III. — La charte de Gulhané
L’empire ottoman était désormais sous la garantie des grandes puissances; il ne devait plus jusqu’à nos jours échapper à cette tutelle collective ; c’était une nouvelle et grave étape de sa décadence: la Turquie est mineure, elle a un conseil judiciaire.
Or il est impossible à l’Europe d’accepter la responsabilité des injustices ou des violences exercées par le gouvernement ottoman sur ses sujets chrétiens ; en le protégeant, elle prend la charge de le réformer, de gré ou de force ; elle ne peut admettre que les drapeaux des puissances ne servent qu’à couvrir ses excès, et dès lors, plus l’action européenne sera effective dans l’empire, plus il se modifiera. Le Tanzimat est le corollaire indispensable de la garantie des puissances.
En effet, au lendemain des événements de 1840, le sultan fit un effort, sans doute très sincère, dans cette voie. Abd-ul-Medjid était un jeune homme ; mais le gouvernement de Mahmoud et le souvenir tic Sélim III avaient formé à Constantinople une nouvelle école d’hommes politiques, jeunes et intelligents, capables de sentir la nécessité
MAIIMOUD ET MÉ 11 ÉMET
de la réforme. Le principal agent de cette tentative fut Reschid-pacha, ancien ambassadeur à Londres.
Le 3 novembre 1839, quelques semaines après l’avènement d’Abd-ul-Medjid, au commencement des négociations sur le conflit avec l’Égypte, et peut-être pour gagner les sympathies de l’Europe, eut lieu, au kiosque de Gulhané, une imposante cérémonie, en présence des grands officiers et des ministres, des ulémas, des députés des autres communautés religieuses de l’empire, du personnel diplomatique, où l’on remarquait le prince de Joinville. Elle fut annoncée par cent-un coups de canons, précédée d’une prière, de l’observation du ciel par un astrologue. Puis le sultan fit donner lecture d’un hatti-shérif qui constituait une véritable charte constitutionnelle. Il promettait de garantir à ses sujets de toute religion la sécurité de leur vie, de leur honneur, de leur fortune, d’abolir la ferme de l’impôt, les confiscations, les monopoles. Un peu plus tard, à Métélin, devant le clergé grec, arménien, israélite de Smyrne, Chio et Cavale, un ministre du sultan, Riza-pacha, disait en son nom : « Musulmans, chrétiens, israélites, vous êtes tous les sujets d’un même empereur, les enfants d’un même père. Le souverain tient la balance égale pour tous ».
Ce n’étaient que des indications vagues. Mais Reschidpacha s’en inspira pour la pratique nouvelle du gouvernement, et, pendant une dizaine d’années, avec des alternatives fréquentes de faveur et de disgrâce, il accomplit une œuvre très louable. Il poursuivit les abus de pouvoir, les actes arbitraires des fonctionnaires des divers degrés, n’hésita pas à frapper parmi les plus grands, fît condamner Khosrew-pacha comme concussionnaire.
En septembre 1843, le système européen du recrutement militaire fut définitivement établi. L’armée fut divisée en deux portions : le Nizam, armée active, où le service fut de cinq ans; — le Rèdif ou la réserve, d’une durée de sept ans. Il y eut alors cinq corps d’armée ; la garde, le corps de Constantinople, et les trois divisions militaires de Roumélie, Anatolie, Arabie.
En février 1845, un hatti-shérif affirma comme une « affaire urgente l’établissement des écoles nécessaires pour qu’on y puise les sciences et les principes des arts et de l’industrie ». Le gouvernement essaya de séculariser l’enseignement en l’enlevant, en partie du moins, à la