LA CHUTE DE L’EMPIRE GREC
ont conservé le souvènir et n’abandonnent pas l’espoir de la ressusciter.
L’année suivante (1356), les Turcs Ottomans violaient le territoire de l’Europe en occupant Gallipoli, sur le détroit des Dardanelles. « Il était écrit » sans doute que Constantinople serait musulmane.
Pendant le xn& et le xme siècle, l’empire seldjoukide, le sultanat de Roum, comme il s’appelait encore, s’était affaibli et démembré : les Croisades y avaient contribué. 11 s’était dissous en dix émirats, qui se partagèrent l’Asie Mineure ; le plus puissant fut celui d’Erzeroum (Àrx Romanorum). Il appartenait à la fin du xme siècle, comme fief du sultan de Roum, à un chef turc arrivé du Khorassan, Ertoghroul : il mourut ën 1288, et son fils fut Osman ou Othman ; c’est de lui que ses guerriers ont pris le nom d’Osmanlis ou Ottomans. Il mérita cet honneur : il se convertit à l’Islam et ouvrit ainsi à sa tribu une glorieuse carrière, lui donna une raison de vivre et de conquérir ; l’Osmanli est depuis le soldat de Mahomet.
Il aimait la fille du pieux cheikh Edébali, et celui-ci ne voulait pas la lui donner en mariage. Une nuit, Osman rêva qu’il voyait sortir du sein d’Edébali la lune qui, d’abord en forme de croissant, puis grossissant à vue d’œil et enfin devenue pleine, venait se cacher dans ses reins, à lui Osman. Alors de ses reins surgit un arbre colossal, dont les rameaux couvraient de leur ombre les terres et les mers ; des racines de Tarbre coulaient les grands fleuves du monde, Tigre, Euphrate, Nil, Danube ; les grandes montagnes, Balkans, Taurus, Caucase, Atlas, étayaient ses rameaux. Tout à coup s’éleva un vent violent, qui tourna toutes les pointes des feuilles, allongées en lames de sabre, vers un point unique, et ce point était une ville qui, située à la jonction de deux mers et de deux continents, semblait un anneau serti de deux saphirs et de deux émeraudes1. Osman, ayant raconté ce rêve au cheikh Edébali, put épouser la femme qu’il aimait.
Il commença aussi la grandeur de sa tribu ; il conquit Brousse en 1317 et en fit sa capitale. Son fils Orkhan constitua la redoutable armée régulière qui fut l’instrument de l’expansion musulmane, les janissaires (fantassins) et les
1. üamhaud, dans Lavisse et Rambaud, Histoire générale , III, 823.
BYZANCE ET STAMBOUL
spahis (cavaliers) ; il prit Nicomédie, Nicée. Ce fut son fils Souleïman qui, en 1356, s’empara de Gallipoli.
La conquête de la péninsule des Balkans fut rapide. L’empire grec était i p ssant, et les Etats chrétiens désunis, jaloux les uns des autres, livrés à l’anarchie depuis la mort de Doucban le Grand. Mourad Ier, le fils d’Orkhan, mit sa capitale à Andrinople (1360) ; il occupa ensuite Philippopoli, Sofia, pénétrant ainsi déjà dans la vallée du Danube. Il força l’empereur de Constantinople à lui payer un tribut annuel.
Le centre stratégique de la péninsule des Balkans est représenté parle plateau de Mésie ou de Kossovo, d’où descendent en tous sens la Morava serbe et la Morava bulgare vers le nord, le Drin blanc vers l’Albanie et le Monténégro, le Yardar et la Strouma vers l’Archipel. Les peuples des Balkans s’unirent pour disputer cette position aux Turcs. La bataille du 15 juin 1389 fut funeste aux Chrétiens ; leurs principaux chefs furent pris, et un grand nombre périrent. Du moins l’honneur fut sauvé : un noble serbe, Miloch, se jetant au milieu des Turcs, pénétra jusqu’au sultan Mourad et le tua. Grâce à lui, les Serbes, à travers les siècles, ont chanté comme un glorieux fait d’armes la grande bataille du Champ des Merles de Kossovo.
Elle n’empêcha pas la conquête ottomane de se poursuivre. Bavézid ou Bajazet, le fils de Mourad, vainquit en 1396 à Nicopolis une armée des Croisés de l’Occident ; Jean sans Peur, le fils du duc de Bourgogne, fut parmi ses prisonniers : car la France était toujours le vaillant soldat du Christ. Le sultan victorieux soumit aussitôt la Bosnie, la Bulgarie, la Roumanie même, au sud la Grèce et la Morée. Il se prépara à attaquer Constantinople.
Elle fut sauvée, pour un demi-siècle encore, non par sa propre force, — elle semblait mure pour la conquête, — mais par une intervention asiatique.
