‹ Question d'Orient depuis ses origines jusqu'aÌ€ nos joursChapitre 90 sur 131 · H. de Castries, L’Islam , p · texte numérisé non relu

H. de Castries, L’Islam , p

per à toute influence étrangère. N’avait-elle pas failli, dans la première moitié du siècle, rajeunir la puissance musulmane de la Nubie à la Mésopotamie? Du moins elle était le solide trait d’union entre l’Afrique et l’Asie de Mahomet et ménageait de l’une à l’autre la grande route des pèlerinages et du commerce des esclaves.

Tout à coup l’isthme de Suez est coupé par un canal. Le principal intérêt du canal était d’ouvrir une route plus courte vers l’Inde, et il serait ridicule de voir en Ferdinand de Lesseps une sorte de croisé poursuivant, comme un nouveau Christophe Colomb et plus hardiment, la croisade contre les infidèles. Cependant son œuvre brisa irrémédiablement l’Islam ; car, le long du canal et de la mer Rouge, l’action de l’Europe fut dès lors prépondérante et forcément funeste aux destinées musulmanes, autant au moins que pourrait l’être la prise de Constantinople aux Turcs.

Les peuples mahométans sentirent le danger, accentué encore en ce temps par la guerre des Balkans, par l’expansion russe dans le Turkestan. Sous la pression de l’Europe chrétienne, leur foi parut se réveiller, capable d’une nouvelle propagande. Elle entreprit la conquête de la Chine, et certains la croient destinée à se substituer au bouddhisme. « Le mahométisme semble d’ores et déjà assuré dé remporter la victoire sur les religions qui se partagent ou cherchent à se partager le continent chinois1 ». Mais c’est l’Afrique qui demeure la terre d’élection de l’Islam ; c’est là que son expansion contemporaine a été le plus active et le plus fructueuse ; c’est en ce siècle qu’il conquit presque tout l’intérieur du continent, pendant que les Européens l’assiégeaient par toutes ses côtes.

Ce mouvement considérable est difficile à suivre. Il est l’œuvre de sociétés secrètes qui échappent par nature à l’analyse ; il apparaît par des manifestations isolées, chaque fois que les Européens pénètrent trop avant dans le pays où s’exerce son action. Ses limites seules se précisent à mesure que la colonisation européenne prend contact avec lui.

Il est néanmoins dès aujourd’hui certain qu’il a gagné presque toutes les populations africaines jusqu’au Congo,

1. Montet, Les missions musulmanes au xix* siècle (Revue de l’his •foire des religions, mai-juin 1883). — CL encore sur ce sujet Dabry de Thiersant, Le mahométisme en Chine et dans le Turkestan orient al. — H. de Castries, V Islam, p. 184.

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