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L’ÉTHIOPIE ET LES ITALIENS

Ces échecs les amenèrent à resserrer leurs rapports avec Ménélik, dont ils excitèrent les mauvaises dispositions contre le négus. La mort de Johannès leur parut très avantageuse; à leurs intérêts ; ils continuèrent les hostilités contre son fils, le ras Mangascia, pour le plus grand profit de Ménélik, qu’ils engagèrent à prendre le titre de négus. Celui-ci signa avec eux, le 22 mai 1889, le traité d’Ucciali 1.

Cet acte reconnaissait Ménélik comme roi des rois d’Éthiopie, proclamait une paix perpétuelle et une amitié constante entre l’Éthiopie et l’Italie, donnait à la colonie italienne la limite du Mareb et de la Belesa, à la frontière nord du Tigré, assurait aux deux pays des avantages commerciaux réciproques. Par l’article 17, le roi des rois d’Éthiopie consentait à se servir du gouvernement de S. M. le roi d’Italie pour traiter toutes les affaires qu’il pourrait avoir avec les autres puissances et gouvernements. Cette formule paraissait établir le protectorat italien sur l’Éthiopie. Ménélik la laissa passer : elle était conçue en termes sujets à discussion, et il avait besoin du concours de l’Italie contre le ras Mangascia ; il eût eu beaucoup à craindre d’une, alliance entre elle et son rival.

Cet accord fut complété par la mission du ras Makonnen, cousin de Ménélik, envoyée en Italie pour y obtenir la ratification du traité. Elle fut reçue avec un très grand cérémonial, fêtes, revues militaires, et aboutit à la signature d’une convention complémentaire, par laquelle Ménélik devait faire frapper ses monnaies en Italie, contractait un emprunt de quatre millions dans une banque italienne sous la garantie du gouvernement royal. C’était la consécration formelle du protectorat italien sur l’Éthiopie. Le roi d’Italie fit frapper une monnaie éthiopienne avec sa propre effigie, et sur la tranche, à la place des trois Fert traditionnels cette légende : V Italie protège l’Éthiopie. Le 11 octobre, il notifia aux puissances l’article 17 du traité d’Ucciali, en le présentant comme l’affirmation de son protectorat sur l’Éthiopie. Toutes, sauf la Russie, lui donnèrent acte de cette notification.

Dès lors les Italiens pensèrent tirer sans peine les conséquences de ces actes consentis par Ménélik dans le plein exercice de son indépendance. Le ras Mangascia, leur en-

1. Voir le texte dans C. de la Jonquière, Les Italiens en Érythrée,

nemi comme son père, d’autant plus qu’ils lui refusaient le titre de négus, ne voulait pas leur laisser les territoires cédés par le traité d’Ucciali. Ils auraient pu, en s’accordant avec lui, tenir en échec le roi du Choa et dominer l’un et l’autre. Ils crurent fortifier leur propre puissance en forti- | fiant celle de leur protégé, et ils ne ménagèrent pas le ras' du Tigré. Us prirent Keren dès le 2 juin 1889, Asmara le 3 août suivant, obtinrent la défection de l’un de ses principaux chefs, le ras Sebath, le menacèrent aux frontières du Tigré. Ils occupèrent même un moment Adoua, la capitale de ce royaume, le 26 janvier 1898, mais ne s’y maintinrent pas.

Bientôt ils s’établirent sur la côte de l’Océan Indien, se firent reconnaître la possession de la côte orientale des Somalis, et des conventions signées avec l’Angleterre, en mars-avril 1891, assurèrent à son influence tout l’intérieur du continent de Souakim à la Djouba sur l’Océan Indien, avec le droit d’occuper temporairement Kassala : ils consentaient par là à jouer un rôle dans la guerre préparée par les Anglais contre les Derviches. Ils s’en acquittèrent brillamment quelque temps après : sous prétexte que les Derviches pillaient sans cesse le pays des Beni-Amer, dont les chefs sollicitaient l’appui de l’Italie, le colonel Arimondi marcha contre eux, leur prit Agorda le 22 décembre 1893. Le général Baratieri arriva d’Italie avec de nouvelles forces et conduisit lui-même l’attaque contre Kassala. Le 7 juillet 1894, après de sanglants combats, la ville fut emportée. C’était le premier échec sérieux subi par les Madhistes : les Anglais jugèrent le moment venu d’en profiter et se disposèrent à reprendre l’offensive.

Les Italiens possédaient ainsi dans l’Afrique orientale, sauf les points de la côte occupés par les Français et les Anglais, un bel empire colonial, sur la mer Rouge et l’Océan indien, avec de bonnes lignes de pénétration vers l’intérieur, avec un beau rôle à jouer dans la lutte prochaine contre l’empire musulman du Soudan. Ils pouvaient se réj ouir ; ils étaient au rang des grandes puissances coloniales de 'l'Europe. Crispi pouvait se vanter d’avoir rendu à son pays les mêmes services que Jules Ferry à la France par l’occupation de la Tunisie et du Tonkin.

Des difficultés pourtant s’étaient déjà produites avec Ménébk, et elles s’aggravaient de jour en jour. Le ras Man-

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