Aussitôt après la mort du Tchinguiz-khan, son empire s’était démembré ; l’élément chinois, dont il était en partie formé, l’avait emporté ; l’expansion du bouddhisme avait achevé de l’enlever aux influences turques, et les chefs qui en gouvernaient les diverses régions de plus en plus isolées se rendirent indépendants. Ainsi en 1369, l’émir de Transoxiane, Timour Kourikane, se proclama roi de ce pays à Balkh et échappa à la souveraineté de& Gengiskhanides. I)
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fut un ardent musulman, un Tangri Kouli ou serviteur de Dieu. Il fut un Turc, et non, comme le Tchinguiz-khan, le chef de toutes les tribus des Mongols bleus, et à cet égard, sa domination eut un caractère beaucoup plus national, tout en se renfermant, de ce fait, dans des limites territoriales plus étroites. Timour, surnommé Lenk, ouïe Boiteux, à la suite d’une blessure (nous avons fait de là Tamerlan), établit sa capitale à Samarkand, où il revint fréquemment célébrer ses victoires: il fit quelques expéditions dans le bassin de l’Indus, mais ne chercha pas à s’y maintenir; il posséda vraiment le Turkestan, le Khorassan, l’Afghanistan, la Perse, la Mésopotamie, la Transcausasie, la Géorgie et l’Arménie. Il entra en conflit avec les Mongols de la Horde d’or, maîtres de la Russie, les battit, et contribua à leur décadence, bientôt achevée par les tsars de Moscou.
Il fut appelé en Asie mineure par les émirs Seldjoukides, jaloux des Osmanlis, et en partie dépouillés. Il projetait aussi de restaurer le khalifat de Bagdad, détruit par les Gengiskhanides en 1258 ; il prétendait réduire les Osmanlis à lui obéir, faire l’unité des Turcs musulmans. Il envahit l’Asie mineure ; Bayézid accourut d’Europe, lui livra bataille à Angora, fut vaincu et pris : l’armée des janissaires fut détruite (1402). Mais Timour ne poursuivit pas son succès ; il alla triompher à Samarkand et y mourut bientôt (1405).
Les Osmanlis restèrent quelques années tout étourdis de leur défaite, et leurs conquêtes en Europe leur échappèrent en grande partie. Mourad II refit leur puissance militaire, reprit ce qu’ils avaient perdu. Il y rencontra de rudes résistances : Georges Castriot, que les Turcs appelèrent Scander-beg, comparant sa bravoure à celle d’Alexandre de Macédoine, battit toutes les troupes qu’il envoya en Albanie, et demeura indépendant. Jean Hunyade, le « chevalier blanc des Yalaques », un héros venu de Transylvanie à la défense de la cause chrétienne, battit Mourad II sur la Morava (1443) et reconquit la Serbie. Il envahit la Bulgarie, avec une armée de Croisés où étaient le roi de Hongrie, Vladislas, le légat du pape Césarini ; mais Mourad remporta la grande victoire de Varna (1444) : le légat et le roi y périrent. Hunyade se rejeta sur la Serbie méridionale, et, dans la plaine de Kossovo, tenta encore une fois la fortune des armes; il fut vaincu, mais resta maître de la plus grande partie de la Serbie méridionale.
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Mourad II eut pour successeur, en 1451, son fils Mahomet II. Ce fut Mahomet le Conquérant. 11 commença par ?£siéger Constantinople. Après cinquante-trois jours de siège (avril-mai 1453), il y entra par la brèche. Le dernier empereur grec, ConstantinDragasès, périt glorieusement les armes à la main. Le sultan alla droit à Sainte-Sophie, y dit la prière, et en fit ainsi une mosquée. Plus tard, il construisit l’un des quatre minarets qui en marquèrent le caractère nouveau ; il fit couvrir d’un enduit de chaux les mosaïques dont Justinien avait orné ses murailles, et elle devint pour des siècles l’un des sanctuaires vénérés de l’Islam.
Ce succès décisif eut ses conséquences immédiates. La Serbie, la Bosnie, l’Herzégovine se soumirent (1459-1467). Ylad l’Empaleur en Valachie, Etienne le Grand en Moldavie infligèrent quelques échecs aux Turcs; mais ces deux pays furent, peu de temps après, réduits à l’obéissance. La Morée et Athènes furent conquises aussi. L’Empire de Mahomet II s’étendit dès lors de l’Euphrate au Danube. Il fut borné, pour quelque temps encore, par deux obstacles où le sultan brisa ses efforts : il ne put prendre Belgrade, dont l’héroïque défense fut le dernier exploit de Jean Hunyade ; il fut repoussé de Rhodes par les chevaliers de Saint-Jean, et mourut avant d’avoir pu venger sa défaite (1481).
Au temps même où les Slaves de Serbie et de Bulgarie succombaient dans la lutte contre le sultan, la Russie échappait à la domination mongole et pouvait reprendre vers l’Orient ses destinées interrompues. Vaincue par les hordes mongoles au xme siècle, la Moscovie avait avivé sa foi orthodoxe au contact de l’étranger, serré sa nationalité sous le poids de l’oppression, exalté son dévouement à ses tsars par les besoins de la défense.
Après un siècle de résignation, Dmitri Ivanovith fit une première tentative contre les Tartares de la Horde d’or. Son audace fut récompensée. Il gagna la grande victoire de Koulikovo, le Champ des Bécasses, sur le Don, en 1380: il en a gardé le surnom de Donskoï, et, quoique le camp mongol de Saraï ait duré encore plus d’un siècle, les Russes datent de Dmitri l’ère de la délivrance.
