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IV. — L’Éthiopie et les Italiens

La situation de l’Abyssinie oumieux Éthiopie 1 lui réserve peut-être un rôle important dans les luttes futures contre l’Islam et dans la pénétration du continent. Aux sources du Nil bleu et de l’Atbara, en face de Khartoum, grande comme la France, peuplée d’environ 10 millions d’habitants, elle domine, du haut de ses montagnes, appuyée à la mer Rouge et à l’Océan Indien, tout le bassin moyen du Nil. Elle fut grande dans l’antiquité, s’étendit jusqu’à l’ouest du Nil, et de l’île de Meroë, centre de leur puissance, au confluent de l’Atbara et du grand fleuve, les prêtres Éthiopiens imposèrent leur domination à presque toute l’Égypte.

Beaucoup plus tard, après de nombreux siècles d’obscurité, elle fut convertie au christianisme, s’y attacha définitivement, mais fut bientôt séparée des autres pays chrétiens parla conquête arabe. Le patriarche d’Alexandrie ne cessa pas pourtant de nommer les abounas ou patriarches de l’Éthiopie. Au xve et au xvie siècle, les Portugais, cherchant la route de l’Inde, y envoyèrent plusieurs missions. En 1541, Christoforo de Gama, l’un des fils du grand navigateur, y débarqua avec 400 compagnons pour la défendre contre les Musulmans. L’Islam resté maître du Nil inférieur et se glissant le long du fleuve jusqu’au cœur du continent, elle resta encore plusieurs siècles dans l’isolement et l’oubli.

Au xixe siècle, quand recommencèrent les explorations européennes et les établissements coloniaux en Afrique, elle y fut retrouvée. Un voyageur français, Rochet d’Héricourt, y vécut plusieurs années et signa même avec le roi du Choa, Sahala-Séiassié, un traité qui est la première trace connue des relations de la France avec ce pays : les Français étaient admis à faire du commerce dans le Choa, à y acheter des maisons et des terres ; en cas de guerre contre les musul-

1. Les Arabes avaient désigné de bonne heure, avec une intention méprisante, les habitants de ce pays sous le nom de Habeschi ou Mélangés, Impurs. — On en a fait Abyssinie.

mans,. la France devait considérer comme ses ennemis les ennemis du roi de Choa. Ce traité ne fut pas appliqué. D’ailleurs tous les voyageurs dénonçaient l’Éthiopie comme un pays sans cesse troublé par l’anarchie; ses vallées, encaissées dansles montagnes, y forment en effet plusieurs régions très distinctes, notamment le Tigré au nord, l’Amhara et le Godjam au centre, le Choa au sud, dont les chefs ou rns ont vécu le plus souvent indépendants, indociles à l’autoi rité de celui d’entre eux qui s’attribuait le titre de négus ou roi des rois. Ce désordre réduisait l’Éthiopie à l’impuissance, y rendait les transactions commerciales impossibles, expliquant la longue obscurité de son histoire.

Bientôt pourtant l’attention de l’Europe fut attirée par le bruit qui s’y fît autour du nom du négus Théodoros. C’était un chef du Kouara, nommé Kassa, qui avait réussi à conquérir l’Amhara, imposé sa volonté aux ras du Tigré et du Choa, pris le titre de négus sous le nom de Théodoros II, et donné à l’Abyssinie quelque unité (1855). Il nourrissait de grands desseins, rêvait de détruire l’Islam et d’aller délivrer Jérusalem.

Les Anglais lui envoyèrent plusieurs missions ; car ils commençaient à surveiller la route de l’Inde par la mer Rouge. En février 1862, un consul Charles Duncan Cameron apporta au négus une lettre et des présents de la reine Victoria. Il y répondit en annonçant le prochain envoi d’une ambassade à Londres. Mais la conduite du consul anglais lui parut suspecte. Caractère très défiant, il disait un jour à un français, M. Guillaume Lejean : « Je connais la tactique de vos gouvernements européens. On lance des missionnaires d’abord, puis des consuls pour appuyer les missionnaires, puis des bataillons pour soutenir les consuls. Je ne suis pas un rajah de l’Inde pour être berné de la sorte ; j’aime mieux avoir affaire tout de suite aux bataillons ».

Ayant saisi des lettres où il était peu ménagé, il fit arrêter Cameron, et l’enferma, avec de nombreux Européens, dans la citadelle de Magdala. Les réclamations de l’Angleterre ne furent pas accueillies. Une ambassade anglaise, conduite par sir Hormuzd Rassam, débarqua à Massouah en août 1864, exigea la délivrance des prisonniers. Théodoros consentit à recevoir Rassam, puis, irrité de son langage, l’enferma à son tour.

Le gouvernement anglais lui déclara la guerre. 12.000 hommes, commandés par sir Robert Napier, débarquèrent à

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