans l’histoire est nul ; ils font une épaisse tache d’ombre dans le développement historique de l’humanité.

, C’est pourquoi leur grandeur fut éphémère, et, dès le commencement du xviii6 siècle, leur décadence fut manifeste à tous les yeux, et les puissances européennes s’approchèrent pour le partage de leurs dépouilles.

En Asie, les Anglais vainquirent successivement les Français, les Mongols, les Mahrattes, enfonçant ainsi leur domination jusqu’aux races indigènes. Ont-ils mieux que les Mongols absorbé les Hindous ? Ont-ils réussi mieux qu’eux à gagner l’âme des vaincus? Ont-ils fondé une nation viable, et non pas seulement une colonie d’exploitation ? — Les Russes attaquèrent le berceau même des races turques, devinrent maîtres de la Sibérie, du bassin de l’Amour, du Turkestan, et, quoique la conquête soit encore toute récente, qu’elle ait été très laborieuse, il y a déjà fusion avec les vaincus, qui, admirateurs de la force, avides encore de gloire militaire, se rangent avec enthousiasme derrière les étendards du grand tsar blanc, pour les porter encore en d’héroïques chevauchées.

En Afrique, la France continua la grande croisade où l’Espagne était devenue impuissante. Comme la Russie par le nord, elle enveloppa les empires musulmans par le sud. Maîtresse de l'Algérie, puis de la Tunisie, elle les prit à revers sur le Niger, sur le Congo, dans la direction du Nil supérieur, et puissante malgré les évènements en Égypte, toujours grandement estimée et aimée dans tout le Levant, elle pénétra dans les parties vives du monde de l’Islam. — Mais l’Angleterre, pour garder l’Inde, avait besoin des routes qui y mènent, et voulait régner sur tous les pays intermédiaires. Elle contint la France au sud en Afrique,

Page 1