Au siècle suivant, Ivan III commença de « rassembler la terre russe » ; il soumit Tver, Pskov, Novgorod la Grande, et envoya leurs cloches à Moscou ; il poussa ses frontières
L’EMPIRE OTTOMAN
jusqu’au lac Ladoga et à la mer Blanche. Il refusa définitivement le tribut au khan de la Horde d’or. Celui-ci fut écrasé enfin sous les coups de ses voisins ligués contre lui. En 1502, Saraï fut détruite.
Le frère du dernier empereur byzantin, despote de Morée, avait été dépouillé par Mahomet II ; il s’était enfui à Rome avec sa fille, Sophie Paléologue. Le pape Sixte IV et le cardinal grec Bessarion songèrent à marier cette héritière au tsar de Moscou, dans la pensée de préparer la revanche du christianisme ; alors le schisme grec avait cessé, pour peu df années. Le mariage fut célébré en 1472. La fiancée fut conduite en Russie à travers l’Allemagne, s’embarqua à Lübeck, aborda à Revel et gagna Moscou par Novgorod.
Ivan III adopta l’aigle à deux têtes des Paléologue, et se donna pour l’héritier et le vengeur désigné des empereurs de Constantinople.
IY. — L’empire Ottoman.
L’empire ottoman, héritier de l’empire byzantin, eut les avantages et les inconvénients de cet héritage. Puissant comme lui de part et d’autre des détroits, il commanda quelque temps les routes de l’Europe à l’Asie et exerça sur toute l’Europe centrale une réelle suprématie fondée sur la crainte de ses armes. Mais il eut les mêmes ennemis, Slaves surtout au nord, Persans à l’est, et, par le progrès naturel des connaissances humaines et la découverte de la route des Indes orientales, il se trouva menacé, de loin d’abord, puis de plus près, par les empires européens fondés en Asie. Lorsque Christophe Colomb voulait atteindre l’Inde par l’ouest, il pensait prendre l’Islam à revers et l’écraser dans son berceau. Rêve chimérique, disaient ses comtemporains, et depuis, la plupart de leurs descendants ne pensent pas différemment. Ne semble-t-il pas pourtant que de nos jours, Russes et Anglais, arrivés ensemble au Pamir, maîtres les uns du Caucase, les autres du Nil, enserrent les Musulmans par l'est, comme d’autres puissances chrétiennes par l'Ouest sur la Méditerranée? Il est vrai que jusqu’ici Russes et Anglais autour du Pamir sont plus préoccupés de se surveiller et de se contenir réciproquement que de conduire ensemble la croisade contre le Croissant.
D’ailleurs cc sont des dangers qui ne se sont pas formés
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aussitôt contre les Turcs. Le xvie siècle du moins fut pour eux le grand siècle. De la mer Adriatique au Gange et au, golfe du Bengale, des steppes de la Russie méridionale ou lu Turkestan jusqu’aux sables de l’Arabie et du Sahara, ils, refirent, par leurs diverses tribus, un empire plus vaste que l’empire arabe, que l’empire d’Alexandre. Jamais l'Islam ne fut si redoutable ; la chrétienté trembla, maintes fois se croisa, sans beaucoup d’enthousiasme néanmoins.
Les Ottomans furent puissants surtout sous Sélim et Soliman. A la mort de Mahomet II, en 1481, son fils Bayézid II s’empara du pouvoir, et en écarta son frère Djem. Il ne le fit pas tuer : la coutume du fratricide d’Etat s’établit seulement sous son successeur; mais il le vainquit et le força à quitter l’Empire. On connaît les mésaventures de ce Djem ; il erra à travers l’Europe en quête de protections et d’alliances ; il tomba ensuite entre les mains du pape Alexandre VI Borgia. Quand Charles VIII envahit l’Italie, il se fit remettre le prince turc comme otage : il pensait se servir de lui quand il attaquerait Constantinople ; héritier de la maison d’Anjou à Naples, il avait hérité aussi ses ambitieux desseins sur l’empire d’Orient ; ils furent encore plus vains chez lui que chez les précédents maîtres du royaume. Djem, qui avait, pour son malheur, trop longtemps vécu dans la maison des Borgia, mourut, au bout de peu de jours, dans le camp français, « de choses, dit un contemporain, qui ne convenaient pas à son estomac ».
Bayézid II n’eut pas un règne glorieux. Il reçut du dernier souverain musulman de Grenade, Boabdil, un appel pressant contre les Espagnols; le sultan en fut très ému, mais ne fit rien pour y répondre. L’Islam fut rejeté en Afrique, où les Espagnols le suivirent, et plus tard d’autres nations chrétiennes : premier recul du Croissant, au moment même de ses plus éclatants triomphes.
Bayézid fut renversé du trône en 1512 par son fils rebelle Sélim. Mauvais fils, il fût un frère féroce : il édicta et appliqua cette loi qu’un sultan, à son avènement, pour éviter toute compétition, peut et doit faire périr ses frères. Jamais la raison d’Ëtat n’a produit de plus effroyable maxime.
