‹ Question d'Orient depuis ses origines jusqu'aÌ€ nos joursChapitre 28 sur 131 · I. — La renaissance de la nationalité grecque · texte numérisé non relu

I. — La renaissance de la nationalité grecque

La Renaissance des nationalités, fruit naturel des idées révolutionnaires venues de France, et plus encore de la décadence ottomane, allait devenir à la question d’Orient la solution la plus, naturelle et pourtant la moins prévue par la diplomatie européenne. C’est que, conduite par des souverains de droit divin, il lui fut difficile pendant longtemps de se faire à cette solution, funeste à ses intérêts, contraire à ses principes. A peine, à la fin du siècle, y montre-t-elle quelques dispositions favorables ; et les nationalités chrétiennes des Balkans, héritières légitimes de l’empire ottoman, mieux que cela, légitimes maîtresses des pays occupés jadis par les Turcs et indignement exploités par eux pendant des siècles, n’ont fait reconnaître leur droit à l’existence qu’à travers les plus égoïstes intrigues des grandes puissances ; elles n’ont dû le plus souvent leur indépendance qu’à l’opposition des intérêts de leurs prétendus protecteurs. La Grèce en fit la première expérience, et si elle rencontra, de l’Angleterre à la France et à la Russie, de vives sympathies et de beaux dévouements, elle n’obtint des gouvernements qu’un concours tardif et qu’une demi-satisfaction.

Elle fut, parmi les nationalités effacées pendant des siècles sous l’oppression musulmane, la première à reparaître, et dès le début avec le plus de relief, à cause des souvenirs classiques que la civilisation occidentale avait cultivés, à cause de son éloignement de Constantinople, à cause de sa situation maritime favorable à sa liberté, à cause surtout de sa personnalité fortement marquée depuis l’antiquité et toujours vivante à travers les générations qu’elle avait formées. Dans le temps même où la flotte de Catherine II réveillait les espérances des Grecs, Coraï adaptait les formes anciennes de la langue grecque à sa prononciation nouvelle, créait le grec moderne écrit, en faisait une langue littéraire, comme pour rendre la voix à ce peuple qui voulait vivre encore. La ruine de la flotte turque, la décadence de l’influence française dans le Levant, la rupture entre la France et la Porte au moment de l’expédition d’Égypte, la longue guerre entre Napoléon et l’Angleterre, donnèrent aux Grecs une clientèle commerciale considérable ; ils furent d’actifs et audacieux Liai-

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