Engelhard^ La Turquie et le Tanzimât , I
MAHMOUD ET MÉHÉMET
Les ulémas parlaient sans cesse de la violation des leçons du Coran, de la colère de Dieu ; ils appelaient Reschidpacha un giaour vendu aux infidèles ; ils étaient les chefs du parti vieux-turc, attaché au passé, hostile à toute nouveauté, fanatique, affirmant, à tort ou à raison, que les lois de l’Europe ne convenaient pas plus que ses mœurs aux Musulmans.
Ils affirmaient aussi que le Tanzimât ne ferait qu’émanciper dangereusement les raias, qu’en bien des provinces, la supériorité des Musulmans moins nombreux ne tenait qu’à la force, et que donner les mêmes droits aux chrétiens, c’était donner à ceux-ci la force, donc vouer l’Islam à la défaite: autant valait aussitôt repasser le Bosphore, rendre Constantinople aux infidèles. Ceux qui raisonnaient ainsi raisonnaient-ils absolument faux ?
En effet de jour en jour les chrétiens s’agitaient davantage. Leurs exigences croissaient à mesure qu’il obtenaient des concessions ; les communautés religieuses des diverses sectes réclamaient les unes après les autres des avantages nouveaux; leurs jalousies apparaissaient à la poursuite des privilèges espérés. Elles s’adressaient aux puissances de même religion, les orthodoxes aux Russes, les catholiques aux Français, les protestants nouveaux venus aux Anglais.
C’était une forme nouvelle que prenaient les rivalités des grandes puissances dans le Levant ; elles y avaient maintenant mille prétextes à intervention. La Russie, mécontente du woïvodede Serbie, Miloch, lui impose en 1837 une constitution et le force à abdiquer en 1839. Son successeur Michel est encore renversé en 1842 et remplacé par le fils du héros de 1806, Alexandre Karageorgevitch. C’est le début des querelles entre cette famille et celle des Obrenovitch, occasion aux rivalités de l’Autriche et de la Russie.
Ailleurs, la Russie est rivale de la France. En Palestine, elle lui dispute la protection des Lieux Saints, réclame pour les orthodoxes les avantages des catholiques. Dans le Liban, t la Porte, redevenue maîtresse du pays en 1840, n’a pas * rétabli les privilèges de la Montagne détruits par Méhémet- Ali ; elle a substitué à l’émir chrétien un pacha musulman qui réside à Déir-el-Kamar. Les Maronites maltraités en appellent à la France ; Guizot obtient une transaction : le 7 décembre 1842, la Porte promet de dédoubler le Liban, de donner aux Druses un magistrat musulman, aux Maronites un magistrat chrétien. Ces promesses ne sont pas