Il régna sans rivaux en effet, mais huit années seulement. Il les employa très bien. Il ne fit pas la guerre aux chrétiens de l’Europe, et c’est pourquoi son nom est
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moins illustre que celui de son fils ; mais il remporta de grands succès en Asie et y constitua aux Osmanlis l’empire qu’ils ont à peu près conservé depuis.
La Perse, ''près Timour, avait été quelque temps troublée par des querelles entre ses descendants et divers usurpateurs. Elle était échue, à la fin du xve siècle, à une dynastie nouvelle, qui devait être glorieuse et longue, celle des Seffis ou Sophis. Le soplii Shah-Ismaïl avait encouragé contre les Ottomans quelques rivalités parmi les chefs turcs de l’Asie Mineure ; ce fut l’occasion d’un conflit semblable à celui qui jadis avait mis aux prises les Byzantins et lesSassanides; mais les causes en étaient différentes : ce fut une guerre religieuse entre deux sectes musulmanes également sûres de leur foi à laquelle elles sont restées toujours également fidèles, les Sunnites et les Chiites. Les Ottomans sont des Sunnites ; ils admettent comme aussi digne de foi que le Coran lui-même la sunna ou les commentaires qui ont été ajoutés par les trois premiers khalifes aux enseignements de Mahomet. Pour les Chiites, les trois premiers khalifes sont des usurpateurs; Ali seulement fut le légitime héritier du Prophète, parce qu’il avait épousé sa fille Fatima et représentait ainsi le principe de l’hérédité, du droit divin ; ils s’en tiennent par suite exclusivement au Coran et considèrent les Sunnites comme des hérétiques. Ce sont en quelque sorte les protestants de i Islam.
Sélim fut le plus fort. Il battit les Persans à Tchaldiran, le 24 août 1514, prit Tauris qui était alors leur capitale, conquit toute la région de l’Azerbaïdjan. Dans les années qui suivirent, il reçut la soumission des chefs de la Géorgie et du Kurdistan, fut maître de la Mésopotamie septentrionale et de tout le pays qui s’étend jusqu’aux déserts de la Syrie.
Il avait espéré contre les Persans l’alliance des Musulmans de l’Égypte, Sunnites comme les Osmanlis. La dynastie des Eyoubites, établie au Caire par Saladin, s’était éteinte en 1250, et, depuis, le pouvoir y appartenait aux Mamelucks, aristocratie militaire composée des chefs de guerre. Redoutant le voisinage des Osmanlis, ils avaient fait alliance avec les Persans : ce fut le prétexte dont se servit Sélim pour les attaquer. Il entra dans Alep (1516) et prit le titre sacré de « Serviteur des deux saintes villes de La Mecque et Médine ». Il eut bientôt d’autres succès, s’em-
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para de Damas, fut vainqueur à Gaza, parut devant le Caire en 1517, et fut maître de toute l’Ëgypte. Il y conserva la milice des Mameluks ; mais il mit à sa tête un pacha turc, résidant à la citadelle avec une forte garde de soldats réguliers. L’Yémen reconnut aussi la domination du sultan de Constantinople ; Sélim y découvrit un misérable cheikh, légitime descendant des Abbassides, qui lui céda sans trop de peine ses droits au khalifat ; désormais, les sultans ottomans prirent ce titre; ils furent les légitimes héritiers des illustres souverains arabes du moyen âge ; ils furent reconnus comme les chefs religieux de tous les Musulmans ; ils eurent en dépôt l’étendard vert du prophète ; La Mecque dépendit de Constantinople.
Le fils de Sélim, Soliman, eut une longue carrière (1520-1566), et, s’il ne fît pas de plus brillantes conquêtes que son prédécesseur, il resta cependant plus -célèbre, parce qu'il fut continuellement en relations avec les États de l’Europe, parce qu’il assura à son empire une sorte de droit de cité parmi eux, parce qu’enfin son règne marqua incontestablement l’apogée de la puissance ottomane.
Dès son avènement, il reprit la lutte contre les chrétiens. En 1521, il enleva Belgrade et porta la frontière de ses États jusqu’à la Drave : il s’ouvrait ainsi la voie du Danube moyen et de l’Europe centrale. En 1522, il assiégea Rhodes ; le grand-maître des chevaliers de Saint-Jean, Villiers de l’Isle-Adam, y fit une longue et énergique résistance. Le sultan l’emporta pourtant et s’ouvrit ainsi la voie de la Méditerranée, où ses flottes furent bientôt toutes-puissantes. L’horizon de l’empire ottoman s’élargissait vers l’ouest.
Il ne tarda pas à faire en ce sens un nouveau progrès. Les deux frères Barberousse, Baba-Aroudj et Khaïr-ed-din, pirates de leur métier, où ils étaient habiles et heureux, prirent Alger en 1516, et y établirent leur repaire. Ils l’organisèrent avec beaucoup de méthode, conquirerrt une partie du pays intérieur pour être plus solides sur la côte, et se trouvèrent en quelques années maîtres d’un véritable royaume algérien, de Bougie à Tlemcen. Ils y furent menacés parles Espagnols qui, depuis la conquête de Grenade, sous l’ardente inspiration du cardinal Ximenès, avaient poursuivi la croisade jusque sur le continent africain dont ils tenaient quelques positions importantes, comme Oran. Après la mort de son frère, Khaïr-ed-din ne crut pas pouvoir résister seul
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à ces menaces ; il entra en relations avec le sultan de Constantinople, lui offrit l’hommage de son royaume, reçut quelques renforts de janissaires, fut nommé beglierbeg pour l’Algérie et même ca.pitan-pa.cha,, c’est-à-dire amiralgénéral des flottes ottomanes.
C’est à ce titre qu’il fut à deux reprises l’adversaire direct de Charles-Quint. En 1535, il ne put empêcher la prise de Tunis par l’empereur, qui coupait ainsi ses communications avec la Méditerranée orientale. En 1541, il fut plus heureux; il infligea devant Alger un désastre retentissant aux troupes impériales. Alors toute la Méditerranée fut comme un lac ottoman.
Soliman allait-il être le vengeur de l’Islam battu en Espagne par les Rois Catholiques? Du moins il se trouvait, de Belgrade à Alger, l’ennemi naturel des Habsbourg, et, n’eûtil pas eu l’alliance française, que néanmoins il eût sans doute poursuivi dans cette direction les destinées de son empire.
François Ier à son avènement ne prévoyait pas qu’il consommerait l’alliance sacrilège de la Croix et du Croissant. Lorsqu'en 1519 il disputait à Charles-Quint la couronne impériale, il affichait l’intention, s’il était élu, de conduire toute l’Europe à une gigantesque croisade contre les Musulmans. Le malheur changea ses sentiments. On prétend qu’après Pavie, sa mère Louise de Savoie adressa au sultan un pressant appel ; quoi qu’il en soit, c’est l’année suivante que Soliman commença la grande lutte en Hongrie. Depuis la prise de Belgrade, ce pays se sentait sous la menace du cimeterre; il s’abattit sur lui en 1526. Les Ottomans franchirent le Danube. Le roi Louis II de Hongrie et Bohême tenta de les arrêter et leur livra bataille à Mohacs, le 28 août. Ce fut un terrible désastre pour les chrétiens : le roi Louis, l’archevêque Tomori y succombèrent, et les poètes magyars pleurèrent longtemps sur « la mort de la nation ». Soliman entra bientôt après dans Bude, la capitale de la Hongrie. En 1529, il mit même le siège devant Vienne ; mais Charles- Quint, qui négociait alors avec François Ier la paix de Cambrai, put envoyer des secours à son frère, l’archiduc Ferdinand, et les Musulmans furent repoussés.
Le roi de France, soucieux de son titre de roi Très Chrétien, répugnait en effet à l’alliance turque. Mais l’ambition de Charles-Quint était si redoutable qu’il lui fallut se décider ; après plusieurs démarches préliminaires, un de ses
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envoyés, Jean de la Forêt, alla trouver Soliman en Mésopotamie, et signa avec lui le traité de Belgrade (1535).
Les deux alliés coordonnèrent très habilement leurs opérations. Khaïr-ed-din Barberousse et le comte d’Enghien unirent les flottes ottomane et française dans les eaux génoises et bombardèrent ensemble Nice, qui fut affreusement ruinée. Toulon fut alors le port d’attache de nos amis les Turcs ; on avait eu soin pourtant, avant leur arrivée, d’en faire sortir les femmes et les enfants.
Dans le même temps, Soliman reprenait ses campagnes en Hongrie. Après Louis II, son beau-frère, Ferdinand d’Autriche, le frère de Gharles-Quint, fut élu roi de Bohême et de Hongrie. Dans ce dernier pays, un compétiteur se leva contre lui, Jean Zapoly, prince de Transylvanie, qui, pour mieux réussir, sollicita l’appui des Turcs. Soliman le lui accorda et l’établit à Bude. Après sa mort en 1540, Soliman ne laissa à son jeune fils Sigismond Zapoly que la principauté de Transylvanie ; Ferdinand d’Autriche ne posséda que la Hongrie occidentale, le long des dernières pentes des Alpes. Le sultan garda pour lui la vallée même du Danube, ou la Hongrie proprement dite ; il y mit un beglierbeg, et Bude fut, pour un siècle et demi, le boulevard avancé de l’Islam vers l’Europe centrale.
L’alliance franco-turque avait donc été fructueuse ; elle avait contenu la puissance de la maison d’Autriche. Elle eut pour la France des avantages durables ; ils résultent des capitulations de 1535. Les Français eurent le droit de faire le commerce dans tous les ports de l’empire ottoman; les vaisseaux des autres États n’y purent paraître que sous le pavillon français. La France obtint aussi pour ses nationaux la liberté religieuse la plus complète et la garde des Lieux Saints ; ce qui comportait une sorte de protectorat sur les chrétiens de l’empire ottoman. Ces souvenirs ne sont pas effacés : soutenue par les Turcs au xvie siècle, la France, leur a rendu plus tard le même service, et l’alliance turque commença d’être une des traditions essentielles de sa diplomatie.
L’empire ottoman a atteint alors ses plus extrêmes limites. Sauf les possessions vénitiennes de Chypre, Candie, Corfou et de la côte dalmate de Zara, héritage des Croisés que la Sérénissime Seigneurie a su habilement s’attribuer, Soliman règne de Bassora sur le golfe Persique à Bude sur •le Danube. Trébizonde a succombé. Les Tartarcs Je Crimée.
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menacés par les Russes depuis la destruction du camp delà Horde d’or, se rattachent aux Turcs et sont les vassaux du sultan. Toute la mer Noire est donc, comme la Méditerranée orientale, un lac ottoman.
Cette puissance pourtant fait peut-être illusion. Soliman, en 1565, échoue assez misérablement devant Malte ; l’empire ottoman ne franchira pas cette borne. Héritier de l’empire byzantin, il en prend complaisamment les vices ; il en garde la sacro-sainte hiérarchie, la rigoureuse étiquette, la complication administrative, qu’il exploite au mieux pour pressurer ses sujets et fournir aux frais exorbitants du palais et du harem. Car il conserve aussi, en les aggravant des mollesses orientales, les mœurs relâchées de la cour de Byzance. Sous Soliman même, le harem est puissant dans le gouvernement; les grands vizirs succombent vite dans les intrigues qui s’y entrecroisent ; et Roxelane la Rieuse, une Russe envoyée à Constantinople par les Tartares qui l’ont enlevée, bouleverse l’État et en compromet l’intérêt pour satisfaire ses caprices et assurer le trône à ses fils.
Les Turcs vainqueurs ne peuvent se fondre avec les peuples vaincus : les différences de races et de religions sont trop profondes. Ils ne le cherchent pas. Ils lèvent sur leurs provinces tous les impôts qu’elles peuvent fournir, et surtout cette effroyable dîme des jeunes gens enlevés pour le recrutement des janissaires. Sauf cela, ils laissent aux populations sujettes, non par bienveillance mais par dédain, leurs habitudes et une sorte d’autonomie; il y a toujours à Constantinople un patriarche orthodoxe et le sultan confirme son élection. La Moldavie, la Yalachie, la Transylvanie sont des États vassaux qui paient seulement un tribut et dont es princes reçoivent leur investiture du sultan. Les montagnards du Monténégro et de l’Albanie sont indépendants de fait et le resteront. Les Grecs quittent en grand nombre leur pays et font le grand commerce de la Méditerranée ; ils s’y enrichiront et y trouveront des ressources pour les futures luttes de l’indépendance. Les populations des plaines sont les plus malheureuses ; elles supportent tout le lourd poids du joug ottoman, et leurs souffrances entretiennent de siècle en siècle la haine du Turc. Sélim le Féroce en avait compris le danger ; sentant l’union impossible entre vainqueurs et vaincus, il avait songé à assurer l’avenir en massacrant tous les chrétiens de son empire ; il n’osa appli-
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quer cette effroyable politique, qu’on croirait voir renaître à la fin du xixe siècle ; et l’empire ottoman resta formé de deux couches de populations superposées et réfractaires. Ce fut le vice essentiel de sa constitution.
Dans le temps même de Soliman, à l’autre extrémité de cette Asie antérieure où évoluent en apparence si capricieusement les diverses phases de la question d’Orient, se fondait dans l’Inde un autre empire musulman.
Djahir-ed-din Mohammed, surnommé Bàber ou le Tigre, arrière-petit-fils de Timour, Turc par conséquent en dépit de la qualification de Mongol qui lui est restée, était sultan de Khokand. En 1497, il prit Samarkand, et, suivant les traces de son aïeul, il envahit l’Inde par la voie historique du Pendjab. Il remporta en 1526, l’année de la bataille de Mohacs, la victoire de Panipat, en avant de Delhi; il entra dans Agra, dispersa l’année suivante une grande coalition des souverains hindous, et fonda, sur l’Indus et le Gange, l’Empire des Grands Mongols. Son petit-fils Akbar (1566- 1605) en porta la frontière jusqu’aux premières pentes du Dekkan et le consolida pour plus d’un siècle.
Dans le même temps encore, les Portugais apparaissaient sur les côtes de l’Hindoustan: Yasco de Gama y accomplit son premier voyage en 1497. D’Alméïda fut le premier viceroi des Indes portugaises. D’Albuquerque voulut s’assurer aussi les routes qui conduisent dans ce pays ; il en voulut tenir l’entrée par la mer Rouge et le golfe Persique; il prit Ormuzd, Socotora; il occupa Malacca et son détroit vers les mers de Chine. Il établit sa capitale à Goa et y mourut en 1515. L’Océan Indien était comme un lac portugais.
Les Européens entraient ainsi en contact avec les puissances musulmanes de l’Asie. Il n’était pas réservé aux Portugais d’y remporter des succès décisifs ; mais ils ouvraient la voie à d’autres nations qui y furent plus heureuses. Déjà, de la Méditerranée à l’Inde, les acteurs de l’histoire moderne de l’Orient sont en présence et les conflits s’annoncent.
Les Turcs ne se maintinrent pas longtemps à l’apogée où les avaient portés les sultans conquérants Mahomet II, Sélim et Soliman. Des sultans fainéants vinrent ensuite, qui compromirent la fortune de leur nation, qui, fils d’esclaves du harem, servis par des esclaves, enfermés au fond
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du sérail loin de la vue de leurs sujets, loin ainsi de tout renseignement sur l'empire, livrés à des débauches sans nom, laissèrent aux femmes et aux eunuques une influence prépondérante sur les affaires et sur le sort des grands vizirs les plus habiles. La décadence en devait résulter; elle se manifesta de bonne heure par des signes évidents. Il enfant noter quelques-uns.
Sélim II (1566-1574) mérita le surnom d’ivrogne. Son armée enleva Chypre aux Vénitiens ; tou le la garnison en fut massacrée ou réduite en esclavage. Venise et le pape Pie V suscitèrent une grande croisade : l’Espagne, le grandduc de Toscane, la république de Gênes formèrent avec eux la Sainte-Ligue, et le commandement des vaisseaux alliés fut donné à don Juan d’Autriche, le fils naturel de Charles- Quint. Don Juan remporta à Lépante sur la flotte turque une grapde victoire, le 7 octobre 1571 ; mais elle lui avait été chaudement disputée ; les vaisseaux chrétiens avaient été trop maltraités pour qu’il fût possible de les conduire devant Constantinople, et les résultats de cette croisade furent nuis. Venise même traita avec le sultan et renonça à l’ile de Chypre.
Sous Mahomet III (1595-1603) et Ahmed Ier (1604-1617), la guerre recommença contre l’Autriche entre Bude et Vienne ; un traité fut signé en 1606 à Sitvatorok ; les sultans renoncèrent au tribut que les Habsbourg leur payaient depuis Ferdinand Ier, et même la Transylvanie fut déclarée vassale à la fois du sultan et de l’empereur.
Sous Mustapha Ier et Osman II (1617-1623), l’anarchie troubla Contantinople, comme aux plus mauvais jours du byzantinisme ; Osman II périt assassiné dans une émeute. Pendant ce temps, les Persans eurent le plus grand règne de la dynastie des Sofîs, celui de Shah-Abbas-le-Grand (1586-1628). Il porta son empire à l’est jusqu’à Balkh et Kandahar; il reprit Ormuzd aux Portugais, fonda sur le golfe Persique Bender-Abbas, établit sa capitale àlspahan. Il reprit aux Turcs l’Azerbaïdjan et Tauris, la Géorgie, Bagdad, Diarbékir et Mossoul, et poussa ainsi ses frontières jusqu’au Tigre.
Le sultan Mourad IV (1623-1640) fut d’une férocité inouïe même en pays musulman, tuant à coups de flèches les gens qui étaient sur son passage dans ses promenades, faisant jeter à l’eau les jeunes paysannes qui chantaient et dansaient dans la campagne quand son humour était triste.
E. Driault. — Question d’Orient.
BYZANCE ET STAMBOUL
Mais ce fut un batailleur qui releva l’empire chancelant déjà. 11 reprit Bagdad, la ville des khalifes (1638), y fit massacrer 30.000 Persans et une grande partie des habitants. Après lui, Pile de Crète fut enlevée aux Vénitiens de 1645 à 1669 et tomba pour deux siècles sous la très lourde domination des Ottomans.
Pourtant leur puissance est plus faible et leurs ennemis reprennent courage. Les intrigues du harem sont scandaleuses sous Ibrahim Ier, aussi cruel qu’efféminé, étranglé en 1648 dans une révolution de palais. Les Janissaires euxmêmes sont moins solides ; ils ne se recrutent plus de l’enlèvement des plus robustes parmi les enfants chrétiens : les sultans ont renoncé à cette affreuse dîme du Devchürmê et les rangs des Janissaires se complètent par des protégés du sérail ou du harem, qui recherchent les faveurs assurées à ce corps d’élite, mais qui n’en sont pas pour cela de meilleurs soldats.
Par contre, les Albanais, les Grecs, les Slaves, notamment parmi ceux-ci les Pomaks du Rhodope, se convertissent en grand nombre à l’Islam, pour échapper à la persécution réservée aux raïas, et obtenir des fonctions, une part de pouvoir ; l’administration, même le gouvernement central, vont se trouver souvent entre les mains de ces renégats. L’Islam, ou du moins la nation des Osmanlis,est pénétrée d’éléments étrangers qui travailleront, par la force des choses, à sa dissolution.
La fin du Devchürmê laisse aux chrétiens leurs jeunes gens les plus forts, qui vont parmi les klephtes, les palikares, les montagnards rebelles de l’Albanie et de la Grèce. Le Monténégro ainsi continue sa vaillante résistance, toujours indomptée ; une ordonnance du prince y a décrété que tout guerrier qui abandonne son poste recevra des habits de femme et une quenouille ; mais Je poste est bien gardé et la quenouille reste aux femmes. Jean le Terrible en Moldavie inflige de grosses pertes aux Turcs : il est vaincu en 1574, supplicié et toute la province dévastée. Michel le Brave en Valachie bat, en 1595, le grand vizir Sinan-pacha devant Bucharestet lui fait repasser le Danube ; il conquiert la Transylvanie, la Moldavie, restaure ainsi l’ancienne Dacie, fait un moment l’unité de la nationalité roumaine. Il meurt en 1601. Les Roumains ne se soulèveront plus qu’au xix° siècle; ces souvenirs ue seront pas perdus.
L’EMPIRE OTTOMAN
La Russie plus éloignée sera plus tôt qu’eux prête à reprendre la grande croisade contre l’Infidèle. Non seulement elle est délivrée de la Horde d’or ; mais elle prend déjà l’ofFensive contre ses anciens conquérants. Ivan le Terrible s’empare de Kasan (1552), d’Astrakhan; il soumet les Cosaques du Don : il touche ainsi la Caspienne et s’approche de la Crimée. L’avènement des Romanof en 1(313 est une défaite pour l’influence polonaise en Russie ; mais les Romanof, conscients peut-être de leurs intérêts vers l’Occident, ou instruments d’abord aveugles des destinées de leurs peuples, adoptent de bonne heure la civilisation européenne ; il leur faut se rendre dignes de conduire contre l’Islam venu d’Asie la revanche de l’Europe. Ils s’y préparent : sous Ivan le Terrible, le Cosaque Yermak, franchissant l’Oural, s’est emparé de Sibir (1582) ; il a entamé la Sibérie ; les premiers Romanof gagnent du terrain en ce sens ; ils prennent Tioumen, Tobolsk, Tomsk et la vallée moyenne de l’Obi. Le Far-East asiatique s’ouvre à l’esprit d’aventures des Cosaques et à l’ardente expansion de la foi orthodoxe.
Ils ont encore une longue carrière à fournir, de pénibles luttes à soutenir pour gagner des terres plus fertiles et jouer un rôle dans l’Asie antérieure. Mais vers le sud aussi, l’Islam est pris à revers par d’autres nations européennes. Les Grands Mongols conquérants sont morts ; leurs successeurs à Delhi sont des princes fainéants, comme les premiers héritiers de Soliman le Magnifique. Djahan-Gir (1605-1627), Shah-Djahan (1627-1658) sont affaiblis par la mollesse du climat de l’Inde, par les débauches où les entraîne leur toute-puissance. Tout au plus songent-ils à embellir leurs capitales, Agra et Delhi, de merveilleux monuments, palais, mosquées, où ils accumulent les plus invraisemblables trésors. Le fils de Shah-Djahan, Aureng- Zeb, va porter l’empire mongol de l’Hindoustan à son apogée ; mais la décadence suivra aussitôt.
Les Européens sont prêts à recueillir la succession. En 1602, la compagnie hollandaise des Indes Orientales enlève Ceylan aux Portugais. La compagnie anglaise, fondée en 1599, établit son premier comptoir à Surate, fonde Madras en 1639, obtient en 1644 de Shah-Djahan la permission de faire du commerce dans l’intérieur du Rengale : le Grand Mongol ne sait pas quels ennemis il prépare à ses héritiers. La corn; agnie française de 1604 est remplacée en 1642 par
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la compagnie de l’Orient et de Madagascar ; elle crée des comptoirs prospères à Madagascar et dans l’ile Bourbon; elle apprend le chemin de l’Inde.
Au milieu du xvne siècle, les empires musulmans sont donc partout bornés. L’Autriche menace la Hongrie turque. La Russie pousse au sud les Cosaques du Don et fait le tour de la Caspienne. Anglais et Français sont dans l’Inde et seront bientôt en contact avec les empereurs mongols. C’est tout autour de ces frontières, du Danube au Gange, que dès lors l’Islam va soutenir l'assaut des Chrétiens.
OUVRAGES A CONSULTER
Léon Cahun, Introduction à l’histoire de l’Asie, Turcs et Mongols : des origines à 1405
Lavisse et Rambaud, Histoire générale.
Rambaud, Histoire de la Russie.
Rambatjd, La Russie épique.
L. Léger, Histoire de V Autriche- Hongrie; — Russes et Slaves ; — Études slaves ; — Nouvelles éludes slaves ; — Le monde slave ; — Cyrille et Méthode : étude historique sur la conversion des Slaves au christianisme.
E. de la Jonquière, Histoire de la Turquie.
Lavallée, Histoire de V empire ottoman.
ïïammer, Histoire de l’empire ottoynan.
A. Leroy- Beaulieu, L’empire des tsars.
Schrader, Atlas historique, cartes 16, 18, 24 bis.
Rambaud, L’empire grec au xe siècle ; — Constantin Por phyrogénète.
E. Denis, Le passé et l’avenir de la Russie.
II. Vast, Le siège et la prise de Constantinople par les Turcs (Revue historique, mai 1880).
R. -P. Pierling, La Russie et l’Orient ; — Mariage d’un tsar au Vatican (Ivan III et Sophie Paléologue).
E. Marion, François Ier et Soliman le Grand.
J. -B. Zeller, La diplomatie française vers le milieu du xvie siècle : Guillaume Pellissier, évêque de Montpellier, ambassadeur de François Ier à Venise (1539-1542).
Amiral Jurien de la Gravière, Doria et Barberousse.
E. Bourgeois, Manuel historique de politique étrangère.
A. Sorel, L’Europe et la Révolution française.